vendredi 15 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2100803 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | SELAS FIDAL - BUREAU DE LYON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 février 2021, la SAS Hafner Savoie, représentée par la SELAS Fidal, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 137 453,96 euros en réparation de son entier préjudice ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'inspection du travail a commis une faute en autorisant le licenciement de son salarié ;
- l'illégalité de l'autorisation a été constatée par le tribunal administratif de Grenoble dans son jugement du 23 janvier 2017, confirmé par la cour administrative d'appel de Lyon dans son arrêt du 26 juillet 2018 ;
- cette faute est la cause directe et certaine des rappels de salaires, des congés payés afférents et des frais de justice qu'elle a été contrainte de verser à son salarié ainsi que des cotisations patronales auxquelles elle a été assujettie pour un montant total de 137 453,96 euros.
Par une ordonnance du 23 avril 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 23 juin 2021.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de procédure civile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Heintz, premier conseiller,
- les conclusions de M. Sportelli, rapporteur public,
- et les observations de Me Cheramy, représentant la SAS Hafner Savoie.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, qui exerçait depuis septembre 2008 les fonctions de chauffeur livreur puis de chef du parc de véhicules de la SAS Patiprestige Rhône-Alpes, qui a pour activité la production industrielle de pâtisserie fraîche, et aux droits de laquelle vient désormais la SAS Hafner Savoie, a été élu membre titulaire du comité d'entreprise de cette société en octobre 2014. La société souhaitant externaliser partiellement la livraison de ses marchandises, en raison de difficultés économiques, a décidé de la suppression de deux emplois de chauffeur livreur et de chef du parc de véhicules, et proposé une modification du contrat de travail de M. A, le 24 novembre 2014 puis, suite au refus de ce dernier, a engagé une procédure de licenciement pour motif économique à son encontre. L'inspecteur du travail de la 8ème section de la Savoie a autorisé le licenciement de M. A par une décision du 7 mai 2015. Par un jugement du 23 janvier 2017, le tribunal administratif de Grenoble a annulé la décision de l'inspecteur du travail. Ce jugement a été confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 26 juillet 2018. Par un jugement du 5 octobre 2020, le conseil des prud'hommes de Chambéry a condamné la société Hafner Savoie à verser à M. A diverses sommes en réparation des préjudices résultant de la nullité de son licenciement. Par lettre du 20 novembre 2020, la SAS Hafner Savoie a sollicité du ministre du travail le versement de la somme de 137 453,96 euros en réparation des préjudices résultant de l'illégalité fautive de l'autorisation de licenciement. La SAS Hafner Savoie demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser cette somme.
Sur la responsabilité de l'Etat :
2. D'une part, en application des dispositions du code du travail, le licenciement d'un salarié protégé ne peut intervenir que sur autorisation de l'autorité administrative. L'illégalité de la décision autorisant un tel licenciement constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la puissance publique à l'égard de l'employeur, pour autant qu'il en soit résulté pour celui-ci un préjudice direct et certain.
3. D'autre part, en application des principes généraux de la responsabilité de la puissance publique, il peut le cas échéant être tenu compte, pour déterminer l'étendue de la responsabilité de l'Etat à l'égard de l'employeur à raison de la délivrance d'une autorisation de licenciement entachée d'illégalité, au titre du versement au salarié des indemnités mises à la charge de l'employeur par le juge judiciaire, de la faute également commise par l'employeur en sollicitant la délivrance d'une telle autorisation.
4. Enfin, le juge administratif, saisi de conclusions mettant en jeu la responsabilité de la puissance publique, ne soulève pas d'office un moyen d'ordre public lorsqu'il constate au vu des pièces du dossier qu'une des conditions d'engagement de la responsabilité publique n'est pas remplie. En conséquence, il n'est pas tenu de procéder à la communication prescrite par les dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative pour les moyens relevés d'office par le juge.
5. Il résulte de l'instruction que l'inspecteur du travail de la 8ème section de la Savoie a autorisé le licenciement de M. A. Toutefois, ainsi qu'il a été dit, par un jugement du 23 janvier 2017, le tribunal administratif de Grenoble a annulé cette décision pour erreur de droit et ce jugement a été confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 26 juillet 2018. Dans ces circonstances, en autorisant le licenciement de M. A, l'inspecteur du travail a entaché sa décision d'illégalité et, ainsi, commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat à l'égard de la société Hafner Savoie, pour autant qu'il en soit résulté pour celle-ci un préjudice direct et certain.
6. Toutefois, l'employeur qui demande une autorisation de licenciement d'un salarié protégé alors qu'il ne peut ignorer que les conditions prévues par le code du travail ne sont pas satisfaites commet lui-même une faute. En l'espèce, il résulte des énonciations de l'arrêt du 26 juillet 2018 que, pour considérer que la décision de l'inspecteur du travail autorisant le licenciement de M. A était illégale, la cour administrative d'appel de Lyon a relevé que celui-ci n'avait pas procédé au contrôle de la réalité du motif économique du licenciement envisagé. Cependant, elle a également relevé que la SAS Patiprestige Rhône-Alpes, aux droits de laquelle vient la société Hafner Savoie, avait seulement évoqué, dans sa demande adressée à l'inspection du travail, des problèmes financiers. Dans ces conditions, dès lors que la société requérante s'était abstenue de justifier sérieusement devant l'inspection du travail de la réalité du motif économique invoqué pour solliciter l'autorisation de licenciement de son salarié, elle a elle-même commis une faute de nature à exonérer l'Etat de la moitié de la responsabilité encourue.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne le préjudice résultant du versement par l'employeur au salarié de l'indemnité prévue par l'article L. 2422-4 du code du travail :
7. Aux termes de l'article L. 2422-4 du code du travail : " Lorsque l'annulation d'une décision d'autorisation est devenue définitive, le salarié investi d'un des mandats mentionnés à l'article L. 2422-1 a droit au paiement d'une indemnité correspondant à la totalité du préjudice subi au cours de la période écoulée entre son licenciement et sa réintégration, s'il en a formulé la demande dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision. / L'indemnité correspond à la totalité du préjudice subi au cours de la période écoulée entre son licenciement et l'expiration du délai de deux mois s'il n'a pas demandé sa réintégration. / Ce paiement s'accompagne du versement des cotisations afférentes à cette indemnité qui constitue un complément de salaire ".
8. Il résulte de l'instruction que, par son jugement du 5 octobre 2020, le conseil de prud'hommes de Chambéry a condamné la société Hafner Savoie, sur le fondement de ces dispositions, à verser à M. A les sommes de 88 661,57 euros bruts au titre des rappels de salaires et de 8 866,16 euros au titre des congés payés afférents. Le préjudice constitué par ces versements, d'un montant total de 97 527,73 euros et dont la réalité est établie par la production du bulletin de paie dressé par la société au profit de M. A, présente un lien de causalité direct et certain avec l'illégalité dont était entachée la décision administrative en cause de l'inspecteur du travail.
9. La société Hafner Savoie sollicite également le remboursement par l'Etat des charges patronales afférentes à cette indemnité d'un montant de 38 126,23 euros. Compte tenu de la condamnation prononcée par le conseil de prud'hommes, il incombait à la société, en application de l'article L. 2422-4 du code du travail, de procéder au versement des cotisations afférentes à l'indemnité. La mention de ce montant de charges sur le bulletin de paie produit à l'instance permet à la société d'établir l'effectivité du paiement de ces contributions et, par suite, la réalité du préjudice dont elle demande l'indemnisation.
10. Il résulte de ce qui précède que le préjudice subi par la société Hafner Savoie en réparation du versement à son salarié de l'indemnité prévue par l'article L. 2422-4 du code du travail doit être fixé à la somme totale de 135 653,96 euros. Compte tenu du partage de responsabilité évoqué au point 6, l'Etat doit être condamné à verser à la SAS Hafner Savoie la moitié de cette somme, soit 67 826,98 euros.
En ce qui concerne les frais d'honoraires d'avocat exposés dans le cadre de l'instance prud'hommale :
11. La société Hafner Savoie demande le remboursement des frais d'honoraires d'avocat qu'elle a exposés devant le conseil des prud'hommes de Chambéry pour un montant total de 1 800 euros HT dont elle justifie la réalité en produisant la facture correspondante. Ces frais sont en lien de causalité direct et certain avec la faute de l'administration, laquelle a conduit M. A a saisir le conseil de prud'hommes pour que soient constatés notamment la nullité de son licenciement ainsi que le non-règlement de l'indemnité prévue à l'article L. 2422-2 du code du travail. Aussi, en tenant compte du partage de responsabilité évoqué précédemment, l'Etat doit être condamné à verser à la société requérante la somme de 900 euros.
En ce qui concerne les frais mis à la charge de la société Hafner Savoie au titre de l'article 700 du code de procédure civile :
12. Aux termes de l'article 700 du code de procédure civile : " Le juge condamne la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès à payer : / 1° A l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens () ".
13. La somme de 1 800 euros mise à la charge de la société Hafner par le conseil de prud'hommes de Chambéry en application de l'article 700 du code de procédure civile, a été exposée par M. A pour les besoins de l'instance qui lui ont permis d'obtenir réparation du licenciement illégal autorisé par l'inspecteur du travail le 7 mai 2015. Ainsi, cette dépense résulte directement de la faute de l'administration. Par suite, la société requérante est fondée à en demander réparation. Dès lors, l'Etat doit être condamné à lui verser à ce titre la somme de 900 euros, après application du partage de responsabilité retenu au point 6.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la SAS Hafner Savoie est seulement fondée à demander la condamnation de l'Etat à lui verser une somme totale de 69 626,98 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité de la décision autorisant le licenciement de son salarié.
Sur les frais liés au litige :
15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par la société Hafner Savoie et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à la société Hafner Savoie la somme de 69 626,98 euros en réparation de ses préjudices.
Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 200 euros à la société Hafner Savoie en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Hafner Savoie et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
M. Heintz, premier conseiller,
Mme Hunault, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2023.
Le rapporteur,
M. HEINTZ
Le président,
V. L'HÔTELa greffière,
E. PROST
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026