jeudi 14 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2102231 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL VITAL DURAND & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 avril 2021, M. D B, agissant tant en son nom personnel qu'en sa qualité de représentant légal de sa fille A B et M. E B, représentés par Me Collomb, demandent au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier Annecy Genevois à verser les sommes suivantes en réparation des préjudices subis du fait du décès de Mme G F:
- 30 000 euros à M. D B en réparation de son préjudice d'affection et 10 000 euros en réparation du préjudice d'affection de sa fille A B ;
- 30 000 euros à M. E B en réparation de son préjudice d'affection;
- 4 844,50 euros en remboursement des frais d'obsèques ;
2°) de dire que la société AM Trust France devra garantir le centre hospitalier Annecy Genevois des condamnations prononcées à son encontre ;
3°) de condamner le centre hospitalier Annecy Genevois aux entiers dépens et à la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité du centre hospitalier Annecy Genevois doit être engagée sur le fondement de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique en raison :
o d'un défaut de surveillance de Mme F ;
o de ce que des objets dangereux ont été laissés à la disposition de cette dernière dans sa chambre ;
o de l'absence d'information à l'attention de sa famille du risque suicidaire de Mme F ;
- Ils ont subi des préjudices d'affection ;
- Ils ont engagé des frais d'obsèques ;
- leurs préjudices doivent être intégralement réparés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2021, le centre hospitalier Annecy Genevois, représenté par Me Vital-Durand, conclut à la réduction à de plus justes proportions des demandes d'indemnisation.
Il soutient que :
- le diagnostic clinique a été correctement apprécié lors de l'admission de Mme F ;
- la prise en charge était adaptée compte tenu de la mutation prévue dans la clinique du Sermay en hospitalisation libre ;
- l'article L. 1111-2 du code de la santé publique n'impose aucune obligation d'information concernant l'état de santé d'un patient adulte à ses proches ;
- sa responsabilité doit être retenue au titre d'une perte de chance de 30% d'éviter le décès de Mme F,
- le taux de perte de chance correspondant à celui du rapport d'expertise du professeur C ;
- les indemnités accordées ne pourront excéder :
*1 200 euros chacun pour MM. D et E B et 600 euros pour Mme A B au titre du préjudice d'affection ;
*1 453,35 euros s'agissant des frais d'obsèques.
La requête et l'ensemble des pièces de la procédure ont été communiqués ont été communiqués à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Loire, qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la réclamation préalable constituée par la saisine de la commission d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales Rhône-Alpes ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Argentin,
- les conclusions de Mme Vaillant, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F, mère de MM. D et Michaël B, a été, le 5 juin 2018, hospitalisée à l'unité de post-urgences psychiatriques d'Annecy après s'être présentée au service des urgences du centre hospitalier Annecy Genevois au sein desquelles un épisode dépressif sévère a été diagnostiqué. Mme F s'est suicidée dans la salle de bain de sa chambre par pendaison avec la ceinture de son peignoir le 8 juin 2018.
Sur les conclusions tendant à dire et juger que la société AmTrust devra garantir le centre hospitalier universitaire Annecy Genevois de l'ensemble des condamnations qui seront mises à sa charge :
2. Les conclusions de la requête tendant à dire et juger que la société AmTrust devra garantir le centre hospitalier universitaire Annecy Genevois de l'ensemble des condamnations qui seront mises à sa charge, s'apparentent à des conclusions aux fins d'appel en garantie, qui ne peuvent être présentées que par le défendeur. Ces conclusions doivent, dès lors, être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité du centre hospitalier Annecy Genevois :
3. Aux termes des dispositions du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".
4. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du professeur C du 12 avril 2019, que dans la nuit du 7 au 8 juin 2018, la surveillance horaire indiquée par le docteur H, médecin psychiatre, à l'égard de Mme F n'a pas été respectée par l'équipe de nuit de l'unité de post-urgences psychiatriques d'Annecy. Par ailleurs, lors de son passage à 2 heures, l'infirmière n'a pas contrôlé l'état de visu de Mme F alors que celle-ci était déjà enfermée dans la salle de bains, se contentant d'une impression de réponse. En outre, si des objets ont été enlevés de la chambre qu'occupait Mme F, tel n'a pas été le cas des cordons de vêtements alors que cette dernière a utilisé la ceinture de son peignoir comme dispositif de pendaison. Dans ces circonstances, les requérants sont fondés à soutenir que le centre hospitalier Annecy Genevois a commis une faute de surveillance et une faute de prévention du risque suicidaire constituée par l'absence de retrait de tous les objets dangereux de nature à engager sa responsabilité.
5. Les requérants soutiennent également qu'ils n'ont pas été informés, par le centre hospitalier, du risque suicidaire et, par suite, de la possibilité d'engager une hospitalisation sur demande d'un tiers. Toutefois les requérants ne se prévalent d'aucune disposition juridique mettant à la charge d'un centre hospitalier, prenant en charge un patient majeur sur sa demande, une obligation d'information concernant l'état de santé à l'égard de membres de sa famille. A supposer les requérants ont entendu se prévaloir des dispositions de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique, ces dispositions n'imposent aucune obligation d'information à l'égard de l'entourage familial. Dans ces circonstances, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le centre hospitalier Annecy Genevois aurait commis une faute en s'abstenant de les informer du risque suicidaire de Mme F.
En ce qui concerne la perte de chance :
6. Il incombe au juge retenant l'existence d'une faute du service public hospitalier lors de la prise en charge d'un patient de déterminer quelles en ont été les conséquences. S'il n'est pas certain qu'en l'absence de faute le dommage ne serait pas advenu, le préjudice qui résulte directement de la faute commise par l'établissement et doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte d'une chance de l'éviter. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
7. En l'espèce, eu égard aux antécédents dépressifs et aux deux précédentes tentatives de suicide Mme F, l'absence de survenance du décès de Mme F par suicide ne peut être considéré comme certain si la prise en charge de l'intéressée n'avait pas été fautive.
8. En s'abstenant de respecter le dispositif horaire de surveillance et de visu indiqué par le médecin psychiatre et en laissant à la disposition des cordons de vêtements, le centre hospitalier Annecy Genevois a commis deux fautes qui ont significativement contribuées à la perte de chance pour Mme F de se soustraire au risque qui s'est réalisé de mettre fin à ses jours. La réparation du dommage résultant de cette perte de chance doit être fixée à une fraction des différents chefs de préjudices subis. Compte tenu des circonstances de l'espèce, cette fraction doit être fixée à 80%.
Sur les préjudices :
9. Au titre des " frais d'obsèques ", les requérants produisent une facture de la marbrerie Debordes du 15 juin 2018 (correspondant à la commande n°625084) d'un montant de 3 818,10 euros, un reçu d'un acompte d'un montant de 566,40 euros de la marbrerie Debordes en date du 16 juin 2018 (correspondant à la commande n°626701 pour un montant total de 566,40), l'arrêté du maire de la commune d'Alby-sur-Cheran du 14 juin 2018 mentionnant des frais de concession d'un colombarium d'un montant de 385 euros et une attestation concernant des frais de cérémonie religieuse d'un montant de 80 euros. Cependant, s'agissant de la facture de 3 818,10 euros, il ne résulte pas de l'instruction que la mutuelle Mutame Savoie Mont-Blanc n'aurait pas pris en charge la somme de 590 euros qui a été déduite du solde à payer par la marbrerie Debordes. En conséquence, il y a lieu de retenir, pour ces frais, le montant de 3 228,10 euros. La somme totale de 3 407,60 euros sera donc accordée à MM. D B et Michaël B au titre des frais d'obsèques après application du taux de perte de chance.
10. Eu égard à la souffrance morale induite par la perte d'un parent, il y a lieu d'allouer à MM. D B et Michaël B une somme de 8 800 euros chacun en réparation de leur préjudice d'affection, après application du taux de perte de chance.
11. Eu égard à la souffrance morale induite par la perte d'un grand-parent, il y a lieu d'allouer à M. D B, en sa qualité de représentant légal de sa fille A B, une somme de 2 400 euros en réparation du préjudice d'affection, après application du taux de perte de chance.
Sur les dépens:
12. Aucun dépens, au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, n'a été exposé par les requérants dans le cadre de la présente instance. Par suite, les conclusions relatives aux dépens ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge centre hospitalier Annecy Genevois la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier Annecy Genevois est condamné à verser à MM. D et E B une somme de 3 407,60 euros en leur qualité d'ayants droit de Mme F.
Article 2 : Le centre hospitalier Annecy Genevois est condamné à verser à M. D B et à M. E B une somme de 8 800 euros chacun.
Article 3 : Le centre hospitalier Annecy Genevois est condamné à verser à M. D B en sa qualité de représentant légal de sa fille A B une somme de 2 400 euros.
Article 4 : Le centre hospitalier Annecy Genevois versera à MM. D et E B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au centre hospitalier Annecy Genevois, à la société AM Trust France et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire.
Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bedelet, présidente,
M. Argentin, premier conseiller,
Mme Portal, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2024.
Le rapporteur,
S. Argentin
La présidente,
A. BedeletLe greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026