jeudi 29 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2101007 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 février 2021, M. B A, représenté par Me Huard, demande au tribunal :
- de condamner l'Office français de l'immigration et de l'intégration à lui verser la somme de 8 030 euros au titre du préjudice financier et de 1 500 euros au titre du préjudice moral avec les intérêts de droit à compter du jour du dépôt de la requête ;
- de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il remplissait toutes les conditions pour percevoir l'allocation pour demandeur d'asile du 20 décembre 2018, date d'enregistrement de sa demande d'asile, jusqu'au 10 novembre 2020, date de la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil ;
- le montant s'élève à 11 euros par jour soit une somme de 8030 euros pour deux ans ;
- il a subi un préjudice moral évalué à 1500 euros en raison de cette décision illégale qui l'a privé de ressources et d'hébergement pendant deux ans.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 novembre 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- il a droit à l'allocation pour la période du 30 octobre 2019 au 25 juin 2020 et du 30 juillet 2020 au 10 novembre 2020 ;
- il n'établit pas l'existence d'un préjudice moral.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mars 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Bailleul, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 744-9 alinéa 1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile qui a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées en application de l'article L. 744-1 bénéficie d'une allocation pour demandeur d'asile s'il satisfait à des conditions d'âge et de ressources. L'Office français de l'immigration et de l'intégration ordonne son versement dans l'attente de la décision définitive lui accordant ou lui refusant une protection au titre de l'asile ou jusqu'à son transfert effectif vers un autre Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile ". Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version en vigueur à la date de l'enregistrement de la demande d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile (). "
2. Par ailleurs, aux termes des dispositions alors codifiées à l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile () sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile () Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre () ". En vertu des dispositions alors codifiées à l'article D. 744-35 du même code, le défaut de validité de l'attestation de demande d'asile entraîne la suspension des droits à l'allocation, sauf s'il est imputable à l'administration.
3. M. A, ressortissant guinéen né en janvier 1990, a présenté une demande d'asile le 20 décembre 2018 et a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Le 11 juillet 2019, il a fait l'objet d'un transfert vers l'Espagne, Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile, et a renouvelé sa demande le 30 octobre 2019. Le 31 octobre 2019, l'OFII a adressé une intention de suspension des conditions matérielles d'accueil. D'abord placée sous procédure Dublin, la demande d'asile de M. A a été requalifiée le 30 juillet 2020 en procédure normale.
4. Il est constant qu'aucune décision de suspension n'est intervenue avant le 10 novembre 2020 et l'OFII ne justifie en défense d'aucun motif de refus de versement de l'allocation à son retour en France en octobre 2019.
5. Il résulte de l'instruction que M. A a perçu l'allocation pour demandeur d'asile du 20 décembre 2018 au 11 juillet 2019 puis à compter du 25 novembre 2020. En outre, il ne bénéficiait pas d'attestation de demandeur d'asile entre le 25 juin et le 30 juillet 2020 et ne se prévaut d'aucune démarche entreprise permettant d'imputer cette situation à l'administration. Ainsi, il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander le versement à l'OFII de l'allocation pour demandeurs d'asile pour la période du 30 octobre 2019 au 25 juin 2020 et pour la période du 30 juillet au 10 novembre 2020.
6. M. A a droit aux intérêts au taux légal à compter du 15 février 2021, date d'enregistrement de la requête, conformément à sa demande.
7. Le requérant ne justifiant d'aucun autre préjudice que celui occasionné par le retard de paiement, compensé par application des intérêts légaux, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'OFII, la somme de 1 500 euros qu'il réclame en réparation de son préjudice moral, par ailleurs, non établi.
8. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Huard, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à Me Huard de la somme de 900 euros.
D E C I D E :
Article 1er :L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à M. B A le montant de l'allocation pour demandeur d'asile auquel il a droit pour la période du 30 octobre 2019 au 25 juin 2020 et pour la période du 30 juillet au 10 novembre 2020. La somme sera assortie des intérêts au taux légal dus à compter du 15 février 2021.
Article 2 :
L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Huard une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 3 :
Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Huard et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme C et Mme D, assesseurs.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2022.
Le rapporteur,
C. C
Le président,
T. Pfauwadel
La greffière,
C. Billon
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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