mardi 20 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2103602 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET MEROTTO |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance de renvoi du 20 mai 2021, le président du tribunal administratif de Dijon a transmis au tribunal administratif de Grenoble la requête de M. et Mme A et B en application des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative.
Par une requête et un mémoires, enregistrés les 1er mars 2021 et 18 mars 2022, M. et Mme A et C, représentés par Me Merotto, demandent au tribunal :
1°) de fixer leur créance à la somme de 6 845 euros et condamner le département de Saône et Loire, déduction faite de la provision de 2 000 euros qui leur a d'ores et déjà été accordée, à leur verser la somme de 4 845,31 euros sur le fondement de la responsabilité sans faute du département ;
2°) d'assortir cette condamnation des intérêts au taux légal à compter de la demande d'indemnisation préalable du 3 novembre 2020, avec capitalisation ;
3°) de mettre à la charge du département une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le département de Saône et Loire engage sa responsabilité sans faute pour les faits commis par un mineur placé sous sa garde ;
- leur préjudice se décompose ainsi :
* 188,96 euros de frais de déplacement,
* 817,50 euros au titre de l'assistance temporaire d'une tierce personne,
* 701,85 euros au titre de la perte de rémunération,
* 737 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire,
* 4 400 euros au titre des souffrances endurées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2021, le département de Saône-et-Loire, représenté par Me Pierson, conclut à la réductions des prétentions des requérants et au rejet des conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le département fait valoir que le rapport d'expertise du 19 septembre 2019 non contradictoire ne lui est pas opposable et que les préjudices invoqués sont surestimés.
Par lettre du 3 mai 2022, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative l'instruction est susceptible d'être close le 24 mai 2022, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.
La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par ordonnance du 10 novembre 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fourcade,
- les conclusions de M. Argentin, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M et Mme A et leur assureur demandent au département de Saône et Loire de les indemniser des conséquences dommageables d'une collision survenue le 20 février 2018 lors d'une activité luge entre leur fils et un enfant confié à la garde du département de Saône et Loire.
Sur la responsabilité :
2. La décision par laquelle le juge confie la garde d'un mineur, dans le cadre d'une mesure d'assistance éducative prise en vertu des articles 375 et suivants du code civil, à l'une des personnes mentionnées à l'article 375-3 du même code, transfère à la personne qui en est chargée la responsabilité d'organiser, diriger et contrôler la vie du mineur. En raison des pouvoirs dont le département se trouve ainsi investi lorsque le mineur a été confié à un service ou établissement qui relève de son autorité, sa responsabilité est engagée, même sans faute, pour les dommages causés aux tiers par ce mineur. Cette responsabilité n'est susceptible d'être atténuée ou supprimée que dans le cas où elle est imputable à un cas de force majeure ou à une faute de la victime.
3. En l'espèce, le département de Saône et Loire ne conteste pas le principe de sa responsabilité, son assureur ayant au demeurant versé aux requérants une somme de 2 000 euros à titre de provision.
Sur les préjudices :
4. L'état de santé du fils des requérants a fait l'objet, à la demande de leur assureur, le 19 septembre 2019 d'une expertise réalisée par les docteurs Chamboux et Grosset Janin. Contrairement à ce que soutient le département de Saône et Loire, le caractère non contradictoire de cette expertise, qui est au demeurant corroborée par d'autres pièces médicales, ne remet pas en cause sa fiabilité. Par ailleurs, le département a pu utilement contester les conclusions de l'expertise à l'occasion de la présente instance
En ce qui concerne les préjudices personnels temporaires :
5. En premier lieu, le déficit fonctionnel temporaire (DFT) inclut pour la période antérieure à la consolidation, la perte de qualité de vie et des joies usuelles de la vie courante durant la maladie traumatique et le préjudice temporaire d'agrément. L'évaluation des troubles dans les conditions d'existence tient compte de la durée de l'incapacité temporaire, du taux de cette incapacité (totale ou partielle), des conditions plus ou moins pénibles de cette incapacité, ce qui implique notamment de prendre en compte à ce titre les interventions chirurgicales subies, les périodes d'hospitalisation et d'immobilisation. Les experts distinguent 4 niveaux d'incapacité partielle : le niveau I correspond à 10%, le niveau II correspond à 25%, le niveau III correspond à 50% et le niveau IV à 75%.
6. L'accident a causé au fils des requérants une fracture du tibia. Ce dernier a porté un plâtre jusqu'au 14 mars 2018 puis une botte en résine jusqu'au 3 avril 2018. Ses déplacements se ont effectués en fauteuil roulant jusqu'au 15 avril 2018. L'évolution a été ensuite satisfaisante, mais l'enfant a bénéficié de soins de kinésithérapie jusqu'au 4 mai 2020, date de consolidation de l'accident.
7. Il ressort de l'expertise réalisée le 19 septembre 2019, que le fils des requérant a subi un DFT de classe IV jusqu'au 14 mars 2018 (soit 23 jours), un DFT de classe III jusqu'au 3 avril 2018 (soit 20 jours), un déficit fonctionnel de classe II jusqu'au 24 avril 2018 (soit 21 jours), date à laquelle le médecin traitant a attesté d'une évolution satisfaisante et un déficit de classe I jusqu'au 4 mai 2018 (soit 10 jours). Il y a lieu de faire application de la base journalière de 22 euros demandée par les requérants, au demeurant inférieure à celle mentionnée par le référentiel des Cours d'appels, et de mettre à la charge du département une somme de 737 euros au titre de ce préjudice.
8. En deuxième lieu, les requérants demandent l'indemnisation de souffrances physiques évaluées à 2,5 par le rapport d'expertise, ce qui correspond à des douleurs légères. Il y a lieu d'indemniser ce chef de préjudice à hauteur de 3 000 euros.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux.
9. En premier lieu, les requérants indiquent avoir engagé des frais de déplacements afin d'accompagner leur enfant aux rendez-vous médicaux nécessités par l'accident et avoir parcouru un total de 348 kilomètres à ces occasions. Ils demandent l'indemnisation de ces frais de déplacement en application du barème kilométrique applicable aux véhicules d'une puissance fiscale de 5 cv et produisent la carte grise d'un véhicule loués par la société dont M. A, plombier chauffagiste, est gérant. Il y a lieu de mettre à la charge du département la somme de 188,96 euros au titre de ce chef de préjudice.
10. En deuxième lieu, lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
11. Il résulte du rapport d'expertise que le fils des requérant a eu besoin de l'assistance d'une tierce personne à raison de 1 h 30 par jour du 20 février au 14 mars 2018, puis 1 heure par jour jusqu'au 3 avril 2018. Il y a lieu, de faire application de la base horaire de 15 euros demandée par les requérants, au demeurant inférieure à celle mentionnée par le référentiel des Cours d'appels, et de mettre à la charge du département la somme de 817,50 euros au titre de ce chef de préjudice.
12. En troisième lieu, Mme A qui a interrompu son activité professionnelle entre le 1er mars et le 15 avril et a perçu au cours de cette période une allocation journalière de présence parentale justifie avoir subi une perte de revenu à hauteur de 701,85 euros au cours de cette période.
13. Il résulte de ce qui précède que le préjudice subi par M. et Mme A s'élève à 5 445,31 euros. Compte tenu de la provision qui a été versée aux requérants pour un montant de 2 000 euros, le département de la Saône et Loire est condamné à leur verser la somme de 3 445,31 euros.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
14. En application de l'article 1231-6 du code civil, M. et Mme A ont droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 3 445,31 euros à compter du 5 novembre 2020, date de réception de leur réclamation préalable. Par ailleurs, en application de l'article 1343-2 du même code, ils sont fondés à demander que ces intérêts soient capitalisés à compter du 5 novembre 2021, puis à chaque échéance annuelle.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
15. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge du département de Saône et Loire la somme de 1 500 euros à verser à M. et Mme A.
D E C I D E :
Article 1er : Le département de Saône et Loire est condamné à verser à M et Mme A une indemnité de 3 445,31 euros.
Article 2 : Les intérêts au taux légal courront sur la condamnation prononcée à l'article 1er à compter du 5 novembre 2020 et seront capitalisés au 5 novembre 2021 et au 5 novembre 2022.
Article 3 : Le département de Saône et Loire versera à M. et Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A, à C et au département de Saône-et-Loire.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Wyss, président,
Mme Frapolli, première conseillère,
Mme Fourcade, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.
La rapporteure,
F. FOURCADE
Le président,
JP.WYSSLe greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de la Saône et Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026