mercredi 30 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2100922 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | ALBISSON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 11 février et 28 décembre 2021, la SARL Rhonis, représentée par Me Albisson, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de condamner la commune de Saint-Clair-du-Rhône au paiement des factures impayées de l'année 2019 pour un montant total de 7 226,91 euros ;
2°) d'assortir cette somme du versement d'intérêts moratoires à compter du 15 mars 2021 avec capitalisation ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Clair-de-Rhône une somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
La société soutient que la commune ne peut s'opposer au paiement des factures correspondant au nettoyage des vitres et sols des équipements communaux réalisés en application d'un marché public et que la commune a commis une faute en refusant ce paiement.
Par des mémoires en défense enregistrés les 22 avril 2021 et 17 mai 2022, la commune de Saint-Clair-du-Rhône, représentée par Me Renouard, conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge de la société requérante, d'une part, une somme de 606,97 euros correspondant à un trop-perçu et, d'autre part, une somme de 6 576 euros correspondant au coût de l'intervention d'un autre prestataire, outre une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune de Saint-Clair-du-Rhône soutient que :
- la société requérante n'établit pas avoir réalisé les prestations de nettoyage prévues au contrat du fait de l'irrégularité des bons d'intervention et ne peut prétendre au paiement des sommes réclamées ;
- l'entreprise n'est pas intervenue malgré leurs différents échanges ;
- la société requérante n'établissant pas avoir réalisé les prestations facturées à la commune pour les mois de février, avril et mai, elle demande le remboursement d'un montant de 606,97 euros correspondant à des prestations payées mais non effectuées ;
- du fait de la carence de la société requérante, elle a été contrainte de faire intervenir la société Actinet pour un montant de 6 576 euros dont elle demande le remboursement par la société Rhonis.
Par un courrier du 3 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions reconventionnelles de la commune de Saint-Clair-du-Rhône tendant au versement des sommes de 606,97 euros et 6 576 euros, dès lors que la commune a, en application du principe du privilège du préalable, le pouvoir d'émettre, si elle s'y croit fondée, un titre de recettes pour obtenir le versement de ces sommes.
Une réponse au moyen d'ordre public a été enregistré le 6 septembre 2024 pour la commune de Saint-Clair-du-Rhône.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Doulat,
- les conclusions de M. Callot, rapporteur public,
- les observations de Me Albisson, représentant la SARL Rhonis,
- et les observations de Me Renouard, représentant la commune de Saint-Clair-du-Rhône.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Saint-Clair-de-Rhône a conclu le 22 décembre 2015 un marché à bons de commande avec la société Rhonis relatif au nettoyage des vitres et des sols des bâtiments communaux pour l'année 2016. Ce contrat conclut pour une durée d'un an a été reconduit pour les années 2017, 2018 et 2019. Par courrier du 1er février 2019, la société Rhonis a notifié une demande d'acceptation de la société Vitres Clean en qualité de sous-traitant pour la réalisation d'une partie des prestations du marché au titre de l'année 2019. La commune a accepté implicitement le sous-traitant. Par la présente requête, la société Rhonis doit être regardée comme demandant le paiement des factures des mois d'avril à décembre 2019 pour un montant 7 226,91 euros.
Sur les conclusions à fins de paiement des factures :
2. Aux termes de l'article 4 de l'acte d'engagement signé par la société Rhonis le 22 décembre 2015 : " le titulaire du marché enverra deux semaines avant l'exécution des prestations son planning indiquant de façon précise ses interventions (date de début et de fin, horaires). / A l'issue des travaux un bon d'intervention par site sera remis à la Mairie. Il permettra de valider les prestations réalisées ".
3. Si la commune de Saint-Clair-du-Rhône ne conteste pas la réalité des prestations réalisées en janvier, février et mars même en l'absence de bon d'intervention, elle conteste la réalité des prestations pour les mois d'avril à décembre 2019.
4. Il résulte de l'instruction que la société ne justifie pas avoir respecté les stipulations de l'article 4 de l'acte d'engagement précité et avoir remis à la mairie les plannings prévisionnels d'intervention et l'ensemble des bons d'interventions pour chaque site ce qui ne permet pas de s'assurer de la réalisation effective des prestations. En outre, les factures mensuelles produites en 2019 sont toutes d'un montant de 802,99 euros TTC et se bornent à lister les sites d'intervention sans préciser la nature de chaque prestation et le prix unitaire correspondant. L'indication d'un prix global identique chaque mois ne correspond pas à l'application du bordereau de prix unitaire figurant dans l'acte d'engagement. Dès lors, en l'absence de validation des prestations par la commune et de factures établies conformément au bordereau de prix unitaire, la société Rhonis n'est pas fondée à prétendre au paiement d'interventions de nettoyage dont elle n'établit ni la réalité ni la consistance exacte.
5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant au paiement des factures impayées au titre de l'année 2019 pour un montant de 7 226,91 euros assorti des intérêts doivent être rejetées.
Sur les conclusions reconventionnelles présentées par la commune :
6. En premier lieu, la commune de Saint-Clair-du-Rhône présente une demande reconventionnelle tendant à obtenir le remboursement de la somme de 606,97 euros qu'elle estime avoir versé à tort en paiement des prestations de services réalisées par la société Rhonis dans le cadre de son contrat. Toutefois, le paiement par la commune de Saint-Clair-du-Rhône implique nécessairement que l'autorité territoriale ait constaté le service fait, condition préalable à tout ordonnancement. Or la commune n'apporte aucun élément probant de nature à remettre en cause son appréciation initiale. Par suite ses conclusions doivent être sur ce point rejetées.
7. En second lieu, la commune de Saint-Clair-du-Rhône demande le versement d'une somme de 6 576 euros correspondant à une facture de la société Actinet, qu'elle aurait mandatée afin de palier la carence de la société Rhonis. Pour l'établir, la commune produit une facture du 29 février 2020 de la SARL Actinet qui mentionne " période : février 2020 ". Toutefois, cette pièce n'établit ni que cette intervention aurait été commandée ou réalisée au titre de 2019 ni qu'elle était nécessaire pour palier la déficience de la société Rhonis. Par ailleurs, par la seule production de courriers et courriels à compter du mois de juillet 2020, la commune de Saint-Clair-du-Rhône n'établit pas plus que la société Rhonis aurait manqué à ses obligations contractuelles de sorte qu'elle aurait été contrainte de faire intervenir une autre société. Par suite, les conclusions reconventionnelles de la commune sur ce point doivent être rejetées.
8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité des conclusions présentées par la commune de Saint-Clair-du-Rhône, que les conclusions reconventionnelles présentées par cette dernière doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, que chacune des parties conserve la charge de ses dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Rhonis est rejetée.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Rhonis et à la commune de Saint-Clair-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient
Mme Triolet, présidente,
M. Doulat, premier conseiller,
Mme Rogniaux, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.
Le rapporteur,
F. DOULAT
La présidente,
A. TRIOLETLa greffière,
J. BONINO
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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01/06/2026
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01/06/2026