lundi 10 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2101948 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 8 |
| Avocat requérant | MOUTOUSSAMY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 25 mars 2021 et le 1er juillet 2022, M. B C, représenté par Me Moutoussamy, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 8 juin 2020 par laquelle le département de la Haute-Savoie a confirmé un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 9 673,14 euros ;
2°) d'annuler les décisions du 11 septembre 2019 par lesquelles la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie lui a notifié des indus de prime exceptionnelle de fin d'année pour 2017 et 2018 ;
3°) de le décharger de ces indus et d'enjoindre à l'administration de lui reverser les sommes déjà retenues ;
4°) à titre subsidiaire, de lui accorder la remise totale de ses dettes.
Il soutient que :
En ce qui concerne les décisions relatives aux indus de primes exceptionnelles de fin d'année :
- elles ne comportent pas la signature de leur auteur ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
En ce qui concerne la totalité des indus :
- la circonstance qu'il ait bénéficié d'un logement gratuit dont le loyer était pris en charge par son ex-conjointe, avec laquelle il ne vit pas en concubinage, aurait dû conduire à une décote forfaitaire du montant du revenu de solidarité active et non à la prise en compte du montant du loyer évité.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 octobre 2021, le département de la Haute Savoie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est tardive ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 19 octobre 2021, la Caisse d'allocations familiales de la Haute Savoie conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est tardive ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision du 23 septembre 2020 admettant M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le décret n° 2017-1785 du 27 décembre 2017 ;
- le décret n° 2018-1150 du 14 décembre 2018 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, titulaire du revenu de solidarité active, était connu comme séparé depuis le 1er janvier 2014 et au chômage non indemnisé. Il a adressé à l'administration une demande d'aide au logement en son nom et en celui de son ex-conjointe pour un logement situé à Thonon-les-Bains dont ils sont locataires depuis le 19 août 2014 et dont son ex-conjointe assume seule la charge du loyer. Après régularisation de son dossier, la caisse d'allocations familiales lui a notifié le 9 août 2019 un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 9 673,14 euros pour la période de décembre 2017 à août 2019. Le 17 septembre 2019, M. C a contesté le bien-fondé de l'indu et en a demandé la remise gracieuse. La caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie a rejeté sa demande de remise gracieuse le 20 novembre 2019 et le département a confirmé le 8 juin 2020 le bien-fondé de l'indu.
2. Par ailleurs, la caisse a notifié le 11 septembre 2019 un indu de prime exceptionnelle de fin d'année au titre de 2017 et 2018 d'un montant total de 304,90 euros que M. C a contesté le 27 octobre 2020. Sa réclamation a été rejetée le 3 février 2021.
Sur l'indu de revenu de solidarité active :
3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.
4. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du revenu garanti () ". L'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles dispose : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; 2° Les modalités d'évaluation des ressources, y compris les avantages en nature. L'avantage en nature lié à la disposition d'un logement à titre gratuit est déterminé de manière forfaitaire ; 3° Les prestations et aides sociales qui sont évaluées de manière forfaitaire, notamment celles affectées au logement mentionnées aux articles L. 542-1 et L. 831-1 du code de la sécurité sociale ainsi qu'à l'article L. 351-1 du code de la construction et de l'habitation ; 4° Les prestations et aides sociales qui ne sont pas incluses dans le calcul des ressources à raison de leur finalité sociale particulière ". Selon l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ".
5. Comme il a été dit au point 1. M. C est locataire du logement dans lequel il réside. Ce logement ne saurait par suite être regardé comme mis à sa disposition à titre gratuit au sens de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles précité. Dès lors, M. C n'est pas fondé à soutenir que seul un montant forfaitaire aurait dû être pris en compte pour le calcul de son revenu de solidarité active et que c'est à tort que la caisse a réintégré dans ses ressources la somme de 830 euros mensuelle correspondant au loyer de l'appartement pris en charge par son ex-conjointe.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête dirigées contre la décision du 8 juin 2020 par laquelle le département de la Haute-Savoie a confirmé un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 9 673,14 euros doivent être rejetées.
Sur les primes exceptionnelles 2017 et 2018 :
7. Le décret n° 2016-1980 du 28 décembre 2016, le décret n° 2017-1785 du 27 décembre 2017 et le décret n° 2018-1150 du 14 décembre 2018 prévoient qu'une aide exceptionnelle de fin d'année est accordée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre des mois de novembre ou décembre de chacune de ces années. Cette aide, qui n'est pas une prestation mais une aide à la charge de l'Etat, est versée par l'organisme débiteur du revenu de solidarité active et tout paiement indu de cette aide est récupéré par cet organisme.
8. Il résulte de l'instruction, ainsi que de ce qui a été dit au point 7. ci-dessus, que M. C n'avait pas droit au revenu de solidarité active pour les mois de novembre et décembre 2017 et 2018. Dès lors, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie était tenue de procéder au rappel des aides exceptionnelles de fin d'année indûment versées. En raison de la compétence liée de l'autorité administrative, les moyens soulevés par M. C, tirés d'un vice de forme et d'un défaut de motivation des décisions du 11 septembre 2019 sont inopérants et ne peuvent qu'être écartés.
9. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie du 11 septembre 2019 lui notifiant des indus de prime exceptionnelles.
Sur la demande de remise gracieuse :
10. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.
11. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. () ".
12. A supposer qu'il puisse être regardé comme étant de bonne foi, M. C n'a pas produit les pièces annoncées dans son dernier mémoire et n'établit pas qu'il se trouverait dans une situation de précarité justifiant qu'il lui soit accordé une remise totale ou partielle de sa dette.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée dans toutes ses conclusions, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense par le département de la Haute-Savoie et la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Moutoussamy, au département de la Haute Savoie et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Haute Savoie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2022.
Le président,
J. P. ALa greffière,
L. BOURECHAK
La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026