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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2104872

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2104872

vendredi 27 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2104872
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantPHILIPPE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 23 juillet 2021, le 14 décembre 2021 et le 6 mai 2022, la SARL Plâtrerie de Savoie, représentée par Me Philippe, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er janvier 2014 au 30 novembre 2016, et des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 6 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la procédure est irrégulière dès lors que l'administration fiscale a méconnu les dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales ;

- elle peut se prévaloir de la doctrine référencée aux paragraphes nos 200, 210, 270, 280 et 300 du BOI-CF-PGR-30-10, selon lequel les renseignements prévus par l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales doivent apparaître dans la proposition de rectification ;

- l'administration fiscale ne rapporte pas la preuve, qui lui incombe, de ce que les sommes ayant donné lieu aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée ont effectivement été omises des déclarations souscrites ;

- l'administration fiscale ne rapporte pas la preuve, qui lui incombe, de ce que les sommes ayant donné lieu aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée déductible ont effectivement fait l'objet d'une déduction et d'une récupération sur les déclarations de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période en cause ;

- l'administration fiscale ne rapporte pas la charge de la preuve de ce qu'elle aurait " opéré une déduction " au sens donné par la doctrine référencée au paragraphe 10 du BOI-TVA-DED-40-20 ;

- le rappel de taxe sur la valeur ajoutée visant une transaction avec la société RK Matériaux doit être abandonné dès lors que les opérations d'approvisionnement sont bien réelles, l'administration fiscale ne prenant pas en compte le projet de cession concomitant de la société Réseau Pro à la société Chausson, et que les deux virements de 60 000 euros portent un libellé bancaire de dividendes, une simple erreur d'imputation par le comptable ayant conduit à des mouvements sur le compte du fournisseur RK Matériaux ;

- le rappel de taxe sur la valeur ajoutée déductible portant sur deux notes d'avoir émises en 2014 et 2015 doit être abandonné dès lors que ces notes ne constituent pas un avoir au sens commercial du terme mais l'équivalent financier des cadeaux d'affaires ;

- les pénalités pour manquements délibérés ont été appliquées de façon systématique, alors que l'administration fiscale supporte la charge de leur preuve, qu'il s'agit du premier contrôle auquel est soumise la société et que la gestion des déclarations de taxe sur la valeur ajoutée a été confiée à un cabinet d'expertise comptable ;

- la pénalité pour manquements délibérés relative aux rappels initiés pour défaut de production d'un justificatif doit être abandonnée dès lors qu'un rappel motivé en droit ne matérialise pas nécessairement l'intention d'éluder l'impôt, les pièces justificatives ayant sûrement été perdues ou le traitement des opérations par le cabinet comptable inapproprié, indépendamment de la bonne foi des gérants ;

- si les déclarations de taxe sur la valeur ajoutée des mois de mars, avril, mai, juin et novembre 2016 n'ont pas été souscrites, il est demandé, pour ce seul motif, l'abandon de la pénalité pour manquements délibérés sur les rappels initiés sur chacun de ces mois, l'article 1729 du code général des impôts nécessitant un défaut de production d'une déclaration ;

- les pénalités pour manœuvres frauduleuses doivent être abandonnées dès lors que les opérations en cause ont été explicitement comptabilisées et que l'administration fiscale prend en compte à tort des évènements postérieurs ou antérieurs au moment de la souscription de la déclaration qui aurait été minorée.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 3 novembre 2021 et le 1er mars 2022, la directrice de contrôle fiscal Centre-Est conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la SARL C Plâtrerie ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 25 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, au même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme d'Elbreil, conseillère,

- et les conclusions de Mme Brenner Adanlété, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL C, devenue SARL Plâtrerie de Savoie, a exercé une activité de plâtrerie jusqu'au 31 décembre 2015 et était détenue par MM. Ilyas et Nébi C. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015, période étendue au 30 novembre 2016 en matière de taxe sur la valeur ajoutée. A l'issue des opérations de contrôle, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée ont été mis en recouvrement pour un montant total de 163 852 euros, correspondant à un montant de 99 087 euros en droits et à 64 765 euros en pénalités. La réclamation préalable présentée par la SARL Plâtrerie de Savoie ayant fait l'objet d'une décision de rejet, elle demande au tribunal la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie, ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur la régularité de la procédure :

2. Aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ".

3. Il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre, d'informer le contribuable, avec une précision suffisante, de l'origine et de la teneur des renseignements obtenus auprès de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition, afin de permettre à l'intéressé, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent. L'obligation qui est ensuite faite à l'administration de tenir à la disposition du contribuable qui les demande ou de lui communiquer, avant la mise en recouvrement des impositions, les documents ou copies de documents qui contiennent les renseignements qu'elle a utilisés pour procéder aux redressements ne peut porter que sur les documents effectivement détenus par les services fiscaux. Dans l'hypothèse où les documents que le contribuable demande à examiner sont détenus non par l'administration fiscale, qui les a seulement consultés à l'occasion d'une vérification de comptabilité concernant une autre société, mais par cette dernière, il appartient à l'administration fiscale, d'une part, d'en informer l'intéressé afin de le mettre en mesure d'en demander communication à ce tiers et, d'autre part, de porter à sa connaissance l'ensemble des renseignements fondant l'imposition recueillis à l'occasion de la vérification de comptabilité de cette autre société. Par ailleurs, s'agissant des documents et renseignements qui, à la date de la demande de communication, sont directement et effectivement accessibles au contribuable dans les mêmes conditions qu'à l'administration, l'administration fiscale n'est tenue de les lui communiquer que si le contribuable établit qu'il ne peut avoir effectivement accès aux mêmes documents et renseignements que ceux détenus par l'administration.

4. D'une part, le document " Evaluer une PME du bâtiment ", auquel se réfère la proposition de rectification, a été utilisé par l'administration fiscale dans le cadre de la détermination de la valeur vénale du fonds de commerce de la SARL Plâtrerie de la Savoie, dans sa partie relative à la valorisation par le chiffre d'affaires. Si l'estimation de ce fonds de commerce a conduit à une réintégration d'un produit de 303 223 euros dans le bénéfice fiscal de l'exercice clos en 2015, il est sans incidence sur le montant des rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

5. D'autre part, la société requérante fait valoir que les éléments recueillis par l'administration fiscale dans le cadre de l'exercice de son droit de communication auprès de la société RK Matériaux et de son fournisseur, la société Réseau Pro, ne lui ont pas été transmis. Ces éléments sont relatifs au rappel de taxe sur la valeur ajoutée déductible suite à une opération considérée comme fictive effectuée par le biais de la SARL RK Matériaux. La SARL RK Matériaux, détenue par MM. C, a comptabilisé des factures d'un fournisseur, la société Réseau Pro. L'administration fiscale a exercé son droit de communication auprès de ce fournisseur, qui a répondu ne pas avoir comme client la SARL RK Matériaux et, par suite, ne pas avoir émis de facture au nom de cette dernière. Il a été constaté que la SARL RK Matériaux a facturé à la SARL C, devenue Plâtrerie de la Savoie, des matériaux divers de construction le 31 juillet 2014 pour un montant toutes taxes comprises de 134 760 euros. A la même date, la SARL RK Matériaux a soldé le compte fournisseur " Réseau Pro ", en débitant ce dernier de la somme de 120 000 euros, et en créditant en parallèle le compte client de la société Plâtrerie de la Savoie. Parallèlement, dans la société requérante, le compte fournisseur " RK Matériaux " a été débité de 120 000 euros et le compte banque crédité de 120 000 euros, de sorte que la société requérante aurait, in fine, assuré le paiement de cette somme. Toutefois, l'administration fiscale a, dans l'exercice de son droit de communication, obtenu l'information selon laquelle les associés de la SARL C ont été les bénéficiaires des virements effectués par la SARL Plâtrerie de la Savoie, pour des montants de 60 000 euros chacun. L'administration fiscale a considéré que les deux opérations d'achat auprès de la société Réseau Pro devaient être considérées comme fictives, dès lors, d'une part, qu'aucune facture papier n'a pu être présentée à ce titre et que, d'autre part, la société Réseau Pro a affirmé ne pas avoir émis de factures au nom de la SARL RK Matériaux.

6. Il résulte de la réponse aux observations du contribuable du 13 novembre 2017 que l'administration fiscale a adressé à la SARL Plâtrerie de Savoie, en pièce jointe n° 21 à la réponse aux observations du contribuable, les copies des deux virements de 60 000 euros effectués par la société C au profit de MM. Nébi et Ilyas C, établissant que les chèques émis ont été encaissés par ceux-ci. En outre, s'agissant des éléments d'information obtenus de la société Réseau Pro, et notamment de l'information selon laquelle la SARL RK Matériaux ne comptait pas parmi ses clients, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle aurait donné lieu à la transmission de documents à l'administration fiscale. L'exercice du droit de communication n'impliquant pas nécessairement la remise de documents à l'administration fiscale, les éléments communiqués à la requérante dans le cadre de la procédure préalable doivent être considérés comme suffisants. Enfin, s'agissant des éléments issus de la vérification de la SARL RK Matériaux, il est constant que les deux associés de la société requérante sont également les deux associés de cette autre société, de sorte qu'ils avaient nécessairement accès aux mêmes documents et renseignements que ceux détenus à ce titre par l'administration fiscale. Dès lors, le moyen doit être écarté comme non fondé.

7. Enfin, à supposer qu'en se prévalant des termes de l'interprétation administrative de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales, la société requérante ait entendu faire valoir la garantie prévue par les dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, ces dernières sont inopérantes s'agissant de la procédure de rectification.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

8. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I. - 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. / 2. Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable. / () ". Aux termes de l'article 272 du même code : " () / 2. La taxe sur la valeur ajoutée facturée dans les conditions définies au 4 de l'article 283 ne peut faire l'objet d'aucune déduction par celui qui a reçu la facture. / () ". Aux termes de l'article 283 de ce code : " () / 4. Lorsque la facture ne correspond pas à la livraison d'une marchandise ou à l'exécution d'une prestation de services, ou fait état d'un prix qui ne doit pas être acquitté effectivement par l'acheteur, la taxe est due par la personne qui l'a facturée. / () ".

En ce qui concerne le rappel de taxe sur la valeur ajoutée collectée :

9. La SARL Plâtrerie de la Savoie fait valoir que l'administration fiscale se serait fondée uniquement sur ses écritures comptables pour procéder aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée, sans les confronter à ses déclarations, de sorte qu'elle n'établirait pas que ces sommes auraient fait l'objet d'omissions. Toutefois, il résulte de la proposition de rectification que la SARL Plâtrerie de la Savoie a, à la suite de la cessation d'activité de la société au 31 décembre 2015, déposé une dernière déclaration de taxe sur la valeur ajoutée au titre de janvier 2016, et ce pour régulariser des opérations en cours. Cette déclaration mentionne en base de taxe sur la valeur ajoutée collectée le solde hors taxe des sommes dues par les clients de la société au 31 décembre 2015. Toutefois, postérieurement à cette date, l'administration fiscale a identifié des encaissements portés au crédit du compte bancaire de la SARL C, devenue SARL Plâtrerie de la Savoie, et non comptabilisés dans les comptes de la société, la taxe sur la valeur ajoutée à collecter s'élevant à la somme globale de 10 967 euros. Ces sommes correspondent à des factures émises en 2014 ou en 2015, non comptabilisées et encaissées en 2016 sans avoir été déclarées en taxe sur la valeur ajoutée, aucune déclaration de taxe sur la valeur ajoutée n'ayant été déposée par la société postérieurement à celle de janvier 2016. En outre, cette taxe sur la valeur ajoutée n'ayant pas été portée en comptabilité, elle n'a pu, a fortiori, faire l'objet d'une déclaration auprès de l'administration fiscale. Par suite, et contrairement à ce que soutient la requérante, qui ne conteste pas l'encaissement des sommes, l'administration fiscale établit le bien-fondé du rappel de taxe sur la valeur ajoutée dont la collecte a été omise, pour un montant de 10 967 euros.

En ce qui concerne les rappels de taxe sur la valeur ajoutée déductible :

S'agissant de la loi fiscale :

10. En vertu des dispositions combinées des articles 271, 272 et 283 du code général des impôts et de l'article 230 de l'annexe II à ce code, un contribuable n'est pas en droit de déduire de la taxe sur la valeur ajoutée dont il est redevable à raison de ses propres opérations la taxe mentionnée sur une facture établie à son nom par une personne qui ne lui a fourni aucun bien ou aucune prestation de services. Dans le cas où l'auteur de la facture était régulièrement inscrit au registre du commerce et des sociétés et assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée, il appartient à l'administration, si elle entend refuser à celui qui a reçu la facture le droit de déduire la taxe qui y était mentionnée, d'établir qu'il s'agissait d'une facture fictive ou d'une facture de complaisance. Si l'administration apporte des éléments suffisants permettant de penser que la facture ne correspond pas à une opération réelle, il appartient alors au contribuable d'apporter toutes justifications utiles sur la réalité de cette opération.

11. Il résulte de l'instruction que la SARL Platrerie de la Savoie a fait l'objet de six rappels de taxe sur la valeur ajoutée compte tenu de sommes irrégulièrement déduites, pour des fondements différents, relevant d'écritures comptables inversées, de notes d'avoir, d'absence de justificatifs, d'opérations fictives, de charges non engagées dans l'intérêt de la société et d'opérations fictives via la SARL RK Matériaux. Elle fait valoir que l'administration fiscale ne rapporte pas la preuve de ce que les sommes en question auraient effectivement été portées en déduction sur ses déclarations de taxe sur la valeur ajoutée, de sorte que le Trésor aurait subi une perte. Toutefois, les déclarations de taxe sur la valeur ajoutée faisant apparaître un montant global, la société requérante est la seule à disposer des informations et pièces justificatives permettant de distinguer les opérations concernées et n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle n'aurait pas reporté ces sommes dans ses déclarations de taxe sur la valeur ajoutée, en dépit de ses propres écritures comptables. Le moyen doit dès lors être écarté.

S'agissant de l'interprétation administrative de la loi fiscale :

12. La société requérante se prévaut du paragraphe n° 10 du BOI-TVA-DED-40-20, selon lequel : " L'expression " opérer une déduction " doit ainsi s'entendre de l'opération consistant à mentionner le montant de la taxe déductible sur la déclaration visée à l'article 287 du CGI même si ce montant ne peut pas être imputé en raison de l'insuffisance du montant de la TVA dont l'entreprise est redevable. () ". Toutefois, cette définition de l'expression de l'opération de déduction ne donne pas de la loi fiscale une interprétation différente de celle qui résulte du présent jugement.

En ce qui concerne le rappel de taxe sur la valeur ajoutée déductible résultant des opérations réalisées avec la SARL RK Matériaux :

13. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été exposé au point 5 du présent jugement, que l'administration fiscale a procédé à un rappel de taxe sur la valeur ajoutée résultant d'opérations considérées comme fictives et réalisées par le biais de la SARL RK Matériaux, pour des prestations initialement fournies par la société Réseau Pro. La société requérante soutient que les opérations réalisées auprès de la SARL RK Matériaux sont réelles, et se prévaut d'un projet de cession de la société Réseau Pro à la société Chausson, sociétés tierces, les écritures comptabilisées ayant été réalisées dans le but d'éviter de ternir la réputation de la société Réseau Pro compte tenu de litiges commerciaux liés à des surfacturations abusives. Toutefois, elle ne produit aucun élément de nature à l'établir. En outre, la circonstance que les virements bancaires effectués au profit des associés de la SARL Plâtrerie de Savoie soient libellés " dividendes " ne permet pas d'établir, compte tenu des autres éléments en cause, que les mouvements alors inscrits dans le compte fournisseur de la SARL RK Matériaux relèveraient d'une erreur comptable.

En ce qui concerne le rappel de taxe sur la valeur ajoutée déductible résultant de deux notes d'avoir :

14. Dans le cadre de l'exercice de son droit de communication auprès de la société FNIC, fournisseur de la société requérante, l'administration fiscale a constaté qu'au titre des exercices clos en 2014 et en 2015, des remises au nom de " C " effectuées dans le cadre commercial par ce fournisseur n'ont pas été enregistrées dans les écritures comptables de la SARL Plâtrerie de Savoie. La SARL a obtenu un remboursement par chèque de ces sommes, considérées comme des avoirs, les sommes ayant été enregistrées sur les comptes détenus par l'indivision C ou par M. B C. En n'enregistrant pas ces avoirs dans sa comptabilité, la SARL Plâtrerie de Savoie a indûment majoré le montant de sa taxe sur la valeur ajoutée déductible, la taxe sur la valeur ajoutée grevant les avoirs devant faire l'objet d'un enregistrement comptable au crédit du compte de taxe sur la valeur ajoutée déductible sur achats pour des montants de 2 580 euros en 2014 et 1 976 euros en 2015. Dès lors, la rectification du montant de la taxe sur la valeur ajoutée déductible correspondant est justifiée, la qualification de cadeaux d'affaires dont se prévaut la société requérante devant être écartée.

Sur les pénalités :

15. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; / () / c. 80 % en cas de manœuvres frauduleuses () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, () la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ".

16. Si les pénalités pour manquement délibéré doivent être motivées chef de rectification par chef de rectification, rien ne s'oppose à ce que l'administration fiscale mutualise la motivation des pénalités pour lesquels il est fait appel aux mêmes éléments de fait. Dès lors, la seule circonstance que l'administration fiscale ait recensé dans des paragraphes parfois similaires de la proposition de rectification la justification des pénalités appliquées en matières de bénéfices industriels et commerciaux et de celles appliquées en matière de taxe sur la valeur ajoutée n'est pas de nature à entraîner la décharge des pénalités.

En ce qui concerne les pénalités pour manquement délibéré :

17. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : / a. 10 % en l'absence de mise en demeure () / b. 40 % lorsque la déclaration ou l'acte n'a pas été déposé dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure () / ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions de l'article 1728 et de celles précitées de l'article 1729 du code général des impôts que seuls sont passibles de la majoration au taux de 40 % prévue au a. de l'article 1729 les redevables qui ont intentionnellement déclaré ou fait apparaître une base ou des éléments d'imposition inexacts, incomplets ou insuffisants. Ceux qui se sont abstenus de souscrire une déclaration n'encourent que les majorations prévues au 1. de l'article 1728.

18. D'une part, pour assortir les rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée de la pénalité de 40 % prévue par les dispositions précitées, l'administration fiscale a relevé que les onze factures de vente qui ont permis à la société requérante de minorer sa taxe sur la valeur ajoutée collectée ont été réglées au titre de la période du 1er janvier 2016 au 30 novembre 2016, de sorte qu'elle ne pouvait ignorer que ces factures auraient dû être enregistrées en comptabilité, ainsi que la taxe sur la valeur ajoutée y afférente. Ces éléments suffisent à établir le caractère délibéré du manquement. Toutefois, il est constant que la SARL Platrerie de la Savoie n'a pas déposé de déclarations de taxe sur la valeur ajoutée au titre des mois de mars, avril, mai, juin et novembre 2016, de sorte qu'au titre de ces périodes elle doit être regardée comme s'étant abstenue de souscrire une déclaration. Par suite, les dispositions de l'article 1729 du code général des impôts ne lui étaient pas applicables, de sorte que la société requérante est fondée à demander la décharge des pénalités pour manquement délibéré correspondantes.

19. D'autre part, en ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée déduite sur les opérations de locations immobilières non engagées dans l'intérêt de la société, la SARL Plâtrerie de Savoie a omis de refacturer à sa société sœur, la société RK Matériaux, des charges locatives, majorant la taxe sur la valeur ajoutée déductible de la société requérante. Compte tenu des liens entre les deux sociétés, le caractère délibéré du manquement doit être retenu. En ce qui concerne les rectifications relatives aux charges non justifiées, il a été relevé que de nombreuses écritures n'ont pas fait l'objet de justificatifs, la taxe sur la valeur ajoutée enregistrée en déduction ayant entraîné de nombreuses irrégularités comptables, 330 écritures étant concernées, de sorte que la pénalité appliquée à la taxe sur la valeur ajoutée relative est justifiée. Les circonstances qu'il s'agit du premier contrôle fiscal auquel a été soumis la société et qu'elle a eu recours aux services d'un expert-comptable sont en l'espèce sans incidence. Enfin, contrairement à ce qui est soutenu, l'administration fiscale ne s'est pas bornée à faire état d'un défaut de justificatifs pour établir le caractère délibéré des manquements. Par suite, les pénalités pour manquement délibéré ne peuvent qu'être maintenues.

En ce qui concerne les pénalités pour manœuvres frauduleuses :

20. L'administration fiscale a fait application des pénalités de 80 % pour manœuvres frauduleuses en ce qui concerne les rectifications relatives à la comptabilisation d'opérations fictives ayant donné lieu à des déductions de taxe sur la valeur ajoutée. Le caractère fictif de ces opérations n'est pas contesté, et elles ont permis, en ce qui concerne les opérations fictives avec le fournisseur Chausson, de majorer la taxe sur la valeur ajoutée déductible de 20 106,45 euros. En outre, en ce qui concerne les autres opérations fictives, il n'est pas contesté qu'elles ont permis, par l'encaissement de chèques par les associés, le règlement par ces derniers de leurs impôts personnels. S'agissant des rectifications relatives aux notes d'avoir, le règlement de ces notes au bénéfice des deux associés a également permis une majoration, à tort, de la taxe sur la valeur ajoutée déductible et l'enrichissement des deux associés. Enfin, l'opération fictive via la société RK Matériaux a permis aux associés, par l'utilisation de deux sociétés distinctes, de tenter de maquiller le recours à des opérations fictives. Dès lors, l'administration fiscale établit le caractère frauduleux des manquements, pour ces trois chefs de rappels de taxe sur la valeur ajoutée. A cet égard, l'inscription des opérations fictives dans la comptabilité de la société ne fait pas échec à l'existence de manœuvres frauduleuses. Par ailleurs, si la société requérante se prévaut de la prise en compte par l'administration fiscale d'éléments antérieurs et postérieurs aux déclarations, cet argument est dépourvu des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

21. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL Plâtrerie de la Savoie est seulement fondée à demander la décharge des pénalités pour manquement délibéré dont ont été assortis les rappels de taxe sur la valeur ajoutée relatifs au mois de mars, avril, mai, juin et novembre 2016.

Sur les frais du litige :

22. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à la SARL Plâtrerie de la Savoie d'une somme en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La SARL Plâtrerie de la Savoie est déchargée des pénalités pour manquement délibéré mises à sa charge au titre des rappels de taxe sur la valeur ajoutée opérés pour les mois de mars, avril, mai, juin et novembre 2016.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Plâtrerie de Savoie et à la directrice de contrôle fiscal Centre-Est.

Délibéré après l'audience du 6 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

Mme Bardad, première conseillère,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.

La rapporteure,

M. D'ELBREIL

Le président,

V. L'HÔTELa greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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