Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2103888
jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2103888 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 3 |
| Avocat requérant | SELARL ARNAUD BASTID |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 16 juin 2021 et le 5 juillet 2024, la société GMF assurance, représentée par Me Noetinger-Berlioz, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune d'Habère-Poche à lui payer la somme de 3 655,08 euros;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Habère-Poche la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité sans faute de la commune est engagée pour les dommages de travaux publics causés au véhicule de son assurée ;
- en l'absence des caractères imprévisible et irrésistible, le cas de force majeure ne peut être retenu ;
- elle n'a commis aucune faute d'impudence ;
- à titre subsidiaire, la responsabilité pour faute de la commune serait pleinement engagée au titre des manquements du maire à ses pouvoirs de police ;
- son préjudice doit être estimé à 3 655,08 euros.
Par un mémoire enregistré le 20 juin 2024, la commune d'Habère-Poche conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'elle soit exonérée de sa responsabilité à hauteur de 50 % et à ce qu'il soit mis à la charge de la société GMF Assurance une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les conditions météorologiques étaient constitutives d'un cas de force majeur ;
- la victime connaissait les lieux et les risques liés à la chute de neige en cas de radoucissement des températures ; elle a commis une faute d'imprudence de nature à l'exonérer ;
- le maire n'a pas manqué aux obligations qu'il tient de ses pouvoirs de police.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des assurances ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Callot rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
Sur la responsabilité :
1. La collectivité publique, maître de l'ouvrage, est responsable, même en l'absence de faute, vis-à-vis des tiers des dommages causés à ceux-ci par l'existence ou le fonctionnement d'un ouvrage public, à moins que ces dommages ne soient imputables à un cas de force majeure ou à une faute de la victime. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque, comme en l'espèce, le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.
2. Il résulte de l'instruction et notamment du constat amiable signé par la commune d'Habère-Poche que, le 19 février 2019, la voiture de Mme B a été endommagée par la chute d'un bloc de neige qui s'était détaché du toit du bâtiment municipal, alors qu'elle se trouvait en stationnement sur une place de parking à l'aplomb de ce toit. La responsabilité de cette commune est engagée du seul fait de l'existence de cet ouvrage public envers lequel Mme B avait la qualité de tiers et non d'usagère.
3. Les chutes de neige observées sur la commune d'Habère-Poche et les températures adoucies du 19 février 2019 ne présentaient pas des caractères imprévisible et irrésistible. Aussi, pour s'exonérer de sa responsabilité, la commune n'est pas fondée à soutenir qu'elles constituaient un cas de force majeure.
4. Il ne résulte pas de l'instruction qu'à la date des faits dommageables, une signalisation attirait l'attention des automobilistes sur les dangers que le stationnement présentait à cet emplacement. Toutefois, Mme B, originaire d'un village de montagne voisin et qui exerce la profession de factrice dans la commune d'Habère-Poche, a commis une imprudence en laissant son véhicule à l'aplomb du toit chargé de neige dont les risques de chute étaient apparents malgré la présence d'un dispositif d'arrêt de neige installé sur ce toit. Dès lors, le dommage dont elle se plaint est imputable pour moitié à sa faute qui est opposable à la société GMF assurance.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre fondement de responsabilité qui aboutirait, s'il s'avérait invoqué à bon droit, au même partage de responsabilité, que la commune d'Habère-Poche doit être déclarée responsable de la moitié des conséquences dommageables à l'égard de la société GMF assurance qui établit être subrogée dans les droits et actions de Mme B, son assurée.
Sur le préjudice :
6. L'article L. 121-12 du code des assurances dispose en son premier alinéa que " L'assureur qui a payé l'indemnité d'assurance est subrogé, jusqu'à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l'assuré contre les tiers qui, par leur fait, ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l'assureur ". Il résulte de ces dispositions que l'assureur n'est fondé à se prévaloir de la subrogation légale dans les droits de son assuré que si l'indemnité a été versée en exécution d'un contrat d'assurance. En revanche, l'application de ces dispositions n'implique pas que le paiement ait été fait entre les mains de l'assuré lui-même.
7. La quittance subrogative du 20 janvier 2021 fait état de ce que Mme B a " confié " son véhicule à la société GMF assurance qui l'a faite réparer dans un garage agréé et a réglé la somme de 3 536,24 euros, ce paiement " libérant " la société GMF assurances de toutes obligations à son égard.
8. En outre, la société GMF assurance a réglé à l'expert ses frais d'honoraires pour un montant de 119,40 euros selon la note d'honoraires produit à l'instance.
9. Dès lors, en exécution du contrat d'assurance conclu avec Mme B, la société GMF assurance a payé la somme totale de 3 655,64 euros à hauteur de laquelle elle est subrogée. Par suite, compte tenu du partage de responsabilité mentionné au point 4, elle est seulement fondée à demander à la commune d'Habère-Poche la somme de 1 827,82 euros.
Sur les frais liés à l'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société GMF Assurance, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune d'Habère-Poche demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la commune d'Habère-Poche une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la société GMF Assurance et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La commune d'Habère-Poche est condamnée à payer à la société GMF Assurance la somme de 1 827,82 euros.
Article 2 : La commune d'Habère-Poche versera à la société GMF Assurance a somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Les conclusions de la commune d'Habère-Poche tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société GMF assurance et à la commune d'Habère-Poche.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
J-L A
La greffière,
J. Bonino
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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