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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2104218

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2104218

mercredi 4 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2104218
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL FTN (FOLCO TOURRETTE NERI)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juillet 2021, M. A B, Mme C B et Mme D agissant pour le compte de sa fille mineure G H, représentés par Me Buffet demandent au tribunal :

1°) de condamner la société Enedis à verser la somme de 6 500 euros chacun à M. A B et à Mme C B, et la somme de 25 000 euros à Mme G H en réparation du préjudice résultant du décès de leur père M. F B le 1er juillet 2016 ;

2°) de mettre à la charge d'Enedis une somme de 1 000 euros à verser à chacun en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les requérants soutiennent que :

- le décès de leur père a été causé par la ligne haute tension qui est entrée en contact avec le camion benne dont il a touché la portière ;

- la responsabilité de la société Enedis est engagée sans faute en raison de sa qualité de concessionnaire du réseau de transport d'électricité ;

- la ligne haute tension ne respectait pas la hauteur réglementaire de 6 mètres ;

- le nombre excessif de réenclenchement successifs remettant le réseau sous tension n'a pas garanti la sécurité de M. F B ;

- la mort prématurée de leur père de 41 ans, justifie le versement à M. A B et à Mme C B d'une somme de 6 500 euros chacun et le versement d'une somme de 25 000 euros à Mme G H, conformément au barème de l'ONIAM.

Par un mémoire en intervention enregistré le 13 juin 2024, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Puy de Dôme, agissant pour le compte de la CPAM de Savoie, représentée par la SELARL FTN, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de condamner la société Enedis à lui verser la somme globale de 76 426,25 euros correspondant aux dépenses résultant de l'accident mortel dont a été victime M. B ;

2°) de mettre à la charge de la société Enedis l'indemnité forfaitaire de gestion pour son montant maximum soit un montant de 1 162 euros ;

3°) de mettre à la charge de la société Enedis la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La CPAM fait valoir qu'elle a versé :

- un capital décès de 3 404,53 euros ;

- une rente d'un montant de 14 822,26 euros à Mme C B pour la période du 2 juillet 2016 au 20 septembre 2019 ;

- une rente d'un montant de 5 436,82 euros à M. A B pour la période du 2 juillet 2016 au 9 septembre 2017 ;

- et une rente de 52 768,64 euros à G H pour la période courant à compter du 2 juillet 2016 et jusqu'à ses 20 ans.

La CPAM a produit une note en délibéré enregistrée le 9 juillet 2024 qui n'a pas été communiquée.

Vu la demande préalable indemnitaire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Doulat,

- les conclusions de M. Villard, rapporteur public,

- les observations de Me Ferrand représentant les requérants.

Une note en délibéré présentée par la CPAM du Puy-de-Dôme a été enregistrée le 9 juillet 2024 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Bramans, qui a depuis le 1er janvier 2017 fusionné avec 4 autres communes et donné naissance à la commune de Val-Cenis, a engagé une opération de réalisation d'une aire de jeux en avril 2016. Ces travaux, sous maîtrise d'œuvre de la société Verdis, ont été confiés à la société HMTP dont M. F B était salarié. Le 1er juillet 2016 lors du déchargement de granulat, la benne du camion conduit par M. E est entrée en contact avec la ligne haute tension surplombant la zone de travaux ce qui a entrainé l'explosion de la batterie du camion et son incendie. M. B et son collègue, M. E sont décédés par électrocution lorsqu'ils ont tenté d'ouvrir la porte du camion afin de faire sortir le fils de M. E et sa nièce qui étaient restés dans le camion.

2. Par une demande du 1er juillet 2021, M. A B, Mme C B et Mme G H, enfants de M. F B, ont réclamé à la société Enedis le versement d'une indemnité de 6 500 euros pour les deux premiers et la somme de 25 000 euros pour la dernière, en réparation du préjudice résultant du décès de leur père.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de la société Enedis

3. La société Enedis est responsable, même sans faute, des dommages causés aux tiers par le fait des ouvrages publics dont elle est concessionnaire, à moins que ces dommages ne soient imputables à une faute de la victime ou à un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.

4. En l'espèce, M. B avait la qualité de tiers par rapport à la ligne électrique de haute tension surplombant le chantier sur lequel il travaillait qui constitue un ouvrage public, et l'électrocution de M. B a un lien direct avec cet ouvrage public. Le contact entre la benne et la ligne haute tension présente un caractère accidentel et par suite les enfants de M. B sont fondés à engager la responsabilité sans faute de la société Enedis.

5. La société Enedis, qui n'a pas produit d'écriture en défense ne conteste pas le principe même de sa responsabilité dans l'accident qui a conduit au décès de M. B. Par suite la responsabilité de la société Enedis doit être retenue.

En ce qui concerne le préjudice

6. M. B était âgé de 41 ans au jour de son décès et était père de trois enfants nés les 10 septembre 1997, 21 septembre 1999 et 21 décembre 2007. Les enfants de M. B ont subi du fait du décès de leur père un préjudice direct et certain dont il sera fait une juste appréciation en accordant d'une part à M. A B et à Mme C B une somme de 5 000 euros et d'autre part à Mme G H une somme de 10 000 euros en réparation de ce préjudice.

Sur les conclusions présentées par la CPAM contre la société Enedis :

En ce qui concerne le remboursement des débours de la caisse

7. La CPAM du Puy de Dôme, agissant au nom et pour le compte de la CPAM de Savoie, exerce sur les réparations dues au titre des préjudices subis par les ayants droits de M. B le recours subrogatoire prévu par les dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

8. La caisse justifie, par la production de relevés définitifs de ses débours des 19 juillet et 5 août 2022 qui ne sont pas contesté, avoir exposé au titre des pertes de revenus des proches de M. E ; une somme de 3 404,53 euros au titre du capital décès, une somme de 14 822,26 euros correspondant à la rente versée à Mme C B pour la période du 2 juillet 2016 au 20 septembre 2019, une somme de 5 436,82 euros correspondant à la rente versée à M. A B pour la période du 2 juillet 2016 au 9 septembre 2017 et une somme de 52 768,64 euros correspondant à la rente déjà versée et à venir à G H pour la période courant à compter du 2 juillet 2016 et jusqu'à ses 20 ans. Par suite, il y a lieu de condamner la société Enedis à verser à la CPAM du Puy de Dôme la somme globale de 76 426,25 euros.

En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion

9. Il résulte des dispositions du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale que le montant de l'indemnité forfaitaire qu'elles instituent est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un plafond dont le montant est révisé chaque année par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 118 euros et 1 191 euros au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2024. "

10. En application des dispositions précitées, et eu égard au montant de la somme qui lui est allouée par le présent jugement, la CPAM a droit à la somme demandée de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Aux termes de l'article L.761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation " ;

12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société Enedis la somme globale de 1 500 euros à verser aux requérants et la somme de 1 500 euros à verser à la CPAM du Puy de Dôme sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La société Enedis est condamnée à verser à M. A B la somme de 5 000 euros, à Mme C B la somme de 5 000 euros et à Mme G H la somme de 10 000 euros, en réparation du préjudice résultant du décès de leur père M. F B.

Article 2 : La société Enedis est condamnée à verser à la CPAM du Puy de Dôme la somme de 76 426,25 euros en remboursement des débours.

Article 3 : La société Enedis est condamnée à verser à la CPAM du Puy de Dôme la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 4 : La société Enedis versera une somme globale de 1 500 euros aux requérants et une somme de 1 500 euros à la CPAM du Puy de Dôme, au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme C B, à Mme G H, à la société Enedis, à la CPAM du Puy de Dôme et au préfet de Savoie.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024 à laquelle siégeaient

Mme Triolet, présidente,

M. Ban, premier conseiller,

M. Doulat, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 septembre 2024.

Le rapporteur,

F. Doulat

La présidente,

A. Triolet La greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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