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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2103594

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2103594

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2103594
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS PETIT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 juin 2021 et le 13 octobre 2023, Mme A B et la société d'assurance La MAIF, représentées par Me Fiat, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner la commune de Valence à verser à Mme B une somme globale de 19 606,60 euros, outre intérêts à compter du 17 février 2021 et capitalisation, en réparation des préjudices résultant de sa chute ;

2°) de condamner la commune de Valence à verser à la MAIF une somme de 1 733,16 euros outre intérêts à compter du 17 février 2021 et capitalisation correspondants aux frais d'aide-ménagère mise en place au profit de Mme B ;

3°) d'ordonner à titre subsidiaire une expertise médicale ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Valence la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité de la commune est engagée pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage public, la poudre blanche présente sur la chaussée est à l'origine de sa chute et cette poudre était présente sur la chaussée depuis plusieurs jours ;

- elle n'a commis aucune imprudence, la couleur de la poudre qui se confondait avec la couleur des dalles n'était pas visible ;

- la responsabilité de la commune est engagée en raison de la carence dans l'exercice des pouvoirs du Maire, la rue n'ayant pas été nettoyée alors qu'il ressort des témoignages produits que cette poudre était présente depuis plusieurs jours ;

- la commune doit indemniser Mme B de l'ensemble des préjudices subis à hauteur de :

- 521 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire ;

- 701 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire partiel classe 3 ;

- 948 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire partiel classe 2 ;

- 309,60 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire partiel classe 1 ;

- 9 000 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent ;

- 4 000 euros au titre des souffrances endurées ;

- 1 050 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;

- 70 euros au titre du préjudice matériel résultant de la réparation de son manteau déchiré lors de la chute ;

- 3 000 euros au titre de son préjudice moral

- la commune doit indemniser la MAIF à hauteur de 1 733,16 euros correspondant à l'aide-ménagère mis en place au profit de Mme B.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 juillet 2022, la commune de Valence, représentée par Me Saban, conclut à l'irrecevabilité des conclusions présentées par la MAIF, au rejet de la requête, et à la mise à la charge solidaire de Mme B et de la MAIF de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la MAIF n'a pas qualité pour agir en l'absence d'identification du représentant de la société ;

- la MAIF ne justifie pas d'un intérêt à agir en l'absence de production de tout contrat liant la société à Mme B ;

- les deux attestations établies à une date lointaine des faits, qui sont insuffisamment étayées, et comportent des inexactitudes, ne permettent pas d'établir le lien de causalité entre la chute de Mme B et la présence non certaine d'une poudre blanche de type farine sur la chaussée ;

- la présence de la poudre blanche sur la chaussée depuis plusieurs jours n'est pas établie alors qu'une balayeuse passe dans les rues tous les matins avant 8 heures et est accompagnée d'un agent à pied pour assurer le nettoyage complémentaire ;

- aucun signalement n'a été fait auprès de la commune sur la présence de cette poudre blanche les jours précédents ;

- le caractère soudain et imprévisible de la présence de cette poudre sur la chaussée ne saurait révéler l'existence d'un défaut d'entretien de l'ouvrage public et constitue un évènement de force majeure ;

- Si comme le prétend Mme B la poudre blanche était présente sur la voie depuis plusieurs jours, habitant à moins de 10 mètres du lieu de sa chute, elle a fait preuve d'imprudence en marchant sur la seule partie de la voie souillée ;

- il n'y a pas de carence dans l'exercice des pouvoirs de police du maire de la commune de Valence, les services municipaux assurent le nettoyage systématique de la voirie chaque jour et la mairie a mis en place un numéro vert permettant aux usagers de signaler tout problème.

- les préjudices dont Mme B demande réparation ne sont pas établis et leur montant doit être ramené à plus juste proportion.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code général des collectivités territoriales,

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Doulat,

- les conclusions de M. Villard, rapporteur public,

- les observations de Me Leroy, représentant Mme B,

- les observations de Me Rubio, représentant la commune de Valence.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, âgée de 72 ans au moment des faits, a fait une chute rue Madier de Montjau à Valence le 16 janvier 2018 vers 9h45. Cette chute a entrainé une fracture du fémur droit nécessitant une opération chirurgicale, une hospitalisation du 16 janvier 2018 au 5 février 2018, puis des soins de rééducation durant 4 mois. Estimant que sa chute était imputable à la présence d'une flaque d'eau et d'une poudre blanche de type farine sur la voie, Mme B et son assureur ont, par courrier du 15 février 2021, notifié le 17 février 2021, demandé réparation de leurs préjudices auprès de la commune de Valence. En l'absence de réponse de la commune de Valence, une décision implicite de rejet est née le 18 avril 2021. Ce rejet a été confirmé par un courriel du 28 avril 2021 de l'assureur de la commune de Valence affirmant l'absence de responsabilité de la commune de Valence. Par la présente requête Mme B et son assureur la MAIF demandent, sur le fondement du défaut d'entretien normal de la chaussée et sur la carence du maire de Valence dans l'exercice de ses pouvoirs de police, la condamnation de la commune de Valence à verser une somme de 19 606,60 euros à Mme B et une somme de 1 733,16 euros à la MAIF au titre des préjudices résultant de la chute de Mme B.

Sur la responsabilité de la commune pour défaut d'entretien normal de la voie publique :

2. Il appartient à l'usager, victime d'un dommage survenu sur une voie publique, de rapporter la preuve du lien de cause à effet entre l'ouvrage public et le dommage dont il se plaint. La collectivité en charge de l'ouvrage public doit alors, pour que sa responsabilité ne soit pas retenue, établir que l'ouvrage public faisait l'objet d'un entretien normal ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.

3. Malgré le caractère ancien ou indirect des témoignages produits, ces témoignages sont concordants sur les circonstances de la chute de Mme B. Il parait ainsi suffisamment établi que la chute de Mme B a été provoquée par la présence d'une flaque d'eau et de la poudre blanche de type farine qui a rendu la chaussée glissante.

4. Toutefois, il résulte de l'instruction et notamment d'un témoignage produit par les requérants que la poudre blanche de type farine était présente sur les lieux au plus tôt la veille au soir de la chute de Mme B. La présence d'eau sur la chaussée résultant de la pluie ou de saletés telles que de la poudre de type farine, ne constitue pas des obstacles imprévisibles sur une voie publique et étaient visibles, au vu de l'heure des faits. Elle constitue un risque contre lequel il appartient aux usagers de se prémunir en adoptant toutes précautions utiles et dont ils sont tenus de supporter les conséquences. L'état de la voierie mouillée et souillée par de la farine, et dont l'entretien est assuré par les services communaux, ne constituait pas un danger exceptionnel compte tenu des circonstances de l'espèce. Dans ces conditions, Mme B et son assureur la MAIF ne sont pas fondés à rechercher la responsabilité de la communauté de Valence à raison d'un défaut d'entretien normal de la voirie sur lequel la chute de Mme B s'est produite.

Sur la responsabilité de la commune pour la carence du maire dans l'exercice de ses pouvoirs de police :

5. Aux termes du 1° de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques, ce qui comprend le nettoiement, l'éclairage, l'enlèvement des encombrements, la démolition ou la réparation des édifices et monuments funéraires menaçant ruine, l'interdiction de rien exposer aux fenêtres ou autres parties des édifices qui puisse nuire par sa chute ou celle de rien jeter qui puisse endommager les passants ou causer des exhalaisons nuisibles ainsi que le soin de réprimer les dépôts, déversements, déjections, projections de toute matière ou objet de nature à nuire, en quelque manière que ce soit, à la sûreté ou à la commodité du passage ou à la propreté des voies susmentionnées ".

6. Si Mme B et son assureur la MAIF font valoir que le maire de la commune de Valence a commis une faute de nature à engager la responsabilité de la commune dès lors qu'il s'est abstenu de mettre en œuvre les pouvoirs de police en application des dispositions précitées, il résulte de ce qui vient d'être exposé que la présence d'eau et d'une poudre de type farine sur la voie publique à l'endroit où l'accident s'est produit ne présentait pas un danger particulier, excédant ceux contre lesquels les usagers de la devaient personnellement, par leur prudence, se prémunir. En outre, au regard du caractère récent des souillures présentes sur la voie, le maire de la commune de Valence n'a pas commis de carence dans l'exercice de ses pouvoirs de police au regard de l'organisation des services communaux de nettoiement de la voirie. Par suite, aucune carence fautive du maire de Valence n'étant établie, les requérants ne sont pas fondés à rechercher la responsabilité de la commune de Valence sur le terrain de la faute du maire dans l'exercice de son pouvoir de police.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'indemnisation de Mme B et de son assureur la MAIF doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Valence, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B et son assureur la MAIF demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme B et de son assureur la MAIF la somme de 2 000 euros que demande la commune de Valence au titre des frais de même nature exposés par elle.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B et de la MAIF est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Valence au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la société MAIF et à la commune de Valence.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024 à laquelle siégeaient

M. Wyss, président,

M. Doulat, premier conseiller,

M. Callot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

Le rapporteur,

F. DOULAT

Le président,

J-P. WYSS

La greffière,

J. BONINO

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2103594

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