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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2104833

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2104833

jeudi 27 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2104833
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantPUNZANO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés le 19 juillet 2021, le 13 septembre 2021 et le 20 juin 2023, Mme B C, représentée par Me Punzano, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 1er mars 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie a mis à sa charge trois indus de revenu de solidarité active d'un montant de 30 289,87 euros pour la période de décembre 2015 à février 2021, ensemble la décision implicite et la décision expresse du 5 octobre 2021 par lesquelles le président du conseil départemental de la Haute-Savoie a rejeté son recours préalable ;

2°) d'annuler la décision du 24 juin 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales a mis à sa charge un indu de 762,25 euros de prime exceptionnelle de fin d'année 2016, 2017, 2018, 2019 et 2020 et un indu de prime exceptionnelle de solidarité d'un montant de 300 euros pour les mois de mai et novembre 2020 et lui a infligé une pénalité de 3 135 euros, ensemble la décision de rejet de son recours préalable ;

3°) de la décharger de ces sommes et de renvoyer ses conclusions relatives à la pénalité administrative vers l'ordre de juridiction compétent ;

4°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de rétablir rétroactivement ses droits au revenu de solidarité active, à l'aide exceptionnelle de fin d'année et à l'aide exceptionnelle de solidarité ;

5°) à titre subsidiaire, de lui accorder la remise gracieuse de ses dettes ;

6°) de lui accorder un échéancier de paiement de ses dettes ;

7°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'une erreur de fait car elle n'a jamais vécu en Suisse ;

- elle est dans une situation financière précaire qui ne lui permet pas de régler sa dette.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er juillet 2022, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2023, le département de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne comporte l'énoncé des moyens et conclusions au sens de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;

- les conclusions dirigées contre la décision du 5 octobre 2021 sont irrecevables car elle ne produit pas la décision litigieuse et elle a saisi le tribunal prématurément ;

- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2021.

Les parties ont été informées par courrier du 12 juin 2023, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions relatives à la pénalité administrative de 3 135 euros dès lors qu'elles sont présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Les parties ont été informée par courrier du 12 juin 2023, en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le tribunal est susceptible de prononcer d'office une injonction sur le fondement des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été informées à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité :

- des conclusions à fin de remise gracieuse dès lors qu'elles n'ont pas été précédées d'une demande préalable ;

- des conclusions à fin d'échelonnement.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'organisation judiciaire ;

- le décret n°2016-1945 du 28 décembre 2016 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année ;

- le décret n°2017-1785 du 27 décembre 2017 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année ;

- le décret n°2018-1150 du 14 décembre 2018 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année ;

- le décret n°2019-1323 du 10 décembre 2019 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année ;

- le décret n°2020-1746 du 29 décembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année ;

- le décret n°2020-515 du 5 mai 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité ;

- le décret n°2020-1453 du 27 novembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité ;

- le décret n° 2015-233 du 27 février 2015 relatif au Tribunal des conflits et aux questions préjudicielles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Punzano, représentant Mme C,

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C est allocataire du revenu de solidarité active depuis 2011 et a bénéficié à ce titre des primes exceptionnelles de fin d'année et de la prime exceptionnelle de solidarité versée en 2020 lors de la crise sanitaire liée au virus du Covid-19. Par décisions du 1er mars 2021 la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie a notifié à la requérante une dette de prestations familiales d'un montant total de 31 047,22 euros comprenant un indu de 30 289,87 euros de revenu de solidarité active pour la période de décembre 2015 à février 2021. Le 16 avril 2021, Mme C a exercé un recours auprès de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie s'agissant de la prime exceptionnelle de fin d'année. La caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie a accusé réception de ce recours le 2 juillet 2021 et l'a implicitement rejeté le 2 septembre 2021. La requérante a exercé deux recours préalables auprès du département de la Haute-Savoie les 13 avril et 7 juillet 2021, lesquels ont été rejetés par une décision du 5 octobre 2021. Enfin, le 24 juin 2021, la caisse d'allocations familiales a notifié à Mme C un indu de 762,25 de prime exceptionnelle de fin d'année au titre des années 2016 à 2020, un trop-perçu de 300 euros de prime exceptionnelle de solidarité pour les mois de mai et novembre 2020 et lui a infligé une pénalité de 3 135 euros. Par un recours préalable du 14 décembre 2021, la requérante a contesté ces dettes et cette sanction. Par décision du 3 mai 2022, la caisse a rejeté son recours. Par la présente requête, Mme C doit être regardée comme demandant l'annulation de ces décisions.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. En premier lieu, Mme C conteste de manière suffisamment précise et détaillées le bien-fondé des indus mis à sa charge elle fait état de sa situation de précarité et produit les moyens et pièces nécessaires à l'étude de sa situation. Dès lors, cette requête comporte des conclusions visant à annuler une décision et des moyens qui permettent au tribunal d'en apprécier le bien-fondé, conformément à l'article R. 411-1 du code de justice administrative qui dispose que " () la requête () contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge ". Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le département de la Haute-Savoie doit être écartée.

3. En second lieu, aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation () ".

4. Il résulte de l'instruction que Mme C a exercé un premier recours préalable en contestation de l'indu de revenu de solidarité active litigieux d'un montant de 30 289,87 euros le 13 avril 2021. Celui-ci a été implicitement rejeté le 13 juin 2021. Cette décision constitue une décision attaquable au sens de l'article R. 421-2 du code de justice administrative. La circonstance que la décision du 5 octobre 2021 rejetant explicitement ce recours préalable ainsi que le second recours exercé par la requérante le 7 juillet 2021 à l'encontre du même indu, soit intervenu après l'enregistrement de la requête, est sans incidence sur sa recevabilité dès lors que cette décision explicite n'a que pour effet de se substituer à la décision implicite initiale de rejet. Par ailleurs, le fait que la décision du 5 octobre 2021 ne soit pas explicitement visée par les conclusions et pièces de Mme C n'est pas non plus de nature à rendre irrecevable ses conclusions contre cette décision dès lors que l'objet du litige est relatif à l'indu lui-même. Par conséquent, la fin de non-recevoir opposée par le département de la Haute-Savoie doit être rejetée.

Sur les conclusions relatives à la pénalité de 3 135 euros et à la demande de renvoi à la juridiction judiciaire :

5. Aux termes de l'article L. 114-7 du code de la sécurité sociale : " I.- Peuvent faire l'objet d'un avertissement ou d'une pénalité prononcée par le directeur de l'organisme chargé de la gestion des prestations familiales ou des prestations d'assurance vieillesse, au titre de toute prestation servie par l'organisme concerné : 1° L'inexactitude ou le caractère incomplet des déclarations faites pour le service des prestations, sauf en cas de bonne foi de la personne concernée ; 2° L'absence de déclaration d'un changement dans la situation justifiant le service des prestations, sauf en cas de bonne foi de la personne concernée ; 3° L'exercice d'un travail dissimulé, constaté dans les conditions prévues à l'article L. 114-15, par le bénéficiaire de prestations versées sous conditions de ressources ou de cessation d'activité ; 4° Les agissements visant à obtenir ou à tenter de faire obtenir le versement indu de prestations servies par un organisme mentionné au premier alinéa, même sans en être le bénéficiaire () ". Aux termes de l'article L. 114-17-2 du même code : " I.- Le directeur de l'organisme mentionné aux articles L. 114-17 ou L. 114-17-1 notifie la description des faits reprochés à la personne physique ou morale qui en est l'auteur afin qu'elle puisse présenter ses observations dans un délai fixé par voie réglementaire. A l'expiration de ce délai, le directeur : () ; 3° () saisit la commission mentionnée au II du présent article. A réception de l'avis de la commission, le directeur : c) () notifie à l'intéressé la pénalité qu'il décide de lui infliger, en indiquant le délai dans lequel il doit s'en acquitter ou les modalités selon lesquelles elle sera récupérée sur les prestations à venir. La pénalité est motivée et peut être contestée devant le tribunal judiciaire spécialement désigné en application de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire () ".

6. Par décision du 3 mai 2022, le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie a infligé à Mme C une pénalité administrative de 3 135 euros en application de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale. Il résulte des dispositions précitées que la contestation d'une telle décision relève de la compétence du tribunal judiciaire. Par suite, les conclusions de la requête dirigées contre cette pénalité doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

7. Aux termes de l'article 32 du décret n° 2015-233 du 27 février 2015 relatif au Tribunal des conflits et aux questions préjudicielles : " Lorsqu'une juridiction de l'ordre judiciaire ou de l'ordre administratif décline la compétence de l'ordre de juridiction auquel elle appartient au motif que le litige ne ressortit pas à cet ordre, elle renvoie les parties à saisir la juridiction compétente de l'autre ordre de juridiction. Toutefois, lorsque la juridiction est saisie d'un contentieux relatif à l'admission à l'aide sociale tel que défini par le code de l'action sociale et des familles ou par le code de la sécurité sociale, elle transmet le dossier de la procédure, sans préjuger de la recevabilité de la demande, à la juridiction de l'autre ordre de juridiction qu'elle estime compétente par une ordonnance qui n'est susceptible d'aucun recours. ". L'article R. 142-10 du code de la sécurité sociale prévoit, en ce qui concerne la procédure applicable aux litiges mentionnés à l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire précité, que : " Le tribunal compétent est celui dans le ressort duquel se trouve le domicile du bénéficiaire () ".

8. En application de ces dispositions et de celles des tableaux IV et VIII-III annexés au code de l'organisation judiciaire, il y a lieu de transmettre les conclusions de la requête de Mme C relatives à la pénalité administrative prononcée par la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie le 24 juin 2021 au tribunal judiciaire d'Annecy.

Sur le bien-fondé des indus :

En ce qui concerne l'indu de revenu de solidarité active :

9. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. Les séjours hors de France qui résultent des contrats mentionnés aux articles L. 262-34 ou L. 262-35 ou du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du code du travail ne sont pas pris en compte dans le calcul de cette durée () ".

10. Pour mettre à la charge de Mme C l'indu litigieux, le département de la Haute-Savoie expose que la requérante ne disposait pas d'une résidence en France. L'intéressée soutient qu'elle n'a jamais eu ni activité ni résidence à l'étranger.

11. Elle est connue des services de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie comme divorcée depuis 2003 avec deux enfants à charge, dont un ne vit plus avec elle depuis juillet 2019. Elle déclare résider à Annemasse depuis 2009. Si l'enquête de la caisse d'allocations familiales conclut aux fausses déclarations de Mme C notamment s'agissant de son adresse, il résulte du déroulé de l'argumentaire sommaire du rapport d'enquête, que les allégations de la caisse d'allocations familiales et du département de la Haute-Savoie sont fondées sur des suppositions selon lesquelles " il semblerait que Madame réside en Suisse " et une première enquête réalisée en 2014 qui n'est pas produite au dossier et selon laquelle le logement de Mme C ne serait pas adapté à sa situation familiale et aux termes de laquelle elle aurait déclaré que ses enfants résident en Suisse. Mme C produit des factures d'électricité afférentes à son logement situé à Annemasse. Si l'enquêteur de la caisse expose que Mme C ne dispose pas d'un compte en France et que le revenu de solidarité active est versé sur le compte de son fils qui lui reverse en espèce, l'intéressée soutient sans être contredite qu'elle était, à cette époque frappée d'interdit bancaire de sorte qu'elle n'avait plus l'usage de son compte. Enfin, il n'est pas non-plus établi que la requérante dispose d'un compte à l'étranger de sorte qu'aucun des éléments réunis par l'enquête ne permet d'établir avec certitude que Mme C dispose d'une adresse en Suisse et qu'elle n'a pas occupé, à compter de 2015, son logement à Annemasse. Par conséquent, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être accueilli.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 5 octobre 2021 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Savoie a rejeté les recours préalables de Mme C et confirmé l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 30 289,87 euros est annulée.

En ce qui concerne la prime exceptionnelle de fin d'année :

13. Il résulte de l'article 1 des décret n°2016-1945, 2017-1785, 2018-1150, 2019-1323 et 2020-1746, que la prime exceptionnelle de fin d'année pour les années 2016 à 2020 est versée aux bénéficiaires du revenu de solidarité active qui perçoivent cette allocation pendant les mois de novembre ou décembre de l'année concernée.

14. En l'espèce, les droits de Mme C à la prime exceptionnelle de fin d'année ont été ouverts du fait de ses droits au revenu de solidarité active pour les années 2016 à 2020. Il résulte de l'instruction que ses droits à ces aides ont été suspendus en raison de sa radiation du dispositif de revenu de solidarité active à compter de l'année 2015. Toutefois, il résulte de ce qui précède que le motif de radiation du dispositif est erroné. Par conséquent, la caisse d'allocation familiales de la Haute-Savoie ne pouvait mettre à sa charge l'indu litigieux de prime exceptionnelle de fin d'année.

En ce qui concerne la prime exceptionnelle de solidarité :

15. Il résulte de l'article des décrets n°2020-519 et n°2020-1453 que deux aides exceptionnelles de solidarité ont été mises en place pour les bénéficiaires du revenu de solidarité active et qui bénéficient de cette allocation pour les mois d'avril et mai 2020 ainsi que septembre et octobre 2020.

16. En l'espèce, les droits de Mme C à l'aide exceptionnelle de solidarité ont été ouverts du fait de ses droits au revenu de solidarité active pour les mois d'avril, mai, septembre et octobre 2020. Il résulte de l'instruction que ses droits à ces aides ont été suspendus en raison de sa radiation du dispositif de revenu de solidarité active à compter de l'année 2015. Toutefois, il résulte de ce qui précède que le motif de radiation du dispositif est erroné. Par conséquent, la caisse d'allocation familiales de la Haute-Savoie ne pouvait mettre à sa charge l'indu litigieux de prime exceptionnelle de fin d'année.

17. La décision du 24 juin 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie a notifié à Mme C un indu de prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 762,25 euros et un indu d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 300 euros est annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et de décharge :

18. La présente décision implique seulement que Mme C doit être renvoyée devant l'administration dès lors que les indus litigieux ne sont pas uniquement fondés sur l'absence de résidence stable en France. Il convient donc d'enjoindre au département de la Haute-Savoie de procéder à un nouveau calcul des droits au revenu de solidarité active de Mme C à compter du 1er décembre 2015 dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

19. La présente décision implique également que Mme C soit renvoyée devant la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie afin qu'il soit de nouveau statué sur ses droits à la prime exceptionnelle de fin d'année et à l'aide exceptionnelle de solidarité en fonction de ses droits au revenu de solidarité active. Il y a lieu d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie de procéder à cette réévaluation dans un délai de cinq mois à compter de la notification du présent jugement.

20. Le présent jugement implique enfin qu'il soit enjoint à la caisse d'allocations familiales et au département de la Haute-Savoie de procéder au remboursement des sommes indûment perçues en remboursement des indus litigieux après nouvelle évaluation de leur montant, dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

21. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Punzano, avocate de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge solidaire de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie et du département de la Haute-Savoie le versement à Me Punzano de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête de Mme C relatives à la décision du 24 juin 2022 prononçant une pénalité de 3 135 euros sont renvoyées au tribunal judiciaire d'Annecy.

Article 2 : La décision du président du conseil départemental de la Haute-Savoie du 5 octobre 2021 est annulée s'agissant du revenu de solidarité active.

Article 3 : La décision de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie du 24 juin 2021 est annulée s'agissant des indus de prime exceptionnelle de fin d'année et d'aide exceptionnelle de solidarité.

Article 4 : Il est enjoint au département de la Haute-Savoie de procéder à la réévaluation du montant de l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de Mme C dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 5 : Il est enjoint à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie de procéder à la réévaluation du montant des indus de prime exceptionnelle de fin d'année et d'aide exceptionnelle de solidarité dans un délai de cinq mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 6 : Il est enjoint à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie et au département de la Haute-Savoie de procéder au remboursement des sommes éventuellement recouvrées en remboursement des indus de revenu de solidarité active, de prime exceptionnelle de fin d'année et d'aide exceptionnelle de solidarité après nouvelle évaluation de ses droits à ces allocations, dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 7 : La caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie et le département de la Haute-Savoie verseront solidairement à Me Punzano une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Punzano renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 8 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 9 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Punzano, au département de la Haute-Savoie, au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et au président du tribunal judiciaire d'Annecy.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2023.

Le président,

J-P. ALa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, chacun en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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