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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2105900

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2105900

jeudi 18 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2105900
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL BALLALOUD-ALADEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoire, enregistrés les 3 septembre 2021, 5 novembre 2021, 17 décembre 2021, et 10 et 26 janvier 2022, M. A et autres, représentés par Me Gabard, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 5 juillet 2021 par laquelle le maire de la commune de Megève a rejeté leur demande de retrait de l'arrêté du 11 avril 2013 portant permis de construire un chalet ;

2°) de faire injonction au maire de la commune de Megève de procéder au retrait du permis de construire litigieux ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Megève et de la SCCV Megève Eight une somme de 3 500 euros chacun en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A et autres soutiennent que :

- ils ont intérêt à agir alors que l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ne parait pas opposable ;

- le maire est tenu de retirer un permis de construire entaché de fraude ce qui exclut l'application des dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme ;

- la fraude étant établie le refus est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- les manœuvres frauduleuses se déduisent de l'imprécision des pièces du dossier sur les surfaces de plancher -comme en atteste la demande de permis de construire modificatif n°2 dont le refus est contesté par requête n°1504657- ainsi que les publicités de la commercialisation du chalet qui portent à plus de 300 m² la surface du chalet-, la hauteur du chalet (de plus de 0,70 m de la surface autorisée), l'emprise au sol de plus de 28% de celle autorisée et enfin l'absence de places de stationnement correspondant.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 décembre 2021, 18 janvier 2022, et 21 avril 2022, la commune de Megève, représentée par Me Antoine conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. A et autres une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Megève fait valoir que :

- la requête est irrecevable ;

- les moyens ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 septembre 2021, 24 novembre 2021 et 10 janvier 2022, la SCCV Megève Eight, représentée par Me Lacroix conclut au rejet de la requête, à ce qu'il soit infligé aux requérant une amende pour recours abusif de 10 000 euros en application de l'article R. 741-12 du code de justice administrative, et à ce que soit mise à la charge de M. A et autres une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SCCV Megève Eight fait valoir que :

- la requête est irrecevable ;

- aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Jourdan,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lamorlette, représentant M. A et autres, de Me Chaussat, représentant la commune de Megève, de Me Ollier, représentant la SCCV Megève Eight et de Me Planchet, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 11 avril 2013, le maire de la commune de Megève, a accordé à M. B un permis de construire un chalet d'une surface de 137,89 m² sur la parcelle AS 97 d'une superficie de 920 m² lieu-dit " Glaise Ouest " classée en zone UC du plan d'occupation des sols de la commune. Ce permis a été transféré à la SCCV Megève Eight par arrêté du 27 juin 2013. Plusieurs permis modificatifs ont par la suite été accordés. M. A et autres ont saisi le maire, par courrier reçu le 21 avril 2015 du retrait du permis de construire ainsi délivré, au motif que ce permis aurait été obtenu par fraude et le refus implicite du maire de Megève intervenu le 12 octobre 2015 de retirer le permis de construire litigieux. Par un jugement en date du 18 mai 2017, le tribunal a rejeté leur requête au motif que la décision implicite de rejet intervenue le 12 octobre 2015 constituait une décision confirmative de la décision du 22 juin 2015, qui n'a pu avoir pour effet de rouvrir le délai de recours contentieux expiré au 23 aout 2015. Par la présente requête, les requérants sollicitent l'annulation de la décision implicite du 5 juillet 2021 par laquelle le maire de la commune de Megève a rejeté leur demande de retrait de l'arrêté du 11 avril 2013 portant permis de construire un chalet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de cette décision. Passé ce délai, la décision de non-opposition ou le permis ne peuvent être retiré que sur demande explicite de leur bénéficiaire () ".

3. Si, ainsi que le prévoit désormais l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration, la circonstance qu'un acte administratif a été obtenu par fraude permet à l'autorité administrative compétente de l'abroger ou de le retirer à tout moment, elle ne saurait, en revanche, proroger le délai du recours contentieux. En revanche, un tiers justifiant d'un intérêt à agir est recevable à demander, dans le délai du recours contentieux, l'annulation de la décision par laquelle l'autorité administrative a refusé de faire usage de son pouvoir d'abroger ou de retirer un acte administratif obtenu par fraude, quelle que soit la date à laquelle il l'a saisie d'une demande à cette fin.

4. Pour considérer que la décision implicite de refus en litige n'est pas confirmative, les requérants se prévalent d'un rapport d'expertise dont ils joignent un extrait établi par un géomètre expert réalisé sur ordonnance du tribunal de grande instance de Bonneville le 17 février 2017 et rendue en mai 2017. Contrairement à ce qu'ils soutiennent, ce rapport rendu, si l'expert retient notamment pour le chalet construit l'existence d'un remblai supérieur à celui autorisé de 1 mètre, et un dépassement de la hauteur du bâtiment sur une grande partie du bâtiment, de 35 cm au maximum, n'établit nullement l'existence d'une fraude. Ledit rapport ne serait en tout état de cause constituer une modification dans les circonstances de droit ou de fait. Par suite, la décision implicite du maire de la commune de Megève du 5 juillet 2021 rejetant la demande de M. A et autres, dont ni l'objet ni la cause juridique ne sont différents de ceux de la demande initiale du 21 avril 2015, puis du 12 octobre 2015 présente le caractère d'une décision purement confirmative de la première décision implicite de rejet en date du 22 juin, devenue définitive le 23 août 2015. Par suite, la décision implicite de rejet intervenue le 21 juillet 2021 constitue une décision confirmative de la décision du 22 juin 2015, qui n'a pu avoir pour effet de rouvrir le délai de recours contentieux expiré au 23 aout 2015.

Sur l'application des dispositions de l'article R. 741-12 du code de justice administrative :

5. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ". Les conclusions présentées à ce titre par la SCCV Megève Eight sont irrecevables. En tout état de cause, la requête ne présente pas un caractère abusif. Il y a lieu de rejeter la demande présentée sur ce point.

6. Il résulte de ce qui précède que la fin de non-recevoir soulevée en défense doit être accueillie et que les conclusions de M. A et autres tendant à l'annulation du refus implicite du maire de la commune de Megève intervenu sur leur recours gracieux du 21 juillet 2021 doivent être rejetées comme étant irrecevables. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction doivent être également rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter les sommes demandées par chacune des parties en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A et autres est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Megève et de la SCCV Megève Eight tendant au versement d'une somme au titre de l'art L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La demande de la SCCV Megève Eight présentée au titre de l'article R. 741-12 du code de justice administrative est rejetée.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A en application des dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la commune de Megève, à la SCCV Megève Eight et à M. B.

Délibéré après l'audience du 8 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Triolet, première conseillère,

Mme Beauverger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 août 2022.

La présidente-rapporteure,

D. Jourdan

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

A. Triolet

La greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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