mercredi 4 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2104206 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | TOISON & ASSOCIES |
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête et des mémoires enregistrés sous le n°2104206 les 30 juin 2021, 15 décembre 2021, 20 novembre 2023 et 21 février 2024, et M. E B et Mme C D épouse B, représentés par Me Ferrand demandent au tribunal :
1°) de condamner la société Enedis à leur verser la somme de 6 500 euros chacun en réparation du préjudice résultant du décès de leurs fils F B le 1er juillet 2016 ;
2°) de mettre à la charge de la société Enedis une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les requérants soutiennent que :
- le décès de leur fils a été causé par la ligne haute tension qui est entrée en contact avec le camion benne dans lequel se trouvait leur fils ;
- la responsabilité de la société Enedis est engagée sans faute en raison de sa qualité de concessionnaire du réseau de transport d'électricité ;
- la ligne haute tension ne respectait pas la hauteur réglementaire de 6 mètres ;
- informée de travaux sous cette ligne, la société Enedis n'a pas formulé d'exigences quant à leur réalisation ;
- le nombre excessif de réenclenchement successifs remettant le réseau sous tension n'a pas garanti la sécurité de M. F B ;
- aucune négligence fautive n'est imputable à M. F B ;
- la mort prématurée de leurs fils de 39 ans, père de deux enfants, justifie le versement d'une somme de 6 500 euros à chacun.
Par des mémoires en défense enregistrés les 18 octobre 2023 et le 12 janvier 2024, la société Enedis, représentée par Me Brassart, conclut au rejet de cette requête, à la condamnation de la société HMTP et de la commune de Val-Cenis à la garantir et à ce que soit mis à la charge de la société et de la commune une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Enedis fait valoir que :
- aucune faute ne peut lui être reprochée dès lors que la hauteur de la ligne haute tension était conforme à la réglementation et que les automates gérant les coupures et reprises de service ont fonctionné normalement avant la coupure définitive de la ligne ;
- M. B a commis des fautes de nature à exonérer la société Enedis de sa responsabilité ;
- la société HMTP et la commune de Val-Cenis doivent la garantir intégralement dès lors que la faute pénale de la société HMTP a été reconnue par le tribunal correctionnel d'Albertville, qu'elle n'a pas été informée de la réalisation de travaux à proximité de la ligne haute tension et que les obligations de sécurité n'ont pas été respectées.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 novembre 2023, la commune de Val-Cenis, représentée par Me Phelip conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. et Mme B une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune de Val-Cenis soutient que :
- l'accident étant intervenu le 1er juillet 2016, la prescription quadriennale est acquise depuis le 31 décembre 2020 de sorte qu'elle ne peut plus être appelée en garantie ;
- M. et Mme B ne justifient pas de leur intérêt à agir alors qu'ils ont probablement déjà été indemnisés par la société HMTP ;
- aucune faute ne peut imputée à la commune ;
- M. F B a commis une faute en utilisant un camion inadapté à la configuration des lieux, alors qu'il connaissait le chantier et que l'accident est survenu en la présence de deux enfants dans le camion ;
- la responsabilité de la société HMTP a été reconnue par le tribunal correctionnel ce qui est de nature à exonérer la commune de sa responsabilité ;
- le montant de la réparation doit être ramené à la somme de 5 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 mai 2024, la société TPLP, venant aux droits de la société HMTP, représentée par Me Jourda, conclut à titre principal à l'incompétence de la juridiction concernant l'appel en garantie et à titre subsidiaire à son caractère infondé et à ce qu'il soit mis à la charge de la société Enedis une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société soutient que :
- les juridictions administratives sont incompétentes pour se prononcer sur les conclusions d'appel en garantie formées d'Enedis contre elle, leurs relations étant régies par le droit privé ;
- aucune faute n'est imputable à la société HMTP.
Un mémoire présenté par la commune de Val-Cenis le 30 mai 2024 n'a pas été communiqué.
Deux mémoires présentés par la société Enedis les 5 avril et 30 mai 2024 n'ont pas été communiqués.
Une note en délibéré présentée par la société HMTP et enregistrée le 9 juillet 2024 n'a pas été communiquée.
Une note en délibéré présentée par la société Enedis et enregistrée le 17 juillet 2024 n'a pas été communiquée.
II - Par une requête et des mémoires enregistrés sous le n°2202859 les 6 mai 2022, 19 octobre 2023 et 20 novembre 2023, M. et Mme B, représentés par Me Ferrand demandent au tribunal :
1°) de condamner la commune de Val-Cenis à leur payer la somme de 6 500 euros chacun en réparation du préjudice résultant du décès de leurs fils F B le 1er juillet 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les requérants soutiennent que :
- le décès de leur fils est intervenu alors qu'il concourait à l'exécution de travaux publics pour le compte de la commune, ce qui engage la responsabilité sans faute de celle-ci ;
- de surcroît, il était envisagé le renvoi de la commune devant le tribunal correctionnel faute de désignation d'un coordonnateur de sécurité et protection de la santé, du fait du non-respect de l'obligation de déclaration de travaux et de la méconnaissance du plan de prévention des risques ;
- le décès a été causé par la ligne haute tension qui est entrée en contact avec le camion benne dans lequel se trouvait leur fils ;
- la commune a été informée par un rapport de l'office national des forêts du 21 juin 2013 que la hauteur de la ligne de haute tension ne respectait pas la hauteur réglementaire de 6 mètres ;
- aucune négligence fautive n'est imputable à M. F B ;
- la mort prématurée de leurs fils de 39 ans, père de deux enfants, justifie le versement d'une somme de 6 500 euros à chacun.
Par des mémoires en défense enregistrés les 3 février et 26 octobre 2023, la commune de Val-Cenis, représentée par Me Phelip conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. et Mme B une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune de Val-Cenis soutient que :
- l'accident étant intervenu le 1er juillet 2016, la prescription quadriennale était acquise au 31 décembre 2020, alors que la demande préalable d'indemnisation est datée du 21 décembre 2021 ;
- M. et Mme B ne justifient pas de leur intérêt à agir alors qu'ils ont probablement déjà été indemnisés par la société HMTP ;
- seule sa responsabilité pour faute est susceptible d'être engagée et les requérants n'établissent pas qu'elle aurait commis une faute ;
- M. F B a commis une faute en utilisant un camion inadapté à la configuration des lieux, alors qu'il connaissait le chantier et que l'accident est survenu en raison de présence de deux enfants dans le camion ;
- la responsabilité de la société HMTP a été reconnue par le tribunal correctionnel ce qui est de nature à exonérer la commune de sa responsabilité ;
- le montant de la réparation doit être ramené à la somme de 5 000 euros.
Un mémoire présenté par la commune de Val-Cenis et enregistré le 23 mai 2024 n'a pas été communiqué.
Vu la demande préalable indemnitaire ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Doulat,
- les conclusions de M. Villard, rapporteur public,
-les conclusions de Me Ferrand représentant M. et Mme B,
- les observations de Me Camus, représentant la société Enedis,
- les observations de Me Sanzari, représentant la société TPLP venant aux droits de la société HMTP.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Bramans, qui a depuis le 1er janvier 2017 fusionné avec 4 autres communes et donné naissance à la commune de Val-Cenis, a engagé une opération de réalisation d'une aire de jeux en avril 2016. Ces travaux, sous maîtrise d'œuvre de la société Verdis, ont été confiés à la société HMTP dont M. F B était salarié. Le 1er juillet 2016 lors du déchargement de granulat, la benne du camion conduit par M. B est entrée en contact avec la ligne haute tension surplombant la zone de travaux ce qui a entrainé l'explosion de la batterie du camion et son incendie. M. B et son collègue M. A sont décédés par électrocution lorsqu'ils ont tenté d'ouvrir la porte du camion afin de faire sortir le fils de M. B et sa nièce qui étaient restés dans le camion.
2. Par une demande du 30 juin 2021, M. et Mme B, parents de M. F B, ont réclamé à la société Enedis le versement d'une indemnité de 6 500 euros chacun en réparation du préjudice moral résultant du décès de leur fils.
3. Par une demande du 20 décembre 2021, M. et Mme B, ont réclamé à la commune de Val-Cenis le versement d'une indemnité de 6 500 euros chacun en réparation du préjudice moral résultant du décès de leur fils.
Sur la jonction :
4. Les requêtes susvisées n°2104206 et 2202859 ont été introduites par les mêmes requérants, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions indemnitaires dirigées contre la commune de Val-Cenis :
En ce qui concerne la responsabilité pour faute de la commune de Val-Cenis
5. Les requérants soutiennent que la ligne électrique ne respectait pas l'exigence règlementaire de hauteur minimale de 6 mètres et contestent la mesure donnée par la société Enedis d'une hauteur de 6,81 mètres. Toutefois, cette exigence règlementaire n'est applicable qu'aux seules voies ouvertes à la circulation publique dans leurs parties normalement utilisées pour la circulation et l'arrêt d'urgence des véhicules, ce qui n'est pas le cas du lieu de l'accident. En outre et à le supposer même établi, ce fait ne serait pas la cause de l'accident mortel. Les requérants reprennent dans leurs propres écritures les conclusions du rapport d'expertise indiquant que la hauteur maximale de la benne alors en position complètement levée est de 6,50 mètres. Dès lors, le contact avec la ligne électrique était inévitable quand bien même celle-ci aurait été à une hauteur de 6 mètres. Enfin, et alors que la commune de Bramans, devenue la commune de Val-Cenis n'assure pas la garde et la gestion du réseau d'électricité qui incombe à la seule société Enedis, les requérants n'établissent ni que la hauteur de cette ligne pourrait lui être imputée, ni que cette hauteur caractériserait une faute et moins encore que celle-ci serait la cause du dommage.
6. En se bornant à faire état de ce qu'il était envisagé de renvoyer la commune devant le tribunal correctionnel en tant que personne morale, avant sa dissolution, les requérants n'établissent aucune des fautes vaguement alléguées à son égard.
7. Ainsi et à supposer qu'ils auraient entendu le faire, les requérants ne sont pas fondés à rechercher la responsabilité pour faute de la commune.
En ce qui concerne la responsabilité sans faute de la commune de Val-Cenis
8. Il résulte de l'instruction que M. B est intervenu pour la réalisation d'une aire de jeux, dans le cadre d'un contrat passé entre la commune de Bramans, maître d'ouvrage, et la société HMTP employeur de l'intéressé. Il avait, dès lors, la qualité de participant à l'exécution du travail public de réalisation de cette aire de jeux communale. Par suite, les requérants ne peuvent rechercher la responsabilité du maître d'ouvrage que sur le fondement de la faute de ce dernier. Le moyen tiré de la responsabilité sans faute de la commune de Val-Cenis doit dès lors être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir soulevées en défense par la commune de Val-Cenis, que la responsabilité de cette dernière ne pouvant être engagées sur le fondement de la responsabilité sans faute ou pour faute, les conclusions des requérants tendant à obtenir de la commune réparation de leur préjudice doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires dirigées contre la société Enedis :
En ce qui concerne la responsabilité de la société Enedis
10. La société Enedis est responsable, même sans faute, des dommages causés aux tiers par le fait des ouvrages publics dont elle est concessionnaire, à moins que ces dommages ne soient imputables à une faute de la victime ou à un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.
11. En l'espèce, M. B avait la qualité de tiers par rapport à la ligne électrique de haute tension surplombant le chantier sur lequel il travaillait qui constitue un ouvrage public, et l'électrocution de M. B a un lien direct avec cet ouvrage public. Le contact entre la benne et la ligne haute tension présente un caractère accidentel et par suite les parents de M. F B sont fondés à engager la responsabilité sans faute de la société Enedis.
En ce qui concerne les causes exonératoires
12. La société Enedis soutient que M. B a commis plusieurs négligences fautives de nature à l'exonérer de sa responsabilité. Le seul fait de décharger des granulats sous une ligne haute tension ne saurait constituer une négligence fautive de M. B, cette tâche ayant été réalisée sur le site prévu, selon les ordres de sa hiérarchie et alors qu'une déclaration de travaux (DT) et une déclaration d'intention de commencement de travaux (DICT) conjointes ont été réalisées par la société HMTP. Le fait pour M. B d'avoir avancé le camion avec la benne relevée ne saurait davantage constituer une négligence, une telle manœuvre ne constituant pas un comportement anormal sur un chantier. Toutefois il résulte de l'instruction que d'une part M. B connaissait le chantier sur lequel il était déjà intervenu, la ligne électrique étant parfaitement visible, et d'autre part qu'il était formé aux risques électriques. Par suite, en ne prenant pas garde à la présence de cette ligne durant sa manœuvre, M. B doit être regardé comme ayant commis une imprudence fautive de nature à exonérer la responsabilité de la société Enedis à hauteur de 25%.
En ce qui concerne le préjudice
13. M. F B était âgé de 39 ans au jour de son décès et était père de deux enfants. Les parents de M. B ont subi du fait du décès de leur fils un préjudice direct et certain dont il sera fait une juste appréciation en accordant à chaque parent une somme de 5 000 euros en réparation de ce préjudice.
14. Il s'ensuit que, compte tenu du partage de responsabilités arrêté au point 10, il y a lieu de condamner la société Enedis à verser à chacun des époux B la somme de 3 750 euros TTC en réparation de leur préjudice.
Sur l'appel en garantie de la commune de Val-Cenis et de la société HMTP par la société Enedis :
15. La société HMTP soutient que la juridiction administrative est incompétente pour se prononcer sur les appels en garantie formés par la société Enedis, les relations entre les deux sociétés relevant du droit privé. Toutefois, ces sociétés ne sont liées par aucun contrat de droit privé et la juridiction administrative qui est compétente pour se prononcer sur la responsabilité de la société Enedis en sa qualité de gardienne de l'ouvrage publique, l'est également pour se prononcer sur l'action en garantie formé par cette dernière à l'encontre de la société HMTP, sur le fondement de la faute. Par suite l'exception d'incompétence soulevée par la société HMTP ne peut être accueillie.
16. La société Enedis reproche à la société HMTP et à la commune de Val-Cenis, venant au droit de la commune de Bramans, de n'avoir pas respecté leur obligation de l'informer de la réalisation de travaux à proximité de la ligne haute tension. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'une demande de DT-DICT conjointe a été faite le 20 mai 2016 par la société HMTP dont la société Enedis a accusé réception le 25 mai 2016.
17. La société Enedis soutient que la société et la commune ont méconnu les prescriptions techniques relatives aux travaux au voisinage de lignes électriques prévues par les articles R. 4534-18 et suivants du code du travail.
18. M. B étant au moment de l'accident salarié de la société HMTP et placé sous la seule autorité de cette société, la responsabilité de la commune de Val-Cenis ne saurait être recherchée sur ce fondement.
19. Il résulte, en revanche, de l'instruction et notamment de l'accusé de réception de la demande conjoint de DT-DICT que la société Enedis a communiqué à la société HMTP un plan détaillé sur lequel figure la ligne haute tension, accompagné d'un document intitulé " travaux à proximité de lignes, canalisations et installations électriques - recommandations techniques " renvoyant aux articles R. 4534-107 à R. 4534-130 du code du travail, et précisant les mesures de sécurité à mettre en œuvre en cas de travaux à proximité de câbles sous tension. Dès lors, en l'état de l'instruction, la société HMTP se bornant à indiquer que les fautes qui lui sont reprochées sont dépourvues de précisions suffisantes, la négligence de cette société dans la prévention des risques pour des travaux réalisés à proximité d'une ligne électrique doit être regardée comme étant à l'origine de l'accident survenu à M. B. Cette responsabilité de la société HMTP dans la survenance de l'accident a été confirmée par le jugement du tribunal correctionnel d'Albertville du 7 mai 2021, qui a reconnu cette société coupable d'homicide involontaire par personne morale dans le cadre du travail en ne prenant pas les dispositions nécessaires pour prévenir le risque lié à la présence d'une ligne électrique haute tension au-dessus du chantier d'aménagement d'un parc récréatif sur la commune de Val-Cenis.
20. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir soulevées en défense par la commune de Val-Cenis, que les conclusions de la société Enedis tendant à ce que la commune de Val-Cenis la garantisse des condamnations prononcées contre elle doivent être rejetées. A l'inverse, la société Enedis est fondée à demander que la société HMTP soit condamnée à la garantir de l'intégralité des condamnations prononcées à son encontre.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
21. Aux termes de l'article L.761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation " ;
22. Dans le cadre du dossier n°2104206, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. et Mme B, qui ne sont pas, dans le cadre de la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Val-Cenis demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les mêmes dispositions font également obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Val-Cenis la somme de 2 000 euros demandée par la société Enedis. Dans les circonstances de l'espèce, sur le fondement des dispositions précitées, il y a lieu de mettre d'une part à la charge de la société Enedis la somme de 1 500 euros, à verser aux requérants, et d'autre part à la charge de la société HMTP la somme de 1 500 euros, à verser à la société Enedis.
23. Dans le cadre du dossier n°2202859, il n'y a pas lieu dans les circonstances particulières de l'espèce de mettre à la charge de M. et Mme B la somme de 1 500 euros demandée par la commune de Val-Cenis.
D E C I D E :
Article 1er : La requête n°2202859 tendant à la condamnation de la commune de Val-Cenis à l'indemnisation du préjudice résultant du décès de M. B est rejetée.
Article 2 : La société Enedis est condamnée à verser à M. et Mme B la somme de 3 750 euros chacun en réparation du préjudice résultant du décès de leurs fils.
Article 3 : La société HMTP est condamnée à garantir la société Enedis de l'intégralité de la condamnation prononcée à son encontre par le présent jugement.
Article 4 : La société HMTP versera une somme de 1 500 euros à la société Enedis au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : La société Enedis versera une somme de 1 500 euros à M. et Mme B au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Mme C D épouse B, à la société Enedis, à la commune de Val-Cenis, à la société HMTP et au préfet de Savoie.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024 à laquelle siégeaient
Mme Triolet, présidente,
M. Ban, premier conseiller,
M. Doulat, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 septembre 2024.
Le rapporteur,
F. DOULAT
La présidente,
A. TRIOLET
La greffière,
J. BONINO
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2 - 2202859
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026