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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2103925

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2103925

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2103925
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantVIGNERON

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 17 juin 2021 sous le n° 2103925, Mme B C, représentée par Me Vigneron, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 6 mai 2019 et du 26 juin 2019 par lesquelles le président du conseil départemental de l'Isère a rejeté sa demande de secours d'urgence ;

2°) d'enjoindre au département de lui accorder le secours d'urgence dans un délai de 48 heures ou à défaut de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du département de la Savoie une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit dès-lors que le département ne pouvait légalement rejeter sa demande sur le motif tiré de l'incomplétude du dossier de demande ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation eu égard à sa situation de précarité.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 octobre 2021, le département de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

II. Par une requête et un mémoire enregistrés le 17 juin 2021 et le 3 mars 2023 sous le n° 2103929, Mme B C, représentée par Me Vigneron, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 23 janvier 2019 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Isère lui a notifié un indu de revenu de solidarité active pour la période du 1er octobre 2017 au 23 janvier 2019, ainsi que la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de l'Isère a rejeté son recours préalable et de la décharger de cette somme ;

2°) de lui accorder la remise totale ou partielle de sa dette ou à défaut d'échelonner les remboursements ;

3°) d'enjoindre au département de l'Isère de lui restituer les sommes indûment retenues dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du département de l'Isère une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- l'indu n'est pas fondé ;

- le département ne précise pas quelles ressources ont été prises en compte pour le calcul de l'indu ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation ;

- elle est dans une situation financière difficile.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 septembre 2021, le département de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 septembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience :

- le rapport de M. A,

- et les observations de M. D, représentant le département de l'Isère.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées sont relatives à la situation d'une même allocataire. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. S'agissant du secours d'urgence, Mme C, a sollicité le versement de l'aide d'urgence. Par une première décision du 6 mai 2019, le président du conseil départemental de l'Isère a rejeté cette demande. Puis, par une seconde décision, le président du conseil départemental de l'Isère a de nouveau rejeté la demande de Mme C. La requérante demande au tribunal d'annuler ces décisions.

3. S'agissant du revenu de solidarité active, par une décision du 23 janvier 2019, la caisse d'allocations familiales de l'Isère a notifié à Mme C un trop-perçu de 4 634,61 euros d'aide sociale comprenant un indu d'allocation de logement familial, de revenu de solidarité active et de prime d'activité. Mme C a contesté cette décision auprès du département de l'Isère par un recours préalable notifié le 27 juin 2019. Par une décision du 19 juillet 2019, le président du conseil départemental de l'Isère a également rejeté le recours préalable de Mme C qui demande l'annulation de ces décisions et la décharge de cette somme.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

4. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ".

5. En l'espèce, le département de l'Isère ne produit pas d'accusé de réception des décisions attaquées, ni tout autre élément permettant d'indiquer que l'intéressée en avait connaissance antérieurement à l'introduction du présent recours. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir ne peut être accueillie.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ".

En ce qui concerne les décisions relatives au secours d'urgence :

7. En l'espèce les décisions litigieuses ont été signées par Mme F G, cheffe des services locaux de solidarité. Le département de l'Isère produit des arrêtés de délégation postérieurs aux décisions attaquées. Les délégations antérieures n'ont pu être retrouvées sur le site du département de l'Isère. Par conséquent, ce dernier ne justifie pas qu'une délégation de signature du président du conseil départemental de l'Isère a été régulièrement confiée à Mme G pour statuer sur les demandes de secours d'urgence de la requérante. Par suite, Mme C est fondée à demander l'annulation des décisions du 6 mai 2019 et du 26 juin 2019 qui émanent d'une autorité incompétente.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête 2103925 que les décisions du 6 mai 2019 et du 26 juin 2019 par lesquelles le président du conseil départemental de l'Isère a refusé d'accorder le secours d'urgence à Mme C doivent être annulées.

En ce qui concerne la décision relative au revenu de solidarité active :

9. La décision litigieuse été signée par Mme I E H, adjointe au chef du service insertion vers l'emploi. Le département de l'Isère produit des arrêtés de délégation postérieurs à la décision attaquée. L'arrêté en vigueur à la date de la décision attaquée n'a pu être retrouvé sur le site du département. Par conséquent, ce dernier ne justifie pas qu'une délégation de signature du président du conseil départemental de l'Isère a été régulièrement confiée à Mme E H pour statuer sur son recours préalable dirigé contre l'indu de revenu de solidarité active. Par suite, Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision du 19 juillet 2019 qui émane d'une autorité incompétente.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête 2103929 que la décision du 19 juillet 2019 par laquelle le président du conseil départemental de l'Isère a rejeté le recours préalable de Mme C doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. S'agissant du secours d'urgence, eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au président du département de l'Isère, de réexaminer les demandes de secours d'urgence présentées par Mme C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette décision d'une astreinte.

12. S'agissant du revenu de solidarité active, le présent jugement, qui annule pour un motif de légalité externe la décision confirmant l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de Mme C, implique seulement d'enjoindre au département de l'Isère de lui rembourser les sommes récupérées au titre de ces indus, sauf à ce que l'autorité administrative ne reprenne régulièrement, et sous réserve qu'une règle de prescription n'y fasse obstacle, dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement, une nouvelle décision de récupération de l'indu de revenu de solidarité active.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Vigneron, avocate de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge du département de l'Isère le versement d'une somme de 1 920 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Les décision du 6 mai 2019 et du 26 juin 2019 sont annulées.

Article 2 : La décision du 19 juillet 2019 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au département de l'Isère de réexaminer les demandes de secours d'urgence de Mme C dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Il est enjoint au département de l'Isère de rembourser les sommes perçues au titre du remboursement de l'indu de revenu de solidarité active, sauf à ce que l'autorité administrative ne reprenne régulièrement, dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement, une nouvelle décision de suspension des versements.

Article 5 : Le département de l'Isère est condamné à verser à Me Vigneron, avocate de Mme C, une somme de 1 920 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Vigneron et au département de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

Le président,

J-P. ALa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2 - 2103929

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