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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2103021

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2103021

jeudi 23 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2103021
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantSCP GIRARD MADOUX & ASSOCIES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête, enregistrée sous le numéro 2103021, le 11 mai 2021, Mme B D, représentée par la SCP Girard-Madoux et Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 décembre 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Savoie lui a notifié un indu de prime d'activité d'un montant de 1 867,56 euros pour la période de décembre 2018 à octobre 2020, ensemble la décision du 7 juin 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Savoie a rejeté son recours préalable ;

2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de rétablir ses droits à la prime d'activité ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Savoie une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision est entachée d'une erreur de fait dès-lors qu'elle n'a jamais repris sa vie maritale avec M. C.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2022, la caisse d'allocations familiales de la Savoie demande la jonction des affaires 2103021, 2103023, 2103040 et 2103043 et conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

II - Par une requête, enregistrée sous le numéro 2103023, le 11 mai 2021, Mme B D, représentée par la SCP Girard-Madoux et Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 décembre 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Savoie lui a notifié un indu d'allocation de logement familiale d'un montant de 7 257 euros pour la période de décembre 2018 à octobre 2020, ensemble la décision du 7 juin 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Savoie a rejeté son recours préalable ;

2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de rétablir ses droits à d'allocation de logement familiale ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Savoie une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient les mêmes moyens que dans la requête 2103021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2022, la caisse d'allocations familiales de la Savoie demande la jonction des affaires 2103021, 2103023, 2103040 et 2103043 et conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

III - Par une requête, enregistrée sous le numéro 2103040, le 11 mai 2021, Mme B D, représentée par la SCP Girard-Madoux et Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 décembre 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Savoie lui a notifié un indu de prime exceptionnelle de fin d'année 2019 d'un montant de 274,41 euros pour la période de décembre 2018 à octobre 2020, ensemble la décision du 7 juin 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Savoie a rejeté son recours préalable ;

2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de rétablir ses droits à l'aide exceptionnelle de fin d'année 2019 ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Savoie une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient les mêmes moyens que dans les requêtes précédentes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2022, la caisse d'allocations familiales de la Savoie demande la jonction des affaires 2103021, 2103023, 2103040 et 2103043 et conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

IV - Par une requête, enregistrée sous le numéro 2103043, le 11 mai 2021, Mme B D, représentée par la SCP Girard-Madoux et Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 décembre 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Savoie lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 1 100,10 euros pour la période de décembre 2018 à octobre 2020, ensemble la décision implicite par laquelle le département de la Savoie a rejeté son recours préalable ;

2°) d'enjoindre au département de la Savoie de rétablir ses droits au revenu de solidarité active ;

3°) de mettre à la charge du département de la Savoie une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient les mêmes moyens que dans les requêtes précédentes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2022, le département de la Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- décret n°2019-1323 du 10 décembre 2019 portant attribution d'une prime exceptionnelle de fin d'année

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

M. A a présenté son rapport au cours de l'audience, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées sont relatives à la situation d'une même allocataire. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Mme D est connue des services de la caisse d'allocations familiales de la Savoie comme mère isolée avec deux enfants à charge. Suite à une enquête réalisée par un agent assermenté le 10 octobre 2020, la caisse a considéré que Mme D vivait maritalement avec M. C sans l'avoir déclaré. La réintégration de revenus de M. C a généré un indu de prime d'activité de 1 867,56 euros pour la période de janvier à décembre 2019, un indu de revenu de solidarité active de 1 100,10 euros pour la période d'avril 2019 à octobre 2020, un indu de prime exceptionnelle de fin d'année 2019 de 274,41 euros ainsi qu'un indu d'allocation de logement familiale de 7 257 euros pour la période de décembre 2018 à octobre 2020. Par un recours préalable du 3 janvier 2021, Mme D a contesté le bien-fondé des indus de prime d'activité, d'allocation de logement familiale et de prime exceptionnelle de fin d'année 2019 auprès de la caisse d'allocations familiales. Par trois décisions du 7 juin 2021, la commission de recours amiable de la caisse a rejeté ce recours. Enfin, par un recours préalable adressé au département de la Savoie le 7 janvier 2021 Mme D a contesté le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active. Par une décision du 1er février 2021, le président du conseil départemental de la Savoie a rejeté ce recours.

3. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prime d'activité, d'allocation au logement familiale, de revenu de solidarité active et de prime exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu qu'il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

Sur le bien-fondés des indus de revenu de prime d'activité, de revenu de solidarité active et d'allocation de logement familiale :

4. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 842-3 du code de la sécurité sociale : " La prime d'activité est égale à la différence entre : 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1o () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 842-4 du même code : " les ressources mentionnées à l'article 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : 1° les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu () ". Aux termes de l'article R. 842-3 du même code : " Le foyer mentionné au 1° de l'article L. 842-3 est composé : 1° Du bénéficiaire ; 2° De son conjoint, concubin, ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité () "

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active () ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

6. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement comprennent () L'allocation de logement familiale ". Aux termes de l'article L. 822-1 du même code : " Les dispositions du présent livre relatives au bénéficiaire, à la résidence principale ou à la prise en compte des ressources applicables au conjoint, sont applicables, dans les mêmes conditions, au partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou au concubin ". Aux termes de l'article L. 823-1 du même code : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. Ce barème est établi en prenant en considération : / 1° La situation de famille du demandeur () ; / 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint () ". Aux termes de l'article L. 841-2 du même code : " Les personnes ne bénéficiant pas de l'allocation de logement familiale ou de l'aide personnalisée au logement peuvent prétendre au bénéfice de l'allocation de logement sociale ". Aux termes de l'article R. 822-2 du même code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles perçues par le bénéficiaire, son conjoint () ".

7. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de la prise en compte de la vie maritale de Mme D avec M. C à compter du 1er décembre 2018, la caisse d'allocations familiales de la Savoie a procédé à la régularisation du dossier du couple, générant des indus de prime d'activité, de revenu de solidarité active, de prime exceptionnelle de fin d'année et d'allocation de logement familiale pour la période du 1er avril 2019 au 31 octobre 2020.

8. Mme D soutient qu'elle n'a jamais repris sa vie maritale avec M. C dès-lors que celui-ci ne participe pas au quotidien du foyer et ne lui apporte aucune aide financière. Toutefois, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'enquête établi le 30 octobre 2020 et qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que Mme D, a déclaré à l'agent qu'elle réside avec M. C même si celui-ci travaille en Suisse depuis le 1er juillet 2018 et n'est présent que les week-end et les vacances scolaires. En outre, il n'est pas contesté que M. C est domicilié à l'adresse de Mme D auprès de Pôle-Emploi et de sa banque et que M. C est titulaire, avec Mme D du bail du logement et que la quittance de loyer est à leur deux noms. Dès-lors, c'est à bon droit que la caisse d'allocations familiales de la Savoie et le département de la Savoie ont pu considérer que Mme D vivait maritalement avec M. C. Par suite, les moyens dirigés contre le bien-fondé des indus doivent être rejetés.

Sur le bien-fondé de l'indu prime exceptionnelle de fin d'année 2019 :

9. Aux termes de l'article 3 du décret n°2019-1323 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2019 ou, à défaut, du mois de décembre 2019 () ".

10. Il résulte de ce qui a été au point 8 que la réintégration des revenus de M. C dans le calcul des droits au revenu de solidarité active de Mme D a révélé que la requérante n'avait plus droit à cette allocation au titre de l'année 2019. Par conséquent, elle ne pouvait plus prétendre au bénéfice de la prime exceptionnelle de fin d'année 2019. Il s'ensuit que les moyens dirigés contre cet indu doivent également être écartés.

11. Il résulte de ce qui précède que les requêtes susvisées de Mme D doivent être rejetées dans toutes leurs conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes susvisées de Mme D sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, à la caisse d'allocations familiales de la Savoie et au département de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2023.

Le président,

J-P. ALa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie, au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chacun en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2, 2103023, 2103040, 2103043

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