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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2101469

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2101469

jeudi 4 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2101469
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantGAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistré le 8 mars 2021, M. B, représenté par Me Gay, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 janvier 2021 par lequel la préfète de la Drôme a refusé de lui renouveler sa carte de résident, lui a retiré et lui a délivré une carte de séjour d'une durée de validité d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Drôme de renouveler sa carte de résident dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou le cas échéant, de réexaminer son dossier ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit ;

- l'arrêté méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2021, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme C, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, était titulaire d'un certificat de résidence algérien valable du 14 novembre 2010 au 13 novembre 2020. Le 16 novembre 2020, M. B a sollicité le renouvellement de ce certificat auprès des services de la préfecture de la Drôme. Par un courrier du 7 décembre 2020, la préfète de la Drôme l'a informé de son intention de refuser le renouvellement et de procéder au retrait de ladite carte au motif qu'il a fait l'objet d'une condamnation pénale en 2013. Après avoir été en mesure de présenter ses observations, M. B s'est vu notifier un arrêté du 8 janvier 2021 par lequel la préfète de la Drôme a refusé de lui renouveler sa carte de résident, lui a retiré et lui a délivré un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 311-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " La demande est présentée par l'intéressé dans les deux mois de son entrée en France. S'il y séjournait déjà, il présente sa demande : () 4° Soit dans le courant des deux derniers mois précédant l'expiration de la carte de séjour dont il est titulaire () A l'échéance de ce délai et en l'absence de présentation de demande de renouvellement de sa carte de séjour, il justifie à nouveau des conditions requises pour l'entrée sur le territoire national lorsque la possession d'un visa est requise pour la première délivrance de la carte de séjour. () ". Il résulte de ces dispositions qu'une demande de renouvellement d'un titre de séjour doit être présentée, à peine d'irrecevabilité, au cours des deux derniers mois précédant l'expiration dudit titre. Lorsque le préfet est saisi d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour après l'expiration du délai mentionné au 4° de l'article R. 311-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette demande doit être regardée comme tendant à la première délivrance d'un titre de séjour de même nature.

3. Il ressort des pièces du dossier que la demande de renouvellement de M. B est intervenue postérieurement à l'expiration de son titre le 13 novembre 2020. Par suite, la préfète de la Drôme est fondée à soutenir que la demande de M. B doit s'analyser comme une première demande de délivrance de titre.

4. Aux termes de l'article L. 314-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de résident peut être refusée à tout étranger dont la présence constitue une menace pour l'ordre public. ". Pour soutenir que M. B constitue une menace pour l'ordre public, la préfète de la Drôme fait état d'une condamnation de l'intéressé à 4 mois de suspension de permis de conduire et 300 euros d'amende. Toutefois, une telle infraction datée du 10 avril 2013 ne serait constituer une menace à l'ordre public au sens de ses dispositions. Par suite, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision en date du 8 janvier 2021 par laquelle la préfète de la Drôme a refusé de procéder au renouvellement de sa carte de résident.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée implique que la préfète de la Drôme procède à un nouvel examen de la demande du requérant dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète de la Drôme du 8 janvier 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Drôme de procéder au réexamen de la demande de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B et à la préfète de la Drôme.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Triolet, première conseillère,

Mme Beauverger, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 août 2022.

La présidente-rapporteure,

D. C

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

A. Triolet

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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