mardi 24 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2102788 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | ROUSSEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 3 mai 2021, le 19 janvier 2022 et le 5 mai 2022, la société CEVEP, représentée par Me Holterbach, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la commune d'Anthy-sur-Léman à lui verser une indemnité de 360 115,45 euros TTC en réparation du préjudice né de la décision tacite par laquelle son contrat de concession conclu avec la collectivité le 17 mai 2017 a été résilié par cette dernière ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Anthy-sur-Léman la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société CEVEP soutient que :
- le contrat conclu le 17 mai 2017 a été résilié tacitement par la commune d'Anthy-sur-Léman ; conclu de bonne foi, il ne saurait lui être opposé le supposé caractère illégal de ce contrat ;
- cette résiliation pour motif d'intérêt général lui ouvre droit à l'indemnisation de son préjudice correspondant aux pertes subies et à son manque à gagner ; l'évaluation de ce préjudice s'élève à 360 115,45 euros TTC ;
- le montant précité couvre le coût de présentation de son offre, les sommes dépensées en exécution du contrat, notamment l'acquisition de mobilier urbain et les frais de stockage durant la période de suspension tacite de l'exécution du contrat ainsi, enfin, que le bénéfice net dont elle a été privée en raison de la résiliation ;
- à titre subsidiaire, au cas où le contrat serait considéré comme entaché d'une grave illégalité, elle a droit à l'indemnité précitée de 360 115,45 euros TTC sur le fondement de l'enrichissement sans cause et de la responsabilité quasi délictuelle de la commune d'Anthy-sur-Léman.
Par des mémoires enregistrés le 14 décembre 2021, le 16 décembre 2021 et le 23 mai 2022, la commune d'Anthy-sur-Léman conclut au rejet de la requête et demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de constater que Monsieur A a commis des fautes personnelles, de nature à entraîner sa condamnation devant la juridiction judiciaire ;
2°) de mettre à la charge de la société CEVEP une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune d'Anthy-sur-Léman fait valoir que :
- M. A n'était pas compétent pour signer le contrat du 17 mai 2017 ; il n'a pas été précédé d'une publicité et d'une mise en concurrence et n'a pas été transmis au contrôle de légalité ; il est donc atteint de vices d'une particulière gravité, qui doivent conduire à écarter son application dans le cadre du règlement du présent litige ;
- l'illégalité du contrat conclu prive la société CEVEP de tout droit à indemnité ;
- à titre subsidiaire, les factures de matériels transmises à l'appui du mémoire du 5 mai 2022 sont sans lien avec le contrat en litige.
Par des mémoires enregistrés le 10 octobre 2021 et le 24 janvier 2022, M. C A conclut au rejet de l'appel en cause de la commune d'Anthy-sur-Léman et demande qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la commune d'Anthy-sur-Léman au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. A fait valoir que :
- la juridiction administrative est incompétente pour connaître de la demande de condamnation formulée par la commune d'Anthy-sur-Léman ;
- l'appel en cause formulée par la commune d'Anthy-sur-Léman est irrecevable, faute de produire l'autorisation du maire d'ester en justice, en méconnaissance des articles 2122-22 et 2132-1 du code général des collectivités territoriales ;
- avant dire-droit, il incombera au tribunal d'ordonner à la commune d'Anthy-sur-Léman de produire l'ensemble des échanges intervenus avec la société CEVEP concernant la passation et l'exécution des conventions en cause, ainsi que l'avis de la préfecture de la Haute-Savoie concernant la légalité de ces conventions ;
- l'origine du préjudice allégué par la société CEVEP réside dans la lettre du 13 novembre 2020 par laquelle la nouvelle municipalité a décidé de déclarer sans suite la nouvelle procédure, non dans le contrat conclu entre la société CEVEP et la commune d'Anthy-sur-Léman en mai 2017 ;
- à supposer que le préjudice de la société CEVEP ait un lien avec le contrat conclu en 2017, ce lien résiderait dans l'illégalité de la décision tacite de résiliation, qui ne pouvait être prise que par le conseil municipal, non par le maire en exercice. En tout état de cause, il est étranger à la décision de résilier le contrat conclu en 2017 ;
- l'argument tiré du conflit d'intérêt manque en fait et est en tout état de cause sans lien avec le présent litige ;
- il était compétent pour signer le contrat de 2017, le montant du contrat ne pouvant se déduire du montant de l'indemnisation demandée ;
- il n'a commis aucune faute détachable du service ;
- aucun motif d'intérêt général ne justifie l'abandon de la procédure.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions aux fins de constater que M. A a commis une faute personnelle, dans la mesure où il ne revient pas à l'office du juge administratif de faire des déclarations de droit.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 octobre 2023 :
- le rapport de Mme Frapolli,
- les conclusions de M. B,
- les observations de Me Lamouille, représentant la société CEVEP,
- et les observations de Me Breteau, pour la commune d'Anthy-sur-Léman.
Considérant ce qui suit :
1. Un contrat de concession de mobilier urbain d'une durée de quinze années a été signé le 17 mai 2017 entre M. C A, alors maire de la commune d'Anthy-sur-Léman, et la société CEVEP. Par une ordonnance n° 1904402, le juge des référés du tribunal administratif de Grenoble a annulé au stade de l'analyse des offres la procédure initiée le 25 avril 2019 par la Commune pour conclure un marché de fourniture, pose, maintenance et exploitation de mobilier urbain publicitaire, alors que la décision d'attribuer ce marché à la société CEVEP avait été contestée par un concurrent évincé. Dans une requête distincte enregistrée sous le numéro 2102291, la société CEVEP a demandé au Tribunal d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 13 novembre 2020 par laquelle le maire d'Anthy-sur-Léman a déclaré sans suite une nouvelle procédure lancée en janvier 2020, à la suite de la procédure de référé évoquée ci-dessus. Dans la présente instance, la société CEVEP demande au Tribunal de condamner la commune d'Anthy-sur-Léman à lui verser une indemnité de 360 115,45 euros TTC en réparation du préjudice né, selon elle, de la décision tacite portant résiliation du contrat précité conclu le 17 mai 2017.
Sur les conclusions de la commune d'Anthy-sur-Léman dirigées contre M. A en qualité d'ancien maire de la Commune :
Sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées par M. A :
2. Il n'appartient pas à la juridiction administrative d'accueillir des conclusions en déclaration de droit. Par suite, les conclusions de la commune d'Anthy-sur-Léman tendant, dans le dernier état de ses écritures, à ce que le tribunal constate le caractère fautif de ses agissements doivent être rejetées comme irrecevables.
Sur les conclusions indemnitaires de la société CEVEP :
3. En premier lieu et d'une part, en dehors du cas où elle est prononcée par le juge, la résiliation d'un contrat administratif résulte, en principe, d'une décision expresse de la personne publique cocontractante. Cependant, en l'absence de décision formelle de résiliation du contrat prise par la personne publique cocontractante, un contrat doit être regardé comme tacitement résilié lorsque, par son comportement, la personne publique doit être regardée comme ayant mis fin, de façon non équivoque, aux relations contractuelles. Les juges du fond apprécient souverainement, sous le seul contrôle d'une erreur de droit et d'une dénaturation des pièces du dossier par le juge de cassation, l'existence d'une résiliation tacite du contrat au vu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en particulier des démarches engagées par la personne publique pour satisfaire les besoins concernés par d'autres moyens, de la période durant laquelle la personne publique a cessé d'exécuter le contrat, compte tenu de sa durée et de son terme, ou encore de l'adoption d'une décision de la personne publique qui a pour effet de rendre impossible la poursuite de l'exécution du contrat ou de faire obstacle à l'exécution, par le cocontractant, de ses obligations contractuelles.
4. D'autre part, le pouvoir de résiliation unilatérale d'un contrat par l'administration a pour contrepartie l'obligation d'indemniser intégralement le préjudice causé au cocontractant du fait de l'exercice de ce pouvoir.
5. En deuxième lieu, aux termes du préambule du contrat du 17 mai 2017 cité au point 1 : " La commune d'Anthy-sur-Léman envisage de confier au concessionnaire l'installation de mobiliers urbains pour l'information, de format 2m2, double face, sur le domaine public moyennant le droit pour le concessionnaire de faire () de la publicité pour dynamiser l'économie locale et régionale ()./ Certains mobiliers seront réservés à l'usage exclusif de la commune d'Anthy-sur-Léman ()./ L'exploitation publicitaire de ces mobiliers permet au concessionnaire d'assurer gratuitement non seulement leur fourniture, leur installation, mais aussi leur entretien courant, leur maintenance en cas de vandalisme ou de bris de glace et, tout au long du contrat de concession, les opérations de rénovation de tous les mobiliers qui y sont liés "./ " Ces frais d'investissement et de fonctionnement seront supportés par le concessionnaire et n'entraîneront aucune surcharge pour le budget communal ". Aux termes de l'article 1-4 de ce contrat : " Le choix des mobiliers sera fait d'un commun accord entre le concessionnaire et la commune d'Anthy-sur-Léman, sur la base de 20 unités CEVEP ". Aux termes de l'article 1-5 : " Le concessionnaire supportera seul les frais de construction et d'installation des mobiliers urbains qui resteront sa propriété à l'expiration de la présente concession ".
6. Il résulte des écritures des deux parties que le contrat cité au point 1 a été résilié tacitement. Dès lors, il y a lieu d'examiner si la société CEVEP établit la réalité du préjudice né de cette résiliation, en application du principe cité au point 4.
7. Par un courriel du 10 janvier 2018, soit plus de sept mois après la conclusion du contrat du 17 mai 2017 cité au point 1, un maire adjoint de la commune demandait l'installation dès que possible de " 8 totem d'information ", " 7 lots tables + BANS PIC NIC () ", " 1 table d'orientation " et " 4 tables de ping pong ". Or il ne résulte pas de l'instruction que le destinataire de ce courriel ait été la société CEVEP, ni que le mobilier ait été effectivement installé. Notamment, les factures établies par le fournisseur de la société CEVEP et produites par cette dernière dans son ultime mémoire complémentaire pour justifier de son préjudice datent du 14 octobre 2019, soit une date à laquelle son expert-comptable estimait implicitement, dans une note succincte de 2021, que la relation contractuelle avec la commune était déjà interrompue, l'évaluation du préjudice résultant de la résiliation alléguée débutant selon lui en juillet 2019. La perte de bénéfice net n'est pas plus établie, la société CEVEP n'apportant pas la démonstration qu'elle était en mesure de conclure des contrats publicitaires, même plus de deux ans après la conclusion du contrat de concession avec la Commune. Le remboursement des frais de stockage qu'elle aurait engagés n'est pas davantage établi. Ainsi, quel que soit le fondement juridique envisagé, à savoir contractuel, quasi-contractuel ou quasi-délictuel, la société CEVEP n'établit pas, dans les circonstances de l'espèce, l'existence d'un préjudice résultant de la résiliation tacite du contrat.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la requête doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Les conclusions présentées par la société CEVEP, la partie perdante, doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune d'Anthy-sur-Léman.
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Anthy-sur-Léman une somme de 1 500 euros à verser à M. A.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société CEVEP est rejetée.
Article 2 : La commune d'Anthy-sur-Léman versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société CEVEP, à la commune d'Anthy-sur-Léman et à M. C A.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
Mme Frapolli, premier conseiller,
Mme Pollet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.
Le rapporteur,
I. FRAPOLLI
Le président,
C. VIAL-PAILLER
Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026