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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2104601

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2104601

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2104601
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL ARNAUD BASTID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoire enregistrés le 13 juillet 2021, le 21 novembre 2023 et le 27 mars 2024, la société Natalex, représentée par Me Bastid, demande au tribunal :

1°) d'enjoindre à la commune du Biot de réaliser les travaux d'extension du réseau d'assainissement collectif à proximité de son immeuble ;

2°) de condamner la commune du Biot au paiement d'une indemnité de 58 222,70 euros ;

3°) de mettre à la charge de la commune du Biot la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le maire n'a pas tenu sa promesse de réaliser les travaux d'assainissement collectif du chef-lieu en 2017 ; la commune l'a incitée à faire l'acquisition du bâtiment devant être réhabilité ;

- en outre, la commune avait l'obligation de réaliser un réseau d'assainissement collectif au centre du village conformément à l'article L. 2224-8 du code général des collectivités territoriales légales ;

- la responsabilité pour faute de la commune est donc engagée ;

- elle n'est pas un professionnel de l'immobilier et n'a commis aucune faute de vigilance ;

- la simple mention sur le plan masse produit à l'appui de la déclaration préalable de travaux de l'existence d'une fosse septique ne peut lui être reprochée et la décision de non opposition prévoit le raccordement au réseau public d'assainissement ;

- son préjudice est en lien direct avec la carence fautive de la commune à réaliser les travaux d'assainissement collectif en 2017 ;

- les pertes de loyers des 3 appartements depuis le mois de juillet 2020 jusqu'en décembre 2022 représentent un préjudice d'un montant total de 55 800 euros ;

- le règlement en pure perte des factures d'électricité acquittées du 1er juillet 2021 au 31 décembre 2022 sera compensé par l'attribution d'une indemnité d'un montant de 2 422,70 euros.

Par des mémoires en défense enregistrés le 16 octobre 2023, le 21 décembre 2023 et le 3 avril 2024, la commune du Biot, représentée par Me Laumet, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société Natalex de la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'a pris aucun engagement quant à la date de réalisation des travaux de raccordement de l'immeuble de la société Natalex au réseau public d'assainissement ;

- elle a accompli les diligences nécessaires pour réaliser le plus rapidement possible les travaux de raccordement au réseau d'assainissement collectif du bien de la SCI Natalex et n'a ainsi pas méconnu ses obligations en matière d'assainissement collectif résultant des dispositions du code général des collectivités territoriales ;

- en sa qualité de professionnel de l'immobilier, la SCI Natalex a commis des fautes qui l'exonèrent de sa responsabilité ou l'atténuent à hauteur de 80% ;

- la requérante ne justifie pas de la valeur locative de son bien et, en tout état de cause, les travaux sont terminés seulement depuis septembre 2022 ; elle n'a pas subi de préjudice dès lors qu'elle bénéficie d'un bien entièrement refait ;

- le réseau d'assainissement collectif est opérationnel depuis le 12 septembre 2022 ; les conclusions d'injonction sont donc devenues sans objet.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ban,

- les conclusions de Mme Vaillant, rapporteure publique ;

- les observations de Me Bastid représentant la société Natalex et de Me Duguet représentant la commune du Biot.

Considérant ce qui suit :

1. Le 28 février 2015, la maison d'habitation située sur la parcelle cadastrée section C n° 2029 au lieudit " les deux Ponts " sur le territoire de la commune du Biot a fait l'objet d'un arrêté de péril imminent après son effondrement partiel sur la route départementale qui la longe. Le 30 décembre 2015, la SCI Natalex a acquis cet immeuble d'une superficie de 84 m² au prix de 5 000 euros. M. A, associé de la SCI Natalex, s'est vu délivrer deux décisions de non opposition aux déclarations préalables de travaux qu'il avait déposées les 16 septembre 2016 et 22 avril 2017 en vue de réhabiliter les logements existants de cette maison de rue. Par lettre du 3 novembre 2020, la SCI Natalex a indiqué à la commune que ses appartements étaient prêts à être loués et lui a demandé de trouver une solution rapide pour un raccordement au réseau d'assainissement collectif. Par lettre du 26 mars 2021, la société Natalex a demandé à la commune de lui verser une indemnité en raison de l'impossibilité de louer ses deux appartements en l'absence de réalisation du réseau d'assainissement collectif au droit de sa propriété. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par la commune sur cette demande. Dans le dernier état de ses écritures, la SCI Natalex demande au tribunal d'enjoindre à la commune du Biot de réaliser les travaux d'extension du réseau d'assainissement collectif et de la condamner à lui verser somme de 58 222,70 euros sur le fondement de sa responsabilité pour faute.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité du fait d'une promesse non tenue :

2. Dans le courrier du 9 décembre 2015 joint à l'acte de vente du 30 décembre 2015, le maire se borne à mentionner que l'installation d'assainissement de l'immeuble acquis par la société Natalex est " très ancienne ", " certainement non conforme " et que les travaux de construction d'assainissement collectif " seront envisagés à partir de 2017 ". Compte tenu de ses termes, ce courrier ne peut pas être regardé comme comportant un engagement à réaliser, dans un délai déterminé, les travaux d'assainissement collectif permettant le raccordement de cet immeuble.

3. Si la commune avait intérêt à ce que la société Natalex achète cet immeuble qui avait fait l'objet d'un arrêté de péril imminent le 28 février 2015, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle lui ait donné des renseignements inexacts notamment sur la desserte des réseaux publics ou qu'elle ait utilisé un procédé déloyal pour l'inciter à faire cette acquisition réalisée à un prix modeste.

4. Compte tenu à la fois des prévisions relatives à la mise en place d'un réseau d'assainissement collectif sur le chef-lieu et du délai important dont avait besoin la société Natalex pour accomplir des travaux sur son immeuble partiellement effondré, le maire a pu délivrer, le 16 octobre 2016, un arrêté de non-opposition à déclaration préalable indiquant, dans son article 2, que " le bénéficiaire de l'autorisation (devra) exécuter les travaux de raccordement à la voie publique et de branchements aux réseaux publics selon les directives données par les autorités gestionnaires de la voie et des réseaux, qu'il devra préalablement contacter ", dans l'objectif d'éviter à cette société de procéder à l'installation coûteuse d'un dispositif d'assainissement individuel dans l'attente d'un branchement au réseau public. En tout état de cause, eu égard à son objet et à sa portée, cette autorisation d'urbanisme ne saurait valoir promesse de la commune de réaliser des travaux d'extension du réseau d'assainissement collectif à bref délai sous peine d'engager sa responsabilité en cas de promesse non tenue.

5. Dès lors, la SCI Natalex n'est pas fondée à demander réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait d'une promesse non tenue.

En ce qui concerne la responsabilité du fait de la méconnaissance de l'obligation d'assurer la collecte des eaux usées domestiques :

6. Aux termes de l'article L 2224-8 du code général des collectivités territoriales : " I. - Les communes sont compétentes en matière d'assainissement des eaux usées. Dans ce cadre, elles établissent un schéma d'assainissement collectif comprenant, avant la fin de l'année 2013, un descriptif détaillé des ouvrages de collecte et de transport des eaux usées. Ce descriptif est mis à jour selon une périodicité fixée par décret afin de prendre en compte les travaux réalisés sur ces ouvrages. II. - Les communes assurent le contrôle des raccordements au réseau public de collecte, la collecte, le transport et l'épuration des eaux usées, ainsi que l'élimination des boues produites () ". Aux termes de l'article L. 2224-10 du même code : " Les communes () délimitent, après enquête publique réalisée conformément au chapitre III du titre II du livre Ier du code de l'environnement : 1° Les zones d'assainissement collectif où elles sont tenues d'assurer la collecte des eaux usées domestiques et le stockage, l'épuration et le rejet ou la réutilisation de l'ensemble des eaux collectées ; 2° Les zones relevant de l'assainissement non collectif où elles sont tenues d'assurer le contrôle de ces installations et, si elles le décident, le traitement des matières de vidange et, à la demande des propriétaires, l'entretien et les travaux de réalisation et de réhabilitation des installations d'assainissement non collectif ().

7. Aux termes de l'article R. 2224-7 du code général des collectivités territoriales : " Peuvent être placées en zones d'assainissement non collectif les parties du territoire d'une commune dans lesquelles l'installation d'un système de collecte des eaux usées ne se justifie pas, soit parce qu'elle ne présente pas d'intérêt pour l'environnement et la salubrité publique, soit parce que son coût serait excessif ".

8. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient aux communes, ou aux établissements publics de coopération intercommunale compétents, qui disposent sur ce point d'un large pouvoir d'appréciation, de délimiter les zones d'assainissement collectif et d'assainissement non collectif en tenant compte de la concentration de la population et des activités économiques productrices d'eaux usées sur leur territoire, de la charge brute de pollution organique présente dans les eaux usées, ainsi que des coûts respectifs des systèmes d'assainissement collectif et non collectif et de leurs effets sur l'environnement et la salubrité publique. Il résulte également de ces dispositions qu'après avoir délimité une zone d'assainissement collectif, les communes, ou les établissements publics de coopération intercommunale compétents, sont tenues, tant qu'elles n'ont pas modifié cette délimitation, d'exécuter dans un délai raisonnable les travaux d'extension du réseau d'assainissement collectif afin de le raccorder aux habitations qui sont situées dans cette zone et dont les propriétaires en ont fait la demande. Ce délai doit s'apprécier au regard des contraintes techniques liées à la situation topographique des habitations à raccorder, du coût des travaux à effectuer, du nombre et de l'ancienneté des demandes de raccordement.

9. Il résulte de l'instruction que la commune du Biot est compétente en matière d'assainissement collectif au titre de l'article L. 2224-8 du code général des collectivités territoriales alors que la communauté de communes du Haut Chablais, dont elle membre, est devenue compétente en février 2016 en matière d'approbation du plan local d'urbanisme et d'assainissement non-collectif des eaux usées. L'immeuble de la société Natalex se situe dans une zone d'assainissement collectif " à court terme " dans l'annexe sanitaire approuvée par délibération du 17 octobre 2017 du conseil communautaire de la communauté de communes en même temps que le plan local d'urbanisme élaboré par la commune que cet établissement a décidé de poursuivre et d'approuver. Ces transferts de compétence ont pu retarder le calendrier de réalisation des travaux d'extension du réseau d'assainissement collectif au chef-lieu de la commune

10. Il résulte également de l'instruction que, par délibération du 24 juillet 2020, le conseil municipal a voté une dépense de 500 000 euros H.T pour financer des travaux d'extension du réseau d'assainissement collectif sur le secteur du haut du chef-lieu consistant à réaliser 632 mètres linéaires de canalisation principale et 33 branchements. Ces travaux constituent la dernière tranche du projet d'assainissement collectif visant à traiter la totalité des effluents de la commune aux moyens d'une station d'épuration unique impliquant la création d'un linéaire important de collecteurs pour un coût total de plus de 4 millions d'euros. Ils représentent, pour une commune de montagne 632 habitants peu dense, un coût élevé de nature à grever son budget d'investissement du service d'assainissement.

11. En outre, le dossier de demande de subventions déposé par la commune en septembre 2020 a été refusé en mars 2021 par le conseil départemental de la Haute-Savoie, ce qui a entrainé le dépôt d'un nouveau dossier de demande de subventions en septembre 2021.

12. Par délibération du 11 janvier 2022, la commune, qui rencontrait des difficultés financières, a choisi de renégocier sa dette afin de faciliter le paiement des travaux et dégager des marges budgétaires nécessaires à la réalisation de futurs projets.

13. Par délibération du 12 avril 2022, le conseil municipal a voté un nouveau budget pour cette opération d'extension du réseau public d'assainissement estimée désormais au montant de 616 964 euros pour faire face, à la fois, à l'augmentation des matériaux et à la nécessité de réaliser des travaux supplémentaires pour sécuriser le maillage des deux réseaux communaux du Biot et de Bonnevaux. Une fois les financements obtenus, la commune a rapidement conclu le marché public de travaux. Les travaux d'extension du réseau d'assainissement collectif permettant le raccordement de l'habitation réaménagée de la SCI Natalex ont été achevés depuis le 12 septembre 2022, la société Natalex en a été informée par courrier du novembre 2022 et des conventions de raccordement à l'assainissement collectif ont été signées avec cette société en décembre 2022.

14. Eu égard à l'ensemble de ces contraintes tant techniques que financières et des imprévus auxquels elle a dû faire face, le délai important pris par la commune du Biot pour réaliser les travaux d'extension du réseau d'assainissement collectif du chef-lieu n'apparait pas déraisonnable d'autant que les appartements de la société Natalex ne pouvaient être loués qu'à compter du printemps 2021.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par la société Natalex doivent être rejetées.

Sur les conclusions d'injonction :

16. Dès lors que les travaux d'extension du réseau d'assainissement collectif permettant le raccordement de l'immeuble de la société Natalex ont été exécutés en septembre 2022, les conclusions d'injonction tendant à enjoindre à la commune de réaliser ces travaux sont devenues sans objet.

Sur les frais liés à l'instance :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune du Biot, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la société Natalex au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, en l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société Natalex la somme demandée par la commune du Biot au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions d'injonction sont devenues sans objet.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Natalex et à la commune du Biot.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente,

M. Ban, premier conseiller.

M. Doulat, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

Le rapporteur,

J-L. Ban

La présidente,

A. Triolet

La greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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