jeudi 11 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2105006 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS LE RAY GUIDO BELLINA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 28 juillet 2021 et 18 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Coureau, demande au tribunal :
1°) de condamner la communauté d'agglomération du Grand Chambéry à lui payer la somme de 16 216,76 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi, majorée des intérêts de droit à compter de sa demande préalable d'indemnité formée le 25 février 2021 et capitalisation de ces intérêts ;
2°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération du Grand Chambéry la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision du 31 mai 2021 par laquelle la communauté d'agglomération du Grand Chambéry a rejeté sa demande préalable d'indemnité est entachée d'un vice d'incompétence et d'un vice de forme tenant à l'absence de mention des voies et délais de recours ;
- le recours préalable obligatoire a été formé valablement par son assureur ;
- il est fondé à rechercher la responsabilité de la communauté d'agglomération du Grand Chambéry en ce qu'elle est maître d'ouvrage des travaux à l'origine des dommages ;
- il avait la qualité de tiers par rapport à l'obstacle provenant de la piste cyclable en travaux ;
- il n'a commis aucune faute ;
- s'il était retenu sa qualité, d'usager, l'élément du balisage issu des nouvelles pistes cyclables de chantier était posé sur la voie de circulation sans signalisation, ce qui constitue un défaut d'entretien normal ;
- le coût des réparations du véhicule endommagé s'est élevé à 13 216,76 euros ;
- son préjudice moral et ses troubles dans les conditions d'existence seront estimés à 3 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2021, la communauté d'agglomération du Grand Chambéry, représentée par Me Phelip, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la demande préalable a été adressée par l'assureur du véhicule de M. B qui ne disposait pas d'un mandat de son assuré pour ce faire ;
- l'accident est survenu sur une voie départementale dont l'entretien ne relève pas de sa compétence et il n'est pas établi que l'éventuel obstacle proviendrait d'un chantier sous sa maîtrise d'ouvrage ; elle doit être mise hors de cause ;
- les moyens de légalité contre le refus d'indemniser sont inopérants ;
- l'attestation du 27 octobre 2020 ne suffit pas à établir les faits ;
- M. B avait la qualité d'usager de la voie publique et elle prouve l'entretien normal de son ouvrage public ;
- l'accident est la conséquence exclusive d'une faute de la victime ;
- à titre subsidiaire l'indemnité allouée au titre du préjudice matériel ne saurait excéder 7 837,79 euros et le préjudice moral n'est pas caractérisé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des assurances ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ban,
- les conclusions de M. Villard, rapporteur public ;
- les observations de M. B.
Considérant ce qui suit :
Sur la fin de non-recevoir tirée du défaut de liaison du contentieux :
1. Aux termes de l'article L. 127-1 du code des assurances : " Est une opération d'assurance de protection juridique toute opération consistant, moyennant le paiement d'une prime ou d'une cotisation préalablement convenue, à prendre en charge des frais de procédure ou à fournir des services découlant de la couverture d'assurance, en cas de différend ou de litige opposant l'assuré à un tiers, en vue notamment de défendre ou représenter en demande l'assuré dans une procédure civile, pénale ou administrative ou autre ou contre une réclamation dont il est l'objet ou d'obtenir réparation à l'amiable du dommage subi ".
2. Eu égard aux termes de ces dispositions, un assureur au titre de la protection juridique peut présenter un recours administratif ou une réclamation préalable, au nom de son assuré, par l'intermédiaire de l'un de ses préposés sans être tenu de produire un mandat exprès de l'assuré ni une délégation de signature à son préposé. Les dispositions générales applicables au contrat d'assurance automobile signé par M. B comportent une clause de protection juridique au sens de l'article L. 127-1 du code des assurances. Il suit de là que la fin de non-recevoir tirée de ce que la réclamation préalable signée par l'assureur de M. B serait insusceptible de lier le contentieux, faute pour celui-ci de produire un mandat auprès de son assuré l'habilitant à signer cette demande, doit être écartée.
Sur les conclusions en annulation de la décision du 31 mai 2021 :
3. La décision du 31 mai 2021 par laquelle la communauté d'agglomération du Grand Chambéry a rejeté la demande de l'assureur de M. B tendant à obtenir une indemnité pour le compte de son assuré a eu pour seul effet de lier le contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir la somme qu'il réclame, les vices propres dont serait entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation de cette décision doivent être rejetées.
Sur la responsabilité :
4. L'usager d'une voie publique est fondé à demander réparation du dommage qu'il a subi du fait de l'existence ou du fonctionnement de cet ouvrage ou du fait des travaux publics qui y sont réalisés tant à la collectivité gestionnaire de la voie qu'à l'auteur des travaux dommageables. Il doit démontrer, d'une part, la réalité de son préjudice et, d'autre part, l'existence d'un lien de causalité direct entre les travaux publics et le dommage. Les personnes ainsi mises en cause ne peuvent dégager leur responsabilité, sauf cas de force majeure ou faute de la victime, qu'en établissant que l'ouvrage était normalement entretenu.
5. Il résulte de l'instruction et notamment de l'attestation circonstanciée établie par un témoin direct des faits que, le 4 octobre 2020 vers 2 h 30 sur le territoire de la commune de La-Motte-Servolex, M. B a percuté un élément de signalisation se trouvant sur la voie de circulation alors qu'il conduisait son automobile sur la rue du Nant Bruyant.
6. Il ressort du courriel établi le 12 novembre 2020 par la société Eiffage, qui n'est pas précisément contesté, que cet obstacle constitué par un socle de couleur noir, d'une taille relativement importante, servait de support à des panneaux de chantier ou de signalisation déposés par les services de la communauté d'agglomération du Grand Chambéry sur les pistes cyclables situées sur le bas-côté de la chaussée. Ce matériel était destiné à délimiter la zone des travaux de balisage des pistes cyclables que devait réaliser la société Eiffage à compter du 5 octobre 2020, soit le lendemain de l'accident, pour le compte de la communauté d'agglomération du Grand Chambéry qui est compétente en matière de transport et mobilité.
7. Il résulte également de l'instruction que cet obstacle n'était pas signalé et peu visible dès lors que l'éclairage publique ne fonctionnait pas selon le témoin direct des faits, confirmé sur ce point par les autres attestations produites par le requérant.
8. Par ailleurs, il ressort des attestations circonstanciées établies par deux usagers de cette route que des éléments du chantier des pistes cyclables se retrouvaient régulièrement sur la voie de circulation. Face à ces éléments, la communauté d'agglomération du Grand Chambéry ne fait pas état des diligences ou des mesures, comme des tournées de surveillance, qu'elle aurait prises pour assurer la sécurité de usagers à l'occasion de ces travaux se déroulant sur une route fréquentée. En particulier, elle n'apporte aucun élément tendant à établir que ce bloc aurait été déposé sur la voie de circulation peu avant l'accident du 4 octobre 2020. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'aurait pas disposé d'un temps suffisant pour faire enlever cet obstacle de la voie de circulation ou permettre sa signalisation appropriée. Elle n'apporte pas ainsi la preuve qui lui incombe de l'entretien normal de l'ouvrage public.
9. Si la communauté d'agglomération du Grand Chambéry fait également valoir que l'entretien normal de cette route incombe au département de la Savoie, les dommages dont M. B demande réparation trouvent leur origine directe dans un élément de signalisation lui appartenant afin de préparer des travaux publics réalisés pour son compte sur des pistes cyclables qui relèvent de sa responsabilité.
10. Aucune faute ou imprudence n'est établie à l'encontre de M. B.
11. Il résulte de ce qui précède que la communauté d'agglomération du Grand Chambéry doit être déclarée entièrement responsable des conséquences dommageables de l'accident dont M. B a été victime.
Sur le préjudice :
12. Le coût de la réparation des dommages causés au véhicule de M. B, qui a subi un choc sous le châssis d'une intensité moyenne, a été évalué par le rapport d'expertise à la somme de 7 837,79 euros. Il résulte de l'instruction que M. B a payé deux factures d'un montant total de 13 216,76 euros établies par un réparateur agréé afin de ne pas perdre la garantie constructeur. Ces factures comportent le détail des réparations effectuées qui apparaissent en lien direct avec les dégâts causés au véhicule de M. B par l'accident du 4 octobre 2020. Dès lors, le requérant, qui avait seulement souscrit la garantie minimale responsabilité civile dite " assurance au tiers ", est fondé à demander le remboursement de la somme de 13 216,76 euros.
13. En revanche, il ressort des factures de réparation que M. B a bénéficié gratuitement d'un véhicule de prêt. Dans ces conditions, il ne justifie pas que, malgré ce véhicule de prêt, l'immobilisation de son véhicule lui ait causé un préjudice indemnisable au titre du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence notamment en l'empêchant de rendre visite à ses proches pendant la période du Covid 19.
Sur les intérêts et la capitalisation de ces intérêts :
14. Si le requérant demande les intérêts de droit à compter de sa demande préalable d'indemnité formée le 25 février 2021, il ne produit pas l'avis de réception de ce courrier par la communauté d'agglomération du Grand Chambéry. Par suite, il a droit aux intérêts sur la somme de 13 216,76 euros seulement à compter du 31 mai 2021, date à laquelle un refus explicite lui a été opposé.
15. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 28 juillet 2021. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 31 mai 2022 date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés à l'instance :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du requérant, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la communauté d'agglomération du Grand Chambéry demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, en application des mêmes dispositions, de mettre à la charge de la communauté d'agglomération du Grand Chambéry la somme de 1 500 euros au profit de M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La communauté d'agglomération du Grand Chambéry est condamnée à verser à M. B une somme de 13 216,76 euros avec intérêts au taux légal à compter du 31 mai 2021. Les intérêts échus à la date du 31 mai 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : La communauté d'agglomération du Grand Chambéry versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions de la communauté d'agglomération du Grand Chambéry tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la communauté d'agglomération du Grand Chambéry.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. Ban, premier conseiller.
M. Doulat, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.
Le rapporteur,
J-L. Ban
La présidente,
A. Triolet
La greffière,
J. Bonino
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026