jeudi 15 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2100599 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 8 |
| Avocat requérant | LADET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 janvier 2021 et un mémoire complémentaire enregistré le 29 juin 2022, Mme C D, représentée par Me Ladet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 19 octobre 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Isère a confirmé un indu d'aide personnelle au logement d'un montant de 7 992,04 euros pour la période d'août 2014 à juillet 2017.
2°) de prononcer la décharge de la dette en cause ;
A titre subsidiaire :
3°) de prononcer la remise totale de sa dette ;
En tout état de cause :
4°) d'enjoindre la caisse d'allocations familiales de l'Isère à cesser toute retenue sur les prestations versées et à lui restituer, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, la somme de 340,13 euros en restitution des prélèvements indus sur ses prestations au titre de la prime d'activité ;
5°) d'assortir cette injonction d'une astreinte de 100 euros par jour de retard ;
6°) de condamner la caisse d'allocations familiales de l'Isère au paiement de dommages et intérêts à hauteur de 1 000 euros, ainsi qu'à 2 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser directement à Me Ladet,
Elle soutient que :
- elle n'était pas au courant des déclarations frauduleuses qu'effectuait son mari ;
- son marié était le seul interlocuteur de la caisse d'allocations familiales de l'Isère ;
- son mari percevait seul ces prestations indues ;
- elle a été relaxée du chef d'accusation de déclaration fausse ou incomplète pour obtenir d'un organisme de protection sociale une allocation ou prestation indue par jugement correctionnel du 22 août 2019 ;
- l'indu réclamé est dépourvu de bien-fondé ;
- suite à leur divorce, elle subit seule les prélèvements opérés par la caisse d'allocations familiales de l'Isère au titre de trop-perçus ;
- la décision du 7 septembre 2020 portant rejet de son recours est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est recevable et bien fondée à solliciter la condamnation de la caisse d'allocations familiales de l'Isère à cesser les retenues encore pratiquées sur ses prestations et à lui verser le montant de ses aides personnelles au logement d'un montant de 210,06 euros ainsi que 1 000 euros à titre de dommages et intérêts ;
- elle est de bonne foi ;
- elle est dans l'incapacité financière de rembourser le solde de l'indu.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 juin 2021, la caisse d'allocations familiales de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 février 2021.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code des relations entre l'administration et le public ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A ;
- les observations de Me Marcel, substituant Me Ladet, avocate de Mme D.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B étaient connus de la caisse comme étant mariés depuis 2009 et ayant quatre enfants à charge nés en 2011, 2012, 2013 et 2017. Des vérifications opérées sur leur dossier ont révélé que l'enfant né en 2011 était décédé en Algérie quelques jours après sa naissance et n'avait jamais été à la charge du foyer. Le 26 février 2018, la caisse a notifié à Mme D un indu total de 29 842, 44 euros dont un indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 7 992,04 euros pour la période d'août 2014 à juillet 2017. Mme D a contesté le bien-fondé de cet indu mais, par décision du 12 novembre 2018, le président du conseil départemental de l'Isère a rejeté son recours. La requérante demande l'annulation de cette décision.
Sur le bien-fondé de la créance :
2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
3. Aux termes de l'article L. 351-3 du même code : " Le montant de l'aide personnalisée au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. / Ce barème est établi en prenant en considération : / 1. La situation de famille du demandeur de l'aide occupant le logement et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; / 2. Les ressources et la valeur en capital du patrimoine du demandeur, () et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer ; () / ".
4. Par ailleurs, l'article 220 du code civil dispose que : " Chacun des époux a pouvoir pour passer seul les contrats qui ont pour objet l'entretien du ménage ou l'éducation des enfants : toute dette ainsi contractée par l'un oblige l'autre solidairement ". Il résulte de ces dernières dispositions que les paiements d'indus de prestations sociales sont constitutifs d'une dette d'entretien du ménage, contractée au cours du mariage et qui oblige solidairement les deux époux. Ainsi, ceux-ci sont tenus solidairement au remboursement du trop-perçu d'allocation, alors même que celle-ci n'aurait été nommément attribuée qu'à un seul en raison de sa qualité d'allocataire désigné.
5. La décision du 19 octobre 2020 comporte la mention des circonstances de droit et de fait qui en constitue le fondement. Elle est par suite suffisamment motivée.
6. La circonstance que le jugement du 22 août 2022 du tribunal correctionnel de Grenoble ait condamné M. B pour fausse déclaration en vue d'obtenir indument une prestation sociale mais relaxé Mme D est sans influence sur le bien-fondé de l'indu litigieux et établit au contraire la matérialité des faits ayant conduit à la notification de l'indu. Pendant la période litigieuse, la requérante était encore mariée à M. B et compte tenu de la solidarité entre époux, c'est à bon droit que l'organisme a mis à sa charge l'indu litigieux. Les circonstances, à les supposer établie, qu'elle ait ignoré que son conjoint avait procédé à une fausse déclaration en 2014 et qu'elle ignorait que son époux avait perçu l'aide litigieuse sont sans incidence. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la créance dont il s'agit n'est pas fondée.
Sur la demande de remise gracieuse :
7. Si Mme D demande également la remise gracieuse de sa dette, il résulte de l'instruction que l'indu litigieux est soldé depuis novembre 2019. Ses conclusions sont par suite sans objet et doivent être rejetées sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité.
Sur les conclusions indemnitaires :
8. Aux termes de l'article R. 421-1 du même code : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ".
9. Mme D ne justifie pas, alors que la caisse le conteste expressément, avoir saisi l'administration d'une demande indemnitaire préalablement à la saisine du tribunal. Ses conclusions tendant au versement de 1 000 euros à titre de dommages et intérêts sont par suite irrecevables.
10. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2: Le présent jugement sera notifié à Mme C D épouse B, à Me Ladet et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.
Le président,
J-P. A
La greffière,
L. BOURECHAK
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
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01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026
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01/06/2026