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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2103927

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2103927

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2103927
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantVIGNERON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 juin 2021 et le 3 mars 2023, Mme B C, représentée par Me Vigneron, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 23 janvier 2019 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Isère lui a notifié un indu de prime d'activité pour la période du 1er octobre 2017 au 23 janvier 2019, ainsi que la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Isère a rejeté son recours préalable et de la décharger de cette somme ;

2°) de lui accorder la remise totale ou partielle de sa dette ou à défaut d'échelonner les remboursements ;

3°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de l'Isère de lui restituer les sommes indûment perçues dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de l'Isère une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle n'est pas en mesure de savoir les raisons pour lesquelles l'indu lui est réclamé ;

- la caisse ne produit aucun justificatif s'agissant de l'origine de l'indu ;

- l'indu n'est pas fondé ;

- elle est de bonne foi ;

- elle est dans une situation financière difficile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2022, la caisse d'allocations familiales de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que

- la requête est irrecevable ;

- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés ;

- les indus objet de la décision du 23 janvier 2019 sont soldés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

M. A a présenté son rapport au cours de l'audience, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 23 janvier 2019, la caisse d'allocations familiales de l'Isère a notifié à Mme C un trop-perçu de 4 634,61 euros d'aide sociale comprenant des indus d'allocation de logement familiale, de revenu de solidarité active et de prime d'activité. Mme C a contesté cette décision auprès de la caisse d'allocations familiales de l'Isère par un recours préalable notifié le 27 juin 2019. Le caisse d'allocations familiales de l'Isère a implicitement rejeté ce recours le 27 août 2019. Mme C demande l'annulation de cette décision implicite et la décharge de cette somme.

Sur la régularité de la décision :

2. Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. "

3. Il ne résulte pas de l'instruction et il n'est au demeurant pas soutenu que Mme C a demandé communication des motifs de la décision implicite rejetant son recours administratif. Par suite, il résulte des dispositions précitées que le moyen tiré du défaut de motivation de la décision implicite de rejet du recours administratif préalable de Mme C doit être écarté.

Sur le bien-fondé de l'indu :

4. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu qu'il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

5. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. () A défaut, l'organisme mentionné au premier alinéa peut également, dans des conditions fixées par décret, procéder à la récupération de l'indu par retenues sur les échéances à venir dues au titre des prestations familiales et de la prime d'activité mentionnées, respectivement, aux articles L. 511-1 et L. 841-1 du code de la sécurité sociale, au titre des prestations mentionnées au titre II du livre VIII du même code ainsi qu'au titre des aides personnelles au logement mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation. ".

6. Par une décision du 23 janvier 2019, la caisse d'allocations familiales de l'Isère a notifié à Mme C un indu total de 4 634,61 euros pour la période d'octobre 2017 à mars 2018. Mme C a bénéficié depuis 2014 du revenu de solidarité active et de l'allocation de logement familiale. Suite à un contrôle réalisé en 2019, la caisse d'allocations familiales de l'Isère a relevé que Mme C avait effectué des déclarations trimestrielles de ressources au titre du revenu de solidarité active erronée. La réintégration de ses ressources exactes a généré un indu de revenu de solidarité active " socle " de 842,53 euros au titre du mois d'octobre 2017, un indu de 4 169,71 euros de revenu de solidarité active " majoré " indicé INL3 pour la période de novembre 2017 à mars 2018 ainsi qu'un indu de 140 euros d'allocation de logement familiale pour le mois de novembre 2017. Il résulte de l'instruction que, le montant total du trop-perçu de 5 152,24 euros a été réduit par l'octroi de l'allocation de prime d'activité à Mme C au titre des mois d'octobre à décembre 2017. Cette somme a été affectée directement au remboursement de l'indu de revenu de solidarité active et a donc réduit la somme réclamée à 4 634,61 euros. Ainsi, contrairement à ce que soutient la requérante et à ce que mentionne la décision du 23 janvier 2019, la somme de 4 634,61 euros réclamée par la caisse et le département, ne contient pas d'indu de prime d'activité. Par conséquent, les conclusions dirigées contre le bien-fondé d'un indu de cette allocation sont sans objet.

Sur la demande de remise gracieuse :

7. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant ou ne faisant que partiellement droit une demande de remise gracieuse d'un indu de prime d'activité et de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire.

8. D'une part, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que Mme C n'est débitrice d'aucun indu de prime d'activité. Par conséquent, les conclusions tendant à la remise gracieuse de cette allocation sont sans objet.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

Le président,

J-P. ALa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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