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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2105005

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2105005

mardi 20 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2105005
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP FAYOL & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 28 juillet 2021, le 27 octobre 2021 et le 20 mai 2022, M. A B, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision n°D-2021.05 du 24 juin 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Die l'a licencié à compter du 9 juillet 2021 ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de Die, dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement, de le réintégrer dans les effectifs du centre hospitalier et de supprimer toute mention de la sanction dans son dossier ;

3°) de condamner le centre hospitalier de Die à lui verser la somme de 100 000 euros en réparation du préjudice matériel et moral subi en raison de son licenciement abusif et de faits de harcèlement moral ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Die une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- les faits fondant son licenciement ne sont matériellement pas établis ;

- le licenciement est une sanction disproportionnée au regard des faits reprochés, même à les supposer établis ;

- à titre subsidiaire, le licenciement attaqué est insuffisamment motivé en fait ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, l'avis émis par le conseil de discipline équivalant à une absence d'avis ;

- l'illégalité de la décision lui a causé un préjudice matériel dont il demande réparation à hauteur de 75 000 euros, correspondant à trois ans de rémunération, en dépit de sa perspective de pouvoir bénéficier de l'ARE pendant deux ans, à hauteur de 28 000 euros ;

- il a également subi un préjudice moral dont il demande à être indemnisé à hauteur de 25 000 euros, tant en raison de son licenciement abusif que des faits de harcèlement moral dont il s'estime victime, en méconnaissance de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983. Ce harcèlement se caractérise notamment par le zèle disproportionné manifesté pour conduire la procédure disciplinaire.

Par des mémoires enregistrés le 1er octobre 2021, le 4 octobre 2021 et le 3 mai 2022, le centre hospitalier de Die conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au motif que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;

- le décret n°91-155 du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels des établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;

- le décret n°2002-9 du 4 janvier 2002 relatif au temps de travail et à l'organisation du travail dans les établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;

- le décret n°2002-598 du 25 avril 2002 relatif aux indemnités horaires pour travaux supplémentaires ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 juin 2023:

- le rapport de Mme Frapolli,

- les conclusions de M. C,

- les observations de M. B,

- et les observations de Me Breysse, représentant le centre hospitalier de Die.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été recruté par le centre hospitalier de Die à compter du 23 septembre 2019, en vertu d'un contrat à durée indéterminée dont l'article 1 précise qu'il a la " qualité d'adjoint administratif principal 1ère classe contractuel ", et occupait l'emploi de gestionnaire des ressources humaines et médicales au sein de la direction des ressources humaines et des affaires médicales. Dans la présente instance, M. B demande au Tribunal d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 24 juin 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Die l'a licencié pour faute et présente des conclusions à fin d'injonction tendant à sa réintégration. Il formule également des conclusions indemnitaires, destinées à réparer les préjudices matériels (à hauteur de 75 000 euros) et moraux (à hauteur de 25 000 euros) résultant, selon lui, de l'illégalité de son licenciement ainsi que du harcèlement moral dont il aurait été victime de la part de sa hiérarchie.

Sur les conclusions à fin d'annulation:

Sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête ;

2. Aux termes de l'article 39 du décret du 6 février 1991 susvisé dans sa version alors en vigueur : " Les sanctions disciplinaires susceptibles d'être appliquées aux agents contractuels sont les suivantes :/ 1° L'avertissement ;/ 2° Le blâme ;/ 3° L'exclusion temporaire des fonctions avec retenue de traitement pour une durée maximale de six mois pour les agents recrutés pour une période déterminée et d'un an pour les agents sous contrat à durée indéterminée./ 4° Le licenciement, sans préavis ni indemnité de licenciement./ La décision prononçant une sanction disciplinaire doit être motivée. ".

3. Par ailleurs, aux termes de l'article 4 du décret du 25 avril 2002 susvisé : " Pour l'application du présent décret et conformément aux dispositions du décret du 4 janvier 2002 susvisé, sont considérées comme heures supplémentaires les heures effectuées à la demande du chef d'établissement, dès qu'il y a dépassement des bornes horaires définies par le cycle de travail. () ".

4. Il incombe à l'autorité investie du pouvoir disciplinaire d'établir les faits sur le fondement desquels elle inflige une sanction à un agent public. D'autre part, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

5. Il est constant que M. B, en sa qualité de gestionnaire des ressources humaines, s'est décompté à plusieurs reprises des heures supplémentaires qui n'avaient pas été demandées par sa hiérarchie, en méconnaissance des dispositions citées au point 3. Ce fait, matériellement établi, est constitutif d'une faute.

6. En revanche, les faits d'insubordination à l'égard de sa supérieure hiérarchique directe, responsable des ressources humaines, ne sont pas établis, même si certains courriels, notamment ceux des 16 décembre 2020 et 3 février 2021, sont rédigés en des termes désinvoltes qui ne peuvent que nuire aux bonnes relations de travail.

7. S'agissant du troisième et dernier grief reproché à M. B dans la décision attaquée, les manquements et les négligences " dans les transmissions d'informations à sa hiérarchie " ne sont pas davantage établis.

8. S'agissant de la faute matériellement établie relative à l'octroi d'heures supplémentaires à son bénéfice en l'absence de demande de sa hiérarchie, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'auraient pas été effectivement accomplies par l'intéressé qui soutient, sans être sérieusement contredit, qu'il s'agissait d'une pratique courante antérieurement à l'entrée en fonction de sa responsable hiérarchique, et qu'il l'a abandonnée sans délai à la suite du recadrage effectué par cette dernière. Ainsi, si les faits matériellement établis révèlent une pratique répréhensible de la part de M. B, le degré de gravité qu'ils présentent n'est pas tel qu'ils justifient un licenciement fondé sur les dispositions citées au point 2. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, cette sanction revêt un caractère disproportionné.

9. Il résulte de ce qui précède que la décision du 24 juin 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Die a licencié M. B à compter du 9 juillet 2021 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

11. Le présent jugement implique nécessairement, d'une part que l'administration réintègre M. B dans un emploi équivalent à celui qu'il occupait avant son éviction et, d'autre part, retire de son dossier administratif toute mention afférente à la sanction de licenciement annulée. Il y a lieu d'adresser une injonction en ce sens au directeur du centre hospitalier de Die et de lui impartir un délai de trois mois à compter de la notification du jugement.

Sur les conclusions indemnitaires :

12. En premier lieu, en vertu des principes généraux qui régissent la responsabilité de la puissance publique, un agent public irrégulièrement évincé a droit à la réparation intégrale du préjudice qu'il a effectivement subi du fait de la mesure illégalement prise à son encontre. Sont ainsi indemnisables les préjudices de toute nature avec lesquels l'illégalité commise présente, compte tenu de l'importance respective de cette illégalité et des fautes relevées à l'encontre de l'intéressé, un lien direct de causalité. Pour apprécier à ce titre l'existence d'un lien de causalité entre les préjudices subis par l'agent et l'illégalité commise par l'administration, le juge peut rechercher si, compte tenu des fautes commises par l'agent et de la nature de l'illégalité entachant la sanction, la même sanction, ou une sanction emportant les mêmes effets, aurait pu être légalement prise par l'administration. Le juge n'est, en revanche, jamais tenu, pour apprécier l'existence ou l'étendue des préjudices qui présentent un lien direct de causalité avec l'illégalité de la sanction, de rechercher la sanction qui aurait pu être légalement prise par l'administration.

13. En l'espèce, doivent être pris en compte au titre de la perte de revenus subie par M. B depuis son éviction les sommes correspondant aux traitements qu'il aurait dû percevoir en déduisant celles correspondant aux aides au retour à l'emploi perçues. Par ailleurs, si le licenciement litigieux a été annulé en raison du caractère disproportionné de la sanction, il résulte de l'instruction que le comportement de l'intéressé n'est pas exempt de tout reproche, notamment eu égard à sa pratique de décompte des heures supplémentaires et, de manière générale, à son attitude désinvolte à l'égard de sa supérieure hiérarchique. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de l'indemnisation des préjudices matériel et moral en lien direct avec l'illégalité de la sanction en l'évaluant à 8 000 euros, tous intérêts compris.

14. En deuxième lieu, si M. B demande réparation d'un préjudice moral distinct qui résulterait, selon lui, du harcèlement moral dont il aurait été victime, il n'établit pas l'existence d'un tel harcèlement.

15. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier de Die doit être condamné à verser à M. B une indemnité de 8 000 euros, tous intérêts compris, en réparation des préjudices résultant de son éviction illégale, telle qu'explicitée aux points 2 à 8.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

16. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Die la somme demandée par M. B au titre des frais d'instance. Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Die, partie perdante, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 24 juin 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Die a licencié M. B à compter du 9 juillet 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur du centre hospitalier de Die de réintégrer M. B dans un emploi équivalent à celui occupé avant son éviction et de retirer du dossier administratif de l'agent toute mention afférente à la sanction de licenciement annulée, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le centre hospitalier de Die est condamné à verser à M. B une indemnité de 8 000 euros, tous intérêts compris.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au centre hospitalier de Die.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Wyss, président,

Mme Frapolli, premier conseiller,

Mme Fourcade, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.

Le rapporteur,

I. FRAPOLLI

Le président,

J.-P. Wyss

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2105005

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