mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2102681 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL DE LA GRANGE ET FITOUSSI AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 27 avril 2021, le 3 mars 2023, et le 14 février 2024, Mme I Marc'h et M. D L, représentés par Me Pottier, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier intercommunal Hôpitaux du Pays du Mont-Blanc à verser les sommes de :
- 2 259 636,02 euros à Mme Marc'h avec intérêts au taux légal à compter de la notification du présent jugement en réparation des préjudices résultant des fautes médicales commises lors de sa prise en charge ;
- 20 000 euros à Mme Marc'h en réparation du préjudice moral résultant d'un défaut d'information de la complication ;
- 10 000 euros à M. L en réparation de troubles causés dans ses conditions d'existence ;
2°) de surseoir à statuer sur le poste de préjudice " dépenses de santé futures " ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier intercommunal Hôpitaux du Pays du Mont-Blanc les dépens ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier intercommunal Hôpitaux du Pays du Mont-Blanc une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :
- la responsabilité du centre hospitalier est engagée sur le fondement des articles L. 1142-1 I) et L. 1142-4 du code de la santé publique, en raison d'une faute médicale, et d'un défaut d'information de la complication ;
- le préjudice de Mme Marc'h doit être évalué ainsi :
* préjudices patrimoniaux temporaires :
* dépenses de santé actuelles : 549,04 euros ;
* frais divers :
o frais d'assistance à expertise : 2 100 euros ;
o frais de déplacement : 1 177,98 euros ;
o assistance par tierce personne avant consolidation : 11 420 euros ;
* perte de gains professionnels actuels : 14 571 euros ;
* préjudices patrimoniaux permanents :
* dépenses de santé futures : à réserver ;
* frais de véhicule adapté : 31 777 euros ;
* assistance par tierce personne après consolidation (outre arrérages échus): 466 470 euros ;
* perte de gains professionnels futurs : 1 474 447 euros ;
* incidence professionnelle : 100 000 euros ;
* préjudices extra-patrimoniaux temporaires :
* déficit fonctionnel temporaire : 7 124 euros ;
* souffrances endurées : 40 000 euros ;
* préjudice esthétique temporaire : 5 000 euros ;
* préjudices extra-patrimoniaux permanents :
* déficit fonctionnel permanent : 57 000 euros ;
* préjudice esthétique permanent : 8 000 euros ;
* préjudice d'agrément : 40 000 euros ;
- le préjudice moral de Mme Marc'h lié au défaut d'information de la complication doit être évalué à 20 000 euros ;
- les troubles dans les conditions d'existence de M. L doivent être évalués à 10 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 16 août 2021, le 19 janvier 2024, et le 25 avril 2024 (ce dernier non communiqué), le centre hospitalier intercommunal Hôpitaux du Pays du Mont-Blanc, représenté par Me Dreyfus, demande dans le dernier état de ses écritures à ce que les sommes demandées au titre des préjudices subis et en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative soient ramenées à de plus justes proportions.
Il fait valoir, dans le dernier état de ses écritures, qu' :
- il n'entend pas contester sa responsabilité ;
- l'indemnisation des préjudices de Mme Marc'h et de M. L doit être ramenée à de plus justes proportions.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 décembre 2023, l'Office national des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me De la Grange, demande à être mis hors de cause, et à ce que le centre hospitalier intercommunal Hôpitaux du Pays Mont-Blanc lui verse une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les préjudices subis par Mme Marc'h sont la conséquence exclusive de la faute commise par le Docteur B et du défaut d'information lié à cette prise en charge.
La requête et l'ensemble des pièces de la procédure ont été communiqués ont été communiqués à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Loire, qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Naillon,
- les conclusions de Mme K.
Considérant ce qui suit :
1. Mme Marc'h, née le 7 décembre 1993, a été victime d'une chute de ski le 14 février 2020, qui a provoqué une fracture des deux os de la jambe gauche. Le même jour, elle est prise en charge par le service des urgences du centre hospitalier de Sallanches, appartenant aux Hôpitaux du Pays Mont-Blanc. Le 15 février 2020, elle subit une ostéosynthèse du tibia par clou centromédullaire, réalisée par le docteur B, chirurgien orthopédiste. Les requérants recherchent la responsabilité du centre hospitalier intercommunal Hôpitaux du Pays du Mont-Blanc en raison de la faute médicale commise durant cette intervention et de la dissimulation d'information liée à cette faute.
Sur la responsabilité du centre hospitalier intercommunal Hôpitaux du Pays Mont-Blanc :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ". Aux termes de l'article L. 1142-4 du même code : " Toute personne victime ou s'estimant victime d'un dommage imputable à une activité de prévention, de diagnostic ou de soins ou ses ayants droit, si la personne est décédée, ou, le cas échéant, son représentant légal, doit être informée par le professionnel, l'établissement de santé, les services de santé ou l'organisme concerné sur les circonstances et les causes de ce dommage. / Cette information lui est délivrée au plus tard dans les quinze jours suivant la découverte du dommage ou sa demande expresse, lors d'un entretien au cours duquel la personne peut se faire assister par un médecin ou une autre personne de son choix ".
3. D'une part, Il résulte du compte-rendu de l'arthroscanner de la cheville gauche réalisé par le docteur J le 27 octobre 2020, des comptes-rendus de consultation du docteur F du 27 octobre 2020, du docteur G du 6 novembre 2020, et du docteur C du 22 décembre 2020, qu'une " lésion ostéochondrale en miroir de l'extrémité inférieure du tibia et de la partie postérieure du dôme du talus dans le prolongement de l'enclouage centromédullaire tibial " est présente, due à une probable fausse route de l'enclouage consistant en l'effraction accidentelle du clou à travers la cheville. Il résulte du résulte du rapport d'expertise du docteur H que le chirurgien, qui disposait d'un amplificateur de brillance pour la réalisation de son acte, a manqué à son obligation de réaliser un contrôle radiographique en cours d'intervention. Ce contrôle, qui est imposé par la technique opératoire, aurait permis d'éviter la survenue de la complication. Selon l'expert, cette faute qu'il qualifie de gravissime est à l'origine directe et certaine du dommage et a entrainé, outre la destruction de l'articulation tibio-talienne gauche lors de l'intervention, des séquelles irréversibles.
4. D'autre part, alors que la pénétration du clou centro-médullaire dans l'articulation de la cheville jusqu'au talus était visible sur les radiographies postopératoires précoces, ni les comptes-rendus d'intervention et d'hospitalisation du docteur B, ni les comptes-rendus de consultation réalisés par le docteur A les 2 avril 2020, 7 mai 2020 et 3 août 2020, ne mentionnent cette complication. L'expert, désigné par le tribunal, conclut à un " manquement à l'obligation d'information de la complication, qui a été volontairement dissimulé ".
5. Il en résulte que la responsabilité du centre hospitalier Hôpitaux du Pays Mont-Blanc est engagée sur le fondement de l'article L. 1142-1 I et L. 1142-4 du code de la santé publique, ce qu'il ne conteste d'ailleurs pas.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux temporaires de Mme Marc'h :
S'agissant des dépenses de santé actuelles :
6. Si Mme Marc'h sollicite une indemnisation à hauteur de 549,04 euros, elle justifie uniquement avoir dépensé la somme de 467,36 euros, correspondant au reste à charge suite à divers soins découlant directement du dommage. Par suite, et dès lors que les sommes supplémentaires demandées ne sont pas justifiées, il y a lieu de l'indemniser au titre des dépenses de santé actuelles à hauteur de 467,36 euros.
S'agissant des frais de déplacement :
7. La requérante justifie avoir subi des frais d'assistance à expertise d'un montant de 2 100 euros. Peuvent également être pris en compte les frais de déplacement exposés par la requérante pour se rendre à ses rendez-vous médicaux. Compte tenu des kilométrages parcourus (2 026 km au total), de la puissance fiscale du véhicule utilisé (6cv) et compte tenu du barème kilométrique édité chaque année par l'administration fiscale, la somme de 1 064 euros doit être remboursée à Mme Marc'h au titre des frais de déplacement, à laquelle doit être ajoutée la somme de 117 euros correspondant aux frais de péage qui ont été justifiés. Enfin, les frais de déplacement pour se rendre à l'expertise ordonnée par le tribunal n'entrent pas dans le champ d'application des préjudices indemnisables et seront indemnisés au titre des dépens.
S'agissant de l'assistance par tierce personne avant consolidation :
8. A dires d'experts, l'état de santé de Mme Marc'h a nécessité le recours à une tierce personne à hauteur de 3 heures par jour du 18 février 2020 au 31 août 2020, 2 heures par jour du 1er septembre 2020 au 7 novembre 2020, une heure par jour du 8 novembre 2020 au 31 janvier 2021 et 4 heures par semaine du 1er février 2021 au 31 mars 2021. Toutefois, il résulte du rapport d'expertise qu'en l'absence de fautes, la requérante aurait eu besoin d'une assistance par tierce personne, dans le cadre des suites habituelles du type d'intervention chirurgicale qu'elle a subie à raison d'1h30min par jour durant 6 semaines, puis de 4 heures par semaine jusqu'à la fin du troisième mois (soit 91 heures au total). Sur la base d'un taux horaire de 17 euros tenant compte des majorations pour les dimanches et les jours fériés et des périodes de congés payés, le préjudice total s'élève à la somme 12 780 euros.
S'agissant des pertes de gains professionnels actuels :
9. La requérante établit avoir conclu, avec le chalet hôtel la Marmotte le 5 février 2020, soit avant l'intervention chirurgicale en litige, un document valant contrat à durée indéterminée pour un emploi de chef réceptionniste pour un salaire mensuel brut de 2 281 euros, et devant débuter le 18 avril 2020. Si ce document prévoyait une période d'essai, il résulte de l'instruction que ce contrat faisait suite à un contrat à durée déterminée avec le même employeur et concernait les mêmes fonctions de sorte qu'était improbable une éviction de Mme Marc'h à l'issue de la période d'essai. Ainsi, le préjudice professionnel doit, dans ces conditions, être évalué à partir de la rémunération qui aurait été la sienne conformément au CDI dont Mme Marc'h se prévaut. Par ailleurs, l'intervention chirurgicale subie par Mme Marc'h aurait dû, en l'absence de faute commise, donner lieu à une reprise du travail le 18 juin 2020, à l'issue d'une convalescence de quatre mois. Ce n'est donc qu'à compter du 18 juin 2020 et jusqu'au 31 mars 2021, date de la consolidation de l'état de santé de Mme Marc'h, que la requérante doit être regardée comme ayant été mise dans l'impossibilité d'exercer une activité professionnelle. Le montant du salaire mensuel net de 1 800 euros pour cet emploi n'est pas sérieusement contesté en défense. Ainsi, Mme Marc'h aurait dû percevoir pour la période du 18 juin 2020 et jusqu'au 31 mars 2021, un revenu total de 17 160 euros. Il résulte toutefois de la notification définitive des débours de la CPAM de la Loire que Mme Marc'h a perçu des indemnités journalières jusqu'au 14 août 2020 d'un montant de 2 279,17 euros et non 2 588,21 comme l'indique la requérante. Par ailleurs, au vu des avis d'imposition sur les revenus 2020 et 2021, Mme Marc'h a perçu à titre de salaires prorata temporis du 18 juin 2020 au 31 décembre 2020 une somme de 4 619 euros [(10 837 euros - 2 279,17 euros) X197 jours /365 jours = 4 619 euros] et du 1er janvier 2021 au 31 mars 2021 une somme de 992 euros (11 682 euros X 31 jours/365 jours). Par suite, la perte de rémunération peut être évaluée, après déduction des salaires et des indemnités journalières perçus au cours de cette période, à un montant de 9 269,83 euros.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux permanents de Mme Marc'h :
S'agissant des dépenses de santé futures :
10. Il n'appartient pas au tribunal de donner acte de réserves concernant l'indemnisation de postes de préjudices qui ne sont ni documentés ni chiffrés et de préjudices non susceptibles d'être évalués à la date de la décision. Par suite, il n'y a pas lieu d'allouer une quelconque indemnité au titre de ce poste de préjudice.
S'agissant des frais de véhicule adapté :
11. L'expert a relevé que l'état de santé de Mme Marc'h nécessite l'utilisation d'un véhicule muni d'une boîte automatique. Mme Marc'h est ainsi en droit d'être indemnisée du surcoût d'acquisition d'un véhicule adapté à son handicap par rapport à un véhicule standard. Le surcoût de l'acquisition de la boîte automatique sera raisonnablement évalué à 2 000 euros. Compte tenu d'une fréquence de remplacement de sept ans et de la table de capitalisation des rentes viagères issue du barème 2020 de la Gazette du Palais, l'indemnité due est de 16 660 euros.
S'agissant de l'assistance par tierce personne après consolidation :
12. D'une part, le besoin d'assistance par tierce personne de Mme Marc'h après consolidation est évalué par l'expert à 4 heures par semaine, au titre des tâches de la vie quotidienne. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que la requérante a bénéficié d'une prestation de compensation du handicap ou d'une allocation aux adultes handicapés pouvant venir en déduction. Pour la période du 31 mars 2021 jusqu'à la date du présent jugement, sur la base d'un taux horaire de 17 euros tenant compte des majorations pour les dimanches et jours fériés et des périodes de congés payés, une somme de 12 300 euros pourra lui être allouée. Pour la période postérieure au présent jugement, les frais destinés à couvrir les besoins d'assistance par une tierce personne doivent être fixés, sous la forme d'un capital, sur la base d'un salaire horaire de 17 euros, à raison de 4 heures par semaine et en retenant, compte tenu de l'âge de la victime, un euro de rente viagère à 55,348 par application de la table de capitalisation des rentes viagères issue du barème 2020 de la Gazette du Palais, à 195 700 euros. La circonstance que l'intéressée est susceptible de solliciter, à l'avenir, une allocation en lien avec ce besoin est sans incidence sur le montant de l'indemnité qu'il appartient au juge du fond de déterminer, dans la mesure où l'autorité compétente en matière d'aide sociale, lorsqu'elle est saisie d'une demande de prestation de compensation du handicap alors qu'une décision de justice a mis à la charge du responsable du dommage une indemnisation couvrant le besoin d'assistance par une tierce personne, peut tenir compte du fait que ce besoin se trouve ainsi pris en charge par un tiers, sans préjudice de la possibilité pour l'aide sociale de financer des frais autres que ceux que l'indemnisation allouée par le juge a pour objet de couvrir.
13. D'autre part, le besoin d'assistance par tierce personne dédiée à s'occuper de l'enfant de Mme Marc'h né le 19 septembre 2021 a été évalué par l'expert à une heure par jour, depuis la naissance jusqu'aux quatre ans de l'enfant. Il ne résulte pas de l'instruction que la requérante bénéficie d'une prestation de compensation du handicap ou d'une allocation aux adultes handicapés pouvant venir en déduction. Sur la base d'un taux horaire de 17 euros, tenant compte des majorations pour les dimanches et jours fériés et des périodes de congés payés, une somme de 24 800 euros pourra être allouée à Mme Marc'h.
14. Par suite, le poste de préjudice dédié à l'assistance par tierce personne sera justement réparé en allouant à la requérante une somme totale de 232 800 euros.
S'agissant de la perte de gains professionnels futurs et de l'incidence professionnelle :
15. L'expert désigné par le tribunal précise dans sa réponse aux dires des parties que " même en cas d'arthrodèse de cheville, l'incidence professionnelle sera significative ". Ainsi, le centre hospitalier intercommunal Hôpitaux du Pays du Mont-Blanc n'est pas fondé à soutenir qu'une intervention d'arthrodèse demeure possible et ferait obstacle à l'indemnisation de la perte de gains professionnels futurs et de l'incidence professionnelle sollicitée par la requérante.
16. Au titre de la période postérieure au 31 mars 2021, la perte de gains professionnels futurs doit être calculée sur la base du revenu net mensuel que Mme Marc'h aurait dû percevoir au titre du contrat à durée indéterminée conclu avec la SAS JHM La Marmotte le 5 février 2020 et non avec le contrat à durée indéterminée qu'elle a conclu le 1er février 2022 avec la SARL Kiosque à pizza Scionzier pour Tesoro Mio dont elle est associée.
17. L'activité professionnelle de Mme Marc'h aurait dû lui procurer pour la période du 1er avril 2021 au 24 septembre 2024, un revenu total de 76 380 euros. En outre, il résulte de l'avis d'imposition pour l'année 2021 que Mme Marc'h a perçu, prorata temporis (du 1er avril 2021 au 31 décembre 2021), une somme de 10 690 euros. Pour la déclaration de revenus 2022, elle a déclaré la somme de 17 911 euros. Il y a lieu de retenir la même somme pour l'année 2023 et, pour la période du 1er janvier au 24 septembre 2024, une somme de 13 151 euros. Par suite, le montant de la perte de gains professionnels futurs s'élève au jour du jugement à 16 717 euros.
18. Au jour du jugement, le montant annuel des salaires de Mme Marc'h s'établit à la somme de 21 600 euros à laquelle il convient de déduire un montant annuel de 17 911 euros calculé à partir des salaires, perçus en 2022, soit une perte de gains annuelle de 3 689 euros. Par suite, après la date du présent jugement, et jusqu'à ses 64 ans, âge légal de départ à la retraite, sur la base d'une perte de gain annuelle de 3 689 euros, et un point de capitalisation de 33,337 pour une femme de 30 ans au jour de la liquidation, fixé selon le barème 2020 de capitalisation de la Gazette du palais, sa perte de gains professionnels doit être évaluée à 122 980 euros.
19. Au regard du dommage découlant directement de la faute commise, la requérante, qui n'avait que vingt-sept ans à la date de la faute, subit une dévalorisation sur le marché du travail ainsi qu'une augmentation de la pénibilité de son emploi. Par suite, le préjudice tiré de l'incidence professionnelle sera justement réparé en lui allouant une somme de 20 000 euros.
En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux temporaires de Mme Marc'h :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
20. Il résulte de l'instruction que Mme Marc'h a subi un déficit fonctionnel temporaire partiel en lien avec les fautes retenues de 75% du 15 juin 2020 au 31 août 2020, puis d'un déficit fonctionnel temporaire partiel de 50% du 1er septembre 2020 au 31 janvier 2021, puis d'un déficit fonctionnel temporaire partiel de 25 % du 1er février 2021 au 31 mars 2021 déduction faite des suites classiques d'une ostéosynthèse, évaluables à un déficit fonctionnel temporaire de 100 % du 14 au 18 février 2020 et de 75 % du 19 février 2020 au 14 juin 2020.. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice par le versement d'une indemnité de 3 440 euros.
S'agissant des souffrances endurées :
21. Les souffrances endurées par Mme Marc'h découlant de la faute commise par le centre hospitalier, compte tenu des douleurs très sévères, de la perte totale d'autonomie durant plusieurs mois, et des impacts psychologiques provoqués par la dissimulation de la complication par les médecins en charge de l'intervention chirurgicale et du contrôle post-opératoire doivent être évaluées à 4 sur une échelle qui comporte 7 niveaux. Elles seront justement réparées par le versement d'une indemnité de 10 000 euros.
En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux permanents de Mme Marc'h :
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
22. Le déficit fonctionnel permanent de Mme Marc'h évalué à 20 % par l'expert n'est pas contesté par le centre hospitalier en défense. Compte tenu de l'âge de Mme Marc'h à la date de consolidation, une somme de 51 800 euros doit être allouée à la requérante.
S'agissant du préjudice d'agrément :
23. Le préjudice d'agrément est celui qui résulte d'un trouble spécifique lié à l'impossibilité ou la difficulté pour la victime de continuer à pratiquer régulièrement une activité sportive ou de loisirs et ne se déduit pas d'une simple limitation des capacités physiques déjà indemnisée au titre du déficit fonctionnel permanent.
24. Compte tenu des pièces justificatives produites au dossier, relatives à la pratique d'activités sportives par la requérante, son préjudice d'agrément sera justement réparé par le versement d'une indemnité de 8 000 euros.
S'agissant du préjudice esthétique temporaire et permanent :
25. Mme Marc'h a subi un préjudice esthétique temporaire en raison de l'utilisation d'un fauteuil roulant puis de cannes anglaises et présente une boiterie permanente accentuée en cas de marche prolongée. Il sera fait une juste appréciation des préjudices esthétiques temporaire et permanent par le versement d'une indemnité globale de 3 000 euros.
En ce qui concerne le préjudice moral de Mme Marc'h en lien avec la dissimulation de la complication :
26. L'expert relève que les séquelles psychologiques de Mme Marc'h et sa perte de confiance dans le corps médical, sont largement imputables au manquement à l'obligation d'information de la complication qui a été volontairement dissimulée. Ce préjudice sera justement réparé en allouant à Mme Marc'h une indemnité de 2 000 euros.
En ce qui concerne le préjudice de M. L :
27. Au regard des troubles dans les conditions d'existence subis par M. L, compagnon de Mme Marc'h, son préjudice sera justement réparé en lui attribuant une indemnité de 1 000 euros.
Sur les intérêts :
28. Mme Marc'h demande que la condamnation du centre hospitalier Hôpitaux du Pays Mont-Blanc soit assortie des intérêts au taux légal à compter du jugement. Cependant, même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts du jour de son prononcé jusqu'à son exécution, au taux légal puis, en application des dispositions de l'article L. 313-3 du code monétaire et financier, au taux majoré s'il n'est pas exécuté dans les deux mois de sa notification. Par suite, les conclusions de la requérante sont dépourvues d'objet et doivent être rejetées.
Sur les dépens :
29. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ".
30. D'une part, les frais de déplacement des parties pour se rendre auprès de l'expert désigné par une juridiction administrative faisant partie des dépens, il y a lieu, compte tenu des kilométrages parcourus (340 km aller/retour), de la puissance fiscale du véhicule utilisé (6cv) et compte tenu du barème kilométrique édité chaque année par l'administration fiscale, de mettre à la charge du centre hospitalier Hôpitaux du Pays Mont-Blanc la somme de 214 euros, à laquelle doit être ajoutée la somme de 47 euros correspondant aux frais de péage dont a justifié la requérante, au titre des frais de déplacement que Mme Marc'h a dû supporter pour se rendre à la réunion d'expertise
31. D'autre part, il y a lieu de laisser à la charge définitive du centre hospitalier Hôpitaux du Pays Mont-Blanc les frais et honoraires de l'expertise judiciaire, liquidés et taxés à la somme de 2 184 euros par ordonnance en référé du président du tribunal administratif de Grenoble du 8 juin 2022.
Sur les conclusions à fin d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
32. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier Hôpitaux du Pays Mont-Blanc une somme de 1 800 euros au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier Hôpitaux du Pays Mont-Blanc la somme demandée par l'ONIAM au même titre.
D E C I D E :
Article 1er :Le centre hospitalier intercommunal Hôpitaux du Pays du Mont-Blanc est condamné à verser à Mme Marc'h la somme de 513 195,19 euros.
Article 2 :Le centre hospitalier intercommunal Hôpitaux du Pays du Mont-Blanc est condamné à verser à M. L la somme de 1 000 euros.
Article 3 :
Les dépens, qui comprennent les honoraires et frais d'expertise, liquidés et taxés par une ordonnance du président du tribunal administratif de Grenoble du 8 juin 2022 pour un montant total de 2 184 euros, ainsi qu'une somme de 261 euros, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier intercommunal Hôpitaux du Pays du Mont-Blanc.
Article 4 :Le centre hospitalier intercommunal Hôpitaux du Pays du Mont-Blanc versera à Mme Marc'h et M. L une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 :Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 :Le présent jugement sera notifié à Mme I Marc'h, à M. D L, au centre hospitalier intercommunal Hôpitaux du Pays du Mont-Blanc, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire.
Copie en sera adressée au docteur H, expert.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bedelet, présidente,
Mme Portal, première conseillère,
Mme Naillon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.
La rapporteure,
L. Naillon
La présidente,
A. Bedelet
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2102681
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026