lundi 5 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2104155 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL MAUMONT MOUMNI AVOCATS ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 25 juin 2021, 14 avril 2022 et 9 mai 2022, M. B A, représenté par la SELARL MDMH, doit être regardé, dans le dernier état de ses écritures, comme demandant au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 30 000 euros en réparation de son préjudice moral et des troubles dans les conditions de l'existence ;
2°) d'enjoindre au ministre des armées de lui accorder le bénéfice d'une prise en charge médico-administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 8 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée du fait de l'illégalité de la décision par laquelle le médecin des armées qui n'a pas pris en compte des éléments autres que médicaux pour se prononcer en faveur d'une réforme classement P5 ;
- son préjudice moral et ses troubles dans les conditions d'existence sont évalués à la somme de 30 000 euros ;
Par des mémoires, enregistrés les 24 mars 2022, 3 mai 2022 et 16 mai 2022, le ministre des armées conclut, au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions à fin d'injonction sont irrecevables ;
- la requête est infondée.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la défense ;
- le décret n°2008-392 du 23 avril 2008 ;
- l'arrêté du 20 décembre 2012 relatif à la détermination et au contrôle de l'aptitude médicale à servir du personnel militaire ;
- l'arrêté du 20 décembre 2012 relatif à la détermination du profil médical d'aptitude en cas de pathologie médicale ou chirurgicale ;
- l'arrêté du 20 septembre 2006 pris en application de l'article 6 du décret n° 2006-1166 du 20 septembre 2006 relatif à la commission de réforme des militaires ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Doulat,
- et les conclusions de M. Villard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, engagé volontaire dans l'armée de terre le 7 juin 2016, promu soldat de 1ère classe le 8 décembre 2016, a été projeté en opération extérieure au cours de la période allant du 30 janvier 2018 au 3 juin 2018 au Niger et au Mali dans le cadre de l'opération Barkhane. Il a été placé en congé de maladie ordinaire pour épuisement psychologique du 24 août 2018 au 1er juin 2019. Par trois certificats de visite des 1er octobre 2018, 14 décembre 2018 et 26 avril 2019, rendu après examen d'un spécialiste, trois médecins de la 82e antenne médicale de la direction centrale du service de santé des armées, ont estimé que l'intéressé était définitivement inapte à la poursuite du service et devait être présenté devant la commission de réforme des militaires. Réunie le 12 juin 2019 la commission de réforme des militaires a conclu que M. A ne présentait pas l'aptitude physique nécessaire à l'exercice effectif des fonctions afférentes aux emplois de son grade. M. A a été définitivement réformé pour infirmité et rayé des contrôles de l'armée active par une décision du 17 juin 2019. Le 10 août 2020 il a formé un recours auprès de la ministre des armées en demandant son placement en congé de longue maladie et sa prise en charge médicale par les services de santé des armées. Par un courrier du 17 septembre 2020 le directeur des ressources humaines de l'armée l'a informé du rejet de sa demande au motif que la décision de radiation des cadres était définitive. Par un courrier du 21 octobre 2020 M. A a adressé à la ministre des armées une demande tendant d'une part, à l'indemnisation des préjudices qu'il estime nés de la faute du chef de service psychiatrie, spécialiste des hôpitaux des armées et d'autre part à la mise en place d'un soutien institutionnel. Par la présente requête M. A doit être regardé comme demandant le versement de la somme de 30 000 euros en réparation de ses préjudices et qu'il soit enjoint au ministre des armées de lui accorder le bénéfice d'une prise en charge médico-administrative.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 4139-12 du code de la défense : " L'état militaire cesse, pour le militaire de carrière, lorsque l'intéressé est radié des cadres, pour le militaire servant en vertu d'un contrat, lorsque l'intéressé est rayé des contrôles. " Aux termes de l'article L.4139-14 du même code : " La cessation de l'état militaire intervient d'office dans les cas suivants : () / 4° Pour réforme définitive, après avis d'une commission de réforme ( ) ". Aux termes de l'article R. 4139-55 du même code : " La commission de réforme des militaires est compétente pour émettre un avis médical portant : / 1° Sur l'inaptitude définitive au service d'un militaire, quels que soient son statut et son lien au service ; () ". Aux termes de l'article R. 4139-60 du même code : " Le ministre de la défense, ou le ministre de l'intérieur pour les militaires de la gendarmerie nationale, prend, par arrêté, une décision conforme à l'avis de la commission de réforme des militaires. ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 20 septembre 2006 pris en application de l'article 6 du décret n° 2006-1166 du 20 septembre 2006 relatif à la commission de réforme des militaires : " Dans le cas prévu au 1° de l'article 3 du décret du 20 septembre 2006 susvisé, la commission de réforme des militaires est saisie : / 1° Lorsque l'inaptitude définitive d'un militaire, dont l'état de santé ne justifie pas l'attribution d'un congé lié à l'état de santé de la position d'activité ou de la position de non-activité, est médicalement constatée ; () ". Aux termes de l'article 6 du même arrêté : " Dans le cas prévu au 1° de l'article 5, la commission est saisie sur présentation du certificat médical établi par un médecin ou un chirurgien des hôpitaux des armées, constatant à la fois l'inaptitude médicale définitive du militaire et l'absence de justification d'un congé lié à l'état de santé. ".
3. D'autre part, aux termes, de l'article 6 du décret du 16 septembre 2008 fixant les règles de déontologie propres aux praticiens des armées : " Le praticien des armées doit à celui ou celle qu'il examine, qu'il soigne ou qu'il conseille une information loyale, claire et appropriée sur son état, les investigations et les soins qu'il lui propose. () ". Aux termes de l'article 14 de ce même décret : " Le praticien des armées doit apporter le plus grand soin à la rédaction des certificats ou attestations qui lui sont demandés et n'y affirmer que des faits dont il aura vérifié lui-même l'exactitude. () " .
4. Pour demander l'indemnisation de ses préjudices, M. A se prévaut de la faute du chef du service psychiatrie spécialiste des hôpitaux des armées qui, dans son courrier du 24 avril 2019, a tenu compte de sa durée d'engagement pour préconiser qu'il soit réformé et non placé en congé de longue maladie. M. A soutient que cette faute a été déterminante dans la décision de réforme définitive du 17 juin 2019, et l'a privé du bénéfice d'un congé de longue maladie imputable au service au sens de l'alinéa 2 de l'article L. 4138-12 du code de la défense.
5. Dans son courrier du 24 avril 2024, ce médecin mentionne : " Nous avions envisagé l'indication d'une mise en congé de longue durée pour maladie, raison pour laquelle nous avions suspendu la demande de réforme. Cependant, il s'avère qu'il existe une absence d'indication de CLDM chez ce jeune engagé ayant moins de trois ans de service ".
6. La seule mention, certes superfétatoire, de la durée d'engagement de M. A ne suffit pas à retenir, au vu de la formulation de cet avis, que le chef du service psychiatrie, qui avait envisagé la possibilité de placer l'intéressé en CLDM en préconisant des investigations complémentaires dans son compte rendu d'hospitalisation du 24 décembre 2018, se serait au final déterminé sur le fondement de considérations juridiques. Au contraire, il ressort du certificat médical sur pièces du 25 avril 2019 que ce médecin a constaté l'inaptitude médicale définitive de M. A et l'absence de justification d'un congé lié à l'état de santé, sans mentionner la situation administrative de l'intéressé. La faute invoquée n'est pas établie.
7. Au surplus, il résulte des textes précités que le certificat du médecin des armées est exigé pour permettre la saisine de la commission de réforme, qui procède ensuite à sa propre analyse. Dès lors, la prétendue irrégularité affectant le certificat médical ne présenterait, en tout état de cause, pas de lien de causalité avec l'avis de la commission de réforme prononçant l'inaptitude définitive, et non contestée, de l'intéressé. Aucun élément ne permet, en outre, de retenir que la mention contestée serait la cause du choix de ne pas le placer en CLDM et de le radier des cadres.
8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, que M. A n'est pas fondé à rechercher la responsabilité de l'Etat, par suite les conclusions à fin d'indemnisation et d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 s'opposent à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente affaire, la somme demandée par la commune de Valence sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. Doulat, premier conseiller.
M. Callot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 août 2024.
Le rapporteur,
F. Doulat
La présidente,
A. Triolet
La greffière,
J. Bonino
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026