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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2103856

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2103856

vendredi 29 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2103856
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSELARL BROCARD AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 juin 2021 et le 27 septembre 2021, la SARL Rim Autos, représentée par la Selarl Brocard Avocats, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge en droits et pénalités des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre des exercices 2014, 2015 et 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la proposition de rectification est incomplète ;

- l'administration fiscale a méconnu, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, sa propre doctrine référencée BOI-CF-IOR-10-20 n° 190 et BOI-CF-IOR-10-40 n° 90

- l'origine et la nature du crédit figurant au compte courant d'associé de son gérant sont déterminés ;

- le rejet de la comptabilité n'est pas probant et la méthode de reconstitution retenue par l'administration fiscale pour établir l'existence et le montant de revenus distribués est manifestement exagérée.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 septembre 2021 et le 2 novembre 2021, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la SARL Rim Autos ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 20 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 2 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bourion, première conseillère,

- les conclusions de M. Heintz, rapporteur public,

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Rim Autos qui exerce une activité d'achat et de revente de véhicules automobiles d'occasion et dont M. A est gérant et associé unique a fait l'objet d'une vérification de comptabilité, à l'issue de laquelle l'administration fiscale a opéré des rehaussements de son résultat imposable à l'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos les 30 juin 2013, 2014 et 2015. Par la présente requête, la SARL Rim Autos demande au tribunal de prononcer la décharge, en droit et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés auxquels elle a été assujettie au titre de ces trois exercices.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / () ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. / () " . Il résulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées.

3. La SARL Rim Autos soutient que la proposition de rectification qui lui a été adressée le 31 mai 2017 était incomplète dès lors que les versos des pages des 5 annexes n'étaient pas joints, de sorte qu'elle n'a pas été en mesure de discuter du bien-fondé de la méthode de reconstitution. Toutefois, d'une part, il n'est pas contesté que la page de garde de la proposition de rectification adressée à la SARL Rim Autos mentionne que " la présente lettre comporte 19 feuilles, y compris celle-ci et 5 annexes ". D'autre part, il ressort des observations formulées le 28 juin 2017 par M. A, gérant de la SARL Rim Autos, qu'il reproche à l'administration d'avoir retenu 36 véhicules vendus à la société IS Auto. Or, cette information figurait dans la liste complète des véhicules vendus à IS Auto énumérés au recto et au verso de l'annexe I de la proposition de rectification. Il en est de même des observations sur les marges des véhicules vendus à Auto Clean qui figurent au verso des annexes I et II. Compte tenu de ces éléments, le moyen tiré de l'incomplétude de la proposition de rectification notifiée à la SARL Rim Autos doit être écarté.

En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :

4. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente ".

5. La société requérante n'est pas fondée à se prévaloir, sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, ni du paragraphe n° 190 de la documentation administrative référencée BOI-CF-IOR-10-20 ni du paragraphe n° 90 de la documentation administrative référencée BOI-CF-IOR-10-40, qui, en tout état de cause, sont relatifs à la procédure d'imposition et ne peuvent être regardés comme comportant une interprétation d'un texte fiscal au sens de l'article L. 80 A.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne le passif injustifié :

6. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts : " 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. ". Il appartient au contribuable, pour l'application de ces dispositions, de justifier l'inscription d'une dette au passif du bilan de son entreprise.

7. L'administration a réintégré dans les résultats imposables de la société Rim Autos un passif injustifié correspondant à des sommes inscrites au crédit du compte courant d'associé ouvert dans les écritures de la société au nom de M. A, son associé unique, sous le libellé " Avance A B " pour un montant total de 21 000 euros au titre de l'exercice 2014. La société Rim Autos soutient, pour justifier comme il lui incombe, l'inscription de cette somme au crédit de compte courant d'associé, que cette somme correspond à des prêts consentis par M. B A, frère de M. A. Toutefois, si la société requérante produit un extrait de compte bancaire indiquant que des versements en espèces ont été encaissés, ainsi que le livre journal de la société retraçant ces versements et le compte courant d'associé récapitulant ces versements, elle ne verse à l'instance ni conventions de prêt, ni preuves de remboursements, ni n'établit l'origine de ces sommes alors que l'attestation de prêt de M. B A du 20 mars 2017 a été établie plus de trois ans après l'inscription des sommes en compte courant d'associé et postérieurement à l'ouverture des opérations de contrôle. Dès lors, la nature et l'origine des dettes inscrites au passif du bilan de la société La SARL Rim Autos n'étant pas justifiées, c'est à bon droit que l'administration fiscale a rehaussé le résultat imposable des crédits en litige.

En ce qui concerne la reconstitution du chiffre d'affaires :

S'agissant de la régularité de la comptabilité :

8. Aux termes de l'article 54 code général des impôts : " Les contribuables mentionnés à l'article 53 A sont tenus de présenter à toute réquisition de l'administration tous documents comptables, inventaires, copies de lettres, pièces de recettes et de dépenses de nature à justifier l'exactitude des résultats indiqués dans leur déclaration ". Aux termes de l'article L. 13 A du livre des procédures fiscales : " Le défaut de présentation de la comptabilité est constaté par procès-verbal que le contribuable est invité à contresigner () ". Et aux termes de l'article L. 192 du même livre : " [] La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge. () Elle incombe également au contribuable à défaut de comptabilité ou de pièces en tenant lieu ()".

9. Il est constant que la SARL Rim Autos n'a pas présenté les documents prévus à l'article 54 du code général des impôts à l'occasion de la vérification de comptabilité, ce qui a conduit l'administration à établir, pour les périodes du 1er novembre 2014 au 31 octobre 2015 et du 10 janvier 2016 au 30 juin 2016, un procès-verbal de défaut de présentation de comptabilité le 13 mars 2017 que M. A, en sa qualité de gérant, a contresigné sans formuler d'observation. Par ailleurs, pour rejeter comme non probante la comptabilité de la SARL Rim Autos, l'administration fiscale a relevé, d'une part, que cette dernière n'avait pas, sauf de manière marginale, individualisé les comptes clients, de sorte qu'il n'a pas été possible d'affecter les encaissements à chaque client concerné et d'autre part, que les prix indiqués sur les factures de ventes ne correspondaient pas systématiquement aux montants communiqués par les entreprises clientes et par les particuliers clients de sorte que 56 % du chiffre d'affaires des ventes réalisées par la SARL avait été minoré sur les trois années en litige.

10. Contrairement à ce que fait valoir la société requérante, le rejet de la comptabilité au titre de l'exercice clos au 30 juin 2014 n'est pas exclusivement fondé sur le défaut d'individualisation de l'ensemble des clients en comptabilité, dans la mesure où, ainsi qu'il a été dit précédemment, l'administration s'est également fondée sur les anomalies constatées sur les factures de vente, dont 55 sur 98 font état soit d'un prix payé par les clients supérieur à celui comptabilisé par la société, soit de noms de clients différents de ceux figurant sur le livre de police. En tout état de cause, la globalisation des comptes clients au débit du compte " clients ventes véhicules " qui s'élève à un montant total de 484 860 euros et qui n'a pas permis d'affecter les encaissements à chaque client concerné, à l'exception de cinq d'entre eux pour montant total de 34 272 euros est un motif justifiant à lui seul que la comptabilité puisse être écartée comme non probante. Dans ces conditions, l'administration apporte la preuve qui lui incombe des graves irrégularités dont la comptabilité de la SARL Rim Autos était entachée. L'administration a, dès lors, pu à bon droit écarter la comptabilité comme non probante et procéder à la reconstitution des recettes de la SARL requérante.

S'agissant de la reconstitution du chiffre d'affaires :

S'agissant des coefficients de marge (ventes TTC/achats HT) :

11. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a demandé aux sociétés IS Autos et Auto Clean, sociétés clientes de la SARL Rim Autos le relevé des achats qu'elles avaient effectués auprès de la SARL Rim Autos et aux clients particuliers des renseignements sur les prix auxquels ils avaient acquis leur véhicule, et au vu de ces éléments a déterminé les coefficients de marge.

12. La SARL Rim Autos conteste cette méthode au motif que l'échantillon de factures retenu par l'administration ne serait pas représentatif de son activité, le nombre de factures retenues étant limité à 26 au titre de l'exercice clos au 30 juin 2014, à 18 au titre de l'exercice 2015 et à 13 pour l'exercice 2016. Elle ajoute que certaines factures retenues pour déterminer le taux de marge correspondent en réalité à des véhicules partis à la casse. Toutefois, contrairement à ce que soutient la société requérante, l'administration a retenu un nombre plus significatif de factures, respectivement au titre des années en litige, 53 factures, 36 factures et 17 factures, répartis entre les sociétés clientes, les particuliers et les véhicules partis à la casse. Par ailleurs, la circonstance que l'administration ait retenu dans l'échantillon, des véhicules partant à la casse pour le calcul des coefficients de marge, est sans incidence sur le résultat de la méthode de reconstitution, dès lors que la valeur de cession nulle diminue de fait le coefficient de marge obtenu et donc le chiffre d'affaires reconstitué. Enfin, si la société soutient qu'elle réalise des ventes à destination des marchés d'Europe de l'Est et africains, de nature à diminuer les coefficients de marge, elle ne présente aucun document en attestant. En outre, si la SARL Rim Autos conteste la pertinence des coefficients de marge retenus par l'administration qui seraient supérieurs aux marges pratiquées par 147 entreprises de la région Rhône-Alpes exerçant la même activité qu'elle, elle n'apporte pas la preuve qui lui incombe d'un taux de marge pertinent qui lui serait applicable en se référant à un document statistique régional, qui fait état de taux de marges très disparates variant de 0,10% à 100%. Dans ces conditions, la SARL Rim Autos n'apporte pas d'éléments suffisamment probants pour contester la représentativité des coefficients de marge retenus par l'administration.

S'agissant des données retenues pour déterminer les résultats des exercices clos en 2014 et 2015 :

13. La circonstance que l'administration fiscale a retenu, pour la reconstitution du chiffre d'affaires, un prix d'achat d'un véhicule Renault Laguna à 50 euros en lieu et place d'un montant de 10 euros figurant dans la proposition de rectification est sans incidence sur le rehaussement prononcé au titre de l'exercice 2014. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à contester les données retenues par l'administration fiscale pour déterminer les résultats des exercices clos en 2014 et 2015.

S'agissant de l'application de la décote de 10 % :

14. Il résulte de la proposition de rectification que l'administration fiscale a appliqué aux chiffres d'affaires reconstitués de chaque exercice vérifié une décote de 10 % libellée " dans un souci de réalisme économique " afin de tenir compte des ventes correctement comptabilisées. La société Rim Autos conteste cette décote dans son montant et son principe au motif qu'elle n'est fondée sur aucune étude de marché, et n'est pas justifiée par une quelconque prise en compte des modalités d'exploitation de l'activité. Elle ajoute que l'administration n'a pas justifié que cette décote ne soit pas appliquée à la vente de quatre véhicules dont l'acquisition n'a pas été enregistrée en comptabilité.

15. Toutefois, en se bornant à soutenir que l'administration n'a pas valablement justifié la décote de 10 % qu'elle a appliquée sur le chiffre d'affaires reconstitué, la société requérante, à qui incombe la charge d'établir l'exagération des impositions, ne contredit valablement cette décote ni dans son montant ni dans son principe, étant en outre établi que cette décote ne pouvait être appliquée aux cessions de véhicules qui n'avaient pas été comptabilisées par la société.

S'agissant de la prise en compte des frais de remise en état des véhicules :

16. La SARL Rim Autos ne saurait soutenir que les frais de remise en état des véhicules et les éventuels frais de contrôle technique n'auraient pas été pris en compte dans la détermination des résultats fiscaux déclarés dès lors qu'elle a elle-même comptabilisé ces charges au poste " autres achats et charges externes ".

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par la SARL Rim Autos tendant à la décharge en droits et pénalités des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre des exercices 2014, 2015 et 2016 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que la SARL Rim Autos demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Rim Autos est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Rim Autos et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 15 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Wyss, président,

Mme Bourion, première conseillère,

M. Ruocco-Nardo, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.

La rapporteure,

I. BOURION

Le président,

J-P. WYSSLa greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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