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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2104863

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2104863

vendredi 2 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2104863
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCABINET NATAF & PLANCHAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 juillet 2021, M. C B, représenté par la SCP Nataf et Planchat, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'administration fiscale pouvait procéder au relevé du compteur électronique de la centrale de paiement des machines à laver pour reconstituer les recettes y afférentes, ce qui aurait permis une reconstitution au plus proche des conditions d'exploitation de la SARL Multi Washer ;

- la méthode de reconstitution est excessivement sommaire et radicalement viciée dès lors que l'administration fiscale a valorisé les heures de main d'œuvre alors que la société Multi Washer ne répare pas de véhicules mais a une activité limitée à la maintenance, pour laquelle elle a recours à des forfaits ne facturant pas la main d'œuvre de façon spécifique ;

- il propose une méthode alternative de reconstitution des recettes basée sur les relevés des compteurs effectués par l'administration fiscale entre le 19 janvier et le 30 juin 2017 et la consommation des produits de nettoyage et de séchage, inspirée de la méthode des vins ;

- l'inscription du prix du véhicule acquis par la société dans son compte courant d'associé résulte d'une erreur comptable qui n'a donné lieu à aucune variation de l'actif net, de sorte que le redressement notifié à ce titre n'a pas de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2021, la directrice de contrôle fiscal Centre-Est conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 3 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au même jour, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme d'Elbreil, conseillère,

- et les conclusions de Mme Brenner Adanlété, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est gérant et associé unique de la SARL Multi Washer, qui a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2015. Il a parallèlement fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle au titre des années 2014 et 2015. A l'issue des opérations de contrôle, l'administration fiscale lui a notifié des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu résultant des minorations de recettes constatées après reconstitution du chiffre d'affaires de la SARL Multi Washer, ainsi que du fait de l'inscription de sommes non justifiées au crédit de son compte courant d'associé. La réclamation préalable de M. B du 18 décembre 2020 ayant fait l'objet d'une décision de rejet du 18 juin 2020, il demande au tribunal la décharge des impositions supplémentaires mises à sa charge.

Sur la reconstitution des recettes de la SARL Multi Washer :

2. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / () / c. Les rémunérations et avantages occultes ; / () ". En cas de refus des rectifications par le contribuable qu'elle entend imposer comme bénéficiaire des sommes regardées comme distribuées, il incombe à l'administration d'apporter la preuve, d'une part, de l'existence et du montant des revenus distribués et, d'autre part, de leur appréhension par le contribuable. En outre, il résulte de ces dispositions que l'administration est réputée apporter la preuve que des distributions occultes ont été appréhendées par la personne qui est, dans la société dont des revenus ont été regardés comme distribués, le maître de l'affaire.

3. Après avoir rejeté la comptabilité de la SARL Multi Washer comme non probante, l'administration fiscale a procédé à une reconstitution des recettes de la société en procédant par type d'activité, à savoir l'activité de lavage de véhicules, l'activité de laverie automatique de linge, et l'activité d'atelier d'entretien et de réparation de véhicules. Elle a identifié M. B comme maître de l'affaire et a imposé entre ses mains les recettes non déclarées et non comptabilisées de la SARL Multi Washer, d'un montant de 511 196 euros au titre de l'année 2014 et de 549 383 euros au titre de l'année 2015. M. B conteste la méthode de reconstitution retenue par l'administration fiscale pour établir l'existence et le montant de revenus distribués.

En ce qui concerne la méthode de reconstitution retenue par l'administration fiscale :

S'agissant de l'activité de laverie automatique de linge :

4. Il résulte de la proposition de rectification adressée à la SARL Multi Washer, et annexée aux propositions de rectification adressées à M. B, que l'administration fiscale a exclu d'avoir recours à une reconstitution en fonction de la consommation d'eau de la société, dès lors que le gérant a indiqué au cours des opérations de contrôle que l'eau utilisée provenait d'un forage non déclaré et n'était pas facturée par l'agglomération en l'absence de tout compteur. L'administration a également exclu d'avoir recours aux quantités de lessive, apportée par les clients, et a noté l'absence d'éléments comptables, aucun justificatif de recettes n'ayant été présenté. En conséquence, l'administration fiscale a reconstitué le chiffre d'affaires de l'activité de laverie automatique de linge par comparaison avec quatre établissements exerçant la même activité dans le même département, en fonction du prix de location des machines à laver auprès de la société Lavator. Elle a analysé les capacités des machines détenues par les sociétés tierces, puis a calculé le chiffre d'affaires moyen par type de machine, qu'elle a appliqué ensuite aux machines détenues par la SARL Multi Washer. Il a été constaté une cohérence économique entre le chiffre d'affaires reconstitué et le loyer acquitté par la SARL Multi Washer pour la location des machines. Le chiffre d'affaires reconstitué net s'est élevé ainsi à 152 190 euros pour l'exercice clos en 2014 et à 152 890 euros pour l'exercice clos en 2015.

5. M. B soutient que l'administration fiscale aurait dû utiliser les informations propres à l'entreprise, et notamment celles provenant de la centrale de paiement des machines à laver mises à disposition des clients, qui recueille des informations plus proches des conditions réelles d'exploitation. Toutefois, le requérant ne produit aucun élément de nature à établir que les machines à laver mises à disposition de la clientèle de la SARL Multi Washer auraient disposé d'une telle centrale de paiement, alors qu'il ne conteste pas avoir répondu négativement aux questions du vérificateur s'agissant de l'existence d'un compteur pour les machines à laver. En outre, à supposer que de telles données existent, il n'établit pas les avoir remises au vérificateur. Dans ces circonstances, l'administration fiscale a pu valablement reconstituer le chiffre d'affaires de la branche d'activité de laverie automatique de linge en ayant recours à des éléments externes de comparaison.

S'agissant de l'activité d'atelier de réparation automobile :

6. Aucun justificatif de recettes n'a été présenté par la société requérante au cours des opérations de contrôle en ce qui concerne l'activité de réparation automobile. L'administration fiscale a retenu deux méthodes de reconstitution. Elle a reconstitué le chiffre d'affaires en se basant dans un premier temps sur les données propres à l'entreprise, à savoir en déterminant les coefficients de marge brute des pièces revendues et significatives en termes de volume. Elle a également calculé le nombre de vidanges opérées, compte tenu des quantités d'huile consommées. Enfin, l'administration fiscale a utilisé des comparables externes pour ajouter au chiffre d'affaires reconstitué le coût de la main d'œuvre. Elle a identifié un tarif horaire moyen de 61 euros toutes taxes comprises pour l'année 2014 et de 63 euros toutes taxes comprises pour l'année 2015. Le chiffre d'affaires total reconstitué s'est élevé à 799 787 euros en 2014 et à 955 721 euros en 2015. Dans un second temps, l'administration fiscale a procédé à une reconstitution de recettes basée exclusivement sur des comparables externes, en examinant les bases brutes fiscales apparaissant sur les déclarations annuelles de salaires des comparables ainsi que le chiffre d'affaires correspondant à chaque entité. Le chiffre d'affaires de la SARL Multi Washer a ensuite été reconstitué à partir de la base brute fiscale, à laquelle a été appliqué un coefficient de chiffre d'affaires hors taxes rapporté à la base brute fiscale, soit un chiffre d'affaires reconstitué de 758 950 euros en 2014 et de 794 422 euros en 2015. L'administration fiscale a finalement retenu, pour établir les redressements, le chiffre d'affaires moyen résultant de ces deux méthodes.

7. M. B fait valoir que l'activité d'atelier correspondait à de la maintenance d'automobiles. Il expose que dans cette activité, la société avait recours à des forfaits pour les opérations réalisées auprès des clients et que la main d'œuvre n'était pas facturée spécifiquement, de sorte que l'administration fiscale ne pouvait se fonder sur le coût de la main d'œuvre pour procéder aux rectifications. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'administration fiscale ne s'est pas bornée, pour procéder à la reconstitution des recettes de l'activité de réparation automobile, à valoriser le coût de cette main d'œuvre comme représentant directement les recettes réalisées, mais l'a valorisée avec d'autres produits, puis a réalisé une moyenne avec une autre méthode basée sur la base brute fiscale d'entreprises comparables. Dès lors, la méthode retenue par l'administration fiscale n'apparaît ni excessivement sommaire ni radicalement viciée. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que M. B n'apporte aucun élément permettant d'établir que la méthode de reconstitution de recettes retenue par l'administration fiscale serait radicalement viciée ou excessivement sommaire.

En ce qui concerne la méthode alternative proposée par le requérant :

9. M. B propose une méthode alternative en deux temps inspirée de la méthode des vins. D'une part, il propose une nouvelle reconstitution du chiffre d'affaires de l'activité de lavage de véhicules par les machines dites de " rouleaux " en faisant une moyenne entre le chiffre d'affaires reconstitué par l'administration fiscale et le chiffre d'affaires qui résulterait des consommations de produits de nettoyage et de séchage. D'autre part, par extrapolation, il retient que le chiffre d'affaires de cette activité, représentant 14 % du chiffre d'affaires total de la société, peut être étendu pour déterminer le chiffre d'affaires global. Il obtient par cette méthode un chiffre d'affaires reconstitué de 633 689 euros en 2014 et de 583 534 euros en 2015, là où l'administration fiscale a retenu un chiffre d'affaires total reconstitué de 1 173 715 euros en 2014 et de 1 259 336 euros en 2015. Toutefois, cette méthode, qui consiste à étendre le chiffre d'affaires reconstitué d'un secteur d'activité de lavage de voiture à, notamment, une activité d'atelier de réparation automobile et de lavage en libre-service de linge, ne permet pas d'établir un chiffre d'affaires basé sur les conditions d'exploitation les plus proches possibles de l'exploitation de l'entreprise. En effet, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'entreprise exerce trois activités différentes, la méthode alternative proposée impliquant d'assimiler l'activité de lavage de voitures aux deux autres activités, sans considération des différences d'exploitation pouvant exister entre ces trois secteurs. Dès lors, il convient d'écarter la méthode alternative du requérant.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à remettre en cause le montant des revenus distribués du fait de la reconstitution des recettes de la SARL Multi Washer.

Sur l'acquisition d'un véhicule de marque " Porsche " :

11. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / () / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. / () ". Les sommes inscrites au crédit d'un compte courant d'associé ont, sauf preuve contraire apportée par l'associé titulaire du compte, le caractère de revenus imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.

12. La SARL Multi Washer a crédité le compte courant d'associé de M. B d'un montant de 58 348 euros au titre de l'exercice clos en 2014, somme correspondant au prix d'acquisition par la société d'un véhicule de type " Porsche Macan " le 6 octobre 2014. En l'absence de justification concernant cette dette, l'administration fiscale a réintégré la somme dans les résultats imposables de la société et l'a imposée entre les mains de M. B dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts.

13. Le requérant soutient que l'acquisition du véhicule aurait dû faire l'objet d'une inscription au passif d'une dette envers la société Multiwasher Le Lavator, établie en Suisse, qui l'aurait financée pour la SARL Multi Washer, de sorte qu'aucune variation de l'actif net ne résulterait de cette erreur comptable. Toutefois, M. B ne produit aucun élément de nature à établir qu'une erreur comptable aurait été commise et qu'il n'aurait pas appréhendé les revenus portés au crédit de son compte courant d'associé. Enfin, il est constant que l'administration fiscale a fondé le redressement sur les dispositions précitées du 2° du 1 de l'article 109, de sorte que le redressement n'est pas, contrairement à ce qu'il soutient, dépourvu de base légale. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la directrice de contrôle fiscal Centre-Est.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

Mme Bardad, première conseillère,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.

La rapporteure,

M. D'ELBREIL

Le président,

V. L'HÔTE La greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2104863

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