vendredi 19 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2100221 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL YDES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 janvier 2021 et le 17 avril 2023, la SAS Tempobac Restoleil, représentée par Me Plottin, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2015, 2016 et 2017, ainsi que des majorations et intérêts de retard correspondants ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de " deux mille €uros (3 000 €uros) " en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les provisions pour dépréciation des créances de participations qu'elle a comptabilisées remplissaient les conditions légales de déductibilité au plan fiscal.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 avril 2021 et le 1er juin 2023, la directrice de contrôle fiscal Centre-Est conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la société Tempobac Restoleil ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 1er juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bourion, première conseillère,
- et les conclusions de M. Sportelli, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société Tempobac Restoleil, société mère d'un groupe fiscal intégré, gère les actifs financiers et réalise des prestations de services administratifs et financiers au profit de ses filiales, les SARL Azurbac, SARL Com'bac, SARL Davibac, SA Sobar, SARL Chantaco 2 et SARL Vogabac, qui exploitent des établissements de restauration. La SAS Tempobac Restoleil a conclu avec ces dernières des conventions de gestion centralisée de trésorerie et d'avances intragroupes aux filiales. A l'issue d'une vérification de sa comptabilité, l'administration fiscale a assujetti la SAS Tempobac Restoleil à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2015, 2016 et 2017, à raison de la remise en cause de la déductibilité de provisions pour risque de non-recouvrement de créances. La commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires saisie à la demande de la société requérante et réunie le 28 novembre 2019, a émis un avis favorable au rejet des prétentions de la société SAS Tempobac Restoleil. La société requérante sollicite la décharge, en droits et pénalités, des impositions supplémentaires qui lui sont ainsi réclamées.
2. Aux termes, d'une part, du 1 de l'article 39 du code général des impôts : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () : / () / 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice. (). / Les provisions qui, en tout ou en partie, reçoivent un emploi non conforme à leur destination ou deviennent sans objet au cours d'un exercice ultérieur sont rapportées aux résultats dudit exercice () ". Aux termes, d'autre part, de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions ou le comité mentionnés à l'article L. 59 ou le comité prévu à l'article L. 64 est saisi d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission ou le comité. ".
3. Si la détermination du fardeau de la preuve est, pour l'ensemble des contribuables soumis à l'impôt, tributaire de la procédure d'imposition suivie à leur égard, elle n'en découle pas moins, à titre principal, dans le cas des entreprises assujetties à l'impôt sur les sociétés, de la nature des opérations comptables auxquelles ont donné lieu les actes contestés par l'administration. En particulier, si l'acte contesté s'est traduit en comptabilité par une écriture portant soit sur des créances de tiers, des amortissements ou des provisions lesquels doivent, en vertu de l'article 38 du code général des impôts, être retranchés des valeurs d'actif pour obtenir le bénéfice net, soit sur les charges de la nature de celles qui sont visées à l'article 39 du même code et qui viennent en déduction du bénéfice net défini à l'article 38 dudit code, il appartient dans tous les cas au contribuable de justifier dans son principe et dans son montant de l'exactitude de l'écriture dont il s'agit quand bien même, en raison de la procédure mise en œuvre, il n'eût pas été, à ce titre, tenu d'apporter pareille justification.
4. S'il n'est pas contesté par l'administration que la SAS Tempobac Restoleil pouvait consentir à ses filiales des avances et conclure avec celles-ci des conventions de trésorerie, elle ne pouvait, en revanche, constituer des provisions que dans la mesure où elles étaient destinées à faire face à des charges nettement précisées et que des évènements en cours rendaient probables.
5. Il résulte de l'instruction que la SAS Tempobac Restoleil a constitué, d'une part, des provisions entre l'exercice clos le 30 septembre 2015 et l'exercice clos le 30 septembre 2017, pour des montants respectivement de 151 700 euros et 353 646 euros, correspondant à des avances à caractère financier à ses filiales la SARL Azurbac et la SA Sobar. D'autre part, elle a comptabilisé à la clôture de l'exercice clos le 30 septembre 2017 des provisions, pour des montants respectivement de 43 079 euros et 99 104 euros, correspondant également à des avances à caractère financier pour soutenir soit sa reprise d'activité et les investissements correspondants pour la SARL Chantaco, soit le début d'activité et les investissements correspondants pour la SARL Vogabac. Pour justifier ces provisions, la société requérante, à qui appartient la charge de la preuve, fait valoir de manière générale sur l'ensemble des créances et de la période, qu'outre la situation nette négative récurrente de ses filiales à la clôture des exercices, le risque d'irrécouvrabilité est en règle générale corroboré par le constat d'une diminution significative de chiffre d'affaires ou par l'aggravation ou l'absence d'amélioration de la situation nette négative par rapport à l'exercice précédent.
6. Ce faisant, la requérante ne fait pas état d'évènements précis qui, survenus au cours des exercices à la clôture desquels les provisions litigieuses ont été constituées, auraient été de nature à permettre de regarder, avec un degré de probabilité suffisant, comme irrecouvrables les créances qu'elle détenait sur ses filiales, alors qu'il n'est pas contesté que sur la période vérifiée, pour toutes les filiales, les créances à caractère commercial ont été régulièrement réglées par ces dernières et n'ont fait l'objet d'aucune provision et que, plus spécifiquement pour les SARL Azurbac et la SA Sobar, le chiffre d'affaires, l'excédent brut d'exploitation ainsi que les résultats comptables se sont améliorés d'exercice en exercice. Par voie de conséquence, le risque de non-recouvrement n'est pas établi. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a réintégré les provisions en cause dans les bases d'imposition.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par la SAS Tempobac Restoleil tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos les 30 septembre 2015, 2016 et 2017 ainsi que des pénalités y afférentes, doivent être rejetées. Doivent également être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de SAS Tempobac Restoleil est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Tempobac Restoleil et à la directrice de contrôle fiscal Centre-Est.
Délibéré après l'audience du 15 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
M. Heintz, premier conseiller,
Mme Bourion, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 janvier 2024.
La rapporteure,
I. BOURION
Le président,
V. L'HÔTELa greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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01/06/2026
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01/06/2026