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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2101278

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2101278

mardi 20 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2101278
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCPI BOUTHIER-PERRIER DELOCHE NINOTTA AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi du 25 février 2021, le président du tribunal administratif de Lyon a transmis au tribunal administratif de Grenoble la requête de M. B en application des dispositions de l'article R.351-3 du code de justice administrative.

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 février 2021 et 24 mai 2022, M. B, représenté par la SCPI Bouthier-Perrier, Deloche, Ninotta, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Association syndicale autorisée d'irrigation de Sablons (ASAI) à lui verser la somme de 40 000 euros en réparation des préjudices causés par les retards dans le versement de l'allocations d'aide au retour à l'emploi et ses manquements en matière d'affiliation et de cotisation aux organismes de retraite et en matière de respect de l'obligation de sécurité ;

2°) de mettre à la charge de l'ASAI une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les indemnités de chômage ont été versées systématiquement avec plusieurs mois de retard ;

- il existe aussi une carence et un retard dans le traitement de ses données : ainsi dans ses relevés de carrières retraite complémentaire, il manque les années 2013, 2014, 2016 et 2017.

- il a souffert de la carence de son employeur dans le respect des préconisations du médecin du travail ;

- du fait de ces fautes, il a subi un préjudice moral et financier qui doit être indemnisé à hauteur de 40 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 juillet 2021 et 2 juin 2022, l'Association syndicale autorisée d'irrigation de Sablons, représentée par Me Robbe, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet au fond et à ce que soit mis à la charge du requérant la somme de 1 500 euros.

L'ASAI soutient que :

- les demandes du requérant sont irrecevables car non chiffrées précisément ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par lettre du 3 mai 2022, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative l'instruction est susceptible d'être close le 24 mai 2022, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par ordonnance du 17 aout 2022.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires fondées sur le non-respect des préconisations du médecin du travail, faute de liaison du contentieux, ce fait générateur n'ayant pas fait l'objet de réclamation préalable.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code du travail ;

- l'arrêté du 4 mai 2017 portant agrément de la convention du 14 avril 2017 relative à l'assurance chômage et de ses textes associés ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fourcade,

- les conclusions de M. Argentin, rapporteur public,

- et les observations de Me Mages, représentant l'ASAI de Sablons.

Considérant ce qui suit :

1. M. B employé par l'Association syndicale autorisée d'irrigation (ASAI) de Sablons était chargé de l'entretien des stations de pompage du réseau d'assainissement et d'irrigation. Il a été licencié pour inaptitude physique le 28 avril 2017. Par un courrier du 8 octobre 2020, il a adressé à son ancien employeur une réclamation préalable tendant à l'indemnisation, à hauteur de 40 000 euros, des préjudices qu'il estime avoir subi du fait de carences fautives dans la gestion de sa carrière. Cette réclamation a été rejetée implicitement. Par la présente requête M. B demande à être indemnisé des préjudices résultant, en premier lieu, du retard fautif de l'ASAI dans le versement de l'allocation journalière de retour à l'emploi (ARE), en deuxième lieu, des carences dans le traitement de ses cotisations de retraites complémentaires et en troisième lieu, des carences de son employeur s'agissant du respect des préconisations du médecin du travail.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Les conclusions indemnitaires chiffrées par le requérant à la somme, même globale, de 40 000 euros, sont recevables. Par suite, il y a lieu d'écarter la fin de non-recevoir opposée en défense.

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration ou sur une demande préalablement formée devant elle () ".

4. M. B a demandé par son courrier du 8 octobre 2020 à l'administration la réparation des préjudices subis en raison du retard de paiement des ARE et de carences dans la validation des trimestres retraites. Dans la présente requête, il demande en outre à être indemnisé à raison du non-respect par son employeur des préconisations du médecin du travail. Or, ce grief sans lien avec les précédents, tend à la réparation d'un préjudice fondé sur une cause juridique distincte de celles exposées dans la demande préalable. Dès lors, ces conclusions sont irrecevables en application des dispositions précitées, aucune décision administrative n'étant née sur cette demande.

Sur le surplus des conclusions indemnitaires.

En ce qui concerne le retard le versement des allocations de retour à l'emploi (ARE).

5. Aux termes de l'article L. 5421-1 du code du travail : " () les travailleurs involontairement privés d'emploi () aptes au travail et recherchant un emploi, ont droit à un revenu de remplacement () "

6. Il résulte des relevés de comptes bancaires produits par le requérant que les ARE correspondant aux mois de juin, juillet, aout et septembre 2017 lui ont été versées le 22 janvier 2018 ; celles d'octobre, novembre, décembre 2017 et janvier 2018, le 27 mars 2018 ; celles de février 2018, le 4 avril 2018 ; celles de mars 2018, le 10 juillet 2018 ; celles d'avril et mai 2018, le 28 aout 2018. Enfin, les allocations correspondant aux mois de juin, juillet et aout 2018 ont été versées selon les dires du requérant le 9 octobre 2018 ce que tend à corroborer les relevés produits qui toutefois s'arrêtent au 1er octobre 2018.

7. Ces délais ne sont expliqués par l'ASAI que par des raisons tenant au fonctionnement interne de ses services et des administrations partenaires notamment la direction départementale des territoires en charge du contrôle des Associations syndicales autorisées, les services préfectoraux en charge du visa de la délibération du conseil syndical validant le versement des ARE à M. B et le comptable public en charge du paiement des mandats. Toutefois, ces circonstances ne permettent pas d'exonérer l'ASAI de sa responsabilité s'agissant du versement de revenus de remplacement en principe versés mensuellement, à terme échu.

8. Toutefois, M. B, qui ne demande pas le versement d'intérêt moratoires, et qui disposait par ailleurs d'une autre source de revenus, ne justifie pas avoir subi un préjudice financier causé par ces délais de paiement.

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire une juste appréciation du préjudice moral subi par l'intéressé du fait de ce retard en lui allouant à ce titre une indemnité de 1000 euros.

En ce qui concerne la responsabilité de l'ASAI du fait de l'incomplétude de ses relevés de carrière auprès des caisses de retraites.

10. Il résulte de l'instruction que les caisses de retraite ont effectivement régularisé, à la demande de M. B, ses relevés de carrière au titre d'une période manquante portant sur les années 2013, 2014, 2016 et 2017. Toutefois, en admettant même que l'ASAI soit à l'origine de cette omission, il s'avère que la situation de l'intéressé a pu être régularisée et il n'est pas allégué que suite à la régularisation effectuée, les droits à retraite du requérant seraient minorés. Par suite, il ne justifie pas avoir subi de préjudice financier de ce fait.

11. En outre, en se bornant à faire valoir qu'il a été très atteint par le comportement de son employeur, M. B ne caractérise pas l'existence d'un préjudice moral.

12. Il résulte de tout ce qui précède, que l'ASAI de Sablons est condamnée à verser à M. B la somme de 1 000 euros en réparation du préjudice moral causé par les retards de versement des ARE.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Dans les circonstances de l'espèce, l'ASAI versera à M. B la somme de 1 200 euros. Les conclusions présentées par l'ASAI, la partie perdante, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'ASAI de Sablons est condamnée à verser la somme de 1 000 euros en réparation de son préjudice moral.

Article 2 : L'ASAI de Sablons versera à M. B la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Association syndicale autorisée de Sablons.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023 , à laquelle siégeaient :

M. Wyss, président,

Mme Frapolli, première conseillère,

Mme Fourcade, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.

La rapporteure,

F. FOURCADE

Le président,

JP. WYSSLe greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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