jeudi 18 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2102845 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP MARCE - DE LA PORTE DES VAUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 5 mai 2021, le 27 juillet 2021 et le 28 juillet 2022, Mme E F, représentée par la SCP Marce - de La Porte des Vaux, demande au tribunal :
1°) de condamner la rectrice de l'académie de Grenoble à lui verser la somme de 20 000 euros en réparation du préjudice subi à la suite du harcèlement moral dont elle a été victime ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a été victime de harcèlement moral, imputable à l'administration, qui n'a pris aucune mesure pour faire cesser ces agissements ;
- son préjudice s'est traduit par une dégradation importante de son état de santé, la nécessité de se faire prodiguer de nombreux soins non pris en charge au titre de son accident de service et a eu des conséquences sur sa vie professionnelle et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2021, la rectrice de l'académie de Grenoble conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête reçue le 5 mai 2021 est tardive : elle a reçu le recours indemnitaire le 4 janvier 2021, une décision implicite de rejet est donc née le 4 mars 2021 et la date limite pour déposer un recours contentieux était le 4 mai 2021 ;
- si elle reconnait que la dégradation de l'état de santé de la requérante est imputable au service, en raison de son altercation avec le principal adjoint, le préjudice n'est pas démontré dès lors qu'elle a pris en charge ses frais médicaux et que, alors que son état a été reconnu comme consolidé au 10 février 2020, elle a continué à les prendre en charge jusqu'au 10 février 2021 ;
- en tout état de cause, le montant de 20 000 euros n'est pas justifié.
Par lettre du 30 août 2022, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative l'instruction est susceptible d'être close le 3 octobre 2022, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.
Par ordonnance du 26 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au même jour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Callot, rapporteur,
- les conclusions de M. Villard, rapporteur public,
- et les observations de Me de La Porte des Vaux, représentant Mme F.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F, professeure certifiée d'anglais, a été affectée en 2002 au collège Les Saules à Eybens (Isère). Le 9 juin 2017, une altercation l'a opposée au principal adjoint, à la suite de laquelle elle a été continument placée en congé de maladie imputable au service jusqu'au 9 mai 2018 puis en mi-temps thérapeutique pendant un an. Elle a été affectée dans un autre établissement au 1er septembre 2019. Deux arrêts de travail de 8 et 13 jours en septembre 2019 et janvier 2020 ont également été reconnus imputables au service. Par une demande indemnitaire préalable notifiée le 4 janvier 2021, Mme F a sollicité l'indemnisation, à hauteur de 20 000 euros, du préjudice qu'elle estime avoir subi à raison de faits de harcèlement moral, demande implicitement rejetée.
Sur la fin de non-recevoir
2. Le délai de recours contentieux est, qu'il soit exprimé en mois ou en jours, un délai franc. Il ne comprend ni le jour qui lui sert de départ, ni le jour de l'échéance. La requête est ainsi recevable si elle est présentée le lendemain du jour de l'échéance.
3. Par suite, la requête, enregistrée le 5 mai 2021 pour contester la décision implicite de rejet née le 4 mars 2021 d'une réclamation préalable dont l'administration a été avisée le 4 janvier 2021 a été introduite dans le délai de deux mois prévu pour contester un tel acte administratif. La fin de non-recevoir opposée par l'administration doit dès lors être écartée.
Sur la responsabilité
4. D'une part, les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une allocation temporaire d'invalidité ont pour objet de réparer forfaitairement les pertes de revenus et l'incidence professionnelle. Ces dispositions ne font en revanche pas obstacle à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice.
5. D'autre part, lorsqu'un agent est victime, dans l'exercice de ses fonctions, d'agissements répétés de harcèlement moral visés à l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983, il peut demander à être indemnisé par l'administration de la totalité du préjudice subi, alors même que ces agissements ne résulteraient pas d'une faute qui serait imputable à celle-ci.
6. En l'espèce, Mme F a été placée en congé de maladie et soignée à la suite de " l'accident " du 9 juin 2017 reconnu imputable au service et dont il est constant qu'il trouve son origine dans un climat délétère existant dans l'établissement entre 2014 et 2017 et qui s'est traduit pour Mme F par des brimades et reproches qu'elle qualifie de harcèlement moral. Dans ces circonstances et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le harcèlement moral, la requérante est fondée à rechercher la responsabilité sans faute, non contestée, du rectorat au titre de l'obligation qui incombe aux employeurs publics de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions.
Sur la réparation
7. Il résulte de l'instruction que " l'accident " du 9 juin 2017 subi par Mme F a été reconnu comme imputable au service et qu'elle a bénéficié de la couverture de ses frais médicaux, de son plein traitement et d'une progression de carrière, dans un premier temps pour la période du 13 juin 2017 au 25 octobre 2017, date de consolidation selon une première expertise, puis dans un second temps jusqu'au 10 février 2021, soit un an après la dernière date de consolidation retenue par le médecin agréé. Elle demande cependant à être indemnisée du préjudice résultant des soins qui n'ont pas été pris en charge par le rectorat, des conséquences de son incapacité et de son préjudice moral, pour un montant total forfaitaire de 20 000 euros.
En ce qui concerne la prise en charge des soins non indemnisés
8. Mme F demande la prise en charge de soins d'hypnothérapie, de consultations de psychologue et de soins d'ostéopathie pour les montants excédant ceux pris en charge par sa mutuelle, la sécurité sociale ou son administration. Toutefois, faute de pièce, elle n'établit ni la nécessité de recourir à ces soins particuliers ou leur lien avec sa pathologie, ni même qu'elle y a effectivement recouru et pour quels montants. Elle ne peut dès lors prétendre à l'indemnisation de ce chef de préjudice.
En ce qui concerne les autres chefs de préjudice
9. Mme F, qui fait indistinctement état de ses périodes d'arrêts de travail, d'un taux d'incapacité fonctionnelle permanente qu'elle multiplie en fonction d'une valeur de point au vu de son âge, des conséquences de son état de santé pour sa fille âgée de 14 ans en 2017 et d'un préjudice moral sans autre précision, doit être regardée comme se prévalant de troubles dans ses conditions d'existence résultant d'un déficit fonctionnel.
10. L'état de santé de Mme F a été successivement évalué par le docteur A le 25 octobre 2017, le docteur B le 8 mars 2018 à la demande de la commission de réforme et le docteur C le 11 février 2021. Les deux premiers ont retenu un taux de déficit fonctionnel permanent imputable à l'accident de 5% et le dernier a fixé la consolidation sans séquelles au 10 février 2020, de sorte que la requérante ne bénéficie pas en l'état d'une allocation temporaire d'invalidité.
11. Mme F indique que les faits imputables au service lui ont causé des troubles du sommeil, des crises d'angoisse et des difficultés pour élever seule sa fille âgée de 14 ans en 2017. La perte de qualité de vie et les difficultés rencontrées dans sa vie familiale à compter du début des faits dénoncés et plus particulièrement pendant la période de 32 mois comprise entre le 13 juin 2017 et le 10 février 2020 justifient l'allocation d'une somme de 3 000 euros, majorée pour tenir compte de la période antérieure à " l'accident ", au titre des troubles dans les conditions d'existence.
12. En revanche, Mme F qui se fonde sur des troubles temporaires en estimant son taux d'invalidité à 10 % ne forme pas clairement de demande au titre du déficit fonctionnel permanent. En tout état de cause, elle n'apporte pas d'éléments médicaux pertinents de nature à contredire les conclusions de la dernière expertise réalisée par le Dr C, qui ne retient pas de déficit fonctionnel permanent.
Sur les conclusions au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. Dans les circonstances de l'espèce, il a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Mme F au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme F la somme de 3 000 euros.
Article 2 : L'Etat versera à Mme F une somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E F, au ministre de l'éducation nationale et à la rectrice de l'académie de Grenoble.
Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. Callot et M. D, premiers conseillers.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 janvier 2024.
Le rapporteur,
A. Callot
La présidente,
A. Triolet
La greffière,
J. Bonino
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026