jeudi 16 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2100642 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | LAUMET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er février 2021, Mme A C, représentée par M. B, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 62 409,54 euros en raison d'agissements constitutifs de harcèlement moral ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- depuis son accident de service du 27 juin 2018, elle a subi de fortes pressions exercées par des agents du commissariat d'Annecy pour qu'elle accepte que son accident de service soit qualifié d'accident ordinaire ; ces agissements répétés constituent un harcèlement moral au sens de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 qui s'est notamment manifesté par un refus d'imputabilité au service de ses congés de maladie à compter du 31 octobre 2018 ;
- en raison de ce comportement fautif qui engage la responsabilité de l'administration, elle a réglé des frais médicaux à hauteur de 5 000 euros qui auraient dû être pris en charge au titre de son accident de travail ;
- elle a subi également une perte de revenus de 47 409, 54 euros du fait de son placement à demi traitement et en disponibilité d'office en raison de son état de santé ;
- son préjudice moral et ses troubles dans les conditions d'existence peuvent être évalués à 10 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 mars 2021, le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud-Est déclare qu'il n'est pas compétent pour présenter une défense au nom de l'Etat dans ce dossier.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 avril 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les actes pris pour gérer la situation statutaire de Mme C après son accident du 27 juin 2018 étaient justifiés par son état de santé et, en tout état de cause, ne constituent pas, en eux-mêmes, des actes de harcèlement moral ;
- Mme C n'apporte pas des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral ;
- les préjudices dont elle demande réparation ne trouvent pas leur cause dans le harcèlement moral invoqué.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ban,
- les conclusions de M. Villard, rapporteur publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, adjointe administrative de l'intérieur et de l'outre-mer, a été affectée au sein de la circonscription de sécurité publique (CSP) d'Annecy. Le 27 juin 2018, elle a été victime d'un accident alors qu'elle se trouvait dans les locaux du commissariat d'Annecy provoquant une luxation du genou gauche. Le 3 octobre 2018, la commission de réforme a émis un avis favorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de son accident et a fixé au 31 octobre 2018 la date de consolidation de sa blessure. Par un arrêté du 22 octobre 2018, le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud-Est a reconnu l'imputabilité au service de l'accident du 27 juin 2018 au 31 octobre 2018. Les congés et les soins postérieurs au 31 octobre 2018 de Mme C ont été pris en charge au titre de la maladie ordinaire. Par arrêté du 30 septembre 2019, le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud-Est l'a placée en congé de maladie ordinaire du 1er novembre 2018 au 31 octobre 2019, date à laquelle elle a épuisé ses droits statutaires à congé de maladie ordinaire. Par des arrêtés successifs des 20 mai 2020, 7 décembre 2020 et 22 mars 2021, elle a ensuite été placée en disponibilité d'office pour raison de santé du 1er novembre 2019 au 31 juillet 2020 puis elle a été maintenue dans cette position jusqu'au 1er octobre 2021. Par un courrier du 4 février 2021 notifié au préfet de la zone de défense et de sécurité Sud-Est le 5 février 2021, Mme C a demandé la réparation des préjudices résultant du harcèlement moral dont elle estime être victime notamment en raison du refus de l'administration de reconnaitre l'imputabilité au service de ses congés de maladie à compter du 31 octobre 2018. Par sa requête, elle demande la condamnation de l'Etat à lui verser une indemnité totale de 62 409,54 euros en raison du préjudice qu'elle estime avoir subi.
Sur la responsabilité de l'Etat :
2. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, applicable au litige, dont les dispositions sont désormais reprises à l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".
3. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement, notamment lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'administration auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique
4. Mme C fait valoir que l'administration a exercé des pressions à son encontre et a cherché à l'isoler après son accident survenu le 27 juin 2018 afin de la contraindre à accepter que son accident ne soit pas considéré comme imputable au service.
5. En premier lieu, le fait que l'administration ait sollicité de Mme C des informations complémentaires sur les circonstances précises dans lesquelles son accident est survenu le 27 juin 2018 ne révèle par lui-même aucune marque d'hostilité à son égard. Si, par un courrier du 31 juillet 2018, le commissaire divisionnaire lui a demandé, à nouveau, de transmettre " sans délai " un rapport mentionnant de manière précise les " circonstances réelles de l'accident (fait accidentel, détails, que faisiez-vous dans ce local à ce moment-là) ", les termes employés restent mesurés et n'excèdent pas l'exercice par l'employeur de son pouvoir hiérarchique qui peut l'amener à diligenter une enquête sur les circonstances précises dans lesquelles sont survenues un accident dans les locaux de l'administration, sachant que l'intéressée reconnait elle-même que sa déclaration d'accident de travail était succincte compte tenu des souffrances qu'elle avait endurées à ce moment-là.
6. En deuxième lieu, la procédure d'instruction de l'accident de Mme C a poursuivi son cours normal avec la saisine de la commission de réforme départementale de Haute-Savoie chargée d'émettre un avis sur l'imputabilité au service de son accident après examen de son dossier médical. Bien qu'elle ait été informée par l'administration de la date d'examen de son dossier et des possibilités de se faire entendre ou représenter par un médecin ou une personne de son choix, Mme C n'a pas présenté d'observations et ne s'est pas faite représenter lors de la séance de la commission de réforme. Celle-ci a émis, dans sa séance du 3 octobre 2018, un avis favorable pour un accident de travail jusqu'au 31 octobre 2018. La requérante conteste cet avis en ce qu'il limite l'imputabilité au service au 31 octobre 2018. Toutefois, les circonstances que, d'une part, le 22 août 2018, le médecin de prévention ait donné un avis favorable à l'imputabilité de l'accident de Mme C et ait mentionné que " l'arrêt de travail doit être prolongé " et que, d'autre part, son médecin traitant se soit prononcé en faveur d'un accident de travail ne sont pas de nature à remettre en cause la régularité de cet avis notamment son impartialité et, en tout état de cause, ces éléments médicaux, examinés par la commission, ne constituent pas des faits susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral. Mme C fait encore valoir que la commission a nécessairement fixé la consolidation de son état de santé au 31 octobre avant même que la date de l'opération chirurgicale au genou ne soit fixée par le chirurgien. Il ne résulte cependant pas de l'instruction que cet avis soit incompatible avec son état de santé dès lors, d'une part, que l'imagerie par résonance magnétique (IRM) du genou gauche qu'elle verse à l'instance, réalisée le 18 juillet 2018, fait mention d'une " luxation de rotule récidivante " et des " stigmates de luxation externe spontanément réduite de la rotule " et, d'autre part, Mme C, interrogée plusieurs fois par l'administration sur la date de programmation de son opération chirurgicale, n'a pas été en mesure d'y apporter une réponse précise. Enfin, la requérante n'est pas fondée à se plaindre de ce que la commission de réforme n'a aucunement tenu compte de ses difficultés financières, ces considérations ne relevant pas de ses attributions.
7. En troisième lieu, après l'avis de la commission de réforme, le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud-Est a, par arrêté du 22 octobre 2018, reconnu l'imputabilité au service de l'accident du 27 juin 2018 au 31 octobre 2018. Dès lors que c'est cet arrêté qui fixe la situation statutaire de Mme C et non, comme le fait valoir la requérante, les avis de son médecin ni celui du médecin de prévention, elle avait l'obligation de fournir des arrêts de maladie ordinaire, ce qui justifie les rappels de l'administration sur ce point. Il lui appartenait d'introduire un recours contentieux contre l'arrêté du 22 octobre 2018 si elle s'y croyait fondée après le rejet du recours gracieux qu'elle a présenté en s'appuyant notamment sur l'avis du médecin de prévention du 3 décembre 2018 favorable à la qualification d'accident de travail.
8. Par la suite, en quatrième lieu, les placements successifs de Mme C en congés de maladie ordinaire à compter du 1er novembre 2018 puis en disponibilité d'office pour raison de santé à partir du 1er novembre 2019 s'inscrivent dans la cadre logique de la gestion de sa situation statutaire et ne révèlent par eux-mêmes aucune marque d'hostilité à son égard alors d'ailleurs qu'elle n'a pas saisi le tribunal de recours contentieux pour contester la légalité de ces actes. Par un courrier du 14 février 2019, l'administration a d'ailleurs clairement informé Mme C sur sa situation statutaire et sur les possibilités pour elle de demander un congé de longue maladie ou un congé de longue durée.
9. Par ailleurs, en cinquième et dernier lieu, la requérante ne fournit aucun élément précis et concret à l'appui de ses affirmations selon lesquelles les agents du commissariat d'Annecy auraient exercé à son encontre des fortes pressions et qu'en particulier, le préfet lui aurait interdit de communiquer avec le service gérant son dossier et aurait exigé que tous les courriers passent par lui. A cet égard, les échanges de courriels avec le service chargé de sa prise en charge qu'elle produit à l'instance ne révèlent, dans leur contenu, le ton et les termes employés, aucune intention vexatoire ou humiliante et se rattachent à l'exercice normal du pouvoir hiérarchique de l'employeur.
10. Il suit de là que les agissements invoqués par la requérante après la survenue de son accident le 27 juin 2018 ne sont pas de nature à laisser présumer l'existence d'une attitude de harcèlement moral à son encontre, la gestion de sa situation après son accident du travail n'apparaissant pas motivée par des considérations étrangères à l'intérêt du service. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la responsabilité de son employeur est engagée à raison d'un harcèlement moral ou d'un comportement vexatoire à son égard.
11. Il résulte de tout ce qui précède que l'Etat n'a pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité. Dans ces conditions, les conclusions de Mme C tendant à l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis doivent être rejetées ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 3 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. Ban, premier conseiller.
M. Callot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.
Le rapporteur,
J-L. Ban
La présidente,
A. Triolet
Le greffier,
G. Morand
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026