vendredi 27 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2104972 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | LAURENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 27 juillet 2021 et le 1er septembre 2022, le syndicat des copropriétaires de la résidence Le Granier, représenté par Me Sevino, demande au tribunal :
1°) d'enjoindre, à titre principal, à la commune de Chambéry de réaliser les travaux décrits par l'expert judiciaire dans son rapport final, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard à compter la notification de la décision à intervenir ;
2°) de condamner, à titre subsidiaire, la commune de Chambéry à lui payer une indemnité de 465 000 euros TTC afin qu'elle réalise les travaux prescrits par l'expert judiciaire ;
3°) de condamner, en tout état de cause, la commune de Chambéry à lui verser les sommes suivantes :
* 24 840 euros au titre de la perte de jouissance ;
* 65 966 euros TTC au titre des frais d'expertise ;
* 36 432 euros TTC au titre des frais d'avocat ;
* 100 000 euros à titre de dommages et intérêts ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Chambéry la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la commune a commis plusieurs fautes en autorisant le passage de camions sur la rue du commandant B puis en ne faisant pas respecter l'interdiction qu'elle a tardivement prise ;
- sa responsabilité sans faute au titre des dommages de travaux publics est également engagée au titre des désordres qui affectent le parking souterrain de ses résidents ;
- la circulation sur la dalle de véhicules hors gabarit a eu pour conséquence directe une compression de la dalle des boxes et l'apparition des désordres subis par la copropriété.
Par des mémoires en défense enregistrés le 19 juillet 2022 et le 29 septembre 2023, la commune de Chambéry, représentée par Me Laurent, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du syndicat des copropriétaires de l'immeuble Le Granier la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- seuls les désordres qui affectent les garages situés sous l'emprise de la voie du commandant B sont susceptibles de relever de sa responsabilité ;
- le syndicat requérant ne démontre ni qu'elle aurait commis une faute ni le lien de causalité direct entre l'utilisation de la voie et les désordres structurels affectant l'ouvrage privé ;
- les désordres ayant plusieurs auteurs, sa responsabilité n'est que partielle et correspond seulement à sa part de contribution au dommage ;
- les dommages ont pour cause véritable les défauts structurels affectant l'ouvrage appartenant au syndicat ainsi que son défaut d'entretien.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
-le code de l'urbanisme ;
- le code de la voirie routière ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ban,
- les conclusions de M. Callot, rapporteur public ;
- les observations de Me Sevino représentant le syndicat des copropriétaires de la résidence Le Granier et de Me Laurent représentant la commune de Chambéry.
Considérant ce qui suit :
1. Par un acte authentique des 7 et 9 mars 1960, dans le cadre d'une opération immobilière, le département de la Savoie a cédé à la Société Civile de Gestion Immobilière (SCGI), maître de l'ouvrage de cette opération, des parcelles situées à proximité immédiate de la gare de Chambéry. La SCGI s'y engage à " créer à ses frais, risques et périls, une rue qui partira de la place de la gare pour aboutir au quai Charles Roissard. La totalité du terrain de la parcelle n° 3 de l'ilot 8 sera affectée à la création de cette rue, qui sera utilisée comme voie publique ". Pour réaliser cette opération, la SCGI a déposé une demande de permis de construire en vue de l'édification, place de la Gare, de deux immeubles collectifs à usage habitation et commercial de 103 logements. Ce permis a été accordé par le maire de Chambéry le 6 janvier 1960. Cette voie privée, dénommée rue du commandant B, a été ouverte à la circulation publique depuis sa création en 1961. Par un arrêté du préfet de la Savoie du 24 juillet 2019 elle a été transférée dans le domaine public communal.
2. Par la présente requête, le syndicat des copropriétaires de la résidence Le Granier se plaint de ce que le parking sous-terrain de la copropriété, situé partiellement sous la voie du commandant B, est affecté d'importantes infiltrations qui mettent en cause sa solidité. Il impute ces désordres au fait que des poids lourds empruntent cette voie désormais communale. Il recherche la responsabilité pour faute et sans faute de la commune de Chambéry et demande, à titre principal, outre la réparation de ses préjudices, qu'il soit enjoint à la commune de Chambéry de réaliser les travaux décrits par l'expert judiciaire dans son rapport final sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard. A titre subsidiaire, il demande que cette commune soit condamnée à lui payer la somme de 465 000 euros TTC correspondant au coût des travaux prescrits par l'expert judiciaire.
Sur la responsabilité de la commune de Chambéry :
En ce qui concerne la responsabilité pour faute s'agissant de la circulation de poids lourds :
3. Aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques, () ". Aux termes de l'article L. 2213-1 du même code : " Le maire exerce la police de la circulation sur les routes nationales, les routes départementales et l'ensemble des voies publiques ou privées ouvertes à la circulation publique à l'intérieur des agglomérations, sous réserve des pouvoirs dévolus au représentant de l'Etat dans le département sur les routes à grande circulation () ". Il résulte de ces dispositions que la police municipale comprend tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les voies privées ou publiques sans distinguer entre celles qui font partie du domaine communal et celles qui, demeurées propriétés privées, ont été ouvertes à l'usage du public.
4. Ainsi qu'il a été dit au point 1, la rue du commandant A B a été une voie privée ouverte à la circulation publique depuis sa réalisation en 1961 jusqu'à son transfert d'office dans le domaine public de la commune de Chambéry par arrêté du préfet de la Savoie du 24 juillet 2019 pris sur le fondement des dispositions de l'article L. 318-3 du code de l'urbanisme. Dès lors, depuis 1961, le maire de Chambéry est compétent pour exercer ses pouvoirs de police sur la rue du commandant A B afin d'y assurer la sécurité publique, notamment en y réglementant la circulation et le stationnement.
5. Il résulte de l'instruction que le maire de Chambéry a pris plusieurs arrêtés de police concernant la rue du commandant B. Par un premier arrêté du 21 août 1982, il y a autorisé le stationnement bilatéral permanent ouvert à tous véhicules. Par arrêté du 3 août 2014, il a interdit la circulation des véhicules d'un poids supérieur à 7,5 tonnes, " aux fins de préserver les voiries communales et les ouvrages privés qui se situent sous la chaussée ". Par arrêté du 16 août 2016, il y a interdit la circulation des véhicules de plus de 3,5 tonnes.
6. La commune fait valoir que, dès que le syndicat requérant l'a informé de l'existence d'infiltrations et de désordres dans les garages situés au sous-sol, elle a immédiatement pris les mesures nécessaires en apportant une limitation de tonnage à la circulation sur cette voie. Le syndicat n'apporte pas, de son côté, les éléments de nature à établir que les risques d'atteinte à la sécurité publique, résultant notamment des désordres affectant la solidité de dalle de couverture de la rue du commandant B, étaient tels qu'ils justifiaient que le maire interdise ou restreigne la circulation des poids lourds sur cette rue avant l'intervention de l'arrêté d'interdiction du 3 août 2014. Dès lors, la faute invoquée par le syndicat requérant à l'encontre de la commune consistant à avoir pris des mesures de police seulement de façon tardive n'est pas caractérisée.
7. En revanche, il résulte de l'instruction et notamment des nombreuses photographies produites au dossier que les mesures d'interdiction de circulation des poids lourds sur la rue du commandant A B prises à compter de 2014 n'ont pas été appliquées sur le terrain malgré les nombreuses demandes présentées à cette fin par le syndicat requérant assorties de recours juridictionnels. Si, pour démontrer qu'elle a entendu faire appliquer ces interdictions, la commune fournit au dossier 9 rapports d'intervention de la police municipale de Chambéry établis entre 2018 et 2021, il ressort de l'examen de ces documents que les diligences qu'elle a accomplies sur un temps limité pour faire appliquer cette réglementation étaient insuffisantes, aucune contravention n'ayant été ainsi dressé depuis 2014 alors que cette rue est régulièrement empruntée par des véhicules lourds en méconnaissance des mesures d'interdiction qu'elle a prises.
8. Or, contrairement à ce qu'elle soutient, la commune de Chambéry a l'obligation, en sa qualité d'autorité de police, de se préoccuper de la solidité de cet ouvrage en ce qu'il soutient une voie ouverte à la circulation publique. Aussi, la nécessité d'assurer la sécurité de cette rue, qui repose sur une dalle de couverture qui n'a pas été conçue pour supporter la circulation de poids lourds, imposait que le maire prenne des mesures et mobilise réellement les forces de police afin de faire effectivement respecter les interdictions de circulation qu'il a prises, quitte à les assortir de dérogations précises pour permettre le passage ponctuel de camion.
9. Par ailleurs, il résulte du rapport d'expertise qu'un " tonnage non limité de la voie publique ne peut que solliciter la dalle de couverture " et permet " assurément d'expliquer des charges destructrices des structures porteuses ". L'expert mandaté par la commune reconnaît lui-même, dans son rapport du 29 juin 2017, que " ces limitations différenciées de limite de tonnage paraissent cependant peu respectées ce qui a pu participer à l'accentuation, notamment par les efforts cinétiques, des désordres qui seront relevés ". L'expert judiciaire en conclut que " la solidité de l'ouvrage est fortement compromise à terme et sous courts délais si des travaux bien définis de RSO ne sont pas entrepris ", que la compression " n'est active qu'en cas de surcharge sur la dalle, niveau parking extérieur " et que " la ville de Chambéry ne peut s'exonérer de responsabilité d'ordre structurels ". Dès lors, l'utilisation de la rue du commandant A B non conforme à la réglementation de police édictée par le maire a directement contribué à la réalisation des désordres constatés sur les structures porteuses situées en dessous de cet ouvrage public.
10. Dans ces conditions, le syndicat requérant est fondé à invoquer la carence fautive du maire de Chambéry à faire appliquer sa propre réglementation afin de prévenir les risques graves pour la sécurité publique d'effondrement de la voie publique dans le parking souterrain dont les structures porteuses sont altérées selon le rapport d'expertise, et ce alors même que le péril en résultant n'apparaît pas imminent selon l'expert. Au regard de l'ampleur et de la persistance de ces risques s'aggravant dans le temps, l'absence de mesures prises pour empêcher effectivement la circulation des poids lourds sur cette voie, telle qu'un portique amovible, est de nature à engager la responsabilité de la commune.
En ce qui concerne la responsabilité sans faute s'agissant de l'entretien de la voirie :
11. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers, qui doivent établir, le lien de causalité avec les dommages invoqués, ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.
12. Il résulte du rapport d'expertise que l'état de la voie en litige, notamment les nombreuses altérations des enrobés qui ont favorisé les percolations et migrations des eaux sous étanchéité et sur la dalle porteuse dégradent également l'ouvrage souterrain appartenant aux copropriétaires et en affectent la solidité à terme.
13. Depuis l'entrée en vigueur de l'arrêté préfectoral du 24 juillet 2019, la commune est responsable des dommages que la rue du commandant B peut causer aux tiers et, par conséquent, elle est tenue d'assurer l'entretien de cette voie qui relève du domaine public communal. A cet égard, les dépenses d'entretien font partie des dépenses obligatoires mises à sa charge en vertu des dispositions combinées du 20° de l'article L. 2321-2 du code général des collectivités territoriales et de l'article L. 141-8 du code de la voirie routière.
14. Le transfert de propriété réalisé à titre gratuit résultant de l'arrêté préfectoral du 24 juillet 2019 libère les copropriétaires de toute obligation liée à l'entretien de la voie communale et met à la charge de la commune l'intégralité des travaux nécessaires à son entretien et à sa conservation. Aussi, à la date du présent jugement, la commune de Chambéry a la charge de l'entretien de cette rue et des aménagements que son état requiert sans qu'il soit besoin de déterminer si, avant le transfert dans le domaine public communal, un manque d'entretien était également imputable à la copropriété le Granier.
15. La responsabilité qui pèse sur la commune porte toutefois exclusivement sur l'ouvrage public transféré qui comprend le revêtement de chaussée de la rue du commandant A B en ce qu'elle concourt directement à la circulation publique et la couche inférieure drainante qui en est l'accessoire indispensable.
16. En revanche, bien que physiquement indissociables, la dalle de couverture des garages ainsi que son étanchéité et les poteaux porteurs situés en tréfonds de la rue du commandant A B ne font pas partie de l'ouvrage transféré. En effet, ces ouvrages ont été édifiés pour l'aménagement de garage en sous-sol de la copropriété et non pour permettre la réalisation de la voie qui aurait pu être aménagée sans parking souterrain. Ils constituent des aménagements indissociables des garages situés au sous-sol de la copropriété ayant un usage strictement privé. Le règlement de la copropriété de l'immeuble le Granier a d'ailleurs classé dans les choses communes à cet ensemble immobilier la dalle inférieure et la dalle supérieure des garages des sous-sols avec son revêtement étanche.
17. En outre, ainsi que le fait valoir la commune, seuls les désordres affectant les garages situés sous l'emprise de la rue du Commandant A B, à l'exclusion de ceux subis par les garages souterrains de la copropriété situés sous le parking aérien de Cristal Habitat, sont susceptibles d'engager la responsabilité de la commune de Chambéry.
18. Il résulte de ce qui précède que les responsabilités pour faute et sans faute de la commune de Chambéry, dont les faits générateurs contribuent chacun de façon distincte à la réalisation des dommages, sont engagées dans les limites qui viennent d'être définies.
En ce qui concerne les fautes de la victime :
19. La commune fait valoir que les copropriétaires de l'immeuble Le Granier sont responsables du défaut de conception initiale du parking souterrain et de la dalle de couverture supportant la voie publique, qu'ils ont manqué, en outre, à l'obligation d'entretien de leur ouvrage souterrain et également commis une faute en ne respectant pas eux-mêmes l'interdiction de circulation des véhicules lourds sur la rue du commandant A B.
20. En premier lieu, l'acte de vente des 7 et 9 mars 1960 consenti par le département de la Savoie à la société civile de gestion immobilière, maître d'ouvrage de l'opération immobilière concernée et créateur du syndicat des copropriétaires de l'immeuble ainsi que le cahier des charges disposent que " lorsque la Ville de CHAMBERY classera cette nouvelle rue dans la voirie municipale, la Société Civile de Gestion Immobilière ou ses ayants droits devront concéder gratuitement à la Ville de CHAMBERY un droit de passage permanent pour piétons et voitures sur cette rue, sous la seule obligation pour la Ville de CHAMBERY de prendre à sa charge les dépenses d'entretien et de nettoyage de la rue dès le jour de son classement ".
21. Il résulte toutefois de l'instruction que la délivrance du permis de construire accordé le 6 janvier 1960 par le maire de Chambéry à la société civile de gestion immobilière était subordonnée à une prescription selon laquelle : " Toutes les précautions nécessaires devront être prises lors des travaux. La dalle de couverture des garages à voitures à installer sous la rue nouvelle projetée devra être étudiée et exécutée de manière à permettre le passage des véhicules lourds ". Cette formulation de la prescription est suffisamment précise pour être regardée comme visant la catégorie des véhicules au-delà de 3,5 tonnes. Aussi, cette règle est opposable au syndicat requérant qui vient au droit de la société civile de gestion immobilière, alors même que la commune n'a pas remis en cause la conformité des travaux au permis de construire en ne s'opposant à la déclaration d'achèvement des travaux qui aurait été déposée. Aussi, le syndicat requérant doit être regardé comme ayant commis une faute en ne faisant pas construire, conformément à cette prescription, une dalle de couverture et des structures porteuses conçues pour résister au passage des véhicules lourds sur la rue surplombant son parking souterrain.
22. En deuxième lieu, il résulte également de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que la dégradation des structures porteuses a été causé non seulement par ce défaut de conception initiale mais aussi par le défaut d'entretien des poutres et des joints de dilation.
23. En troisième et dernier lieu, la circonstance que le syndicat requérant n'a lui-même pas respecté l'interdiction de circulation des véhicules lourds en raison d'une utilisation commerciale des locaux et des déménagements nécessitant l'emploi de cette catégorie de véhicules n'apparaît, en revanche, pas déterminante dans la survenue des désordres.
En ce qui concerne le partage de responsabilité :
24. D'une part, il résulte de ce qui a été dit aux points 11 à 14 qu'à la date du présent jugement, la commune de Chambéry doit être déclarée responsable de l'intégralité des dégradations qui affectent la voie devenue communale.
25. D'autre part, s'agissant des désordres affectant les ouvrages souterrains privés, ils trouvent leur cause principale dans les fautes commises par le syndicat de copropriété le Granier énoncées aux points 19 à 22. Ils sont également imputables à la faute de la commune de Chambéry qui n'a pas fait respecter les mesures d'interdiction de circulation qu'elle a prises ainsi qu'au fonctionnement de la voie devenue communale dont les dégradations ont contribué à aggraver l'altération de la dalle de couverture et des poutres qui la soutiennent. A ce titre, elle doit être regardée comme ayant contribué à hauteur de 25% des dommages causés aux ouvrages appartenant au syndicat requérant.
Sur les conclusions d'injonction :
26. La personne qui subit un préjudice direct et certain du fait du comportement fautif d'une personne publique peut former devant le juge administratif une action en responsabilité tendant à ce que cette personne publique soit condamnée à l'indemniser des conséquences dommageables de ce comportement. Elle peut également, lorsqu'elle établit la persistance du comportement fautif de la personne publique responsable et du préjudice qu'elle lui cause, assortir ses conclusions indemnitaires de conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la personne publique en cause de mettre fin à ce comportement ou d'en pallier les effets. De telles conclusions à fin d'injonction ne peuvent être présentées qu'en complément de conclusions indemnitaires.
27. Par ailleurs, lorsque le juge administratif condamne une personne publique responsable de dommages qui trouvent leur origine dans l'exécution de travaux publics ou dans l'existence ou le fonctionnement d'un ouvrage public, il peut, saisi de conclusions en ce sens, s'il constate qu'un dommage perdure à la date à laquelle il statue du fait de la faute que commet, en s'abstenant de prendre les mesures de nature à y mettre fin ou à en pallier les effets, la personne publique, enjoindre à celle-ci de prendre de telles mesures. Pour apprécier si la personne publique commet, par son abstention, une faute, il lui incombe, en prenant en compte l'ensemble des circonstances de fait à la date de sa décision, de vérifier d'abord si la persistance du dommage trouve son origine non dans la seule réalisation de travaux ou la seule existence d'un ouvrage, mais dans l'exécution défectueuse des travaux ou dans un défaut ou un fonctionnement anormal de l'ouvrage et, si tel est le cas, de s'assurer qu'aucun motif d'intérêt général, qui peut tenir au coût manifestement disproportionné des mesures à prendre par rapport au préjudice subi, ou aucun droit de tiers ne justifie l'abstention de la personne publique. En l'absence de toute abstention fautive de la personne publique, le juge ne peut faire droit à une demande d'injonction, mais il peut décider que l'administration aura le choix entre le versement d'une indemnité dont il fixe le montant et la réalisation de mesures dont il définit la nature et les délais d'exécution.
28. En l'espèce, il résulte de l'instruction que les dommages subis par le syndicat requérant perdurent à la date du présent jugement et que cette persistance trouve son origine partielle dans la faute commise par la commune de Chambéry dans l'exercice par son maire de son pouvoir de police et dans les dégradations affectant la rue B dont la responsabilité relève de la commune depuis son intégration dans le domaine public.
En ce qui concerne les travaux à réaliser sur la voie communale :
29. Il ne résulte pas de l'instruction que, compte tenu des capacités financières dont dispose la commune de Chambéry, le coût des travaux à réaliser pour remédier aux désordre affectant la seule voie publique serait manifestement disproportionné par rapport aux dommages affectant le parking souterrain du syndicat qui, s'amplifiant progressivement, risquent à terme de mettre en cause la solidité de l'ouvrage privé et, en conséquence, la sécurité des usagers de la voie communale qui se trouve en surplomb.
30. Par ailleurs, l'intérêt du public est également de disposer d'une rue en bon état d'entretien et présentant toutes les garanties de sécurité sans attendre un éventuel accident.
31. Aussi, eu égard à l'intérêt tant public que privé qui s'attache à mettre fin aux causes des désordres constatés, aucun motif d'intérêt général ne justifie, à la date du présent jugement, l'absence des mesures prises par la commune pour remédier aux désordres affectant cet ouvrage public.
32. Dès lors, il doit être enjoint à la commune de Chambéry de réaliser, à ses frais, les travaux de surface selon les modalités techniques recommandées par l'expert en page 18 de son rapport, concernant les travaux de rénovation de l'enrobé de la voie communale et de la couche inférieure drainante en incluant la reprise des étanchéités générales, des réseaux de collectes et d' évacuation des eaux pluviales et des enrobées qui favorisent les percolations et migrations des eaux sous étanchéité et sur dalle vers les fissurations, à l'exception toutefois du traitement, du pontage et des protections des deux joints de dilatation qui relèvent de la copropriété. Il n'a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
En ce qui concerne les travaux à réaliser sur les ouvrages souterrains privés :
33. Ainsi qu'il a été dit au point 25, si les dommages trouvent leur cause dans plusieurs fautes, ils relèvent pour l'essentiel de la responsabilité de la copropriété et n'incombent à la commune de Chambéry qu'à hauteur de 25% ainsi que cela a été dit au point 25. Dans ces conditions, il apparaît manifestement inadéquat de faire réaliser ces travaux par la commune sur ces ouvrages privés.
Sur les conclusions indemnitaires :
34. En premier lieu, le coût des travaux à réaliser pour remédier aux désordres affectant les ouvrages souterrains sont décrits par l'expert en page 19 de son rapport qui reprend le rapport du sapiteur Sixense Engineering. Le coût de ces travaux, à l'exclusion de ceux se trouvant sous le parking extérieur Cristall, doit être évalué à la somme de 175 500 euros correspondant à 45% du montant total des travaux évalué par l'expert à 390 000 euros H.T. Compte tenu de sa part de responsabilité, seul 25% de ce coût incombe à la commune, soit un montant de 43 875 euros HT. Il convient de condamner la commune de Chambéry à verser au syndicat requérant une indemnité de 52 650 euros TTC au titre de la part de coût des travaux à réaliser lui incombant.
35. En deuxième lieu, le rapport du sapiteur Sixense Engeneering indique que, " par sécurité durant la réalisation des travaux de renforcement et de pérennisation de la structure, l'ensemble des boxes devra être interdit d'accès ". Les travaux à réaliser entraîneront nécessairement, ainsi que cela ressort des rapports de l'expert et de son sapiteur, l'impossibilité pour chaque copropriétaire d'utiliser sa place de garage souterrain situé à l'aplomb de la rue B. Le rapport d'expertise (page 4) mentionne que 28 box se trouvent sous la voie du commandant B. Il n'est pas contesté que le coût afférent à la location d'un box fermé dans le centre-ville de Chambéry peut être estimé à 90 euros par mois. Sur la base d'une durée des travaux à réaliser de 4 mois, ce préjudice peut être évalué à la somme totale de 10 080 euros. Compte tenu de la fraction du préjudice indemnisable, la commune doit être condamnée à verser au syndicat la somme de 2 520 euros.
36. En troisième lieu, le syndicat requérant demande une indemnité de 100 000 euros en raison du mépris et de la négligence dont aurait fait preuve la commune de Chambéry pendant plusieurs décennies à l'égard des copropriétaires. La circonstance que la commune n'ait pas fait droit à ses demandes d'intervention n'est pas de nature à caractériser un tel comportement de la part de la commune. Ce préjudice d'ordre moral n'est pas établi et sera, dès lors, rejeté.
37. En quatrième lieu, la demande présentée par le syndicat requérant tendant au remboursement des frais d'expertise provisoirement mises à sa charge relève des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative et sera examinée au point 40 dans les conditions prévues par ces dispositions.
38. En cinquième et dernier lieu, le syndicat requérant ne saurait réclamer à titre principal le remboursement d'une somme de 36 432 euros TTC qu'il aurait exposée au titre des frais d'honoraires d'avocat liés à la présente instance. Cette demande sera ultérieurement traitée dans le cadre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative qu'il invoque également.
39. Dès lors, la commune de Chambéry doit être condamnée à verser au syndicat des copropriétaires de la résidence Le Granier une indemnité d'un montant total de 55 170 euros.
Sur les frais d'expertise :
40. Par ordonnance du 22 avril 2021, le président du tribunal administratif de Grenoble a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expertise à la somme de 65 966,40 euros et les a mis à la charge provisoire du syndicat de la copropriété Le Granier.
41. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre ces frais à la charge définitive du syndicat de la copropriété Le Granier à hauteur de 50% et de la commune de Chambéry à hauteur des 50 % restants.
Sur les frais liés à l'instance :
42. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du syndicat de la copropriété Le Granier, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que demande la commune de Chambéry au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
43. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Chambéry le versement au syndicat requérant une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Chambéry est condamnée à payer au syndicat des copropriétaires de la résidence Le Granier la somme de 55 170 euros.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Chambéry de réaliser à ses frais les travaux sur la voie communale selon les modalités techniques recommandées par l'expert en page 18 de son rapport dans les conditions énoncées au point 32 dans un délai de 8 mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 65 966,40 euros, sont mis à la charge définitive du syndicat des copropriétaires de la résidence Le Granier à hauteur de 50 % et de la commune de Chambéry à hauteur de 50%.
Article 4 : La commune de Chambéry versera au syndicat des copropriétaires de la résidence Le Granier une somme de 1500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5: Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié au syndicat des copropriétaires de la résidence Le Granier et à la commune de Chambéry.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. Ban, premier conseiller.
Mme Rogniaux, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.
Le rapporteur,
J-L. Ban
La présidente,
A. Triolet
La greffière,
J. Bonino
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026