Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 25 janvier 2021, le 6 juillet 2023, le 3 juin 2024 et le 2 décembre 2025, M. AG... AE..., M. et Mme H... et AA... AE..., agissant également pour le compte de leur enfant mineure Mme AI... AE..., M. et Mme AB... et R... N..., M. C... N..., Mme D... N..., M. et Mme AF... T... et L... AE..., agissant également pour le compte de leur enfant mineure Mme F... AE..., M. et Mme U... et Q... AE..., agissant également pour le compte de leurs enfants mineurs B.... J..., V..., E... et AC... AE..., M. et Mme O... et Z... AE..., agissant également pour le compte de leurs enfants mineurs A... et Mme G... I... et P... AE..., Mme X... AE..., Mme M... AE..., M. AG... AE..., Mme K... AE..., M. S... AE..., représentés par Me Pontille, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Valence et son assureur (la SHAM devenue Relyens ou la société Lloyd’s insurance company) à leur verser la somme totale de 3 157 198,32 euros en réparation des préjudices que leur ont causé la prise en charge par le SAMU de Mme X... AE... décédée le 13 octobre 2016 ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Valence la somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les requérants soutiennent que :
- la responsabilité du centre hospitalier est engagée en raison des fautes commises par le médecin régulateur du SAMU ; la perte de chance doit être évaluée à 80 % ;
Les requérants évaluent leurs préjudices de la manière suivante :
S’agissant des préjudices de Mme X... AE..., victime directe :
- les préjudices patrimoniaux temporaires sont fixés à la somme de 329 825,52 euros ;
- les préjudices patrimoniaux permanents sont fixés à la somme de 964 281,92 euros ;
- les préjudices extrapatrimoniaux temporaires sont fixés à la somme de 89 697,20 euros ;
- les préjudices extrapatrimoniaux permanents sont fixés à la somme de 144 400 euros ;
S’agissant des préjudices de M. AG... AE..., son époux :
- 1 082,88 au titre des frais divers ;
- 20 000 euros au titre de son préjudice d’affection avant son décès ;
- 20 000 euros au titre des troubles dans ses conditions d’existence ;
- 28 000 euros au titre de son préjudice d’affection après son décès ;
- 20 000 euros au titre de son préjudice d’accompagnement ;
- 3 200 euros au titre de son préjudice sexuel ;
S’agissant des préjudices de M. H... AE..., son fils :
- 72 699,36 euros au titre des frais divers ;
- 25 495,20 euros au titre de son préjudice économique ;
- 20 000 euros au titre de son préjudice d’affection avant son décès ;
- 20 000 euros au titre des troubles dans ses conditions d’existence ;
- 28 000 euros au titre de son préjudice d’affection après son décès ;
- 20 000 euros au titre de son préjudice d’accompagnement ;
S’agissant des préjudices de Mme AA... AE..., sa belle-fille :
- 16 000 euros au titre de son préjudice d’affection avant son décès ;
- 20 000 euros au titre des troubles dans ses conditions d’existence ;
- 20 000 euros au titre de son préjudice d’affection après son décès ;
- 20 000 euros au titre de son préjudice d’accompagnement ;
S’agissant des préjudices de Mme X... AE..., sa petite-fille :
- 26 801,76 euros au titre de sa perte de revenus ;
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection avant son décès ;
- 12 000 euros au titre des troubles dans ses conditions d’existence ;
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection après son décès ;
- 8 000 euros au titre de son préjudice d’accompagnement ;
S’agissant des préjudices de Mme M... AE..., sa petite-fille :
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection avant son décès ;
- 12 000 euros au titre des troubles dans ses conditions d’existence ;
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection après son décès ;
- 8 000 euros au titre de son préjudice d’accompagnement ;
S’agissant des préjudices de M. AG... AE..., son petit-fils :
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection avant son décès ;
- 12 000 euros au titre des troubles dans ses conditions d’existence ;
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection après son décès ;
- 8 000 euros au titre de son préjudice d’accompagnement ;
S’agissant des préjudices de Mme AI... AE..., sa petite-fille :
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection avant son décès ;
- 12 000 euros au titre des troubles dans ses conditions d’existence ;
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection après son décès ;
- 8 000 euros au titre de son préjudice d’accompagnement ;
S’agissant des préjudices de M. O... AE..., son fils :
- 737,28 euros au titre des frais divers ;
- 47 241,60 euros au titre de sa perte de revenus ;
- 40 000 euros au titre de l’incidence professionnelle ;
- 20 000 euros au titre de son préjudice d’affection avant son décès ;
- 16 000 euros au titre des troubles dans ses conditions d’existence ;
- 28 000 euros au titre de son préjudice d’affection après son décès ;
- 20 000 euros au titre de son préjudice d’accompagnement ;
S’agissant des préjudices de Mme Z... AE..., sa belle-fille :
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection et des troubles dans ses conditions d’existence ;
S’agissant des préjudices de M. G... I... AE..., son petit-fils :
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection ;
S’agissant des préjudices de Mme P... AE..., sa petite-fille :
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection ;
S’agissant des préjudices de M. T... AD... AE..., son fils :
- 25 059,84 euros au titre des frais divers ;
- 179 220 euros au titre de sa perte de revenus ;
- 40 000 euros au titre de l’incidence professionnelle ;
- 20 000 euros au titre de son préjudice d’affection avant son décès ;
- 16 000 euros au titre des troubles dans ses conditions d’existence ;
- 28 000 euros au titre de son préjudice d’affection après son décès ;
- 20 000 euros au titre de son préjudice d’accompagnement ;
S’agissant des préjudices de Mme L... AE..., sa petite-fille :
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection avant son décès ;
- 8 000 euros au titre des troubles dans ses conditions d’existence ;
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection après son décès ;
S’agissant des préjudices de Mme K... AE..., sa petite-fille :
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection avant son décès ;
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection après son décès ;
S’agissant des préjudices de M. S... AE..., son petit-fils :
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection avant son décès ;
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection après son décès ;
S’agissant des préjudices de Mme F... AE..., sa petite-fille :
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection avant son décès ;
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection après son décès ;
S’agissant des préjudices de M. U... AE..., son fils :
- 1 182,96 euros au titre des frais divers ;
- 33 402,80 euros au titre de sa perte de revenus ;
- 20 000 euros au titre de son préjudice d’affection avant son décès ;
- 16 000 euros au titre des troubles dans ses conditions d’existence ;
- 28 000 euros au titre de son préjudice d’affection après son décès ;
- 20 000 euros au titre de son préjudice d’accompagnement ;
S’agissant des préjudices de Mme Q... AE..., sa belle-fille :
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection avant son décès ;
- 8 000 euros au titre des troubles dans ses conditions d’existence ;
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection après son décès ;
S’agissant des préjudices de M. J... AE..., son petit-fils :
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection avant son décès ;
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection après son décès ;
S’agissant des préjudices de M. V... AE..., son petit-fils :
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection avant son décès ;
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection après son décès ;
S’agissant des préjudices de Mme E... AE..., sa petite-fille :
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection avant son décès ;
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection après son décès ;
S’agissant des préjudices de M. AC... AE..., son petit-fils :
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection avant son décès ;
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection après son décès ;
S’agissant des préjudices de Mme AB... N..., sa fille :
- 870 euros au titre des frais divers ;
- 179 220 euros au titre de sa perte de revenus ;
- 20 000 euros au titre de son préjudice d’affection avant son décès ;
- 16 000 euros au titre des troubles dans ses conditions d’existence ;
- 28 000 euros au titre de son préjudice d’affection après son décès ;
- 16 000 euros au titre de son préjudice d’accompagnement ;
S’agissant des préjudices de M. R... N..., son beau-fils :
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection avant son décès ;
- 8 000 euros au titre des troubles dans ses conditions d’existence ;
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection après son décès ;
S’agissant des préjudices de Mme D... N..., sa petite-fille :
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection avant son décès ;
- 12 000 euros au titre des troubles dans ses conditions d’existence ;
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection après son décès ;
S’agissant des préjudices de M. C... N..., son petit-fils :
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection avant son décès ;
- 12 000 euros au titre des troubles dans ses conditions d’existence ;
- 12 000 euros au titre de son préjudice d’affection après son décès.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 juin 2022, le 10 juillet 2024 et le 24 juillet 2024, le centre hospitalier de Valence, représenté par Me Vital-Durand, conclut, dans le dernier état de ses écritures à la condamnation de la compagnie d’assurances Relyens (anciennement SHAM) à le garantir de l’ensemble des condamnations prononcées à son encontre au profit des consorts AE... et de la CPAM de la Drôme, subsidiairement à la condamnation de la compagnie d’assurances Lloyd’s Insurance Compagny venant aux droits de la société Newline underwriting Management Ltd à le garantir de l’ensemble des condamnations prononcées à son encontre au profit des consorts AE... et de la CPAM de la Drôme, de réduire les prétentions des requérants et de la CPAM de la Drôme à de plus justes proportions, en ce compris les frais dû au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- elle ne conteste le manquement fautif retenu par l’expert ;
- la perte de chance doit être fixée à 60 % ;
- les prétentions des requérants doivent être réduites ;
- la société Relyens doit couvrir les condamnations en vertu de l’article L. 251-2 du code des assurances.
Par un mémoire enregistré le 18 juillet 2022, la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme, représentée par SELARL Folco Tourette Neri, conclut à la condamnation du centre hospitalier de Valence et son assureur à lui verser la somme de 783 616,19 euros augmentée des intérêts au taux légal à compter du 18 juillet 2022, à lui verser l’indemnité forfaitaire de gestion et à ce que soit mise à leur charge une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les débours exposés par la CPAM tels que présentés dans son attestation d’imputabilité doivent lui être remboursés.
Par des mémoires enregistrés le 9 février 2023, et le 24 juillet 2024, la société Lloyd's Insurance compagny, venant aux droits de la société Newline Group, représentée par Me Romatif, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à sa mise hors de cause et de mettre à la charge du centre hospitalier de Valence et son assureur Relyens les condamnations prononcées au profit des consorts AE... et de la CPAM de la Drôme ou à titre subsidiaire d’ordonner une nouvelle expertise et à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de Valence et de la société Relyens une somme de 5 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
-la société Relyens doit couvrir les condamnations ;
-à titre subsidiaire, il y a lieu d’ordonner une nouvelle expertise.
Par des mémoires enregistrés le 11 juillet 2024 et le 8 août 2024, la société Relyens, représentée par Me Ricouard, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à sa mise hors de cause et au rejet des conclusions dirigées à son encontre par le centre hospitalier de Valence, par la CPAM de la Drôme et par la société Lloyd's Insurance compagny, ou à titre subsidiaire de réduire les prétentions des requérants et de la CPAM de la Drôme à de plus justes proportions et à ce que soit mise à la charge de la société Lloyd's Insurance compagny une somme de 4 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la perte de chance doit être fixée à 60 % ;
- les prétentions des requérants doivent être réduites ;
- la société Lloyd's Insurance compagny doit couvrir les condamnations prononcées à l’encontre du centre hospitalier.
Vu :
les autres pièces du dossier ;
le code des assurances ;
le code civil ;
le code de la santé publique ;
le code de la sécurité sociale ;
le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Holzem,
- les conclusions de Mme Pollet,
- et les observations de Me Lettat, représentant les consorts AE..., de Me Vital-Durand, représentant le centre hospitalier de Valence, de Me Romatif représentant la Lloyd’s Insurance Company et de Me Karageorgiou, représentant la société Relyens.
Considérant ce qui suit :
A la suite de sa prise en charge par le SMUR le 15 décembre 2008 et son admission au centre hospitalier de Valence, Mme X... AE... a présenté un état de coma végétatif secondaire à un arrêt cardiaque d’origine hypoxique, lui-même secondaire à un œdème aigu du poumon d’origine cardiogénique. Elle a regagné son domicile le 24 février 2009 et a fait l’objet d’une hospitalisation à domicile jusqu’à son décès survenu le 13 octobre 2016. Les consorts AE... demandent l’indemnisation de leurs préjudices propres et ceux de Mme X... AE..., en qualité d’ayants-droits.
Sur la responsabilité du centre hospitalier de Valence :
Aux termes de l'article R. 6311-2 du code de la santé publique : « (...) les services d'aide médicale urgente : / 1° Assurent une écoute médicale permanente; / 2° Déterminent et déclenchent, dans le délai le plus rapide, la réponse la mieux adaptée à la nature des appels (…) ». Aux termes de l'article L. 1142-1 du même code : « 1. Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. (...) ». Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou du traitement d’un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d’obtenir une amélioration de son état de santé ou d’échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l’établissement et qui doit être intégralement réparé n’est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d’éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l’hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l’ampleur de la chance perdue.
D’une part, sans qu’il soit besoin de diligenter une nouvelle expertise, il résulte de l’instruction, ainsi que l’a retenu le docteur AH... dans son rapport d’expertise du 10 mai 2019, que le médecin régulateur du SAMU 26, contacté à 7h du matin le 15 décembre 2008, a procédé à un interrogatoire bref et imprécis auprès du fils de Mme X... AE..., non adapté à la situation et non conforme aux recommandations applicables, avant de décider l’envoi d’une simple ambulance privée au domicile de la victime. L’insuffisance des questions posées lors de la régulation ont conduit à la sous-estimation de la gravité de l’état de santé de Mme AE... et les ambulanciers envoyés sur place, qui n’ont pu faire face à la gravité de cet état de santé, ont été obligé de contacter de nouveau le SAMU à 7h28 et d’attendre le SMUR qui n’a finalement pris en charge Mme AE... qu’à 7h49. Cette erreur de diagnostic initiale a donc retardé l’arrivée du SMUR qui était la seule réponse adéquate à l’état de la patiente. Ainsi, la faute commise par le SAMU 26 lors de la prise en charge de l’appel engage la responsabilité du centre hospitalier de Valence.
Sur la perte de chance :
Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d’un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d’obtenir une amélioration de son état de santé ou d’échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l’établissement et qui doit être intégralement réparé n’est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d’éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l’hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l’ampleur de la chance perdue.
Pour déterminer l’ampleur de la perte de chance que la faute commise a causé à Mme AE..., l’expert s’est appuyé sur des données médicales précises qui ne sont remises en cause par aucun élément médical sérieux par les parties. L’expert a pris en compte le fait que, sous traitement intensif, l’état de santé des patients atteint de la même pathologie que Mme AE... est très souvent réversible et également les contraintes inhérentes à la gestion des appels d’urgence par le SAMU. Il y a ainsi lieu de considérer que compte tenu de l'ampleur de la chance perdue, la fraction des préjudices indemnisables doit être fixée à 80 %, ainsi que l’a retenu l’expert.
Sur les préjudices propres de la victime :
Aux termes du premier alinéa de l’article 724 du code civil : « Les héritiers désignés par la loi sont saisis de plein droit des biens, droits et actions du défunt ». Le droit à réparation d’un dommage est transmis aux héritiers même si la victime décède avant d’avoir introduit une action en réparation. Chaque héritier a dès lors qualité, le cas échéant sans le concours des autres indivisaires, pour exercer l’action indemnitaire tendant à obtenir, au bénéfice de la succession, la réparation du préjudice subi. Le juge du fond doit dès lors condamner l'établissement à réparer l'ensemble du préjudice au bénéfice de la succession et non à payer une somme correspondant à la part du requérant dans les droits de succession.
En ce qui concerne les dépenses de santé actuelles et futures :
Mme AE... a été hospitalisée à domicile à compter du 24 février 2009 et jusqu’au 13 octobre 2016, date de son décès. Des dépenses de santé ont été exposées de manière certaine pour sa prise en charge, à savoir des couches de protection pour les selles, des gants et des alèses et il y a lieu d’en évaluer le montant, même si les requérants n’ont conservé aucune facture. En revanche, le remboursement du savon liquide, sollicité uniquement au titre des dépenses de santé futures, ne peut être considéré comme une dépense en lien avec la faute commise. En prenant en compte le prix des couches de protection, des gants et des alèses mentionnés par les requérants ainsi que le renouvellement qui apparaît conforme aux besoins de Mme AE... pour la période du 24 février 2009 au 13 octobre 2016, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en allouant une somme de 9 800 euros, étant précisé qu’il y a, par application du principe de préférence de l’article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, d’indemniser Mme AE... de la totalité de ces dépenses de santé.
En ce qui concerne les frais divers :
Il résulte de l’instruction qu’une somme de 720 euros a été versée par les consorts AE... pour les honoraires de leur médecin conseil lors de la procédure d’expertise diligentée par le tribunal judiciaire de Valence, somme qu’il convient d’indemniser dans sa totalité.
En ce qui concerne l’aide par tierce personne jusqu’au décès de Mme AE... :
Mme AE... en coma profond pendant huit ans à la suite de sa prise en charge, présentait un état de dépendance total qui a nécessité, pour son hospitalisation à domicile, une présence et des soins constants assurés par sa belle-fille, Mme AA... AE... qui atteste, qu’outre les soins prodigués, une surveillance de sa belle-mère était nécessaire toutes les 3 heures ce jusqu’à son décès le 13 octobre 2016. Il résulte de l’instruction que Mme AE... bénéficiait par ailleurs quotidiennement de soins infirmiers et d’une aide-soignante. Par suite, il sera fait une juste appréciation de son besoin d’aide par une tierce personne en la fixant à 20 heures par jour pour tenir compte des aides extérieures et de la périodicité de la surveillance nécessité par son état de santé. Sur la base d’un taux horaire de 19 euros tenant compte des majorations pour les dimanches et les jours fériés et des périodes de congés payés, le préjudice s’élève à la somme de 847 856 euros, après application du taux de perte de chance.
En ce qui concerne le déficit fonctionnel temporaire :
Mme AE... présentait un œdème pulmonaire grave qui aurait nécessité une semaine d’hospitalisation sans prise en charge fautive. Dans cette mesure, le déficit fonctionnel temporaire total qu’elle a subi lors de son hospitalisation au centre hospitalier de Valence est en lien avec la faute commise par le SAMU à compter du 23 décembre 2008 et jusqu’au 24 février 2009. A compter de cette date, l’expert a évalué le déficit fonctionnel temporaire partiel de Mme AE... à 99%, qu’il y a lieu d’indemniser jusqu’au jour de la consolidation de son état de santé le 3 février 2011. Il y a lieu dans ces conditions, d’indemniser ce préjudice sur la base de 29 euros par jour de déficit fonctionnel temporaire total, à hauteur de 18 000 euros, après application du taux de perte de chance.
En ce qui concerne les souffrances endurées :
Pendant huit années, Mme AE..., maintenue en état de coma, a subi des soins invasifs (alimentation par voie entérale, sonde urinaire, intubation…), des escarres, une trachéotomie et globalement une dégradation lente de son état de santé ayant conduit à son décès. Dans ces conditions, les souffrances endurées peuvent être fixées à 7 sur une échelle de 7 niveaux, ainsi que le préconise l’expert. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en allouant une somme de 52 000 euros, après application du taux de perte de chance.
En ce qui concerne les préjudices esthétiques temporaire et permanent :
Mme AE..., âgée de 60 ans au jour de sa prise en charge fautive, a vu son aspect physique se dégrader de manière très importante ce pendant huit ans. Il sera fait une juste appréciation de ces postes de préjudice en allouant une somme de 64 000 euros, après application du taux de perte de chance.
En ce qui concerne le déficit fonctionnel permanent :
Mme AE... n’a pas connu d’évolution favorable de son état de santé après consolidation (coma profond évalué à 8/15 sur l’échelle de Glasgow). Son déficit fonctionnel permanent peut être fixé à 99%, taux retenu pour son déficit fonctionnel temporaire partiel avant consolidation. Il y a lieu d’indemniser ce préjudice pour la période post-consolidation jusqu’à son décès en prenant en compte le barème dit W... de l’année 2025. A ce titre, compte tenu de l’âge de Mme AE... à la date de la consolidation de son état de santé et de son âge à la date de son décès, il sera fait une juste appréciation de la réparation de ce chef de préjudice en l’évaluant à la somme de 133 000 euros, après application du taux de perte de chance.
En ce qui concerne le préjudice d’agrément :
Le préjudice d’agrément réside dans l’impossibilité ou la plus grande difficulté pour la victime de pratiquer régulièrement une activité spécifique de loisirs et non pas la perte de qualité de vie subie du fait du handicap, laquelle est prise en compte au titre du déficit fonctionnel permanent. En l’espèce, il est attesté que Mme AE... pratiquait régulièrement le tricot, la marche à pied, le jardinage et la cuisine. Il sera fait une juste évaluation de ce préjudice en le fixant à 1 000 euros, après application du taux de perte de chance.
En ce qui concerne le préjudice sexuel :
L’état de santé de Mme AE... s’opposait à toute pratique sexuelle. Il sera fait une juste évaluation de ce préjudice en allouant une somme de 8 000 euros, après application du taux de perte de chance.
Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu de condamner le centre hospitalier de Valence à verser aux requérants ayants-droits de Mme X... AE... une somme de 1 134 376 euros au titre des préjudices propres de la victime.
Sur les préjudices des victimes par ricochet :
En ce qui concerne les frais de déplacement :
En premier lieu il apparaît que MM. AG..., H..., O... et U... AE..., époux et fils de la victime habitaient tous au même endroit au moment de l’hospitalisation de Mme X... AE..., de sorte que s’il peut être considéré qu’ils se sont déplacés quotidiennement au chevet de la victime, il ne peut être indemnisé plus d’un aller et retour par jour au centre hospitalier de Valence pour ces quatre requérants, compte tenu des restrictions horaires et en nombre de personnes des visites autorisées. Faute de production d’une carte grise du véhicule ayant servi à ces déplacements, il sera fait application du barème fiscal le plus faible des indemnités kilométriques au titre des années 2008 et 2009. Ainsi, compte tenu de la distance séparant leurs lieux d’habitation du centre hospitalier de Valence et de la période d’hospitalisation de Mme X... AE... (exception faite de la semaine d’hospitalisation en lien avec son état de santé) et après application du taux de perte de chance, il sera alloué à MM. AG..., H..., O... et U... AE... une somme de 350 euros au titre de ces frais.
En deuxième lieu, il apparaît que M. T... AD... AE... habitait à l’époque de l’hospitalisation de sa mère au 14 allée des Abélias à Montélier. Il peut être tenu pour acquis qu’il s’est déplacé quotidiennement au chevet de sa mère, comme ses frères et son père. Faute de production d’une carte grise du véhicule ayant servi à ces déplacements, il sera fait application du barème fiscal le plus faible des indemnités kilométriques au titre des années 2008 et 2009. Ainsi, compte tenu de la distance séparant son lieu d’habitation du centre hospitalier de Valence et de la période d’hospitalisation de Mme X... AE... (exception faite de la semaine d’hospitalisation en lien avec son état de santé) et après application du taux de perte de chance, il lui sera alloué une somme de 160 euros.
En dernier lieu, s’agissant des déplacements de Mme AB... N..., fille de la victime, depuis la Turquie, celle-ci a produit, à la suite de la demande de pièces complémentaires, des captures d’écran d’un relevé des sorties du territoire jusqu’en 2011 qui sont illisibles, de sorte qu’elle ne rapporte pas la preuve, faute de tout élément suffisamment probant, de ses déplacements jusqu’en 2010. A compter de 2011 et jusqu’au décès de sa mère, son passeport revêt des tampons d’entrée et de sortie du territoire difficilement lisibles d’où il apparaît qu’il peut être tenu pour acquis des déplacements en avion de la Turquie vers la France au moins une fois par an. En revanche, ces mêmes mentions portées pour les années 2019 et 2020, soit postérieurement au décès de sa mère n’apparaissent pas en lien avec la faute commise. Dans ces conditions, en prenant en compte un coût moyen d’un vol aller et retour entre la France et la Turquie et après application du taux de perte de chance, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en allouant une somme de 300 euros.
En ce qui concerne les autres préjudices de M. AG... AE..., époux de la victime :
M. AG... AE... habitait avec son épouse plongée dans le coma jusqu’à son décès. Il sera fait une juste évaluation de son préjudice d’affection en le fixant à la somme de 24 000 euros, après application du taux de perte de chance. De même, son préjudice d’accompagnement sera justement évalué à la somme de 20 000 euros, compte tenu de l’état de coma de son épouse et après application du taux de perte de chance. En revanche, M. AG... AE... qui n’est pas victime directe de la faute médicale ne saurait se prévaloir d’un préjudice sexuel indépendant, préjudice déjà indemnisé au titre du préjudice d’accompagnement.
En ce qui concerne les préjudices de la famille de M. H... AE..., fils de la victime :
S’agissant des préjudices de H... AE... :
En premier lieu, M. H... AE... se prévaut d’une perte de revenus locatifs dès lors qu’il a accueilli sa mère et son père pendant son coma à l’étage de sa maison. Cependant, il ne résulte pas de l’instruction que cet étage ait été initialement destiné à la location, le requérant ne démontrant d’ailleurs pas que cet étage ait été loué après le décès de sa mère. Cette demande doit par suite être écartée.
En deuxième lieu, si le requérant se prévaut d’une perte de revenus salariés actuelle et future, et s’il n’est pas dénié la difficulté de mener une vie normale en raison du coma de sa mère, il ne résulte pas de l’instruction que son état psychique l’ait empêché d’exercer toute activité professionnelle à la suite de la liquidation judiciaire de la société de son frère dans laquelle il travaillait, alors au demeurant qu’il a retrouvé du travail dès le 25 février 2011 jusqu’au 30 juin 2018 dans la société de son autre frère, période à l’issue de laquelle il a été licencié.
En troisième lieu, en prenant en compte le fait qu’il a hébergé sa mère et son père pendant le coma de celle-ci, il sera fait une juste évaluation de son préjudice d’affection en le fixant à la somme de 16 000 euros, après application du taux de perte de chance. De même, son préjudice d’accompagnement (incluant les jours de congés qu’il dit avoir posé au moment de l’accident) et qui inclut ses troubles dans les conditions d’existence ont été très importants. Il sera fait une juste évaluation de ces préjudices en allouant une somme de 20 000 euros après application du taux de perte de chance.
S’agissant des préjudices de AA... AE... :
Il résulte de l’instruction que Mme AA... AE..., belle-fille de la victime, s’est occupée d’elle quotidiennement jusqu’à son décès. Par suite, il sera fait une juste évaluation de son préjudice d’affection en le fixant à la somme de 12 000 euros, après application du taux de perte de chance. Compte tenu des soins et de l’attention quotidienne apportés à Mme X... AE... par la requérante, il sera fait une juste appréciation de son préjudice d’accompagnement en lui allouant une somme de 32 000 euros au titre du préjudice d’accompagnement, après application du taux de perte de chance.
S’agissant des préjudices de X..., M..., AG... et AI... AE... :
En premier lieu, Mme X... AE... est la petite-fille de la victime et vivait chez ses parents lors du coma de sa grand-mère. Elle a travaillé en mai 2013 pendant 14 mois au supermarché Auchan à Guilherand-Grange et fait valoir qu’elle aurait été contrainte de cesser toute activité professionnelle pour aider sa mère à s’occuper de sa grand-mère. Pourtant, alors que la victime était déjà dans le coma depuis 4 ans et demi à cette date, le lien entre l’arrêt de son activité professionnelle et l’état de santé de sa grand-mère n’est pas établi. Il n’y a pas lieu de faire droit aux demandes d’indemnisation de pertes de salaire à ce titre.
En deuxième lieu, il sera fait une juste évaluation du préjudice d’affection de X..., M... et AG... AE..., petites-filles et petit-fils de la victime avec qui ils habitaient au moment de son coma, en leur allouant une somme de 6 400 euros chacun après application du taux de perte de chance. De même, leur préjudice d’accompagnement sera justement indemnisé en allouant une somme de 3 200 euros chacun, après application du taux de perte de chance, étant précisé que les échecs scolaires de AG... et M... ne peuvent être considérés comme en lien avec l’état de santé de leur grand-mère.
En dernier lieu, Mme AI... AE... est née le 23 décembre 2008, quelques jours après la prise en charge initiale de sa grand-mère et n’a donc connu cette dernière que dans le coma. Il sera fait une juste évaluation de son préjudice d’affection, en prenant en compte le fait que la victime vivait à son domicile, en allouant une somme de 3 200 euros après application du taux de perte de chance. Il n’est pas contesté que l’état de santé de sa grand-mère a privé AI... de l’entière disponibilité de ses parents, de sorte qu’il y a lieu d’allouer au titre de son préjudice d’accompagnement une somme de 1 600 euros, après application du taux de perte de chance. AI... AE... étant mineure à la date du présent jugement, cette somme sera versée à ses parents.
En ce qui concerne les préjudices de la famille de M. O... AE..., fils de la victime :
S’agissant des préjudices de O... AE... :
En premier lieu, si M. O... AE... se prévaut d’une perte de salaires, en faisant valoir que sa société a été mise en redressement judiciaire, que son activité d’architecte n’a pas fonctionné et qu’il a été licencié de la société gérée par son frère, aucun élément de l’instruction n’établit le lien de causalité entre ces pertes de revenu et l’état de santé de sa mère. De même, il n’est pas établi par l’instruction que la faute commise lors de la prise en charge de sa mère soit en lien direct et certain avec le préjudice d’incidence professionnelle dont il se prévaut qui, au demeurant, est un préjudice propre aux victimes directes. Ces prétentions doivent par suite être écartées.
En second lieu, il résulte de l’instruction qu’au moment de la prise en charge de sa mère, O... AE... vivait avec ses parents. S’il a ensuite déménagé avec son épouse, il apparaît qu’il résidait dans la même rue que ses parents. Ainsi, il sera fait une juste évaluation de son préjudice d’affection en le fixant à la somme de 14 000 euros, après application du taux de perte de chance. De même, son préjudice d’accompagnement sera justement évalué en allouant une somme de 6 400 euros après application du taux de perte de chance.
S’agissant des préjudices de Z... AE... :
Mme Z... AE..., belle-fille de la victime, a peu connu sa belle-mère avant sa prise en charge. Pour autant, dans la mesure où elle habitait le même quartier qu’elle, il sera fait une juste appréciation de son préjudice d’affection et des troubles dans ses conditions d’existence en lui allouant une somme de 1 600 euros, après application du taux de perte de chance.
S’agissant des préjudices de G... et P... AE... :
Ces deux enfants sont nés après le décès de leur grand-mère et ne l’ont jamais connu, de sorte qu’il n’y a pas lieu d’indemniser leur préjudice d’affection.
En ce qui concerne les préjudices de la famille de M. T... AD... AE... :
S’agissant des préjudices de M. T... AD... AE... :
En premier lieu, si M. T... AD... AE..., fils de la victime, se prévaut d’une perte de plus-value immobilière lors de la vente de sa maison le 30 juin 2015, il n’est pas établi que la décision de procéder à cette vente soit en lien avec sa situation financière qui elle-même serait liée à la fermeture de son entreprise en 2011 qui elle-même serait liée à l’état de santé de sa mère. Il en est de même de la perte de revenus dont il se prévaut, dont le lien avec la prise en charge de sa mère n’est aucunement établi, et de l’incidence professionnelle qui est un préjudice propre aux victimes directes. Ces prétentions doivent donc être écartées.
En second lieu, il résulte de l’instruction que M. T... AD... AE... vivait à proximité de ses parents et ses frères. Ainsi, il sera fait une juste évaluation de son préjudice d’affection en le fixant à la somme de 14 000 euros, après application du taux de perte de chance. De même, son préjudice d’accompagnement sera justement évalué en allouant une somme de 6 400 euros après application du taux de perte de chance.
S’agissant des préjudices de Mme L... AE... :
Mme L... AE..., belle-fille de la victime, n’établit pas les troubles dans les conditions d’existence dont elle fait état. En revanche, la proximité géographique avec sa belle-mère justifie que lui soit allouée une somme de 1 600 euros après application du taux de perte de chance, au titre de son préjudice d’affection.
S’agissant des préjudices K..., S... et F... AE... :
Il sera fait une juste appréciation des préjudices d’affection K... et S..., âgés de 5 et 3 ans au moment de la prise en charge de leur grand-mère, en leur allouant une somme de 960 euros chacun, après application du taux de perte de chance.
F... est née après la prise en charge fautive de sa grand-mère et ne l’a connu que dans le coma. Il y a lieu de lui allouer, au titre du préjudice d’affection une somme de 640 euros, après application du taux de perte de chance, qu’il y aura lieu de verser à ses parents, compte tenu de sa minorité au jour du présent jugement.
En ce qui concerne les préjudices de la famille de M. U... AE... :
S’agissant des préjudices U... AE... :
En premier lieu, pour les motifs exposés ci-dessus au sujet de ses frères, le lien de causalité entre la perte de revenus dont il se prévaut et la prise en charge fautive de sa mère n’est pas établi.
En second lieu, il résulte de l’instruction que M. U... AE... a dû déménager avec sa famille pour laisser sa mère et son père vivre dans la maison de H... AE..., qu’il occupait jusqu’alors. A la suite de son déménagement, il a vécu dans le même quartier à proximité de ses parents et ses frères. Ainsi, il sera fait une juste évaluation de son préjudice d’affection en le fixant à la somme de 14 000 euros, après application du taux de perte de chance. De même, son préjudice d’accompagnement sera justement évalué en allouant une somme de 6 400 euros après application du taux de perte de chance.
S’agissant des préjudices de Mme Q... AE... :
Mme Q... AE..., belle-fille de la victime, n’établit pas les troubles dans les conditions d’existence dont elle fait état. En revanche, la proximité géographique avec sa belle-mère justifie que lui soit allouée une somme de 1 600 euros après application du taux de perte de chance, au titre de son préjudice d’affection.
S’agissant des préjudices J..., V..., E... et AC... :
J... AE... était âgé de 2 mois au jour de la prise en charge fautive de sa grand-mère, de sorte qu’il ne l’a connue que dans le coma. V..., E... et AC... sont nés après la prise en charge de leur grand-mère. Il sera fait une juste appréciation de leur préjudice d’affection en allouant à chacun une somme de 640 euros, après application du taux de perte de chance, qu’il y aura lieu de verser à leurs parents, compte tenu de leur minorité au jour du présent jugement.
En ce qui concerne les préjudices de la famille de Mme AB... N... :
S’agissant de Mme AB... N... :
Mme AB... N..., fille de la victime, habite en Turquie. Elle fait valoir qu’avant son accident ses parents venaient régulièrement en vacances. Il sera fait une juste appréciation de son préjudice d’affection en lui allouant une somme de 10 000 euros après application du taux de perte de chance. En revanche, alors que Mme AB... a difficilement établi ses allers-retours en France à un par an, il n’y a pas lieu de considérer qu’elle justifie d’un préjudice supplémentaire au titre des troubles dans les conditions d’existence ou un préjudice d’accompagnement. De même et pour les mêmes motifs, la réalité du préjudice de pertes de gains professionnels n’apparaît pas établie par l’instruction.
S’agissant de R..., C... et D... N... :
M. R... N..., beau-fils de la victime, ne justifie pas des liens qu’il entretenait avec sa belle-mère avant la prise en charge fautive et ne justifie donc ni d’un préjudice d’affection ni d’un préjudice d’accompagnement. De même C... et D... N..., petits-enfants de la victime, ne démontre pas de lien particulier avec leur grand-mère et ne justifient pas non plus de leur préjudice d’affection. Leurs demandes à ce titre ne peuvent qu’être écartées.
Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier de Valence doit être condamné à verser aux héritiers de Mme X... AE... une somme de 1 134 376 euros, à MM. AG..., O..., H... et U... AE... une somme de 350 euros, à M. AG... AE... une somme de 44 000 euros, à M. H... AE... une somme de 36 000 euros, à Mme AA... AE... une somme de 44 000 euros, à Mme X... AE... (petite-fille) une somme de 9 600 euros, à Mme M... AE... une somme de 9 600 euros, à M. AG... AE... (petit-fils) une somme de 9 600 euros, à M. et Mme H... et AA... AE... une somme de 4 800 euros au titre des préjudices de AI... AE..., à M. O... AE... une somme de 20 400 euros, à Mme Z... AE... une somme de 1 600 euros, à M. T... AD... AE... une somme de 20 560 euros, à Mme L... AE... une somme de 1 600 euros, à Mme K... AE... une somme de 960 euros, à M. S... AE... une somme de 960 euros, à M. et Mme T... AD... et L... AE... une somme de 640 euros au titre des préjudices subis par F... AE..., à M. U... AE... une somme de 20 400 euros, à Mme Q... AE... une somme de 1 600 euros, à M. et Mme U... et Q... AE... une somme de 2 560 euros au titre des préjudices subis par J..., V..., E... et AC... AE... et à Mme AB... N... une somme de 10 300 euros.
Sur les débours de la CPAM de la Drôme :
Ainsi qu’il a été dit au point 10, l’hospitalisation de Mme AE... au titre de la période du 15 décembre 2008 au 22 décembre 2008 peut être considérée comme nécessaire pour le traitement de son état antérieur, même sans faute. Par suite, la CPAM a droit au remboursement des frais hospitaliers pour la période du 23 décembre 2008 au 24 février 2009, auxquels s’ajoutent les frais médicaux, les frais pharmaceutiques et les soins post-consolidation pour lesquels a été produite une attestation d’imputabilité soit un montant total de 761 598,77 euros. Les demandes de la CPAM, s’agissant de ces dépenses de santé imputables seulement à 80% à la faute du centre hospitalier de Valence, doivent, eu égard à l’application du principe de préférence de l’article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, être diminuées de la somme versée aux requérants ayants-droits de Mme X... AE... à ce titre, soit 607 319,02 euros. Par suite, le centre hospitalier de Valence doit être condamné à verser à la CPAM la somme de 607 319,02 euros, augmentée des intérêts au taux légal à compter du 18 juillet 2022. Elle est également en droit de demander le versement de l’indemnité prévue par l’article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, pour un montant de 1 228 euros.
Sur les appels en garantie présentés par le centre hospitalier de Valence :
Aux termes de l’article L. 1142-2 du code de la santé publique : « (…) les établissements de santé (…) sont tenus de souscrire une assurance destinée à les garantir pour leur responsabilité civile ou administrative susceptible d'être engagée en raison de dommages subis par des tiers et résultant d'atteintes à la personne, survenant dans le cadre de l'ensemble de cette activité (…) ». Aux termes de l’article L. 251-2 du code des assurances : « Constitue un sinistre, pour les risques mentionnés à l'article L. 1142-2 du code de la santé publique, tout dommage ou ensemble de dommages causés à des tiers, engageant la responsabilité de l'assuré, résultant d'un fait dommageable ou d'un ensemble de faits dommageables ayant la même cause technique, imputable aux activités de l'assuré garanties par le contrat, et ayant donné lieu à une ou plusieurs réclamations. / Constitue une réclamation toute demande en réparation amiable ou contentieuse formée par la victime d'un dommage ou ses ayants droit, et adressée à l'assuré ou à son assureur. / Tout contrat d'assurance conclu en application de l'article L. 1142-2 du même code garantit l'assuré contre les conséquences pécuniaires des sinistres pour lesquels la première réclamation est formée pendant la période de validité du contrat, quelle que soit la date des autres éléments constitutifs du sinistre, dès lors que le fait dommageable est survenu dans le cadre des activités de l'assuré garanties au moment de la première réclamation. / Le contrat d'assurance garantit également les sinistres dont la première réclamation est formulée pendant un délai fixé par le contrat, à partir de la date d'expiration ou de résiliation de tout ou partie des garanties, dès lors que le fait dommageable est survenu pendant la période de validité du contrat et dans le cadre des activités garanties à la date de résiliation ou d'expiration des garanties, quelle que soit la date des autres éléments constitutifs du sinistre. Ce délai ne peut être inférieur à cinq ans./ (…) / Le contrat ne garantit pas les sinistres dont le fait dommageable était connu de l'assuré à la date de la souscription./ Lorsqu'un même sinistre est susceptible de mettre en jeu la garantie apportée par plusieurs contrats successifs, il est couvert en priorité par le contrat en vigueur au moment de la première réclamation, sans qu'il soit fait application des dispositions des quatrième et cinquième alinéas de l'article L. 121-4 ».
Il résulte de ces dispositions que les contrats d’assurance conclus par les établissements de santé publics aux fins de les garantir s’agissant des actions mettant en cause leur responsabilité au titre des risques mentionnés à l’article L. 1142-2 du code de la santé publique garantissent les sinistres pour lesquels la première réclamation est formée pendant la période de validité du contrat ou pendant une période subséquente d’une durée minimale de cinq ans, à l’exception des sinistres dont le fait dommageable était connu de l’établissement de santé à la date de la souscription du contrat. Pour l’application de cette dernière règle, résultant du sixième alinéa de l’article L. 251-2 du code des assurances, un fait dommageable subi par un patient doit être regardé comme connu de l’établissement de santé à une certaine date si, à cette date, sont connus de ce dernier non seulement l’existence du dommage subi par le patient mais aussi celle d’un fait de nature à engager la responsabilité de l’établissement à raison ce dommage.
Il résulte de l’instruction que le centre hospitalier de Valence était couvert par un contrat d’assurance contracté auprès d’AXA France IARD jusqu’au 31 décembre 2008. A compter du 1er janvier 2009, a été souscrit un contrat d’assurance auprès de la société Newline, aux droits de laquelle vient la société Lloyd’s insurance company. Ce contrat s’est achevé le 31 décembre 2014. A compter du 1er janvier 2015, le centre hospitalier était assuré par la SHAM, devenue société Relyens.
D’une part, il résulte des affirmations des requérants non contestées et non remises en cause par l’instruction que la plainte pénale déposée par les requérants le 16 mars 2011 a été déposée contre X et ne mettait pas en cause à ce stade le centre hospitalier de Valence. Ainsi, la première demande en réparation formalisée par les consorts AE... est constituée par l’assignation en référé expertise provision auprès du tribunal de grande instance de Valence le 27 juin 2016. Cette saisine constitue la première réclamation au sens du deuxième alinéa de l’article L. 251-2 du code des assurances.
D’autre part, si à la suite du dépôt de la plainte pénale par les consorts AE..., un rapport d’expertise diligentée par le juge instructeur, a mis en cause la gestion de l’appel du fils de Mme AE... par le médecin régulateur du SAMU en évoquant une défaillance, il ne résulte pas de l’instruction que le centre hospitalier de Valence ait eu connaissance de cet élément alors qu’il n’apparaît pas comme ayant été mis en cause dans cette procédure pénale. D’ailleurs, l’ensemble des courriers échangés au cours de la période considérée, s’ils révèlent la connaissance du centre hospitalier du dommage, ne révèlent aucunement sa connaissance de la mise en cause de sa responsabilité du fait de la gestion du sinistre réalisée par le SAMU. De même, ni les demandes de transmission des bandes sonores de l’appel au SAMU ni aucun des courriers échangés entre le centre hospitalier, les consorts AE... et l’agence régionale de santé ne démontrent la connaissance par le centre hospitalier de Valence d’un fait de nature à engager sa responsabilité à raison de ce dommage. Dans ces conditions, en vertu des dispositions précitées de l’article L. 251-2 du code des assurances, la SHAM devenue société Relyens doit être solidairement condamnée avec le centre hospitalier de Valence à verser aux requérants les différentes indemnités couvrant les préjudices subis. La société Lloyd’s Insurance Company doit, elle, être mise hors de cause.
Sur les frais de procès :
D’une part, en vertu des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par le centre hospitalier de Valence et la société Relyens doivent dès lors être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de société Lloyd’s Insurance Company tendant à la condamnation du centre hospitalier de Valence et de la société Relyens à ce même titre. En revanche, le centre hospitalier de Valence et la société Relyens verseront solidairement une somme de 1 200 euros à la CPAM de la Drôme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D’autre part, dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre solidairement à la charge du centre hospitalier de Valence et de la société Relyens une somme de 2 000 euros à verser aux consorts AE... en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er :
La société Lloyd’s insurance company est mise hors de cause.
Article 2 :
Le centre hospitalier de Valence est condamné à verser aux héritiers de Mme X... AE... la somme de 1 134 376 euros.
Article 3 :
Le centre hospitalier de Valence est condamné à verser à MM. AG..., O..., H... et U... AE... une somme de 350 euros.
Article 4 :
Le centre hospitalier de Valence est condamné à verser à M. AG... AE..., époux de la victime, une somme de 44 000 euros.
Article 5 :
Le centre hospitalier de Valence est condamné à verser à M. H... AE... une somme de 36 000 euros.
Article 6 :
Le centre hospitalier de Valence est condamné à verser à Mme AA... AE... une somme de 44 000 euros.
Article 7 :
Le centre hospitalier de Valence est condamné à verser à Mme X... AE... (petite-fille) une somme de 9 600 euros.
Article 8 :
Le centre hospitalier de Valence est condamné à verser à Mme M... AE... une somme de 9 600 euros.
Article 9 :
Le centre hospitalier de Valence est condamné à verser à M. AG... AE... (petit-fils) une somme de 9 600 euros.
Article 10 :
Le centre hospitalier de Valence est condamné à verser à M. et Mme H... et AA... AE... une somme de 4 800 euros au titre des préjudices de AI... AE....
Article 11 :
Le centre hospitalier de Valence est condamné à verser à M. O... AE... une somme de 20 400 euros.
Article 12 :
Le centre hospitalier de Valence est condamné à verser à Mme Z... AE... une somme de 1 600 euros.
Article 13 :
Le centre hospitalier de Valence est condamné à verser à M. T... AD... AE... une somme de 20 560 euros.
Article 14 :
Le centre hospitalier de Valence est condamné à verser à Mme L... AE... une somme de 1 600 euros.
Article 15 :
Le centre hospitalier de Valence est condamné à verser à Mme K... AE... une somme de 960 euros.
Article 16 :
Le centre hospitalier de Valence est condamné à verser à M. S... AE... une somme de 960 euros.
Article 17 :
Le centre hospitalier de Valence est condamné à verser à M. et Mme T... AD... et L... AE... une somme de 640 euros au titre des préjudices subis par F... AE....
Article 18 :
Le centre hospitalier de Valence est condamné à verser à M. U... AE... une somme de 20 400 euros.
Article 19 :
Le centre hospitalier de Valence est condamné à verser à Mme Q... AE... une somme de 1 600 euros.
Article 20 :
Le centre hospitalier de Valence est condamné à verser à M. et Mme U... et Q... AE... une somme de 2 560 euros au titre des préjudices subis par J..., V..., E... et AC... AE....
Article 21 :
Le centre hospitalier de Valence est condamné à verser à Mme AB... N... une somme de 10 300 euros.
Article 22 :
Le centre hospitalier de Valence est condamné à verser à la CPAM de la Drôme une somme de 607 319,02 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 18 juillet 2022.
Article 23 :
Le centre hospitalier de Valence est condamné à verser à la CPAM de la Drôme une somme de 1 228 euros au titre de l’indemnité forfaitaire de gestion.
Article 24 :
La société Relyens garantira le centre hospitalier de Valence des condamnations prononcées aux articles 2 à 23.
Article 25 :
Le centre hospitalier de Valence et la société Relyens verseront solidairement aux consorts AE... la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 26 :
Le centre hospitalier de Valence et la société Relyens verseront solidairement une somme de 1 200 euros à la CPAM de la Drôme.
Article 27 :
Le surplus de l’ensemble des conclusions des parties est rejeté.
Article 28 :
Le présent jugement sera notifié à M. O... AE..., en qualité de représentant unique, à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme, à la Lloyd's insurance compagny, au centre hospitalier de Valence et à la société Relyens.
Délibéré après l'audience du 27 janvier 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Bedelet, présidente,
Mme Holzem, première conseillère,
Mme Tocut, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2026.
La rapporteure,
J. Holzem
La présidente,
A. Bedelet
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.