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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2101133

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2101133

mercredi 5 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2101133
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantPALLANCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 février 2021, Mme B C, représentée par Me Pallanca, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 21 décembre 2020 par laquelle le département de l'Isère a rejeté son recours préalable et confirmé la décision initiale du 24 septembre 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales lui a notifié un indu de revenu de solidarité active de 1 983,60 euros pour la période de juin à septembre 2020 ;

2°) de mettre à la charge du département de l'Isère la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'administration ne s'est pas livrée à un examen sérieux de sa situation ;

- la décision est entachée d'un défaut de motivation car elle ne contient pas le décompte des indus ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait car elle n'a jamais fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 novembre 2021, la caisse d'allocations familiales de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable faute d'avoir été précédée d'une médiation ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 avril 2023, le département de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience :

- le rapport de M. WYSS,

- et les observations de Mme D, représentant le département de l'Isère.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C de nationalité tunisienne, est allocataire du revenu de solidarité active. Elle était titulaire d'un titre de séjour valide jusqu'en 2027. Toutefois, le préfet de l'Isère a informé le département de l'Isère que Mme C avait fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en janvier 2020. Ce changement de situation a conduit à un nouveau calcul des droits de la requérante et le 24 septembre 2020, la caisse d'allocations familiales de l'Isère lui a notifié un indu total de 6 059,37 euros d'aides sociales comprenant 1 983,60 euros de revenu de solidarité active pour la période de juin à septembre 2020. Par un recours préalable du 16 octobre 2020, notifié au département le 21 octobre 2020, Mme C a contesté le bien-fondé de cet indu de revenu de solidarité active. Par une décision du 26 novembre 2020, le président du conseil départemental de l'Isère a rejeté ce recours préalable. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler cette décision et de la décharger de l'indu de revenu de solidarité active.

2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

Sur l'étendue du litige :

3. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ".

4. Mme C conteste la décision du 24 septembre 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Isère lui a notifié un indu d'un montant total de 6 059,37 euros comprenant un trop-perçu de prime d'activité, d'aide personnalisée au logement et de revenu de solidarité active. Elle soutient notamment que cette décision ne détaille pas les calculs des indus en litige. Toutefois, d'une part, les conclusions de Mme C ne sont dirigées que contre l'indu de revenu de solidarité active et d'autre part, la décision du 26 novembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental a rejeté son recours préalable s'est substituée à la décision initiale du 24 septembre 2020. Par conséquent, les moyens de Mme C dirigés contre cette dernière décision sont inopérants.

Sur la régularité de la procédure :

5. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.

6. Il résulte de l'instruction que la décision du 26 novembre 2020 contient l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée, sans qu'y fasse obstacle qu'elle ne comporte pas les éléments servant au calcul de l'indu. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision du 26 novembre 2020 ne peut qu'être rejeté.

Sur le bien-fondé de l'indu :

7. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Il résulte ensuite de l'article L. 262-4 du même code : " Le bénéfice du revenu de solidarité active est subordonné au respect, par le bénéficiaire, des conditions suivantes : 1° Etre âgé de plus de vingt-cinq ans ou assumer la charge d'un ou plusieurs enfants nés ou à naître ; 2° Etre français ou titulaire, depuis au moins cinq ans, d'un titre de séjour autorisant à travailler () ".

8. Il résulte de l'instruction et notamment de la lettre d'information portée à la connaissance du département de l'Isère par les services de la préfecture de l'Isère et des informations fournies à la commission de recours amiable par la préfecture que Mme C n'était plus en possession d'un titre de séjour régulier et qu'elle avait fait l'objet d'une obligation de quitter de territoire français le 10 décembre 2019 et notifiée le 21 janvier 2020 dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif par un jugement du 25 janvier 2022. Par conséquent, Mme C ne remplissait plus les conditions pour bénéficier du revenu de solidarité active depuis janvier 2020 et n'est pas fondée à contester l'indu de cette allocation d'un montant de 1 983,60 euros mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2020 au 30 septembre 2020.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au département de l'Isère et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2023.

Le président,

J-P. WYSSLa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées chacun en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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