mardi 24 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2103068 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SELAFA CABINET CASSEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 mai 2021, le FONDS DE GARANTIE DES VICTIMES D'ACTES DE TERRORISME ET AUTRES INFRACTIONS, représenté par Me Cassel demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier Drôme-Vivarais au paiement d'une somme de 32 822,50 euros, assortie des intérêts au taux légal, et de leur capitalisation ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier Drôme-Vivarais une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le FONDS DE GARANTIE DES VICTIMES D'ACTES DE TERRORISME ET AUTRES INFRACTIONS soutient que :
- la responsabilité du centre hospitalier est engagée en raison de l'agression subie par un agent public en service ;
- l'indemnisation doit être intégrale à hauteur de 32 822,50 euros ;
- cette indemnisation correspond aux préjudices relatifs à l'assistance à tierce personne, au déficit fonctionnel temporaire total et partiel, aux souffrances endurées, au préjudice sexuel et aux frais irrépétibles.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 mars 2022, le centre hospitalier Drôme-Vivarais représenté par Me Renouard, conclut au rejet de la requête, à ce que le préjudice indemnisé soit limité à 21 556 euros et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge du Fonds de garanties des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le centre hospitalier fait valoir que :
- la créance ne présente pas de caractère certain ;
- le montant de l'indemnisation doit être fixé par le juge administratif et ne dépend pas de l'évaluation faite par le juge judiciaire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de la santé publique ;
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pollet,
- les conclusions de M. B,
- et les observations de Me Renouard, représentant du centre hospitalier Drôme-Vivarais.
Une note en délibéré présentée par le centre hospitalier Drôme-Vivarais a été enregistrée le 11 octobre 2023. Le centre hospitalier oppose la prescription quadriennale.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, médecin au centre hospitalier Le Valmont, à présent dénommé centre hospitalier Drôme-Vivarais, a été agressé dans l'exercice de ses fonctions par un patient le 29 décembre 2014. La commission d'indemnisation des victimes d'infractions, sur la base d'une expertise médicale ordonnée par une ordonnance avant dire-droit du 30 mars 2018, a mis à la charge du Fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions la somme de 32 822,50 euros en réparation des conséquences dommageables de ces violences. Après avoir indemnisé l'intéressé le 29 septembre 2020, le fonds de garantie a réclamé le remboursement de cette somme au centre hospitalier Drôme-Vivarais, employeur de la victime, le 20 janvier 2021. Ce dernier ayant gardé le silence sur cette réclamation, le fonds de garantie demande par la présente requête la condamnation du centre hospitalier à lui verser la somme de 32 822,50 euros assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la prescription quadriennale :
2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 susvisée : " Sont prescrites, au profit () des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis () ".
3. Le centre hospitalier Drôme-Vivarais fait valoir que l'action engagée par le Fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions est prescrite puisque le délai de prescription prévu par les dispositions précitées a commencé à courir à compter du 1er janvier 2015, soit l'année suivant la date de l'agression, qui constitue le fait générateur de la demande indemnitaire. Toutefois, le point de départ du délai de prescription doit être retardé à l'époque où le dommage peut être apprécié dans toute son étendue et de manière définitive. En présence d'un dommage corporel, la consolidation de l'état de santé de la victime fait courir le délai de prescription pour l'ensemble des préjudices directement liés au fait générateur qui, à la date à laquelle la consolidation s'est trouvée acquise, présentent un caractère certain permettant de les connaître, de les évaluer et de les réparer, y compris pour l'avenir. Il résulte de l'instruction que l'expert désigné par le président de la Commission d'indemnisation des victimes d'infraction a fixé la consolidation au 26 novembre 2018. En application des dispositions précitées, le délai de prescription a donc commencé à courir à compter du 1er janvier 2019, soit l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. La réclamation préalable du Fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme du 20 janvier 2021 et la saisine du tribunal le 14 mai 2021 sont ainsi intervenues antérieurement à l'expiration du délai de prescription.
En ce qui concerne la responsabilité :
4. D'une part, en vertu des dispositions de l'article 706-3 du code de procédure pénale, toute personne ayant subi un préjudice en lien avec des faits volontaires ou non présentant le caractère matériel d'une infraction peut, lorsque certaines conditions sont réunies, obtenir une indemnité en réparation de l'intégralité des dommages qui résultent des atteintes à la personne. Le premier alinéa de l'article 706-4 du même code prévoit que cette indemnité est allouée par une commission d'indemnisation des victimes d'infractions qui, instituée dans le ressort de chaque tribunal de grande instance, a le caractère d'une juridiction civile statuant en premier ressort. Le dernier alinéa de l'article 706-9 du même code précise que cette même indemnité est versée par le Fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions. Le premier alinéa de l'article 706-11 du même code dispose, enfin, que ce fonds " est subrogé dans les droits de la victime pour obtenir des personnes responsables du dommage causé par l'infraction ou tenues à un titre quelconque d'en assurer la réparation totale ou partielle le remboursement de l'indemnité ou de la provision versée par lui, dans la limite du montant des réparations à la charge desdites personnes ".
5. Le Fonds de garanties des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions fonde son action sur les dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983, portant droits et obligations des fonctionnaires. Ces dispositions, qui sont désormais codifiées aux articles L. 134-1 et suivants du code général de la fonction publique, font obligation à toute collectivité publique, saisie d'une demande en ce sens, d'assurer la juste réparation du préjudice subi par ses agents, lorsque ceux-ci ont été victimes, dans l'exercice de leurs fonctions, d'une agression. Il ne peut être dérogé à cette obligation, sous le contrôle du juge, que pour des motifs d'intérêt général. De tels motifs d'intérêt général n'étant en l'espèce ni établis ni même invoqués par le centre hospitalier Drôme-Vivarais, ce dernier, alors même qu'il n'a commis aucune faute à l'occasion des faits litigieux, survenus dans le cadre des fonctions de M. A et ouvrant droit, par suite, au régime de protection bénéficiant à cet agent, figure par là-même au nombre des personnes, visées par l'article 706-11 du code de procédure pénale, responsables du dommage causé par l'infraction, ou tenues à un titre quelconque d'en assurer la réparation. Par suite, le Fonds de garanties des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions, qui, en vertu de la subrogation prévue à l'article 706-11 du code de procédure pénale, est en droit d'exercer les droits de la victime à l'encontre de la collectivité publique tenue de réparer les conséquences de l'infraction, peut donc demander au centre hospitalier Drôme-Vivarais que lui soit versée, dans la limite de la somme déboursée, la juste réparation du préjudice subi par l'agent qu'il a indemnisé.
6. Si le centre hospitalier se prévaut de la tardiveté de la saisine de la commission d'indemnisation des victimes d'infractions afin de contester le caractère certain de la créance, il résulte de l'instruction que la commission a bien été saisie dans le délai de trois ans mentionné à l'article 706-5 du code de procédure pénale. Par suite, cet argument, à le supposer recevable, doit être écarté.
En ce qui concerne l'indemnisation :
7. En application des dispositions du code de procédure pénale, le Fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions est subrogé dans les droits des victimes pour obtenir des personnes responsables du dommage causé par l'infraction le remboursement de l'indemnité versée par lui, dans la limite du montant des réparations à la charge de ces personnes. Toutefois, la nature et l'étendue des réparations incombant à une personne publique ne dépendent pas de l'évaluation du dommage faite par le juge judiciaire dans un litige auquel elle n'a pas été partie, mais doivent être déterminées par le juge administratif compte tenu des règles relatives à la responsabilité des personnes morales de droit public.
S'agissant des frais d'assistance d'une tierce personne :
8. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que l'agression dont a été victime M. A a entraîné la nécessité de recourir au service d'une tierce personne, 4 heures par semaine, du 15 juillet 2016 au 26 novembre 2018. Le montant de 7 440 euros qui a été alloué par la commission d'indemnisation des victimes d'infraction au titre de ce chef de préjudice, correspondant à un taux d'environ 15 euros par jour, caractérise une juste appréciation de ce chef de préjudice. Par suite, il y a lieu de condamner le centre hospitalier Drôme-Vivarais à verser au Fonds de garanties des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions la somme de 7 440 euros.
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
9. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise ordonnée par la commission d'indemnisation des victimes d'infraction que M. A a subi un déficit fonctionnel temporaire de 50 % du 29 décembre 2014 au 1er mars 2015, un déficit fonctionnel temporaire de 30 % du 3 mars 2015 au 29 mai 2015, un déficit fonctionnel temporaire de 50 % du 29 mai 2015 au 3 juillet 2015, un déficit fonctionnel temporaire de 30 % du 7 juillet 2015 au 15 juillet 2016 et un déficit temporaire fonctionnel temporaire de 50 % du 15 juillet 2016 au 26 novembre 2018. Il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire subi par M. A en le fixant à la somme de 15 482,50 euros.
S'agissant des souffrances endurées :
10. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise ordonné par la commission d'indemnisation des victimes d'infraction, que M. A a enduré des souffrances physiques, évaluées à 3 sur une échelle de 1 à 7 et des souffrances psychiatriques évaluées à 2 sur une échelle de 1 à 7. Il sera fait une juste évaluation des souffrances endurées en les évaluant à 7 000 euros.
S'agissant du préjudice sexuel :
11. Le rapport d'expertise a également considéré que l'intéressé avait subi un préjudice sexuel. Il sera fait une juste appréciation en l'évaluant à 2 000 euros.
S'agissant des frais de procédure :
12. En exécution de la décision du 30 mars 2018 rendue par la commission d'indemnisation des victimes d'infractions, le Fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions a payé à M. A une somme de 900 euros au titre des frais non compris dans les dépens et exposées par celui-ci dans cette instance civile.
13. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier Drôme-Vivarais doit être condamné à payer au Fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions une somme totale de 32 822,50 euros.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
14. Le Fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 32 822,50 euros à compter du 14 mai 2021, date d'introduction de sa requête.
15. Il demande également la capitalisation des intérêts. Il y a lieu de faire droit à cette demande à la date de chaque échéance annuelle à compter du 14 mai 2022, s'agissant d'intérêts échus depuis au moins un an.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
16. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier Drôme-Vivarais la somme de 1 500 euros à verser au Fonds de garanties des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font obstacle à ce que le Fonds de garanties des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance supporte les frais de même nature exposés par le centre hospitalier Drôme-Vivarais.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier Drôme-Vivarais est condamné à verser au Fonds de garanties des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions une somme de 32 822,50 euros.
Article 2 : Les intérêts au taux légal courront sur la condamnation prononcée à l'article 1er à compter du 14 mai 2021 et seront capitalisés au 14 mai 2022 et à chaque échéance annuelle.
Article 3 : Le centre hospitalier Drôme-Vivarais versera au Fonds de garanties des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié au Fonds de garanties des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions et au centre hospitalier Drôme-Vivarais.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
Mme Frapolli, première conseillère,
Mme Pollet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.
La rapporteure,
MA. POLLET
Le président,
C. VIAL-PAILLER
Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2103068
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026