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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2104146

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2104146

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2104146
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantLEGEAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 juin 2021 et 6 mars 2023, Mme C A, représentée par Me Legeay, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions du 25 novembre 2020 et du 9 décembre 2020 par lesquelles le président du conseil départemental de l'Isère a rejeté leur recours gracieux et confirmé un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 5 552,43 euros pour la période du 1er mai 2017 au 31 janvier 2020 et de la décharger de cette somme ;

2°) de lui accorder la remise gracieuse de cet indu ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de l'Isère et du département de l'Isère une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de la caisse d'allocations familiales du 13 octobre 2020 est insuffisamment motivée ;

- les décisions du 25 novembre 2020 et du 9 décembre 2020 sont incohérentes ;

- Mme A n'a pas d'autres revenus que ceux tirés de son emploi ;

- elle ne perçoit aucun revenu de ses proches ;

- son comportement ne peut être qualifié de frauduleux ;

- elle est dans une situation financière difficile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2021, le département de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience :

- le rapport de M. B,

- et les observations de M. D, représentant le département de l'Isère.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A est allocataire du revenu de solidarité et de la prime d'activité. En 2020, elle a eu connaissance en consultant son espace personnel CAF d'un indu de revenu de solidarité active et a donc adressé, le 6 novembre 2020, un recours à l'attention du département qui a été rejeté le 25 novembre 2020. Par une nouvelle décision du 13 octobre 2020 la caisse d'allocations familiales de l'Isère a notifié à Mme A un indu d'un montant de 6 552,90 euros comprenant 5 552,43 euros de revenu de solidarité active et 700,47 euros de prime d'activité ainsi qu'une fraude assortie d'une pénalité administrative de 470 euros. Par l'intermédiaire de son conseil, Mme A a contesté cette décision par un recours gracieux du 6 novembre 2020. Par une décision du 9 décembre 2020, le président du conseil départemental de l'Isère a rejeté ce recours préalable. Mme A demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. ". L'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue en principe à la décision initiale, et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge.

3. En l'espèce, le département de l'Isère a rejeté le recours de l'intéressée dirigé contre les indus de revenu de solidarité par décision du 9 décembre 2020. Dès lors, cette décision s'est substituée à la décision initiale du 13 octobre 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Isère a notifié l'indu de revenu de solidarité active à Mme A.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, de prime d'activité ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge administratif d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

En ce qui concerne la régularité de la décision attaquée :

5. La décision du 9 décembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental a rejeté le recours de Mme A du 6 novembre 2020 comporte la mention des éléments de fait et de droit qui en constitue le fondement et est par suite suffisamment motivé.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu :

6. Aux termes de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; 2° Les modalités d'évaluation des ressources, y compris les avantages en nature. L'avantage en nature lié à la disposition d'un logement à titre gratuit est déterminé de manière forfaitaire ; 3° Les prestations et aides sociales qui sont évaluées de manière forfaitaire, notamment celles affectées au logement mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation ; 4° Les prestations et aides sociales qui ne sont pas incluses dans le calcul des ressources à raison de leur finalité sociale particulière. " Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-6 dudit code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux () ".

7. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'enquête rédigé par un enquêteur assermenté et dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire que l'examen des relevés bancaires de Mme A a révélé l'inscription régulière au crédit de son compte, entre mars 2017 et avril 2019, de sommes qu'elle n'a pas déclarées dans ses déclarations trimestrielles de ressources et comprises entre 200 et 1 350 euros. Si Mme A fait valoir qu'il s'agit d'aides ponctuelles de son parrain ou du père de ses enfants ou de produits de ventes dans des vide-greniers, ces affirmations ne permettent cependant pas d'exclure ces sommes des montants de ses ressources, et c'est à bon droit que celles-ci ont été recalculées en prenant en compte les montants en cause.

8. Par conséquent, les moyens de Mme A dirigés contre le bien-fondé de l'indu doivent être écartés.

Sur la demande de remise gracieuse :

9. Il n'appartient pas au juge administratif, qui ne peut se substituer à l'administration, de se prononcer lui-même sur une demande de remise gracieuse de dette. Dans ces conditions, Mme A, qui ne justifie pas avoir saisi le département de l'Isère d'une demande en ce sens, n'est pas recevable à demander au juge la remise gracieuse de l'indu de revenu de solidarité active. Il lui appartient, si elle s'y croit fondée, de saisir la caisse de sa demande de remise de cette dette.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au département de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

Le président,

J-P. BLa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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