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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2104328

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2104328

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2104328
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantSCHOLAERT & IVANOVITCH AVOCATS AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 juillet 2021, Mme A C, représentée par Me Scholaert, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 mars 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Drôme lui a notifié un indu de prestation sociales de 8 597,23 euros comprenant 5 602,09 euros au titre des allocations et 3 377,23 euros au titre du revenu de solidarité active ;

2°) d'annuler la décision du 8 avril 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Drôme lui a notifié un indu de prestations sociales d'un montant de 10 029 euros pour la période de mars 2019 à février 2021 ;

3°) d'annuler la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Drôme a rejeté son recours préalable ;

4°) d'annuler la décision du 11 mai 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental de la Drôme a rejeté son recours préalable s'agissant de l'indu de revenu de solidarité active ;

5°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de la Drôme de rembourser les sommes indûment prélevées.

Elle soutient que :

- les décisions du 16 mars 2021, du 8 avril 2021 et du 11 mai 2021 sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'une erreur de fait car elle ne perçoit pas de pension alimentaire ;

- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation car les aides que lui accorde M. D ne peuvent pas être considérées comme des avantages en nature ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit car elle ne peut être tenue de rembourser l'allocation de logement familiale dès lors qu'elle ne la perçoit pas directement.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 décembre 2022, la caisse d'allocations familiales de la Drôme conclut au rejet de la requête :

Elle soutient que :

- l'ensemble des moyens d'illégalité externe sont inopérants ;

- les autres moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 mai 2023, le département de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du 22 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code général des impôts ;

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

M. B a présenté son rapport au cours de l'audience, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C est allocataire du revenu de solidarité active et de l'allocation de logement familiale. Par deux décisions du 16 mars 2021 et du 8 avril 2021, la caisse d'allocations familiales de la Drôme lui a notifié deux indus de prestations sociales d'un montant total de 19 064,23 euros comprenant 3 377,23 euros de revenu de solidarité active et 15 687 euros d'allocation de logement familiale. Par deux recours préalables du 7 mai 2021, Mme C a contesté le bien-fondé de ces indus. Par décision du 11 mai 2021, la présidente du conseil départemental de la Drôme a rejeté ce recours s'agissant du revenu de solidarité active. Par une décision du 25 mai 2021, notifiée le 27 mai 2021, la caisse d'allocations familiales de la Drôme a reconnu l'origine frauduleuse de l'indu d'allocation de logement familiale. Enfin, par une décision du 6 juillet 2021, la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Drôme a rejeté le recours de Mme C s'agissant de l'allocation de logement familiale. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler les décisions du 16 mars 2021, du 8 avril 2021 et les décisions par lesquelles le directeur de la caisse d'allocations familiales et la présidente du conseil départemental de la Drôme ont rejeté ses recours préalables.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ". Aux termes de l'article R. 825-1 du code de la construction et de l'habitation : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée. L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée () ".

3. Aux termes de l'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration : " La décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale. ".

4. Il résulte des dispositions précitées qu'en matière de revenu de solidarité active et d'aide personnelle au logement, l'exercice d'un recours contentieux est subordonné à l'exercice préalable d'un recours auprès du président du conseil départemental et de la commission de recours amiable. Par conséquent, la décision prise par l'autorité compétente après l'exercice de ce recours préalable se substitue à la décision initiale et seule cette dernière décision est susceptible d'être contestée.

5. Par conséquent, la requête de Mme C doit être regardée comme dirigée contre la décision du 11 mai 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental de la Drôme a rejeté son recours préalable et la décision du 6 juillet 2021 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Drôme a rejeté son recours préalable qui s'est substituée à la décision implicite initiale de rejet de son recours préalable s'agissant de l'allocation de logement familiale.

6. Par conséquent, les moyens dirigés contre les décisions du 25 mai 2021 et du 27 mai 2021 ainsi que contre la décision implicite de la caisse d'allocations familiales de la Drôme de rejet de son recours préalable, sont inopérants.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la régularité de la décision du 11 mai 2021 :

7. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 3° () imposent des sujétions ; () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ".

8. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.

9. Mme C soutient que la décision du 11 mai 2021 est entachée d'un défaut de motivation dès lors qu'elle n'indique ni le détail précis des sommes prétendument perçues et ni le calcul de l'indu. Toutefois, d'une part, la décision litigieuse mentionne clairement que le trop-perçu de revenu de solidarité active en litige s'élève à 3 377,23 euros et d'autre part, elle n'était pas tenue d'indiquer les calculs justifiant le montant de l'indu. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé des indus :

10. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active et d'aide personnalisée au logement, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu qu'il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

S'agissant de l'indu de revenu de solidarité active :

11. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; 2° Les modalités d'évaluation des ressources, y compris les avantages en nature. L'avantage en nature lié à la disposition d'un logement à titre gratuit est déterminé de manière forfaitaire ; 3° Les prestations et aides sociales qui sont évaluées de manière forfaitaire, notamment celles affectées au logement mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation ; 4° Les prestations et aides sociales qui ne sont pas incluses dans le calcul des ressources à raison de leur finalité sociale particulière. ". Aux termes de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".

12. En l'espèce, Mme C est mère de deux enfants. L'intéressée est allocataire du revenu de solidarité active depuis 2005 et est connue des services de la caisse d'allocations familiale et du département de la Drôme comme mère isolée et sans ressources. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme C a dissimulé la circonstance que M. D était le père de ses enfants. L'enquête réalisée par la caisse d'allocations familiales a mis en lumière que M. D, qui est également bailleur de Mme C, loue le logement que celle-ci occupe sans contrepartie et qu'il paye notamment ses différentes factures de téléphone, d'eau et d'énergie. Ainsi, Mme C qui a dissimulé la réalité de sa situation personnelle et financière, n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 11 mai 2021 ainsi que la décharge de l'indu litigieux de revenu de solidarité active.

S'agissant de l'indu d'allocation de logement familiale :

13. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " () Les aides personnelles au logement comprennent : () a) l'allocation de logement familiale () ". Aux termes de l'article L. 821-2 du même code : " Les aides personnelles au logement sont accordées au titre de la résidence principale. ". Aux termes de l'article L. 822-5 du même code : " Les aides personnelles au logement ne sont dues qu'aux personnes payant un minimum de loyer, compte tenu de leurs ressources et de la valeur en capital de leur patrimoine, lorsque cette valeur est supérieure à un montant fixé par voie réglementaire () ". Aux termes de l'article R. 822-2 du même code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles dont bénéficient le demandeur ou l'allocataire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer () ". Aux termes de l'article R. 822-4 du même code : " I.- Les ressources prises en compte s'entendent du total des revenus nets catégoriels retenus pour l'établissement de l'impôt sur le revenu, des revenus taxés à un taux proportionnel ou soumis à un prélèvement libératoire de l'impôt sur le revenu ainsi que des revenus perçus hors de France ou versés par une organisation internationale () ".

14. Aux termes de l'article 156 du code général des impôts : " L'impôt sur le revenu est établi d'après le montant total du revenu net annuel dont dispose chaque foyer fiscal. Ce revenu net est déterminé eu égard aux propriétés et aux capitaux que possèdent les membres du foyer fiscal désignés aux 1 et 3 de l'article 6, aux professions qu'ils exercent, aux traitements, salaires, pensions et rentes viagères dont ils jouissent ainsi qu'aux bénéfices de toutes opérations lucratives auxquelles ils se livrent () ".

15. Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant () ".

16. En l'espèce, Mme C est locataire d'un logement appartenant à M. D et est allocataire au titre de ce logement de l'allocation de logement familiale depuis 2002. Cette aide est directement versée à M. D son bailleur qui est tenu de déduire normalement l'aide versée au montant de loyer dont le résidu reste à la charge du locataire. Il résulte de l'instruction et notamment de l'enquête de la caisse d'allocations familiales de la Drôme et du jugement du pôle social du tribunal judiciaire de Valence que l'intéressée n'a jamais réglé le surplus de loyer restant à sa charge après déduction de l'allocation de logement familiale de sorte qu'elle ne peut être considérée comme remplissant la condition énoncée à l'article L. 822-5 du code de la construction et de l'habitation précité selon laquelle elle est tenue de payer un minimum de loyer.

17. Si Mme C soutient que l'aide au logement a été versée à son bailleur, pour être déduite du montant du loyer, il résulte des dispositions précitées de l'article R. 823-23 du code de la construction et de l'habitation, qu'en cas de sommes indûment versées et dès lors que le montant de l'aide personnelle au logement a été déduit de celui du loyer, il appartient à l'allocataire de rembourser les indus. Il est constant que l'allocation de logement familiale est venue en déduction du loyer mis à la charge de Mme C au titre de la période concernant l'indu en litige. Le moyen tiré de ce que l'indu d'aide personnelle au logement ne pouvait être recouvré auprès de la requérante doit donc être écarté.

18. Au demeurant, si la caisse d'allocations familiales de la Drôme ne pouvait prendre en compte les aides financières apportées par M. D notamment via le règlement de ses factures dès lors qu'il ne résulte pas des dispositions précitées que ces éléments soient au nombre de ceux devant être déclarés pour le calcul de l'impôt sur le revenu et qu'il n'est pas établit que Mme C disposerait d'un patrimoine supérieur à 30 000 euros et qu'elle ne pouvait pas non-plus prendre en compte les aides que celui-ci apporte à ses enfants dès lors qu'il n'est fait état d'aucune pension alimentaire fixée par le juge judiciaire, Mme C ne pouvait, en tout état de cause, prétendre au bénéfice de l'allocation de logement familale dès lors qu'elle ne payait effectivement aucun loyer.

19. Il résulte de toute ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Scholaert, à la caisse d'allocations familiales de la Drôme et au département de la Drôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

Le président,

J-P. BLa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la préfète de la Drôme, chacun en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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