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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2105162

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2105162

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2105162
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème Chambre
Avocat requérantPIQUEMAL & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 août 2021, M. D B C et Mme E F, son épouse, représentés par la SCP Milliand-Dumolard-Thill, demandent au tribunal :

1°) d'enjoindre à la société Enedis d'enlever la ligne électrique enterrée sur leur parcelle dans le délai de trois mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

2°) de condamner la société Enedis à leur payer la somme de 3 000 euros en réparation de leur privation de propriété et de leurs troubles de jouissance ;

3°) de mettre à la charge de la société Enedis une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la société Enedis a irrégulièrement implanté, sans leur accord, une ligne électrique dans le sous-sol de la parcelle dont ils sont propriétaires ;

- la présence de cette ligne électrique les empêche d'effectuer des travaux de terrassement, alors qu'elle peut être déplacée.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 janvier 2024 et le 20 mars 2024, la société Enedis conclut au rejet de la requête et à la condamnation de M. B C et Mme F à lui payer une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- une régularisation par la conclusion d'une convention de servitude est possible ;

- à défaut, la requête doit être rejetée dans la mesure où, d'une part, les inconvénients liés à la ligne électrique n'excèdent pas les sujétions normales du voisinage et où, d'autre part, le déplacement de cette ligne porterait une atteinte excessive à l'intérêt général.

Par ordonnance du 12 mars 2024, la clôture d'instruction, initialement fixée au 22 mars 2024, a été reportée au 24 mai 2024.

Un mémoire présenté par M. B C et Mme F a été enregistré le 23 septembre 2024, trois jours avant l'audience. Il n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'énergie ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Rogniaux et les conclusions de M. A ont été entendus au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 4 mai 2020, M. D B C et Mme E F, propriétaires depuis 2012, sur la commune de Thénésol, de la parcelle cadastrée section B n°1379 supportant une maison d'habitation, ont demandé à la société Enedis de retirer, à ses frais, une ligne électrique implantée dans le sous-sol de leur propriété. Le silence gardé par cette dernière pendant deux mois, à compter de la fin de la période mentionnée à l'article 1 de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période, a fait naître une décision implicite de rejet, qu'ils contestent.

Sur les conclusions tendant à enjoindre à la société Enedis d'enlever la ligne électrique litigieuse :

2. Lorsqu'il est saisi d'une demande tendant à ce que soit ordonnée la démolition d'un ouvrage public dont il est allégué qu'il est irrégulièrement implanté par un requérant qui estime subir un préjudice du fait de l'implantation de cet ouvrage et qui en a demandé sans succès la démolition à l'administration, il appartient au juge administratif, juge de plein contentieux, de déterminer, en fonction de la situation de droit et de fait existant à la date à laquelle il statue, si l'ouvrage est irrégulièrement implanté, puis, si tel est le cas, de rechercher, d'abord, si eu égard notamment à la nature de l'irrégularité, une régularisation appropriée est possible, puis, dans la négative, en tenant compte de l'écoulement du temps, de prendre en considération, d'une part les inconvénients que la présence de l'ouvrage entraîne pour les divers intérêts publics ou privés en présence, notamment, le cas échéant, pour le propriétaire du terrain d'assiette de l'ouvrage, d'autre part, les conséquences de la démolition pour l'intérêt général, et d'apprécier, en rapprochant ces éléments, si la démolition n'entraîne pas une atteinte excessive à l'intérêt général.

En ce qui concerne l'implantation de la ligne électrique litigieuse

3. Les parties fournissent des plans contradictoires quant à cette implantation. Le plan des réseaux secs et humides fournis par les requérants et le plan avant travaux produit par la société Enedis montrent que cette ligne électrique est implantée le long du chemin de Saint-Maurice et tangente la bordure sud de la propriété des requérants. Seul le plan des réseaux portant la mention " RIS.net Gestion ", fourni aux requérants par la mairie, figure la ligne électrique comme traversant leur terrain en son milieu. Cependant, il convient de relever que le tracé de la ligne électrique sur ce dernier document est superposable, en le décalant vers le nord-ouest, avec celui présent sur les deux autres plans et qu'il suit le tracé sinueux du chemin de Saint-Maurice. Par suite, il y a lieu de tenir pour acquis que la ligne électrique est implantée le long de ce chemin et non au milieu de la propriété des requérants.

En ce qui concerne le bienfondé de la demande

4. En premier lieu et alors même que la ligne électrique est implantée le long du chemin, les plans tendent à établir qu'elle empiète néanmoins à la marge sur la parcelle dont M. B C et Mme F sont propriétaires. La société Enedis ne conteste d'ailleurs pas que cette ligne électrique enterrée, qui constitue un ouvrage public, a été irrégulièrement implantée.

5. En deuxième lieu, s'il résulte du 3° de l'alinéa 2 de l'article L. 323-4 du code de l'énergie que la déclaration d'utilité publique confère le droit au concessionnaire d'établir à demeure des canalisations souterraines, cette possibilité est cantonnée aux terrains privés non bâtis, qui ne sont pas fermés de murs ou autres clôtures équivalentes, ce qui n'est pas le cas de la propriété de M. B C et Mme F. Ainsi, eu égard à la nature de l'irrégularité, une déclaration d'utilité publique dans les conditions des articles L. 323-3 et suivants du code de l'énergie ne constituerait pas une régularisation appropriée. Par ailleurs, les requérants n'ont pas donné suite à la proposition de régularisation par la voie d'une convention de servitude, formée par la société Enedis dans ses deux mémoires en défense. Aucun accord n'étant ainsi envisageable entre les parties, aucune régularisation appropriée n'est possible.

6. En troisième lieu, les requérants affirment, sans le démontrer, que l'emplacement de la ligne électrique dans le sous-sol de leur terrain les empêche de réaliser des travaux de terrassement, et sollicitent son déplacement en bordure Sud de leur terrain, le long du chemin de Saint-Maurice. Néanmoins, ainsi qu'il a été dit au point 3, il doit être tenu pour acquis que la ligne électrique est déjà à cet emplacement. Par conséquent, l'inconvénient pour M. B C et Mme G la présence de cette ligne n'est pas démontré. Or cette ligne alimente en électricité plusieurs lots du lotissement et son déplacement impliquerait soit la régularisation de plusieurs conventions de servitudes avec d'autres propriétaires de lots, soit un coût important de plus de 100 000 euros pour la dévier le long d'un chemin communal. Il suit de là que la démolition de l'ouvrage pour son déplacement en dehors de la propriété de M. B C et Mme F entraînerait une atteinte excessive à l'intérêt général au regard de l'inconvénient occasionné pour eux par la présence de cette ligne électrique. Les conclusions tendant à enjoindre sous astreinte à la société Enedis d'enlever cette ligne électrique du terrain de M. B C et Mme F doivent par conséquent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

7. M. B C et Mme F ne justifient ni des travaux de terrassement allégués, ni de ce que la présence de la ligne électrique litigieuse, en réalité en bordure et non en travers de leur propriété, ferait obstacle à la réalisation de ces travaux. Il s'ensuit que les préjudices invoqués ne sont pas établis et que les requérants ne sont donc pas fondés à en solliciter la réparation. Par suite, leurs conclusions indemnitaires doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. B C et Mme F au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la société Enedis, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B C et Mme F une quelconque somme à verser à la société Enedis au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B C et Mme F est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la société Enedis présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B C, à Mme E F et à la société Enedis.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente,

M. Doulat, premier conseiller,

Mme Rogniaux, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.

La rapporteure,

A. Rogniaux

La greffière,

J. Bonino

La présidente,

A. Triolet

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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