mardi 13 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2102020 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE DAVOCATS SEBAN ARMORIQUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 29 mars 2021, 6 avril 2023 et 27 novembre 2023, Mme D C, représentée par Me Poulet-Mercier-l'Abbe, demande au tribunal :
1°) de déclarer Grenoble Alpes Métropole, la commune de Saint-Martin-le-Vinoux et la société Eau de Grenoble solidairement responsables des conséquences dommageables de l'accident dont elle a été victime le 8 décembre 2016 ;
2°) d'ordonner, avant dire droit, une nouvelle expertise médicale afin de déterminer l'étendue de son préjudice et de mettre les frais d'expertise à la charge de Grenoble Alpes Métropole, de la commune de Saint-Martin-le-Vinoux et de la société Eau de Grenoble,
3°) de sursoir à statuer dans l'attente du dépôt du rapport d'expertise ;
4°) de condamner solidairement Grenoble Alpes Métropole, la commune de Saint-Martin-le-Vinoux et la société Eaux de Grenoble à lui verser, à titre de provision, les sommes de 1 024 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel, de 40 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, de 4 500 euros au titre des souffrances endurées, de 6 500 euros au titre des souffrances endurées temporaires, de 2 500 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, de 6 000 euros au titre du préjudice d'agrément, de 16 320 euros au titre des dépenses futures de santé, de 20 000 euros au titre de l'incidence professionnelle et de réserver les préjudices patrimoniaux temporaires tels que les dépenses de santé ;
5°) de mettre à la charge de Grenoble Alpes Métropole, de la commune de Saint-Martin-le-Vinoux et de société Eau de Grenoble une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les circonstances de l'accident ainsi que le lien de causalité entre l'ouvrage public et le dommage dont elle a été victime sont établies par les nombreuses attestations produites ;
- la responsabilité de Grenoble Alpes Métropole est engagée au titre des compétences qu'elle exerce en matière d'aménagement et d'entretien des voiries sur le territoire des communes membres ;
- en l'absence de sécurisation et de balisage adapté des lieux des travaux à l'origine des dommages, la responsabilité de société publique locale Eaux de Grenoble est engagée ;
- la responsabilité de la commune est engagée pour faute dans l'exercice des pouvoirs de police générale que le maire tient des dispositions de l'article L 2212-2 du code général des collectivités territoriales ;
- aucune faute d'imprudence ne peut lui être reprochée ;
- le rapport de l'expert judiciaire sera déclaré nul en raison des conditions dans lesquelles s'est déroulé l'examen clinique de Mme C et du manque de compétences de cet expert ; un nouvel expert sera désigné sur le fondement de l'article R. 621-1 du code de justice administrative ;
- elle n'est pas en mesure de chiffrer l'intégralité de ses préjudices mais forme des demandes provisionnelles ;
- le déficit fonctionnel temporaire sera indemnisé par une indemnité provisionnelle de 1024 euros ;
- la date de consolidation sera fixée au mois de mars 2019 et non au 15 mars 2018 comme le retient l'expert ;
- les souffrances endurées temporaires seront estimées à 6 500 euros ;
- le déficit fonctionnel permanent global doit être estimé à 20 % et sera indemnisé à hauteur de 40 000 euros ;
- le préjudice d'agrément sera évalué à titre provisionnel à la somme de 6 000 euros ;
- elle justifiera dans le détail des dépenses de santé restées à sa charge ;
- l'incidence professionnelle sera évaluée à titre provisionnel à la somme de 20 000 euros ;
- les dépenses de santé futures seront évaluées à titre provisionnel à la somme de 16 320 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 juin 2021, Grenoble Alpes Métropole, représentée par Me Grimaud, conclut au rejet de la requête et à et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme C la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que des entiers dépens.
Elle soutient que :
- les circonstances de l'accident ne sont pas clairement établies ;
- les dommages sont imputables à la société publique Eaux de Grenoble en vertu du contrat d'affermage et des prescriptions figurant dans l'arrêté l'autorisant à réaliser les travaux sur le domaine public routier ;
- une nouvelle expertise médicale n'est pas nécessaire.
Par des mémoires en défense enregistrés le 16 juin 2021 et le 30 mai 2023, la société publique locale (SPL) Eau de Grenoble, représentée par Me Seban, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme C la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les dommages survenus en raison de l'existence même d'un ouvrage de distribution d'eau sont imputables à Grenoble Alpes Métropole en sa qualité d'autorité délégante du service public, dans le cadre d'un contrat d'affermage ;
- la commune est responsable au titre du pouvoir de police général détenu par son maire ;
- la chute de la victime est exclusivement imputable à son imprudence ;
- les conclusions tendant à l'annulation du rapport d'expertise sont irrecevables ;
- la nouvelle demande d'expertise n'est pas utile ;
- les conclusions chiffrées en cours d'instance sont en contradiction totale avec la demande d'ordonner une nouvelle mesure d'expertise et sont irrecevables ;
- l'indemnisation ne saurait excéder 2000 euros au titre des troubles dans les conditions d'existence ;
- la requérante ne démontre pas le lien de causalité entre sa chute et la survenance de pathologie près de 8 ans après les faits.
Par des mémoires en défense enregistrés le 9 février 2022 et le 28 septembre 2023, la commune de Saint-Martin-le-Vinoux, représentée par Me Ligas-Raymond, conclut, à titre principal, au rejet des conclusions de Mme C dirigées à son encontre et à ce qu'il soit mis à sa charge la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle conclut, à titre subsidiaire, en cas d'engagement de la responsabilité, au rejet des demandes provisionnelles formées par Mme C, à la limitation de l'indemnisation de ses préjudices à la somme totale de 4 529 euros, à la condamnation de Grenoble Alpes Métropole à la relever et garantir de toute condamnation qui pourrait être prononcée à son encontre et à la condamnation de Mme C aux entiers dépens.
Elle soutient que :
- elle doit être mise hors de cause dès lors que la compétence de la voirie a été transférée à Grenoble Alpes Métropole depuis le 1er janvier 2015 et que les travaux réalisés dans cette rue ont été effectués par la SPL Eaux de Grenoble sous maitrise d'ouvrage de Grenoble Alpes Métropole dans le cadre de l'arrêté de permission de voirie ;
- elle n'a commis aucune faute dans l'exercice de son pouvoir de police prévu par les dispositions de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales ;
- les circonstances exactes de l'accident ne sont pas établies ;
- la chute résulte du seul défaut d'attention de la victime qui empruntait régulièrement ce chemin ;
- les demandes de nullité du rapport d'expertise judiciaire et de contre-expertise ne sont pas justifiées ;
- la demande formulée au titre de toutes dépenses de santé actuelles n'est pas justifiée ;
- aucune indemnité ne sera versée au titre de l'incidence professionnelle ;
- le déficit fonctionnel temporaire donnera lieu à une somme qui ne saurait excéder 529 euros ;
-les souffrances endurées seront évaluées à 2 000 euros ;
- le déficit fonctionnel permanent sera estimé à 2000 euros ;
- le préjudice d'agrément sera écarté en l'absence d'activité spécifique.
- Grenoble Alpes Métropole sera tenue de la relever et garantir de toute condamnation pécuniaire qui serait mise à la charge.
Par un mémoire enregistré le 5 septembre 2023, la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône conclut à la condamnation solidaire de Grenoble Alpes Métropole, de la commune de Saint-Martin-le-Vinoux et de la société Eaux de Grenoble à lui payer, sous réserve qu'une contre-expertise ne soit pas ordonnée, les sommes de 1 401,08 euros avec intérêts de droit à compter du jugement à intervenir au titre de ses débours définitifs et de 467,03 euros au titre de l'indemnité forfaitaire.
Elle soutient que :
- elle s'associe aux conclusions de la requérante quant à la responsabilité de Grenoble Alpes Métropole, de la commune de Saint-Martin-le-Vinoux et de la société Eaux de Grenoble ;
- les prestations qu'elle a servies à Mme C sont en lien exclusif avec sa chute.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des assurances ;
- le code de la sécurité sociale ;
-le décret n° 2014-1601 du 23 décembre 2014 portant création de la métropole dénommée " Grenoble-Alpes Métropole " ;
- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ban,
- les conclusions de M. Villard, rapporteur public ;
- les observations de Me Poulet-Mercier-l'Abbe représentant Mme C ;
- les observations de Me Gerin représentant la société publique locale " Eau de Grenoble " ;
- les observations de Me Ligas-Raymond représentant la commune de Saint-Martin-le-Vinoux.
Considérant ce qui suit :
1. Le 8 décembre 2016 vers 18 heures 30, Mme C est tombée dans une tranchée ouverte alors qu'elle circulait à pied rue du Petit Lac sur le territoire de la commune de Saint-Martin-le-Vinoux. Par ordonnance du 30 mai 2018, le juge des référés du tribunal administratif de Grenoble a désigné un expert médical qui n'a pas pu effectuer sa mission. Par ordonnance du 24 janvier 2019, le président de ce tribunal a désigné un nouvel expert qui a remis son rapport le 29 mars 2019. Par sa requête, Mme C demande au tribunal de désigner un nouvel expert médical avant dire droit afin de déterminer l'étendue de son préjudice ou, à défaut, de condamner solidairement Grenoble Alpes Métropole, la commune de Saint-Martin-le-Vinoux et la société publique locale " Eau de Grenoble " à lui verser diverses sommes à titre provisionnel en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi.
Sur la responsabilité :
En ce qui concerne la responsabilité pour dommages de travaux publics :
Quant au défaut d'entretien normal :
2. L'usager d'une voie publique est fondé à demander réparation du dommage qu'il a subi du fait de l'existence ou du fonctionnement de cet ouvrage ou du fait des travaux publics qui y sont réalisés tant à la collectivité gestionnaire de la voie qu'à l'auteur des travaux dommageables. Il doit démontrer, d'une part, la réalité de son préjudice et, d'autre part, l'existence d'un lien de causalité direct entre les travaux publics et le dommage. Les personnes ainsi mises en cause ne peuvent dégager leur responsabilité, sauf cas de force majeure ou faute de la victime, qu'en établissant que l'ouvrage était normalement entretenu.
3. Il résulte des attestations versées au dossier ainsi que du rapport d'intervention du service départemental d'incendie et de secours que, le 8 décembre 2016 vers 18 heures 30, Mme C est tombée dans une partie de tranchée d'environ 1,50 m de profondeur dépourvue de plaque de protection alors qu'elle marchait sur un chemin piétonnier situé au droit de la rue du petit Lac sur le territoire de la commune de Saint-Martin-le-Vinoux. Ce chemin goudronné, qui permet au public de se rendre à la piscine et au gymnase municipaux, constitue une dépendance de la voie publique.
4. Il résulte de l'instruction que la plaque métallique placée sur la tranchée creusée par la société Eau de Grenoble ne la couvrait que partiellement et que Mme B est tombée dans la partie de l'excavation dépourvue de tout dispositif de protection.
5. Si les photographies produites par la requérante font apparaître sur les lieux de l'accident des barrières de sécurité, des rubalises et des cônes de chantier, ces éléments de signalisation apparaissent mal positionnés par rapport à l'emplacement de la tranchée partiellement ouverte en ce qu'ils n'empêchent pas ni même ne dissuadent les usagers d'emprunter la portion dangereuse du chemin.
6. En outre, il n'est pas établi que les lieux de l'accident étaient suffisamment éclairés pour que l'excavation à l'origine des dommages soit visible une fois la nuit tombée.
7. Ainsi, les dispositifs de signalisation et de protection mis en place n'étaient pas appropriés à la nature du danger que représentait ce trou d'une profondeur importante dans un endroit fréquenté. La chute dont Mme C a été victime est donc imputable à un défaut d'entretien normal de la voirie.
Quant à la détermination des personnes responsables :
8. En vertu de l'article 4 du décret du 23 décembre 2014 et du b) du 2° du I de l'article L. 5217-2 du code général des collectivités territoriales, Grenoble-Alpes Métropole exerce de plein droit, en lieu et place des communes membres dont fait partie la commune de Saint-Martin-le-Vinoux., l'entretien de la voirie et la signalisation. Ainsi, au titre de l'exercice de ces compétences, Mme C est seulement fondée à rechercher la responsabilité de Grenoble-Alpes Métropole et non celle de la commune de Grenoble.
9. Il résulte également de l'instruction que la tranchée à l'origine des dommages a été creusée par la société Eau de Grenoble dans le cadre de travaux de renouvellement d'une conduite et de branchements d'adduction d'eau potable qu'elle réalisait en sa qualité de délégataire du service public de distribution d'eau potable. Sa responsabilité est engagée de ce fait.
10. Pour s'exonérer de sa responsabilité vis-à-vis de la victime, Grenoble Alpes Métropole ne saurait utilement se prévaloir ni des stipulations du contrat de délégation du service public de distribution d'eau potable que la société publique locale Eau de Grenoble a signé en décembre 2014 ni des prescriptions que comporte l'arrêté du 7 décembre 2016 par lequel elle a autorisé cette société à réaliser des travaux sur le domaine public routier dont elle a la charge.
En ce qui concerne la faute du maire dans l'exercice de son pouvoir de police générale :
11. Aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques () 5° Le soin de prévenir, () les accidents () ".
12. Il n'est pas contesté que la commune de Saint-Martin-le-Vinoux n'était pas le maître d'ouvrage des travaux réalisés par la société Eaux de Grenoble sur la voie publique. Mme C n'établit pas que la commune avait été informée du danger que représentait une tranchée non recouverte. Par suite, aucune carence du maire dans l'exercice de ses pouvoirs de police générale n'est démontrée. Il suit de là que la responsabilité de la commune ne saurait être engagée sur ce fondement.
En ce qui concerne la faute de la victime :
13. Le danger constitué par une partie de tranchée non recouverte ne constitue pas un obstacle que tout piéton peut normalement s'attendre à rencontrer sur son passage. Ainsi, et dès lors que ce danger n'était ni correctement signalé ni visible à l'heure de l'accident, aucune faute ne peut être reprochée à Mme C.
14. Il résulte de ce qui précède que Mme C est fondée à rechercher la responsabilité solidaire de Grenoble Alpes Métropole et de la société Eaux de Grenoble pour obtenir réparation des conséquences dommageables de son accident.
Sur la réparation des préjudices :
En ce qui concerne la régularité du rapport d'expertise médicale :
15. Aux termes de l'article R. 621-3 du code de justice administrative, " () Par le serment, l'expert s'engage à accomplir sa mission avec conscience, objectivité, impartialité et diligence ".
16. Il n'appartient pas au juge administratif d'annuler une expertise comme le demande la requérante.
17. La requérante apporte des éléments sérieux de nature à remettre en cause la manière dont l'expert a conduit, sur le plan déontologique, son examen clinique qui a eu lieu le 25 mars 2019. L'expert a toutefois répondu à ses missions et les conclusions figurant dans son rapport reposent également sur une analyse médicale des pièces fournies par Mme C qui, pour contestable qu'elle soit, n'apparaît pas devoir être totalement disqualifiée.
18. Dans cette mesure, la circonstance que cette opération d'expertise se soit déroulée dans des conditions irrégulières ne fait pas obstacle à ce que le juge prenne ce rapport en considération à titre d'élément d'information parmi les nombreuses pièces médicales fournies à l'instance par la requérante.
19. Les pièces du dossier permettent ainsi d'évaluer l'étendue du préjudice subi par Mme C qui est, en outre, largement discutée par les parties. Dès lors, avant d'examiner les préjudices dont Mme C demande réparation, il n'y a pas lieu d'ordonner une nouvelle expertise et de surseoir à statuer dans l'attente.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
20. Le certificat médical établi le 9 décembre 2016 par le centre hospitalier universitaire de Grenoble fait état d'une contusion de la paroi abdominale et de douleurs au rachis cervical nécessitant le port d'un collier cervical. Un scanner cervico-thoraco-lombaire et un body scanner ont éliminé toute fracture et lésion post-traumatique au niveau thoracique et au niveau du bassin. Me C a ensuite suivi des séances de rééducation du rachis cervical nécessitant le port d'une minerve.
S'agissant des préjudices temporaires :
21. Mme B ne justifie pas que des dépenses de santé seraient restées à charge, sans qu'elle puisse utilement invoquer l'irrégularité du rapport d'expertise sur ce point.
S'agissant des préjudices permanents (après consolidation) :
22. Il résulte de l'instruction que la chute de Mme C a eu sur elle un retentissement psychologique caractérisé par des troubles du sommeil justifiant la prise de médicament contre l'anxiété. Il ne résulte toutefois pas des éléments médicaux produits que son état séquellaire, strictement en lien avec sa chute, rendrait nécessaire un suivi psychiatrique hebdomadaire pendant une durée de 20 ans plus de 6 ans après le fait dommageable. Par suite, elle n'est pas fondée à demander une indemnisation au titre des dépenses futures de santé.
23. Il n'est pas contesté que Mme B a obtenu un CAP coiffure et a travaillé dans ce secteur professionnel jusqu'en 2006-2007. A la date de l'accident, elle était mère au foyer et sans emploi depuis environ 10 ans. Si cette situation n'est pas un obstacle en soi pour obtenir une indemnisation au titre de l'incidence professionnelle notamment pour compenser des difficultés accrues à revenir sur le marché du travail, Mme C ne justifie pas avoir tenté de reprendre une activité professionnelle après son accident ni au demeurant avant celui-ci. Eu égard au taux relativement faible du déficit fonctionnel permanent dont elle est atteinte et à sa nature, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle soit dans l'impossibilité d'exercer une activité professionnelle notamment dans le domaine de la coiffure. Par suite, aucune réparation ne peut lui être accordée au titre de l'incidence professionnelle.
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :
S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux temporaires :
24. Au titre du déficit fonctionnel temporaire, l'expert retient que Mme C a subi un déficit fonctionnel temporaire partiel de 25% du 8 décembre 2016 au 23 janvier 2017 et de 10% du 24 janvier 2017 au 14 mars 2018.
25. Contrairement à ce que soutient la requérante, l'expert évoque les répercussions de la chute subie par Mme C sur son équilibre, psychologique. Aucun élément de son rapport ne permet de considérer qu'il n'aurait pas inclus les troubles et les gênes dans les actes de la vie courante subis par la victime à ce titre dans l'évaluation des classes du déficit fonctionnel temporaire.
26. Pour contester la date de consolidation fixée par l'expert au 15 mars 2018 correspondant à la date de l'IRM cervicale réalisée, Mme C fait valoir que sa chute a provoqué l'apparition d'une discopathie étagée reconnue dès 2017 et 2018 par le docteur F ainsi que d'une cervicarthrose. Elle fait valoir que l'expert impute à tort cette cervicarthrose à une décompensation temporaire d'une pathologie préexistante alors qu'elle n'avait jamais réalisé d'imagerie au niveau des cervicales avant son accident.
27. Il est vrai que l'expert n'explique pas précisément les éléments médicaux qui lui ont permis de rattacher ces pathologies à un état antérieur et n'indique pas si, en l'absence de décompensation provoquée par sa chute, Mme C aurait subi les effets néfastes de cette pathologie pendant le temps de son incapacité temporaire alors qu'une cervicarthrose est souvent asymptomatique.
28. Par ailleurs, si l'analyse radiographique du 9 avril 2019 confirme la persistance de la raideur cervicale retenue par l'expert, elle constate également l'absence de cervicarthrose, révélant ainsi une évolution de l'état de santé de la requérante.
29. Dans ces conditions, comme le demande la requérante, il y a lieu de prolonger la période de déficit fonctionnel temporaire partiel jusqu'en mars 2019, date de l'IRM réalisée par le docteur E et d'inclure dans l'indemnisation de ce préjudice les troubles et les gênes résultant de cette cervicarthrose temporaire. Sur la base d'un taux journalier de 15 euros, il sera fait une juste appréciation de chef de préjudice en l'évaluant à la somme totale de 2 000 euros au titre de l'ensemble de ces périodes.
30. Contrairement à ce qu'indique la requérante, l'expert a chiffré les souffrances qu'elle a endurées en les évaluant à 2 sur une échelle de 7 compte tenu " des lésions imputables, des soins qui en ont découlé, de l'absence de toute hospitalisation, et des répercussions psychologiques avec toutefois aucune prise en charge spécifique à ce niveau, malgré la peur ressentie lors de la chute alors qu'elle était avec ses enfants ". A prenant en compte les douleurs liées à sa cervicarthrose temporaire, une somme de 2 500 euros sera attribuée à Mme C au titre des souffrances qu'elle a endurées jusqu'à la date de consolidation de son état de santé.
S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux permanents :
31. L'expert indique que M. C est atteinte d'une raideur persistante de la nuque et évalue son déficit fonctionnel permanent à 2% compte tenu du retentissement psychologique inhérent à sa chute. Ainsi qu'il a été dit au point 28, il est établi que Mme C ne souffre plus de cervicarthrose depuis la consolidation de son état de santé intervenue en mars 2019 mais que la raideur de sa nuque demeure ainsi que la gêne en résultant dans sa vie quotidienne. En revanche, les autres séquelles et phénomènes douloureux qu'elle invoque notamment au genou droit n'apparaissent pas imputables à l'accident du 8 décembre 2016. Aussi, le déficit fonctionnel permanent qui résulte strictement de l'accident subi par Mme C doit être estimé à 3 % et justifie l'attribution d'une indemnité de 2 000 euros.
32. En se bornant à soutenir qu'elle ne peut plus " se livrer à des activités quotidiennes banales " dont l'indemnisation relève du déficit fonctionnel permanent, la requérante ne justifie pas de l'exercice d'une activité sportive ou de loisirs pratiquée antérieurement à l'accident. La preuve de l'existence d'un préjudice d'agrément n'est pas, dès lors, rapportée.
33. Il résulte de ce qui précède que Grenoble Alpes Métropole et de la société Eau de Grenoble doivent être solidairement condamnées à payer à Mme C la somme totale de 6 500 euros.
Sur les droits de la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône :
34. Il résulte du relevé de prestations détaillé qu'elle produit que la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône justifie avoir exposé au profit de Mme C, en lien direct avec sa chute, des frais hospitaliers d'un montant de 244,28 euros, des frais médicaux d'un montant de 1 132,01 euros et des frais pharmaceutiques d'un montant de 24,79 euros. Ces débours s'élèvent donc à un montant total de 1 401,08 euros.
35. Même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts du jour de son prononcé jusqu'à son exécution, au taux légal. Par suite, les conclusions tendant à ce que les sommes allouées portent intérêts à compter de la date du jugement sont dépourvues de tout objet et doivent être rejetées.
Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :
36. Aux termes du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée ". L'arrêté du 18 décembre 2023 a fixé à 118 euros et 1 191 euros les montants minimum et maximum de l'indemnité forfaitaire de gestion pour l'année 2024.
37. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône a droit au versement de la somme arrondie de 467 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Sur les frais d'expertise :
38. Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 800 euros par ordonnance du 12 septembre 2019, doivent être mis à la charge de Grenoble Alpes Métropole et de la société Eaux de Grenoble.
Sur l'appel en garantie :
39. En l'absence de condamnation prononcée à l'encontre de la commune de Saint-Martin-le-Vinoux, l'appel en garantie qu'elle présente contre Grenoble Alpes Métropole ne peut qu'être rejeté.
Sur les frais liés à l'instance :
40. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les sommes que Grenoble Alpes Métropole et la société Eaux de Grenoble demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
41. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge respective de Grenoble Alpes Métropole et de la société Eaux de Grenoble une somme de 1000 euros chacune au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.
42. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C une quelconque somme au titre des frais exposés par la commune de Saint-Martin-le-Vinoux et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Grenoble Alpes Métropole et la société Eaux de Grenoble sont solidairement condamnées à payer à Mme C la somme de 6 500 euros.
Article 2 : Grenoble Alpes Métropole et la société Eaux de Grenoble sont solidairement condamnées à payer à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône une somme de 1 401,08 euros.
Article 3 : Les frais d'expertise sont mis à la charge de Grenoble Alpes Métropole et de la société Eau de Grenoble.
Article 4 : Grenoble Alpes Métropole et la société Eaux de Grenoble verseront chacune à Mme C la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Grenoble Alpes Métropole et la société Eau de Grenoble verseront solidairement à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône une somme de 467 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à la métropole Grenoble Alpes Métropole, à la commune de Saint-Martin-le-Vinoux et à la société publique locale Eaux de Grenoble.
Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. Ban, premier conseiller.
M. Doulat, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.
Le rapporteur,
J-L. Ban
La présidente,
A. Triolet
La greffière,
J. Bonino
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026