mercredi 31 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2101086 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CAP CODE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 février 2021, M. B C et Mme A E épouse C, représentés par le cabinet Cap Code, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des suppléments d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux ainsi que la décharge des pénalités auxquels ils ont été assujettis au titre des années 2015, 2016 et 2017 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- s'agissant du rehaussement relatif aux revenus réputés distribués par la SARL IDEV par l'entremise de la SCI Volodia, la procédure est irrégulière en l'absence de saisine du comité consultatif pour la répression de l'abus de droit prévue à l'article L. 64 du livre des procédures fiscales ;
- le rehaussement de l'année 2016 ne peut être fondé sur l'article 109 1 1° en raison du caractère déficitaire de l'exercice ; les dépenses exposées par carte bancaire ont été expliquées lors de la vérification de comptabilité et dans les observations du 19 juin 2019 ;
- au titre de l'année 2015, il y a eu une cession de dette qui ne génère aucun revenu à hauteur de la somme de 12 555,34 euros ;
- il appartient à l'administration d'établir que le véhicule BMW appartiendrait à la société IDEV au titre des années 2016 et 2017 alors qu'elle a soutenu l'inverse au titre de l'année 2015 et que le véhicule est assuré au nom de M. C ;
- l'administration qui avait connaissance de l'acquisition de la SCI Volodia par la société IDEV à la suite de la vérification de comptabilité de cette dernière ne peut se prévaloir du défaut de mise à jour et de publication des statuts modifiés, et de l'absence des formalités de publication ; la prise de participation et les avances de fonds réalisées par la société IDEV ne sont pas étrangères à son activité, et les avances de fonds sont effectuées dans le prolongement de la prise de participation ; l'acte anormal de gestion n'est pas établi et des remboursements partiels ont été effectués en cours d'exercice ; les avances de trésorerie n'ont ainsi pas profité directement à M. C ;
- la société Cabex Transmission n'a procédé à aucune distribution occulte en émettant un chèque de 20 000 euros le 19 décembre 2016 à l'ordre de la SARL IDEV et l'administration n'établit pas que le chèque aurait été encaissé par M. C ; l'administration n'établit pas qu'il était le maître de l'affaire de la société Cabex Transmission et aurait dû mettre en œuvre la procédure de l'article 117 du code général des impôts
- les prélèvements sociaux seront annulés par voie de conséquence ;
- il est demandé une modération de l'application littérale du texte relatif aux intérêts de retard ;
- la majoration pour manquement délibéré n'est pas établie.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 juillet 2022, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bailleul, premier conseiller,
- les conclusions de M. Journé, rapporteur public,
- et les observations de Me Goron représentant M. et Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Idev dont M. C est gérant et associé majoritaire, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, à l'issue de laquelle l'administration a réintégré aux revenus imposables de son foyer fiscal, des revenus distribués non déclarés au titre des années 2015, 2016 et 2017 et l'a assujetti à des suppléments d'impôt sur le revenu, de prélèvements sociaux et des pénalités dont M. et Mme C demandent la décharge dans la présente instance.
2. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : a) sauf preuve contraire, les sommes mises à la disposition des associés, directement ou par personnes ou sociétés interposées, à titre d'avances, de prêts ou d'acomptes ".
3. L'administration ne peut, en principe, regarder l'existence d'un solde débiteur du compte courant ouvert dans les écritures d'une société soumise à l'impôt sur les sociétés au nom d'une société civile immobilière (SCI) dont le contribuable est l'associé tout en étant, parallèlement, associé de la première, comme de nature à établir que le montant de ce solde a constitué pour l'intéressé un revenu distribué au sens du a de l'article 111 du code général des impôts qu'à la condition d'établir que la SCI en cause n'a fait que s'interposer entre la société soumise à l'impôt sur les sociétés et le contribuable, bénéficiaire réel de la distribution.
4. Il résulte de l'instruction que le compte numéro 467 enregistré dans la comptabilité de la SARL Idev au nom de la SCI Volodia présentait un solde débiteur au cours des années 2015, 2016 et 2017. La SCI dont le capital est détenu par M. et Mme C depuis le 26 juin 2015, a acquis un terrain à bâtir en novembre 2014 et a fait construire la résidence principale de ses associés qui a été livrée en janvier 2017. Imposable à l'impôt sur le revenu en application de l'article 8 du code général des impôts, la SCI Volodia est dispensée de souscrire des déclarations sur le fondement de l'article 15 du même code dès lors que les associés se réservent la jouissance du bien. Les requérants qui font valoir que la SCI Volodia est détenue par la société Idev à hauteur de 20% ne joignent aucun élément susceptible d'étayer leurs allégations alors que selon les actes de cession enregistrés par ces derniers, ils détiennent tous deux 50 % des parts de la SCI depuis juin 2015. Par ailleurs, les avances de fonds consenties par la SARL à la SCI ont pour objet la construction de la résidence principale des requérants et ne procurent aucun revenu à cette société. Par suite, l'administration qui n'était pas tenue de mettre en œuvre la procédure d'abus de droit prévue à l'article L. 64 du livre des procédures fiscales, établit que la SCI n'a fait que s'interposer entre la SARL Idev et M. C, bénéficiaire réel des sommes distribuées.
5. Contrairement à ce que font valoir les requérants, l'administration n'a jamais constaté que les parts de la SCI Volodia étaient inscrites à l'actif de la SARL Idev. Ils ne peuvent, dans ces conditions, utilement faire valoir que les avances de fonds sont effectuées dans le prolongement de la prise de participation, ni d'ailleurs que l'existence d'un acte anormal de gestion ne serait pas établie, les rehaussements en litige étant fondés sur les dispositions citées au point 2 et non sur l'existence d'un acte anormal de gestion.
6. Enfin, l'administration a mis à la charge de M. et Mme C au titre de chacune des années rectifiées, le montant de l'accroissement annuel du solde débiteur du compte 467 ouvert au nom de la SCI Volodia. Par suite, la somme de 15 000 euros inscrite au crédit du compte de la SCI au cours de l'année 2015 est exclue de la somme imposée au titre de cette même année.
7. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ". Selon l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109, les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés ".
8. L'administration a réintégré aux résultats imposables de la SARL Idev, une somme de 27 585 euros en 2016 et 39 332 euros en 2017 correspondant aux dépenses personnelles de M. C et de son épouse, comptabilisées en charges au titre des deux exercices vérifiés. Contrairement à ce que font valoir les requérants, l'exercice clos le 31 décembre 2016 présentait un résultat bénéficiaire de 188 264 euros après rectification. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que l'administration a réintégré l'ensemble des dépenses effectuées par Mme C qui n'exerce aucune fonction dans l'entreprise et, malgré l'absence de justificatif, elle a admis les frais de déplacements supportés par M. C dans le cadre de ses fonctions. Par suite, les requérants qui n'ont présenté aucune explication ni justifié du caractère professionnel des dépenses exposées à l'aide des trois cartes bancaires dont ils avaient la disposition ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort qu'ils ont été imposés sur le fondement des dispositions citées au point précédent.
9. Aux termes du 2° de l'article 109 1. du code général des impôts : " Sont considérés comme revenus distribués : () 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. () " Les sommes inscrites au crédit d'un compte courant d'associé ont, sauf preuve contraire apportée par l'associé titulaire du compte, le caractère de revenus imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.
10. Il résulte de l'instruction que le compte-courant de M. C a été crédité d'une somme de 12 555 euros le 31 décembre 2015 correspondant, selon les documents comptables, au reliquat de salaire de l'ex-épouse de M. C, licenciée la même année. En se bornant à faire valoir que la dette de la société vis-à-vis de son ex-épouse lui a été transférée alors qu'il n'établit pas l'existence de la cession ni d'ailleurs celle de la créance, le requérant n'apporte pas la preuve qui lui incombe du caractère non imposable de la somme inscrite en compte courant. C'est dès lors à bon droit que M. et Mme C ont été imposés au titre de l'année 2015 à hauteur de la somme de 12 555 euros.
11. M. C qui a perçu des indemnités kilométriques inscrites au crédit de son compte courant pour un montant de 2864 euros en 2016 et 2309 euros en 2017, ne conteste pas que la carte grise du véhicule utilisé pour ses déplacements est au nom de la SARL Idev depuis le 27 août 2009. S'il fait valoir que l'assurance du véhicule est à son nom, il n'établit pas la nature des frais qui lui ont été remboursés ni qu'il serait devenu propriétaire du véhicule au cours des années en litige alors qu'il supporte la charge de la preuve en application des dispositions citées au point 9. Par ailleurs, le fait que l'administration n'ait pas rectifié les indemnités versées par la société en 2015 n'est pas de nature à remettre en cause le bien-fondé des rehaussements établis au titre des années 2016 et 2017.
12. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes () ". En cas de refus des rectifications par le contribuable qu'elle entend imposer comme bénéficiaire des sommes regardées comme distribuées, il incombe à l'administration d'apporter la preuve, d'une part, de l'existence et du montant des revenus distribués et, d'autre part, de leur appréhension par le contribuable. L'administration est réputée apporter la preuve que des distributions occultes ont été appréhendées par la personne qui est, dans la société dont des revenus ont été regardés comme distribués, le maître de l'affaire.
13. Il résulte de l'instruction, et notamment du droit de communication exercé auprès de la SARL Cabex Transmission dont le gérant est également M. C, que cette société a émis un chèque de 20 000 euros le 19 décembre 2016 en règlement d'une prestation facturée par la SARL Idev, et comptabilisé le paiement au débit du compte fournisseur de la SARL Idev à cette même date. Toutefois, le paiement n'apparaît pas dans la comptabilité de la SARL Idev alors que les deux sociétés ont le même gérant, que la SARL Cabex Transmission est le principal client de la SARL Idev au cours des années 2016 et 2017 et que M. C a réalisé l'intégralité du chiffre d'affaires de la SARL Idev au cours de cette période. Ces éléments de faits sont de nature à établir que le paiement de 20 000 euros émis par la SARL Cabex Transmission et non comptabilisé par la SARL Idev a été distribué de manière occulte. En se bornant à soutenir que la SARL Idev n'a pas reçu le chèque émis par la SARL Cabex Transmission alors que, eu égard à sa position dans la société Cabex Transmission, M. C ne pouvait ignorer l'existence de ce paiement et n'a accompli aucune diligence en vue de son recouvrement par la SARL Idev, les requérants ne contestent pas sérieusement l'existence de la distribution.
14. Par ailleurs, M. C est le gérant de droit et l'associé majoritaire de la SARL Idev. Il a réalisé l'intégralité du chiffre d'affaires de la société au cours de la période vérifiée et détient seul la signature bancaire. Il est ainsi le seul maître de l'affaire de cette société et, par suite, le seul bénéficiaire de la somme distribuée par cette société. Au demeurant, en sa qualité de gérant de la SARL Cabex transmission, il disposait également de la possibilité de signer le chèque émis et ne peut utilement faire valoir que sa qualité de maître de l'affaire de la SARL Cabex transmission n'est pas établie ni que l'administration aurait dû mettre en œuvre la procédure de l'article 117 du code général des impôts.
15. Il résulte de ce qui précède que la demande de décharge des suppléments d'impôt sur le revenu mis à la charge de M. et Mme C au titre des années 2015, 2016 et 2017 doit être rejetée. Par suite, le moyen tiré de ce que les prélèvements sociaux seront annulés par voie de conséquence, doit également être écarté.
16. Par ailleurs, le moyen par lequel M. et Mme C sollicitent une modération de l'application littérale du texte relatif aux intérêts de retard est sans incidence sur la légalité de ces pénalités. Il est, par suite, inopérant à l'appui de leur demande de décharge.
17. Il résulte de ce qui a été dit aux points 13 et 14 que M. C a appréhendé un chèque de 20 000 euros émis par la société Cabex Transmission dont il est le gérant et destiné au règlement de prestations fournies par la société Idev dont il est le maître de l'affaire.
18. Il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 6 que M. C a perçu des avances de sa société pour la construction de sa résidence principale, et du point 8 qu'il a effectué des dépenses d'ordre personnel avec des fonds provenant de sa société.
19. Enfin, il résulte de l'instruction qu'il a inscrit au crédit de son compte courant des sommes non justifiées d'un montant de 12 555 euros en 2015, 83 061 euros en 2016 et 9 309 euros en 2017 alors qu'il ne pouvait ignorer le caractère imposable de ces sommes, eu égard notamment à sa formation d'expert-comptable.
20. La nature des rectifications et le montant des sommes réintégrées aux revenus de M. et Mme C, sont de nature à établir le caractère délibéré des manquements. Par suite, l'administration a pu légalement assortir les suppléments de droits d'une majoration de 40 % sur le fondement du a) de l'article 1729 du code général des impôts.
21. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par M. et Mme C doivent être rejetées ainsi que celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de M. et Mme C est rejetée.
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. B C et Mme A E épouse C, et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme Bailleul et Mme D, assesseurs.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.
Le rapporteur,
C. Bailleul
Le président,
T. Pfauwadel
La greffière,
V. Barnier
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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