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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2104244

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2104244

mercredi 31 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2104244
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSELARL FISCALP

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I / Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 juin 2021 et le 18 avril 2023, sous le n° 2104244, la SARL R'Nautic, représentée par Me Maître Puy-Pomagalski, demande au tribunal :

1°) de prononcer, à titre principal, la décharge des cotisations d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2015, 2016 et 2017 et des droits de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2015 ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de prononcer, à titre subsidiaire, la décharge des impositions contestées à hauteur des préconisations de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires dans son avis du 5 décembre 2019 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le prix auquel elle a cédé un bien de son actif immobilisé n'est pas minoré et ne saurait constituer un acte anormal de gestion et le prix de cession retenu par l'administration n'est pas justifié ;

- la proposition de rectification est, en méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, insuffisamment motivée dès lors le rehaussement du bénéfice des années 2015 à 2017 par le passif injustifié constitué par des apports en compte courant d'associé non justifiés, n'est pas motivé en droit ;

- la reconstitution de recettes doit être abandonnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2022, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la charge de la preuve incombe à la société requérante ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 22 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 5 mai 2023.

Par courrier du 28 décembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin de contestation de la reconstitution des activités de wake, location de bateaux et de pédalos qui n'entrent pas dans le champ de recouvrement de l'avis de mise en recouvrement contesté en date du 30 avril 2019.

II / Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 juin 2021 et le 18 avril 2023, sous le n° 2104250, la SARL R'Nautic, représentée par Me Puy-Pomagalski, demande au tribunal :

1°) de prononcer, à titre principal, la décharge des cotisations d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2015, 2016 et 2017 et des droits de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017 ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de prononcer, à titre subsidiaire, la décharge des impositions contestées à hauteur des préconisations de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires dans son avis du 5 décembre 2019 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la reconstitution de recettes est viciée et à titre subsidiaire, elle doit être revue à la baisse pour l'activité wake et l'activité de location de bateaux, voire abandonnée pour l'activité de location de pédalos ainsi que la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires l'avait proposé dans son avis ;

- la minoration d'actif n'est pas justifiée ;

- le quantum des sommes retenues au titre des revenus distribués n'est pas fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2022, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 22 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 5 mai 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bourion, première conseillère,

- les conclusions de M. Heintz, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n° 2104244 et n° 2104250 concernent la situation d'un même contribuable, présentent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. La société R'Nautic exerce sous l'enseigne " Ponton 03 " une activité de location de bateaux avec et sans permis, de pédalos et de paddles sur le site du lac d'Annecy. Elle donne également des cours de wakeboard et de wakesurf. Le 27 août 2018, l'administration a procédé, sur le fondement de l'article L. 47 alinéa 4 du livre des procédures fiscales, à un contrôle inopiné dans les locaux exploités par la société portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, étendue jusqu'au 31 juillet 2018 en matière de taxe sur la valeur ajoutée. La comptabilité de la société a été déclarée irrégulière et non probante pour l'ensemble de la période vérifiée et le vérificateur a, par suite, procédé à une reconstitution du chiffre d'affaires de chaque pôle d'activité : cours, location de bateaux et location de pédalos. Il en est résulté des insuffisances de déclaration de chiffre d'affaires au titre des exercices clos les 31 décembre 2015, 2016 et 2017, ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée. Le vérificateur a également procédé à la remise en cause de la déduction de la taxe ayant grevé des dépenses personnelles de M. A B qui détient 51 % du capital de la société, à la taxation de la plus-value réalisée lors la cession d'un bateau inscrit à l'actif, à la réintégration dans les résultats des exercices 2015, 2016 et 2017 d'apports en compte courant d'associé de M. B non justifiés, à la réintégration dans le résultat de l'exercice clos en 2015 des immobilisations non inscrites à l'actif, à l'exclusion pour la détermination du résultat de l'exercice 2015 des dépenses personnelles de M. B et, enfin, au rejet des amortissements déduits au titre des exercices 2016 et 2017 des dotations afférentes à des immobilisations cédées. Les résultats de ce contrôle ont été portés à la connaissance de la société par une proposition de rectification n° 3924 du 11 décembre 2018. Par un courrier du 11 février 2019, la société a contesté les rehaussements concernant les omissions de recettes et la réintégration dans le résultat de l'exercice clos le 31 décembre 2015 des immobilisations non inscrites à l'actif. Les rectifications proposées ont été maintenues partiellement par lettre n° 3926 du 25 février 2019. Les omissions de recettes ont été ramenées, au titre des exercices clos les 31 décembre 2015, 31 décembre 2016 et 31 décembre 2017, respectivement à 102 282 euros, 92 382 euros et 98 567 euros, et les rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée à 20 456 euros pour 2015, 18 471 euros pour 2016, 19 714 euros pour 2017 et 13 398 euros pour la période du 1er janvier au 31 juillet 2018. Par un courrier en date du 25 mars 2019, la société a sollicité la saisine de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires. La commission, dans sa séance du 23 septembre 2019, a estimé qu'il convenait d'apporter des corrections à la reconstitution du chiffre d'affaires relatif aux cours de wakeboard et wakesurf et à la location de bateaux, d'abandonner celle afférente à l'activité de location de pédalos et assimilés, et de maintenir la rectification relative à la réintégration dans le résultat de l'exercice clos en 2015 des immobilisations non inscrites à l'actif. L'avis rendu par la commission et notifié à la société le 5 décembre 2019 n'a pas été suivi par l'administration. Les droits et pénalités ont été mis en recouvrement, d'une part, le 30 avril 2019 pour les rappels de taxe sur la valeur ajoutée et d'impôt sur les sociétés afférents aux rectifications non contestées par la société dans sa réponse à la proposition de rectification, et d'autre part, le 16 décembre 2019 pour les autres rappels. Par un courrier en date du 18 septembre 2020, la société a contesté l'impôt sur les sociétés mis à sa charge selon l'avis de recouvrement du 30 avril 2019, et par un courrier en date du 31 janvier 2020, la société a contesté les impositions mises à sa charge selon l'avis de recouvrement du 16 décembre 2019. Ses réclamations ayant toutes deux fait l'objet de décisions de rejet de l'administration, la société demande au tribunal de prononcer la décharge des impositions litigieuses.

Sur la procédure d'imposition :

3. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ", et aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile.

4. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 11 décembre 2018 indique les impositions concernées, les années d'imposition et les bases d'imposition. Plus spécifiquement, et contrairement à ce que fait valoir la société, pour motiver juridiquement l'imposition de plusieurs apports inscrits au compte courant d'associé de M. B que l'administration a qualifiés de passif injustifié, le vérificateur, outre le fait de se référer à " la législation régulièrement applicable ", a mentionné en pages 12 et 13, les dispositions des articles 38.1 et 38.2 du code général des impôts relatives au fondement de l'imposition du bénéfice net de la société. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la proposition de rectification est insuffisamment motivée sur ce point.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne l'acte anormal de gestion :

S'agissant de la charge de la preuve :

5. Les renonciations à recettes consenties par une entreprise au profit d'un tiers, ne relèvent pas, en règle générale, d'une gestion commerciale normale, sauf s'il apparaît qu'en consentant de tels avantages, l'entreprise a agi dans son propre intérêt. S'il appartient à l'administration d'apporter la preuve des faits sur lesquels elle se fonde pour estimer que les avantages octroyés par une entreprise à un tiers constituent un acte anormal de gestion, elle est réputée apporter cette preuve dès lors que cette entreprise n'est pas en mesure de justifier qu'elle a bénéficié en retour de contreparties. Dans l'hypothèse où elle s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite à l'administration, si elle s'y croit fondée, d'apporter la preuve de ce que cet avantage est dépourvu de contrepartie, qu'il a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour l'entreprise ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

S'agissant de l'existence dans son principe d'un acte anormal de gestion et de l'évaluation de la plus-value :

6. En vertu des dispositions combinées des articles 38 et 209 du code général des impôts, le bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés est celui qui provient des opérations de toute nature faites par l'entreprise, à l'exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs modalités, sont étrangères à une gestion normale. Constitue un acte anormal de gestion, l'acte par lequel une entreprise décide de s'appauvrir à des fins étrangères à son intérêt.

7. Pour établir l'existence d'un acte anormal de gestion, l'administration a considéré que la comptabilisation par la société, au titre de l'exercice 2016, d'un produit exceptionnel de 5 000 euros ne correspondait pas à la cession d'un bateau, ainsi que le soutient la société R'Nautic, mais était la contrepartie de la location faite aux futurs acquéreurs du bateau avant sa cession. Par suite, elle a considéré que l'absence de comptabilisation de la cession constituait un acte anormal de gestion. En conséquence, elle a estimé, qu'eu égard au coût de ce bateau immobilisé en novembre 2012 pour un montant initial de 60 000 euros et à sa valeur vénale lors de sa cession, évaluée sur la base des déclarations de l'un des deux associés lors du débat oral et contradictoire selon lesquelles elle ne pouvait être inférieure à 35 000 euros, la société aurait dû enregistrer une plus-value à hauteur de 21 800 euros, compte tenu de la déduction de la valeur nette comptable des amortissements pratiqués sur la période de novembre 2012 à septembre 2016, à hauteur de 13 200 euros.

8. Si, pour justifier que le prix de 5 000 euros correspond à un prix de cession qui n'est pas sous-estimé, la société requérante fait valoir, d'une part, la facturette de la société indiquant qu'il s'agit du prix de cession " en l'état " du bateau, du fait du très mauvais état du moteur et des selleries et, d'autre part, l'enregistrement par les acquéreurs de cette opération comme constituant une vente, il n'est pas contesté que M. B a reconnu, lors du débat oral et contradictoire, que ce produit exceptionnel de 5 000 euros ne correspondait pas au prix de cession mais au coût d'une prestation de location de ce bateau, antérieurement à son inscription en comptabilité comme une cession.

9. Dans ces conditions, l'administration apporte la preuve qui lui incombe que la société requérante a procédé à un acte anormal de gestion et que, compte tenu de sa nature, elle n'avait pas à déduire de la valeur vénale du bien le produit exceptionnel de 5 000 euros, pour évaluer la plus-value de cession.

En ce qui concerne la reconstitution du chiffre d'affaires :

S'agissant de la régularité de la comptabilité :

10. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions visées à l'article L. 59 est saisie d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission. / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge. () ".

11. Pour rejeter comme non probante la comptabilité de la SARL R'Nautic, le vérificateur a relevé que cette dernière n'a présenté qu'une comptabilisation mensuelle globale élaborée à partir de relevés journaliers manuscrits pour les activités de location (bateaux, pédalos et paddles) et qu'elle n'a présenté aucun justificatif de recettes concernant les cours de wakeboard et de wakesurf. En outre, l'administration a relevé l'absence totale de justificatifs de recettes, tant pour les locations que pour les cours, sur certaines journées. Si la société, qui ne conteste pas sérieusement le rejet de sa comptabilité, fait valoir que les conditions matérielles d'exercice de l'activité, et notamment de l'absence de système informatique permettant d'enregistrer les transactions, rendent compliqué le respect du formalisme imposé pour la justification des recettes, l'inscription globale de recettes en fin de journée est un motif justifiant à lui seul que la comptabilité puisse être écartée comme non probante, dès lors que l'entreprise ne peut par ailleurs justifier du détail des recettes. Dans ces conditions, l'administration apporte la preuve qui lui incombe des graves irrégularités dont la comptabilité de la SARL R'Nautic était entachée. L'administration a, dès lors, pu à bon droit écarter la comptabilité comme non probante et procéder à la reconstitution des recettes de la SARL R'Nautic.

S'agissant de la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires :

12. La comptabilité étant entachée d'importantes irrégularités qui la privent de valeur probante mais l'administration fiscale n'ayant pas suivi l'avis de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre pour établir les impositions contestées, elle supporte la charge de la preuve de ce que la reconstitution du chiffre d'affaires n'a pas conduit à un résultat excessif.

13. Pour reconstituer le chiffre d'affaires de la société R'Nautic, le service vérificateur a procédé à la reconstitution du chiffre d'affaires de chacune des activités de la société. Il a débuté par le secteur d'activité du wake qui n'a fait l'objet d'aucun enregistrement comptable, et qui a conditionné les reconstitutions des autres activités. Pour les prestations de wakeboard et wakesurf, l'administration a fondé sa reconstitution sur le nombre d'heures de navigation du bateau dédié à cette activité, évalué à 670 heures annuelles, et sur le nombre de rotations effectuées, valorisées à partir du tarif appliqué par l'entreprise selon le nombre de clients par rotation et selon la durée de la rotation. Il a ensuite appliqué une réduction hebdomadaire d'une heure par semaine pour l'entraînement des moniteurs et un abattement de 20 % sur l'ensemble pour tenir compte des offerts, des réductions de prix et de la neutralisation de la période de préchauffage et des vérifications de fonctionnement. Ensuite, concernant la location de bateaux avec ou sans permis, l'administration a effectué la reconstitution à partir des achats de carburant. Elle a calculé le carburant utilisé pour l'activité wake, en limitant la quantité de carburant utilisé au chiffre d'affaires déclaré, après avoir constaté que les achats de carburants comptabilisés étaient insuffisants pour couvrir le nombre d'heures de navigation qu'il a évalué. Par déduction sur les achats totaux de carburants, elle a établi le volume de carburant utilisé pour la location de bateaux avec et sans permis, qu'elle a réparti entre la location sans permis pour 90 % et la location avec permis pour 10 %. Enfin, pour la reconstitution du chiffre d'affaires de la location des pédalos et assimilés, elle a appliqué au chiffre d'affaires déclaré la quote-part de recettes omises au titre de la location de bateaux sans chauffeur.

14. La société, pour critiquer la méthode d'évaluation employée par l'administration, conteste tout d'abord, s'agissant de l'activité Wake, le nombre d'heures de navigation retenu en faisant valoir que son activité n'est que saisonnière (du 1er avril au 15 octobre) et que ce bateau est par ailleurs donné en location sur le restant de l'année pour une utilisation en mer. Elle indique ensuite que du nombre d'heures de navigation relevé sur le compteur du bateau dédié à l'activité wake, doivent être déduites les heures d'entrainement des moniteurs à hauteur de 34 heures annuelles pour les deux moniteurs, comme l'avait estimé la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, ainsi que le nombre d'heures de navigation correspondant à l'utilisation privative du bateau à hauteur de 138 heures par an. Enfin, elle indique que le temps de rotation des clients est incohérent dès lors qu'il n'est pas possible de traiter plus de deux clients par heure eu égard au temps d'explication avant et après le cours, au temps de changement de matériel entre les clients et au temps pour les entrées et sorties de l'eau, ainsi également que l'avait relevé la commission. Ensuite, la société conteste la reconstitution de la location de bateaux que l'administration a faite à partir du reliquat du stock de carburant estimé après déduction de la consommation de carburants de l'activité wake. Elle ajoute que de manière incohérente, l'administration n'a pas remis en cause les achats de carburants bien qu'elle les ait considérés comme insuffisants à la seule consommation du bateau de wake et qu'elle a reconstitué la consommation de carburants de l'activité wake au vu du chiffre d'affaires déclaré et non au vu du chiffre d'affaires reconstitué.

15. Il résulte de l'instruction, et alors que l'administration supporte la charge de la preuve, que, bien qu'elle estime que la consommation de carburants soit supérieure aux achats effectués, elle n'a pas effectué de reconstitution des achats mais a arrêté la consommation de carburant de l'activité wake au niveau de l'activité déclarée et non au niveau de l'activité reconstituée. Par ailleurs, en se fondant sur le nombre d'heures de navigation obtenu à la suite de l'exercice du droit de communication auprès de la société Nautic Force auprès de laquelle était loué le bateau, elle n'a pas établi que l'entièreté de ces heures était imputable à la société R'Nautic, alors que la société Nautic Force fait état d'une activité annuelle et qu'il n'est pas contesté que l'activité de la société R'Nautic est seulement semestrielle. Dans ces conditions, la méthode de reconstitution employée par l'administration, se fondant sur le nombre d'heures naviguées, conduit à une incohérence au niveau de la consommation de carburants au regard des achats et à l'évaluation des recettes sur une base qui ne correspond pas à l'activité effective de la société telle que reconstituée par le vérificateur lui-même. Par suite, la société établit que la méthode de reconstitution de l'administration est radicalement viciée. En conséquence, la société est fondée à solliciter la décharge des impositions supplémentaires résultant de cette reconstitution.

En ce qui concerne la minoration d'actifs :

16. Aux termes du 2 de l'article 38 du code général des impôts : " Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt, diminuée des suppléments d'apports et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés ". Aux termes du 4 bis du même article 38 : " Pour l'application des dispositions du 2, pour le calcul de la différence entre les valeurs de l'actif à la clôture et à l'ouverture de l'exercice, l'actif net d'ouverture du premier exercice non prescrit déterminé, sauf dispositions particulières, conformément aux premiers et deuxième alinéas de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales ne peut être corrigé des omissions ou erreurs entraînant une sous-estimation ou une surestimation de celui-ci. ".

17. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit précédemment, que la comptabilité de la société R'Nautic a été rejetée à bon droit comme non probante, dès lors qu'elle comportait de graves irrégularités. En outre, les cotisations d'impôt sur les sociétés et les droits de taxe sur la valeur ajoutée mis à la charge de la société, concernant la minoration d'actifs, ont été établis conformément à l'avis de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires. Par suite, et en application des dispositions de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales, la charge de la preuve du caractère exagéré de ces impositions pèse sur la société requérante.

18. L'administration fiscale a considéré que la société avait minoré son actif, en omettant de comptabiliser certains des éléments corporels liés à l'exercice de son activité. Elle a par suite réintégré au bilan d'ouverture de l'exercice 2015 une somme de 41 500 euros correspondant à la valeur d'acquisition d'un bateau avec permis dénommé E-SHOP (immatriculé LY24360), de cinq bateaux sans permis et de quatorze pédalos.

19. Si la société conteste la rectification effectuée au motif, d'une part, que s'agissant du bateau immatriculé E-SHOP LY24360, ce bateau appartiendrait à M. B qui le mettrait à sa disposition dans le cadre d'un contrat de prêt à usage, elle ne démontre par aucun document que cette embarcation demeure la propriété de M. B, alors qu'il n'est pas contesté par la société que ce bateau, ainsi que cela ressort du procès-verbal de constatations matérielles du 27 août 2018, est régulièrement proposé à la location. D'autre part, s'agissant des cinq bateaux sans permis et des quatorze pédalos, il résulte de l'instruction que l'omission d'inscription au bilan de ces biens a été regardée par le service comme une minoration d'actif et qu'à supposer, ainsi que le soutient la société, que cette erreur comptable constituerait une erreur comptable délibérée, ce qu'elle n'établit pas, elle n'en demeure pas moins une décision de gestion irrégulière. Par ailleurs, cette erreur de gestion ne saurait être traitée comme une omission d'inscription à l'actif dans la mesure où aucun justificatif d'une dette n'a été produit en contrepartie de la prise en compte comme actif immobilisé desdits bateaux et pédalos. Enfin, la société ne saurait invoquer le rattrapage des amortissements qui auraient dû être comptabilisés depuis 2010 et venir en déduction du montant de l'actif reconstitué, dans la mesure où aucun amortissement n'a été régulièrement comptabilisé. Par suite, la société n'apporte pas la preuve qui lui incombe du caractère exagéré des impositions mises à sa charge.

En ce qui concerne les revenus distribués :

20. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital () ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109, les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés. () ".

21. L'administration fiscale a estimé que certaines rectifications opérées en matière de bénéfices imposables à l'impôt sur les sociétés, à savoir les charges non admises en déduction correspondant aux dépenses personnelles de M. B, les apports en compte courant d'associé non justifiés et la plus-value réalisée lors de la cession d'un élément de l'actif immobilisé, constituaient des revenus distribués au sens de l'article 109 du code général des impôts. Toutefois, une telle qualification n'a d'incidence que sur l'imposition sur le revenu des associés de la société. Sa contestation est donc insusceptible d'emporter une réduction de l'assiette des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, objet du présent litige.

22. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a seulement lieu de prononcer la décharge des impositions auxquelles la société R'Nautic a été assujettie au titre des années 2015 à 2017 résultant de la reconstitution de recettes mentionnée aux points 12 à 15.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative :

23. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État, partie perdante, une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La SARL R'Nautic est déchargée des cotisations d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2015, 2016 et 2017 et des droits de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017 résultant de la reconstitution du chiffre d'affaires de son activité mentionnée aux points 12 à 15 du présent jugement, ainsi que des pénalités correspondantes.

Article 2 : L'Etat versera à la SARL R'Nautic la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL R'Nautic et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

Mme Bourion, première conseillère,

M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2024.

La rapporteure,

I. BOURION

Le président,

V. L'HÔTE La greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2, 2104250

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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