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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2103977

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2103977

vendredi 3 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2103977
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantVIGNERON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 juin 2021 et le 13 janvier 2023, M. C B, représenté par Me Vigneron, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 janvier 2019 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Isère a refusé de rétablir le versement de son allocation d'aide personnalisée au logement ;

2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de l'Isère de rétablir le versement de l'aide personnalisée au logement, rétroactivement, à compter du 1er janvier 2018, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

3°) mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de l'Isère une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas signée ;

- il remplit les conditions pour bénéficier de cette allocation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2021, la caisse d'allocations familiales de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2018-101 du 16 février 2018 ;

- l'arrêté du 6 mars 2018 relatif à l'expérimentation d'une procédure de médiation préalable obligatoire en matière de litiges sociaux

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

M. A a présenté son rapport au cours de l'audience, en l'absence des parties.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B bénéficie de l'aide personnalisée au logement depuis 2016. Le versement cette allocation a été suspendu à compter du 1er janvier 2018. M. B a alors saisi la caisse d'un recours préalable le 20 mars 2018 afin de voir réévaluer ses droits et de demander la reprise des versements. Ce recours a été rejeté le 2 janvier 2019. M. B demande au tribunal d'annuler les décisions suspendant le versement de l'aide personnalisée au logement et d'enjoindre à la caisse de lui verser de nouveau cette allocation.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. D'une part, aux termes de l'article 3 du décret n° 2018-101 du 16 février 2018 : " La médiation préalable définie aux articles 1er et 2 s'exerce dans les conditions prévues à la section 1 du chapitre III du titre Ier du livre II du code de justice administrative, sous réserve des dispositions du présent décret. Elle doit être engagée dans le délai de recours contentieux de deux mois prévu à l'article R. 421-1 du code de justice administrative, majoré, le cas échéant, dans les conditions prévues à l'article R. 421-7 du même code, auprès du médiateur compétent. " Aux termes de l'article 4 du même décret : " En application des dispositions de l'article L. 213-6 du code de justice administrative, la saisine du médiateur interrompt le délai de recours contentieux et suspend les délais de prescription, qui recommencent à courir à compter de la date à laquelle soit l'une des parties ou les deux, soit le médiateur déclarent, de façon non équivoque et par tout moyen permettant d'en attester la connaissance par l'ensemble des parties, que la médiation est terminée. " Enfin, aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 6 mars 2018 relatif à l'expérimentation d'une procédure de médiation préalable obligatoire en matière de litiges sociaux : " Les circonscriptions départementales dans lesquelles les recours devant le tribunal administratif doivent, en application des 4° à 6° du I de l'article 2 du décret du 16 février 2018 susvisé, être précédés d'une médiation sont les suivantes : (), Isère, () "

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. " Enfin, aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. "

4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que dans le cadre de l'expérimentation lancée en 2018, le requérant est tenu de saisir un médiateur préalablement à la saisine du tribunal administratif. Cette saisine du médiateur interrompt le délai de recours contentieux qui recommence à compter de la décision du médiateur.

5. En l'espèce, M. B a saisi le défenseur du droit dans le cadre de la médiation précitée le 19 juin 2019. En défense, la caisse oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté du recours intervenu plus de deux mois après la décision du médiateur. Toutefois, si la décision du médiateur est intervenue le 19 octobre 2019, celle-ci n'est accompagnée d'aucun accusé de réception permettant d'établir la date à laquelle elle a été notifiée au requérant. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté du recours doit être écartée.

Sur la régularité des décisions :

6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, applicable aux organismes de sécurité sociale en vertu de l'article L. 100-3 du même code : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ".

7. Il résulte de l'instruction que si la décision de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de l'Isère du 2 janvier 2019 comporte la mention du nom du directeur de la caisse, cette décision n'est pas revêtue de la signature de son auteur. Par suite et en l'absence de toute défense au fond de la caisse, M. B est, pour ce motif et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, fondé à demander l'annulation de la décision de la commission de recours amiable de l'Isère du 2 janvier 2019, laquelle s'est substituée à la décision initiale de la caisse d'interrompre le versement de l'aide personnalisée au logement à compter du 1er janvier 2018.

8. Le présent jugement, qui annule pour un motif de forme la décision confirmant la suspension de versement de l'allocation d'aide personnalisée au logement à M. B n'implique pas nécessairement la reprise des versements de cette aide. Il y a seulement lieu d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de l'Isère de reprendre le versement de l'aide personnalisée au logement de M. B de manière rétroactive à compter du 1er janvier 2018 sauf à ce qu'elle reprenne régulièrement la décision, dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement, une nouvelle décision de suspension des versements.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Vigneron, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive, de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de l'Isère le versement de la somme de 900 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 2 janvier 2019 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de l'Isère a rejeté le recours préalable de M. B et confirmé la suspension des versements de son allocation d'aide personnalisée au logement est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la caisse d'allocations familiales de l'Isère de reprendre les versements de l'aide personnalisée au logement de M. B de manière rétroactive à compter du 1er janvier 2018, sauf à ce que l'autorité administrative ne reprenne régulièrement, dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement, une nouvelle décision de suspension des versements.

Article 3 : La caisse d'allocations familiales de l'Isère est condamnée à verser à Me Vigneron, avocate de M. B, une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Vigneron et à la caisse d'allocations familiales de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2023.

Le président,

J-P. ALe greffier en chef,

Ph. BUGUELLOU

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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