mardi 4 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2103969 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | RENOUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 juin 2021, la société SOHO ATLAS IN FINE, représentée par Me Rigoreau, demande au tribunal :
1°) de condamner la communauté de communes Pays du Mont Blanc à lui verser la somme de 26 943,40 euros TTC, assortie des intérêts moratoires à compter du 15 mars 2021, date de réception de son mémoire en réclamation ;
2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Pays du Mont Blanc une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société soutient que compte tenu des modifications du programme décidées par le maître d'ouvrage et des sujétions techniques imprévues survenues en cours de chantier elle est fondée à demander le paiement de travaux supplémentaires pour un montant de 26 943 euros TTC. Ce montant correspond à des diligences accomplies par la MOE et non comprises dans le forfait initial. Il a été appliqué aux travaux supplémentaires, le taux appliqué au marché de base soit 10,86%.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2022, la communauté de communes Pays du Mont Blanc, représentée par Me Renouard conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la requérante une somme de 5 000 euros.
La communauté de communes fait valoir que la requête est partiellement irrecevable et conteste les moyens invoqués.
Par lettre du 27 octobre 2022, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative l'instruction est susceptible d'être close le 17 novembre 2022, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.
La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par ordonnance du 13 mars 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la loi n° 85-704 du 12 juillet 1985 ;
- le décret n° 93-1268 du 29 décembre 1993 ;
- le code des marchés publics ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fourcade,
- les conclusions de M. Argentin, rapporteur public,
- et les observations de Me Jacquot, représentant la communauté de communes Pays du Mont-Blanc.
Considérant ce qui suit :
1. La communauté de communes Pays du Mont-Blanc a, le 18 décembre 2017, confié à un groupement composé de la société Atlas Architecte, devenue SOHO ATLAS IN FINE, mandataire, et des sociétés Korell et Abac Ingénierie, un marché de maîtrise d'œuvre en vue de la réhabilitation du centre sportif du Fayet. Par un avenant du 27 juin 2018, la rémunération de la maîtrise d'œuvre a été réévaluée pour tenir compte des demandes complémentaires de la maîtrise d'ouvrage. Par un courrier du 17 décembre 2020, la requérante sollicite la conclusion d'un nouvel avenant afin de réévaluer sa rémunération au regard de 29 lignes de travaux figurant dans un tableur excel. Cette demande a été rejetée par un courrier de la communauté de communes du 14 janvier 2021. Par un mémoire en réclamation notifié le 15 mars 2021, la requérante forme une demande tendant au paiement d'une somme de 26 943,40 euros TTC correspondant à 55 diligences figurant dans une version mise à jour du tableau excel précité. Ce mémoire en réclamation a été rejeté par un courrier du 19 avril 2021.
Sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 9 de la loi du 12 juillet 1985 relative à la maîtrise d'ouvrage publique et à ses rapports avec la maîtrise d'œuvre : " La mission de maîtrise d'œuvre donne lieu à une rémunération forfaitaire fixée contractuellement. Le montant de cette rémunération tient compte de l'étendue de la mission, de son degré de complexité et du coût prévisionnel des travaux ". Aux termes de l'article 30 du décret du 29 décembre 1993 relatif aux missions de maîtrise d'œuvre confiées par des maîtres d'ouvrage publics à des prestataires de droit privé : " Le contrat de maîtrise d'œuvre précise, d'une part, les modalités selon lesquelles est arrêté le coût prévisionnel assorti d'un seuil de tolérance, sur lesquels s'engage le maître d'œuvre, et, d'autre part, les conséquences, pour celui-ci, des engagements souscrits. () En cas de modification de programme ou de prestations décidées par le maître de l'ouvrage, le contrat de maîtrise d'œuvre fait l'objet d'un avenant qui arrête le programme modifié et le coût prévisionnel des travaux concernés par cette modification, et adapte en conséquence la rémunération du maître d'œuvre et les modalités de son engagement sur le coût prévisionnel ".
3. Il résulte des dispositions précitées que le titulaire d'un contrat de maîtrise d'œuvre est rémunéré par un prix forfaitaire couvrant l'ensemble de ses charges ainsi que le bénéfice qu'il en escompte, et que seules une modification de programme ou une modification de prestations décidées par le maître de l'ouvrage peuvent donner lieu, le cas échéant, à une augmentation de sa rémunération. En outre, le maître d'œuvre qui effectue des missions ou prestations non prévues au marché de maîtrise d'œuvre et qui n'ont pas été décidées par le maître d'ouvrage n'a droit à être rémunéré de ces missions ou prestations que lorsque, soit elles ont été indispensables à la réalisation de l'ouvrage selon les règles de l'art, soit le maître d'œuvre a été confronté dans l'exécution du marché à des sujétions imprévues présentant un caractère exceptionnel et imprévisible, dont la cause est extérieure aux parties et qui ont pour effet de bouleverser l'économie du contrat.
4. Dans l'hypothèse où une modification de programme ou de prestations a été décidée par le maître de l'ouvrage, le droit du maître d'œuvre à l'augmentation de sa rémunération est uniquement subordonné à l'existence de prestations supplémentaires de maîtrise d'œuvre utiles à l'exécution des modifications décidées par le maître de l'ouvrage. En revanche, ce droit n'est subordonné ni à l'intervention de l'avenant qui doit normalement être signé en application des dispositions de l'article 30 du décret n° 93-1268 du 29 décembre 1993, ni même, à défaut d'avenant, à celle d'une décision par laquelle le maître d'ouvrage donnerait son accord sur un nouveau montant de rémunération du maître d'œuvre.
5. En premier lieu, la seule production d'un tableau excel comportant une colonne " initiateur de la demande " comportant pour chaque ligne les mentions " maître d'ouvrage " " aléas " ou " maître d'œuvre " ne permet pas d'identifier l'existence de modifications de programme décidées par le maître d'ouvrage. En outre, en admettant que les lignes de travaux visées comme telles correspondent à des modifications de programme décidées par le maître d'ouvrage, il appartient à la requérante de démontrer qu'elle a dû effectuer des prestations supplémentaires de maîtrise d'œuvre utiles à l'exécution de ces modifications, ce qu'elle ne fait pas en l'espèce.
6. En deuxième lieu, la mise en œuvre de la théorie des sujétions imprévues implique que soit rapportée la démonstration que les difficultés rencontrées dans l'exécution du contrat, et à l'origine des travaux en litige, présentent un caractère exceptionnel, imprévisible et extérieur aux parties. En outre, s'agissant d'un marché à forfait, ces difficultés doivent avoir eu pour effet de bouleverser l'économie générale du contrat. Or, le seul tableau produit par la requérante ne suffit pas à apporter cette démonstration.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la société SOHO ATLAS IN FINE sont rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Les conclusions présentées par la société SOHO ATLAS IN FINE, la partie perdante, doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire mettre à la charge de la requérante une somme de 1 500 euros au profit de la communauté de communes Pays du Mont Blanc.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société SOHO ATLAS IN FINE est rejetée.
Article 2 : La société SOHO ATLAS IN FINE versera à la communauté de communes Pays du Mont Blanc la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SOHO ATLAS IN FINE et à la communauté de communes du Pays du Mont Blanc.
Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
Mme Fourcade, première conseillère,
Mme Pollet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.
La rapporteure,
F. FOURCADE
Le président,
C. VIAL-PAILLERLe greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026