vendredi 8 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2103871 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL JURISOPHIA HERY SUR ALBY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 15 juin 2021, le 7 décembre 2021, le 11 octobre 2022 et le 17 mars 2023, M. B A, représenté par la SELARL Jurisophia, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de prélèvements sociaux et de contribution sur les hauts revenus auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 et 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- s'agissant de l'année 2014, les versements de 195 640 euros et 299 582 euros opérés sur ses comptes bancaires ne constituent pas des revenus distribués imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers mais traduisent, en tant qu'ils constituent sa rémunération en qualité de liquidateur amiable des sociétés A2P et Barrakuda, des bénéfices non commerciaux ;
- avant d'assumer les fonctions de liquidateur, il avait assuré sur son propre compte courant dans ses sociétés de nombreuses dépenses qui doivent s'imputer sur la base imposable déterminée sur la base des deux versements en cause ;
- il a été privé d'une garantie dans la mesure où, s'il avait été régulièrement imposé dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, il aurait pu saisir la commission départementale des impôts et des taxes sur le chiffre d'affaires ;
- s'agissant de l'année 2016, la procédure d'imposition d'office fondée sur les articles L. 66 et L. 67 du livre des procédures fiscales, employée par l'administration fiscale pour le mettre en demeure de produire sa déclaration de revenus et de charges de famille par le biais de la déclaration n°2042, est irrégulière dès lors que la procédure d'imposition d'office qui devait lui être appliquée était celle résultant de l'article L. 73, alinéa 2, relative à la mise en demeure de déclarer les revenus non commerciaux ;
- les crédits figurant sur ses comptes bancaires d'un montant de 1 665 euros en date du 13 juillet 2016, de 7 100 euros en date du 30 décembre 2016, de 60 000 euros en date du 5 janvier 2016 et de 19 000 euros en date du 21 octobre 2016, sont justifiés et ne peuvent donc être imposés en tant que revenus d'origine indéterminée.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 septembre 2021, le 14 février 2022 et le 29 décembre 2022, le directeur de contrôle fiscal Centre-Est conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 20 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bourion, première conseillère,
- les conclusions de M. Sportelli, rapporteur public,
- et les observations de Me Wendlinger, représentant M. A.
Une note en délibéré présentée par M. A a été enregistrée le 17 novembre 2023.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, associé à hauteur de 99,99 % des parts du capital de chacune des sociétés A2P et Barrakuda, a fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle. A l'issue du contrôle, l'administration a procédé d'une part, par une proposition de rectification du 8 décembre 2017, à des rehaussements dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers au titre de l'année 2014, à raison de sommes qu'il avait appréhendées de ses deux sociétés, et d'autre part, par une proposition de rectification du 30 juillet 2018, à des rehaussements à l'impôt sur le revenu au titre de l'année 2016, à raison de crédits bancaires non justifiés imposés d'office, sur le fondement des dispositions des articles L. 66 et L. 67 du livre des procédures fiscales, dans la catégorie des bénéfices non commerciaux. Malgré les observations du requérant par courriers respectivement des 7 février et 1er octobre 2018, l'administration a maintenu les rehaussements et mis en recouvrement des suppléments d'impôt sur le revenu, de contributions sociales et de contribution sur les hauts revenus. M. A demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions supplémentaires.
Sur les revenus de capitaux mobiliers au titre de l'année 2014 :
2. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / () / 2° Toutes les sommes mises à disposition des associés, actionnaires ou porteurs de part et non prélevées sur les bénéfices. () ". Lorsque le requérant refuse les redressements, la charge de prouver la distribution incombe à l'administration qui doit établir à la fois l'existence de sommes qui ont pu être distribuées et l'appréhension de ces sommes par le contribuable.
3. Il résulte de l'instruction que M. A a encaissé directement au crédit de ses comptes bancaires le 12 août 2014 puis le 4 juillet 2014, respectivement les sommes de 195 640 euros et 299 582 euros. Il fait valoir qu'il aurait procédé à un retrait en espèces de 300 000 euros qu'il aurait déposés dans un coffre et qu'il n'en aurait pas disposé à titre personnel. Enfin, il soutient que ces sommes lui auraient été versées en sa qualité de liquidateur amiable des deux sociétés A2P et Barrakuda.
4. Toutefois, le requérant reconnaît dans ses écritures que les deux chèques crédités sur ses comptes bancaires personnels constituaient des dommages et intérêts dus aux deux sociétés qu'il dirigeait. L'administration établit par ailleurs l'appréhension de ces sommes par M. A qui les a encaissées sur ses comptes bancaires personnels. Elle établit également qu'il en a disposé en procédant à des sorties d'espèces du coffre où une partie avait été placée au cours de l'année 2015 à son profit personnel, et à plusieurs débits, concomitants à l'encaissement du crédit de 299 582 euros, au bénéfice de sa concubine pour les montants de 204 000 euros et 5 000 euros, ainsi qu'au profit de sa SCI Vallonièreces. Dans ces conditions, l'administration était fondée à regarder ces sommes comme constituant des revenus distribués au bénéfice de M. A, imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts.
5. Par ailleurs, si M A fait valoir qu'avant d'assumer les fonctions de liquidateur judiciaire amiable, il avait financé sur son propre compte courant dans les sociétés de nombreuses dépenses entre 2005 et 2014 et que les sociétés avaient à son égard, du fait de son activité de liquidateur de 2010 à 2014, une dette évaluée à 24 000 euros par an, il ne produit à l'appui de son moyen qu'un tableau sommaire établi par ses propres soins, dépourvu de toute force probante, et n'attestant pas notamment de l'effectivité de la dette des sociétés à son égard liée à ses prétendues indemnités de liquidateur amiable. Par suite, M. A ne saurait utilement soutenir ni que les crédits perçus auraient dû être imposés dans la catégorie des bénéfices non commerciaux en tant que rémunération de sa fonction de liquidateur amiable, ni que l'administration l'aurait privé par voie de conséquence d'une garantie en ne lui permettant pas de demander la saisine la commission départementale des impôts et des taxes sur le chiffre d'affaires.
Sur les bénéfices non commerciaux au titre de l'année 2016 :
En ce qui concerne la procédure d'imposition :
6. Au titre de l'année 2016, M. A a été taxé d'office en application des dispositions du 1° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales et de celles de l'article L. 67 du même livre, faute d'avoir déposé une déclaration d'ensemble de revenu dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure. Il a été imposé à raison de sommes apparaissant sur ses comptes bancaires dont le caractère non imposable n'a pas été démontré.
7. Si M. A soutient que la procédure d'imposition d'office mise en œuvre serait irrégulière et que la procédure d'imposition d'office qui devait lui être appliquée serait celle prévue à l'article L. 73, alinéa 2, du livre des procédures fiscales relative à la mise en demeure de déclarer les revenus non commerciaux, il résulte de l'instruction qu'au moment du lancement du contrôle, l'administration ne pouvait connaître, en l'absence de déclaration d'ensemble des revenus, à quelle catégorie particulière de revenus les sommes non déclarées devaient être rattachées. Par suite, à défaut de déclaration du revenu global, l'administration n'était pas tenue de rattacher à une catégorie particulière de revenus les sommes qu'elle retient comme base d'imposition. Ainsi, rien ne s'opposait à ce qu'elle arrête des bénéfices non commerciaux sur le fondement des articles L. 66 et L. 67 du livre des procédures fiscales.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
8. Aux termes du 1 de l'article 92 du code général des impôts : " Sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices des professions libérales, des charges et offices dont les titulaires n'ont pas la qualité de commerçants et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus. ".
9. Il résulte de l'instruction que l'administration a relevé sur les comptes bancaires de M. A détenus auprès des banques Laydernier et CIC Lyonnaise certains crédits qui n'ont pas pu être justifiés ni dans leur nature, ni dans leur cause juridique. Or, en l'absence de toute précision sur leur cause, les sommes litigieuses versées à M. A ne pouvaient être légalement imposées dans la catégorie des bénéfices non commerciaux sur le fondement des dispositions précitées de l'article 92 du code général des impôts. Toutefois, l'administration est en droit de demander que ces impositions soient maintenues en substituant à la base légale erronée sur laquelle elles ont été originellement établies un autre fondement légal, sous réserve que cette substitution de base légale ne prive le contribuable d'aucune des garanties attachées par la loi à la nouvelle base invoquée. M. A ayant été régulièrement taxé d'office pour défaut de déclaration du revenu global, l'administration n'est pas tenue de rattacher à une catégorie particulière de revenus les sommes qu'elle retient comme base d'imposition dont l'origine n'est pas identifiée et, par suite, est en droit de demander qu'elles soient imposées à titre de revenus indéterminés, sans que cette substitution de base légale ne prive l'intéressé d'une garantie, notamment celle tenant à la saisine de la commission départementale des impôts et des taxes sur le chiffre d'affaires.
10. S'agissant ensuite du crédit de 1 665 euros figurant sur ses comptes bancaires à la date du 13 juillet 2016, M. A n'apporte pas la preuve du caractère non imposable de cette somme en se bornant à produire une copie de chèque d'un montant de 300 euros qui ne permet pas de faire le lien entre le crédit constaté de 1 665 euros et ce chèque. Par suite, ce moyen doit être écarté.
11. S'agissant du crédit de 7 100 euros du 30 décembre 2016, si le requérant fait valoir qu'il s'agit d'un chèque de banque du Crédit Agricole des Savoies à destination de son propre compte détenu à la Banque Laydernier, il n'en demeure pas moins que la copie de ce chèque rend impossible à elle seule l'identification des motifs et de la nature juridique de cette opération.
12. S'agissant de la somme de 60 000 euros figurant au crédit de ses comptes bancaires à la date du 5 janvier 2016, M A soutient qu'il s'agit d'un prêt amical octroyé par M. et Mme C, justifié par la production d'une reconnaissance de dette rédigée par lui-même en date du 3 janvier 2016, l'attestation sur l'honneur de M. et Mme C du 2 mai 2018, la copie de la carte d'identité de Mme C, la copie du relevé bancaire de M. C justifiant d'un premier remboursement de 20 000 euros en 2016 et du relevé bancaire de 2018 justifiant de trois remboursements d'un montant total de 5 500 euros. Si, effectivement, la reconnaissance de dette du 3 janvier 2016 indique qu'il s'agit d'un prêt destiné à l'acquisition de l'établissement " le Rivers " et précise également le montant initial emprunté de 60 000 euros, qui est certifié par la remise de chèque par M. C le 3 janvier 2016, il résulte toutefois de l'instruction qu'aucun contrat de prêt ayant date certaine, ni aucun échéancier de remboursement n'ont été établis et que l'attestation sur l'honneur des prêteurs établie le 2 mai 2018 pour les besoins de la cause, dans le cadre de la procédure de contrôle, ne fait état ni des sommes remboursées ni de celles restant dues, alors que M. A s'était engagé à rembourser l'intégralité du montant dans un délai maximum de seize mois, soit au plus tard en juin 2017, ni encore de démarches qu'ils auraient engagées pour obtenir le remboursement du reliquat des sommes qu'ils auraient prêtées à M. A. Dans ces conditions, M. A n'établit pas la réalité de ce prêt.
13. Enfin, s'agissant du crédit de 19 000 euros en date du 21 octobre 2016, selon le requérant cette somme serait la contrepartie de la vente d'une moto de marque Harley Davidson qu'il aurait contractée avec sa concubine, laquelle l'aurait ensuite revendue à un tiers. Toutefois, s'il produit à l'appui de son moyen des justificatifs de cession de la moto par sa compagne à un tiers, ainsi qu'un certificat de situation administrative du véhicule et une copie du relevé bancaire de l'intéressée indiquant une remise de chèque de 20 000 euros par l'acquéreur, puis la remise d'un chèque de 19 000 euros en date du 19 octobre 2016 déposé sur son propre compte bancaire le 21 octobre 2016, M. A ne produit aucun élément de nature à établir qu'il était le propriétaire initial de la moto. Dans ces conditions, le requérant n'établit pas la nature juridique de la somme concernée.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à la décharge des rappels d'impôt sur le revenu, des prélèvements sociaux et de la contribution sur les hauts revenus auxquels il a été assujetti au titre des années 2014 et 2016 à hauteur de 499 915 euros doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur de contrôle fiscal Centre-Est.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
Mme Bourion, première conseillère,
Mme Hunault, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2023.
La rapporteure,
I. BOURION
Le président,
V. L'HÔTE La greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026