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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2104674

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2104674

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2104674
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantTERRASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 juillet 2021, Mme B C, représentée par Me Terrasson, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 juillet 2020 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Savoie a rejeté sa demande d'aide au titre du Fonds de solidarité pour le logement ;

2°) d'enjoindre au département de la Haute-Savoie de lui accorder l'aide financière sollicitée dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du département de la Haute-Savoie la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur la décision refusant l'octroi de l'aide :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit car le département n'a pas pris en compte les ressources de son mari dans le calcul de ses droits à l'aide accordée au titre du Fonds de solidarité pour le logement ;

Sur la légalité du règlement intérieur du Fonds de solidarité pour le logement :

- le règlement méconnaît les dispositions de l'article 1 de la loi n°90-449 du 31 mai 1990 ;

- il méconnaît l'article 6-1 de la loi du 31 juillet 1990 dès lors qu'il ne prévoit aucune modalité d'octroi d'urgence des aides ;

- il méconnaît les article 6-1 et 3 de la loi du 31 juillet 1990 et l'article 1 du décret n°2005-212 du 2 mars 2005 ;

- il méconnaît l'article 4 de la loi du 31 mai 1990.

Une mise en demeure a été adressée au département de la Haute-Savoie le 29 juin 2022 qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n°90-449 du 31 mai 1990 ;

- le décret n°2005-212 du 2 mars 2005 ;

- le décret n°2017-1565 du 14 novembre 2017 ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le règlement intérieur du Fonds de solidarité pour le logement du département de la Haute-Savoie ;

- le plan départemental d'action pour le logement des personnes défavorisées 2014-2018 du département de la Haute-Savoie ;

- le plan départemental d'action pour le logement des personnes défavorisées 2021-2025 du département de la Haute-Savoie ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 mai 2021.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions au cours de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Terrasson représentant Mme C.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a demandé le bénéfice de l'aide financière versée par le département au titre du Fonds de solidarité pour le logement. Par une décision du 30 juillet 2020 le président du conseil départemental de la Haute-Savoie a rejeté cette demande. Mme C demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la légalité de la décision du 30 juillet 2020 :

2. En premier lieu, par un arrêté du 4 juin 2020, librement accessible en ligne, le président du conseil départemental de la Haute-Savoie a donné à Mme D E, responsable adjointe logement délégation permanente pour signer, dans la limite de ses attributions, les décisions relatives au logement. Eu égard à son objet, la décision attaquée entre dans le champ des missions que l'arrêté du 4 juin 2020 confie à Mme E.

3. En second lieu, aux termes du chapitre 2 du règlement intérieur du Fonds de solidarité pour le logement de la Haute-Savoie : " B./ Conditions de ressources / Est prise en compte pour le calcul du plafond de ressources, critère principal de recevabilité, la moyenne des ressources des trois derniers mois de l'ensemble des personnes composant le foyer () Le demandeur doit disposer de ressources suffisantes pour faire face au loyer et aux charges inhérentes à la location d'un logement. De manière générale le taux d'effort ne doit pas excéder 40% des ressources du ménage. Cependant il pourra être apprécié il pourra être apprécié au regard du contexte immobilier local et de la situation de la personne. L'absence de ressources propres et / ou un taux d'endettement trop élevé ne permettent pas l'intervention du FSL dont l'objectif est le maintien dans les lieux ".

4. Pour rejeter la demande présentée par Mme C, le département s'est fondé sur la circonstance qu'elle ne dispose pas de ressources propres. Si Mme C soutient que le département ne pouvait lui refuser cette aide pour ce motif dès lors que celui-ci n'a pas prise en compte les ressources de son conjoint, la requérante n'apporte aucun élément permettant d'établir, d'une part que son conjoint perçoit effectivement des ressources propres et d'autre part, qu'elle aurait effectivement transmis le montant de ses ressources aux services du conseil départemental de la Haute-Savoie. Par suite, le moyen qui manque en fait, doit être écarté.

Sur la légalité du règlement intérieur du Fonds de solidarité pour le logement :

5. D'une part, le contrôle exercé par le juge administratif sur un acte qui présente un caractère réglementaire porte sur la compétence de son auteur, les conditions de forme et de procédure dans lesquelles il a été édicté, l'existence d'un détournement de pouvoir et la légalité des règles générales et impersonnelles qu'il énonce, lesquelles ont vocation à s'appliquer de façon permanente à toutes les situations entrant dans son champ d'application tant qu'il n'a pas été décidé de les modifier ou de les abroger. Le juge administratif exerce un tel contrôle lorsqu'il est saisi, par la voie de l'action, dans le délai de recours contentieux. En outre, en raison de la permanence de l'acte réglementaire, la légalité des règles qu'il fixe, comme la compétence de son auteur et l'existence d'un détournement de pouvoir doivent pouvoir être mises en cause à tout moment, de telle sorte que puissent toujours être sanctionnées les atteintes illégales que cet acte est susceptible de porter à l'ordre juridique.

6. D'autre part, après l'expiration du délai de recours contentieux, une telle contestation peut être formée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure prise pour l'application de l'acte réglementaire ou dont ce dernier constitue la base légale. Elle peut aussi prendre la forme d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre la décision refusant d'abroger l'acte réglementaire, comme l'exprime l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration aux termes duquel : " L'administration est tenue d'abroger expressément un acte réglementaire illégal ou dépourvu d'objet, que cette situation existe depuis son édiction ou qu'elle résulte de circonstances de droit ou de fait postérieures, sauf à ce que l'illégalité ait cessé [] ". Si, dans le cadre de ces deux contestations, la légalité des règles fixées par l'acte réglementaire, la compétence de son auteur et l'existence d'un détournement de pouvoir peuvent être utilement critiquées, il n'en va pas de même des conditions d'édiction de cet acte, les vices de forme et de procédure dont il serait entaché ne pouvant être utilement invoqués que dans le cadre du recours pour excès de pouvoir dirigé contre l'acte réglementaire lui-même et introduit avant l'expiration du délai de recours contentieux.

7. Aux termes de l'article 3 de la loi de la loi n°90-449 du 31 mai 1990 : " () Le comité responsable du plan émet un avis sur les accords prévus aux articles L. 441-1-1 et L. 441-1-2 du code de la construction et de l'habitation. ". Aux termes de l'article 1 du décret n°2005-212 du 2 mars 2005 relatif aux Fonds de solidarité pour le logement : " () Le règlement intérieur de chaque Fonds local est soumis pour avis, avant son adoption, au comité responsable du plan départemental d'action pour le logement des personnes défavorisées. () ".

8. Ce moyen, qui relève de la régularité formelle de l'acte, ne peut être invoqué par la voie de l'exception d'illégalité contre un acte réglementaire. Par suite, le moyen est inopérant.

9. Il en va de même du moyen tiré de la circonstance selon laquelle le règlement a été adopté sous l'empire d'un plan départemental d'action pour le logement et l'hébergement des personnes défavorisées qui relève des conditions d'édiction de cet acte. Par conséquent, ce moyen est inopérant.

10. Aux termes de l'article 1 de la loi du 31 mai 1990 : " () Toute personne ou famille éprouvant des difficultés particulières, en raison notamment de l'inadaptation de ses ressources ou de ses conditions d'existence, a droit à une aide de la collectivité, dans les conditions fixées par la présente loi, pour accéder à un logement décent et indépendant ou s'y maintenir et pour y disposer de la fourniture d'eau, d'énergie et de services téléphoniques () ". Aux termes de l'article 6 de la même loi : " () Le Fonds de solidarité accorde, dans les conditions définies par son règlement intérieur, des aides financières sous forme de cautionnements, prêts ou avances remboursables, garanties ou subventions à des personnes remplissant les conditions de l'article 1er et qui entrent dans un logement locatif ou qui, étant locataires, sous-locataires ou résidents de logements-foyers, se trouvent dans l'impossibilité d'assumer leurs obligations relatives au paiement du loyer, des charges et des frais d'assurance locative, ou qui, occupant régulièrement leur logement, se trouvent dans l'impossibilité d'assumer leurs obligations relatives au paiement des fournitures d'eau, d'énergie et de services téléphoniques () ". Enfin, aux termes de l'article 6-1 du même texte : " Les conditions d'octroi des aides du Fonds de solidarité ne peuvent reposer sur d'autres éléments que le niveau de patrimoine ou de ressources des personnes et l'importance et la nature des difficultés qu'elles rencontrent () ".

11. Il résulte des dispositions précitées que le législateur a entendu mettre en place un Fonds de solidarité pour le logement dont l'objectif est d'aider les propriétaires ou occupants réguliers d'un logement à régler leurs charges. Par ailleurs, le Fonds de solidarité pour le logement ne constitue pas la seule aide à laquelle peuvent prétendre les ménages en difficulté. Enfin, les dispositions précitées ont entendu conditionner le bénéfice du Fonds de solidarité pour le logement à des conditions de ressources. Par conséquent, la circonstance que le règlement intérieur du Fonds départemental de la Haute-Savoie a entendu conditionner le bénéfice du Fonds de solidarité pour le logement à l'existence de ressources propres du foyer, n'est pas de nature à méconnaître les dispositions de l'article 1er de la loi du 31 mai 1990.

12. Aux termes de l'article 6-1 de la loi du 31 mai 1990 : " () Des modalités d'urgence doivent être prévues pour l'octroi et le paiement des aides, dès lors qu'elles conditionnent la signature d'un bail, qu'elles évitent des coupures d'eau, d'énergie, de services téléphoniques ou de services d'accès à internet ou qu'elles concernent des personnes et familles assignées aux fins de résiliation de bail. ".

13. Aux termes du chapitre 1 " Fonctionnement du Fonds ", le règlement du Fonds prévoit que : " III. Délai de traitement des dossiers / Le secrétaire du FSL veille à ce que le délai entre la réception d'un dossier complet et la notification de la décision ne dépasse pas deux mois. Une attention toute particulière doit être apportée aux demandes d'aide lorsqu'elles conditionnent la signature du bail, qu'elles évitent des coupures d'énergie ou qu'elles concernent des ménages assignés aux fins de résiliation du bail () ".

14. Il résulte des dispositions précitées que le règlement départemental a prévu des dispositions spécifiques afin de prioriser le traitement des dossiers visés par les dispositions précitées de l'article 6-1 de la loi du 31 mai 1990. Ainsi, ces éléments sont suffisants, en l'espèce, pour considérer que le règlement intérieur prévoit des modalités d'urgence pour le traitement des dossiers relatifs aux coupures d'énergie. Le moyen doit donc être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Terrasson et au département de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.

Le président,

J-P. ALa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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