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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2106057

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2106057

jeudi 27 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2106057
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantLEGIS'ALP

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le numéro 2106057 le 9 septembre 2021 et le 13 avril 2023, Mme B Rousselle, représentée par Me Mugnier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite du 25 juillet 2021 et la décision expresse du 26 juillet 2021 par lesquelles la présidente du conseil départemental de la Haute-Savoie a rejeté son recours préalable et confirmé un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 5 675,94 euros pour la période de juillet 2019 à mars 2021 ;

2°) d'annuler la décision du 6 juin 2021 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie a mis à sa charge une amende administrative de 1 405 euros, ensemble la décision implicite par laquelle elle a rejeté son recours préalable ;

3°) d'annuler la décision du 8 avril 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 2 905,49 euros ;

4°) d'enjoindre au département de la Haute-Savoie de réexaminer sa situation en lui accordant de nouveau le revenu de solidarité active entre juillet 2019 et juin 2021 dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) d'enjoindre au département de la Haute-Savoie de faire procéder par la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie au remboursement des sommes indûment prélevées en remboursement des indus mis à sa charge sans délai ;

6°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie de procéder au remboursement des sommes indûment prélevées en remboursement des indus de aides exceptionnelles de fins d'années et en paiement de la pénalité administrative de 1 405 euros ou à défaut enjoindre au président du conseil départemental de la Haute-Savoie de transmettre sa décision à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie afin qu'elle procède aux remboursement des sommes prélevées sans délai et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

7°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie et le département de la Haute-Savoie la somme de 5 000 euros en réparation de son préjudice ;

8°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie et du département de la Haute-Savoie la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du CJA.

Elle soutient que :

- les décisions implicites du 25 juillet 2021, du 13 septembre 2021, du 7 mai 2022 et du 5 juin 2022 sont entachées d'un vice de forme dès lors qu'elles ne sont pas motivées ;

Sur le bien-fondé des indus :

- les décisions sont entachées d'un vice de procédure car la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie n'a pas mis en œuvre son obligation d'informer les bénéficiaires des prestations sociales concernant la nature des sommes à déclarer ;

- la décision du 25 juillet 2021 est entachée d'une erreur de droit dès lors que les sommes prises en compte pour le calcul de ses droits au revenu de solidarité active correspondent à des prêts qu'elle a contractés auprès de ses parents et qu'elle ne devait donc pas déclarer ;

- la décision du 8 avril 2022 est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle met à sa charge un indu résultant d'une erreur informatique ;

Sur la pénalité administrative :

- la décision implicite du 5 juin 2022 de rejet de son recours préalable contre la décision lui infligeant une pénalité de 1 405 euros est entachée d'une erreur d'appréciation car son comportement n'est pas constitutif d'une fraude ;

Sur la demande indemnitaire :

- la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie est à l'origine d'une faute dès lors qu'elle ne pouvait pas la priver du bénéfice de l'aide exceptionnelle de fin d'année, de la prime d'activité et de l'allocation de logement familiale ;

- le comportement de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie lui a causé un préjudice dès lors qu'elle l'a privée de ressources et l'a conduite à se trouver dans une situation de précarité.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 janvier 2023, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les conclusions de Mme Rousselle relatives à la pénalité administrative sont irrecevables dès lors qu'elles ne relèvent pas de la compétence de la juridiction administrative ;

- les moyens soulevés par Mme Rousselle ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée au département de la Haute-Savoie qui n'a pas produit d'observations.

Par courrier du 14 juin 2023, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R 611-7 du code de justice administrative, le tribunal était susceptible de fonder sa décision sur cinq moyens soulevés d'office sont susceptibles d'être relevés en application des dispositions de l'article R 611-7 du code de justice administrative tiré de :

- l'irrecevabilité des conclusions relatives à la pénalité de 1 405 euros prononcée par la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie le 21 mars 2022 dès lors, qu'en application de l'article L. 114-17-2 du code de la sécurité sociale, elles ne relèvent pas de la compétence de la juridiction administrative ;

- l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision implicite du 13 septembre 2021 relative aux indus de prime d'activité, des aides exceptionnelles de fin d'année et d'allocation de logement familiale en raison de leur tardiveté ;

- l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision implicite du 7 mai 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales a rejeté le recours préalable de la requérante du 4 mars 2022 s'agissant des indus de prime d'activité, de aides exceptionnelles de fin d'année et d'allocation de logement familiale en raison de leur tardiveté dès lors que la décision contestée du 17 février 2022 présente un caractère confirmatif ;

- l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires tirée du défaut de demande préalable au sens de l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;

- l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision du 8 avril 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie lui a notifié un indu de revenu de solidarité active de 2 905,49 euros dès lors qu'elles n'ont pas été précédées d'un recours préalable conformément à l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles.

Par un mémoire du 16 juin 2023, Mme Rousselle a présenté des observations en réponse aux moyens soulevés d'office.

II - Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le numéro 2203556 le 7 juin 2022 et le 13 avril 2023, Mme B Rousselle, représentée par Me Mugnier, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite du 25 juillet 2021 et la décision expresse du 26 juillet 2021 par lesquelles la président du conseil départemental de la Haute-Savoie a rejeté son recours préalable et confirmé un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 5 675,94 euros pour la période de juillet 2019 à mars 2021 ;

2°) d'annuler la décision du 6 juin 2021 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie a mis à sa charge une amende administrative de 1 405 euros, ensemble la décision implicite par laquelle elle a rejeté son recours préalable ;

3°) d'annuler la décision du 8 avril 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 2 905,49 euros ;

4°) d'enjoindre au département de la Haute-Savoie de réexaminer sa situation en lui accordant de nouveau le revenu de solidarité active entre juillet 2019 et juin 2021 dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) d'enjoindre au département de la Haute-Savoie de faire procéder par la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie au remboursement des sommes indûment prélevées en remboursement des indus mis à sa charge sans délai ;

6°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie de procéder au remboursement des sommes indûment prélevées en remboursement des indus des aides exceptionnelles de fin d'année et en paiement de la pénalité administrative de 1 405 euros ou à défaut d'enjoindre au président du conseil départemental de la Haute-Savoie de transmettre sa décision à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie afin qu'elle procède aux remboursement des sommes prélevées sans délai et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

7°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie et le département de la Haute-Savoie la somme de 5 000 euros en réparation de son préjudice ;

8°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie et du département de la Haute Savoie la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soulève les mêmes moyens que dans la requête n°2106057 analysés ci-dessus.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2022, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les conclusions de Mme Rousselle relatives à la pénalité administrative sont irrecevables dès lors qu'elles ne relèvent pas de la compétence de la juridiction administrative ;

- les moyens soulevés par Mme Rousselle ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée au département de la Haute-Savoie qui n'a pas produit d'observations.

Par courrier du 14 juin 2023, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R 611-7 du code de justice administrative, le tribunal était susceptible de fonder sa décision sur cinq moyens soulevés d'office sont susceptibles d'être relevés en application des dispositions de l'article R 611-7 du code de justice administrative tiré de :

- l'irrecevabilité des conclusions relatives à la pénalité de 1 405 euros prononcée par la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie le 21 mars 2022 dès lors, qu'en application de l'article L. 114-17-2 du code de la sécurité sociale, elles ne relèvent pas de la compétence de la juridiction administrative ;

- l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision implicite du 13 septembre 2021 relative aux indus de prime d'activité, de aides exceptionnelles de fin d'années et d'allocation de logement familiale en raison de leur tardiveté ;

- l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision implicite du 7 mai 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales a rejeté le recours préalable de la requérante du 4 mars 2022 s'agissant des indus de prime d'activité, de aides exceptionnelles de fin d'année et d'allocation de logement familiale en raison de leur tardiveté dès lors que la décision contestée du 17 février 2022 présente un caractère confirmatif ;

- l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires tirée du défaut de demande préalable au sens de l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;

- l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision du 8 avril 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie lui a notifié un indu de revenu de solidarité active de 2 905,49 euros dès lors qu'elles n'ont pas été précédées d'un recours préalable conformément à l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles.

Par un mémoire du 16 juin 2023, Mme Rousselle a présenté des observations en réponse aux moyens soulevés d'office.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le décret n°2019-1323 du 10 décembre 2019 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année ;

- le décret n°2020-1746 du 29 décembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année ;

- le décret n°2020-519 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité ;

- le décret n°2020-1453 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

M. A a présenté son rapport au cours de l'audience, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les présentes requêtes tendent à traiter de la situation d'une même allocataire et des mêmes moyens et conclusions, par suite, il y a lieu de les joindre.

Sur l'étendue du litige :

2. Mme Rousselle est allocataire auprès de la caisse d'allocations familiales et du département de la Haute-Savoie. Elle bénéficie depuis 2018 du revenu de solidarité active, de la prime d'activité et de l'allocation de logement sociale. Au titre de ses droits au revenu de solidarité active elle a bénéficié pour les années 2019 et 2020 de l'aide exceptionnelle de fin d'année et durant les mois de mai et novembre 2020 de l'aide exceptionnelle de solidarité. Par décisions du 19 mars 2021 et du 22 avril 2021, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie a notifié à Mme Rousselle un indu global de 7 609,28 euros comprenant un trop-perçu de revenu de solidarité active, de prime d'activité et d'allocation de logement sociale. Par deux décisions du 24 avril 2021 la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie a notifié à la requérante deux indus d'aide exceptionnelle de fin d'année 2019 et 2020 d'un montant de 152,45 euros chacun. Par un premier recours préalable du 20 avril 2021, notifié au département de la Haute-Savoie le 25 avril 2021, Mme Rousselle a contesté l'indu de revenu de solidarité active s'élevant à 5 675,94 euros pour la période de juillet 2019 à mars 2021. Par un second recours notifié le 12 juillet 2021 à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie, Mme Rousselle a contesté le bien-fondé des indus de prime d'activité de 728,34 euros pour la période de janvier à mars 2021, d'allocation de logement sociale de 1 205 euros pour la période d'août à septembre 2019 et d'aide exceptionnelle de fin d'année 2019 et 2020 d'un montant total de 304,90 euros. Par une décision implicite née le 25 juin 2021 puis par une décision expresse du 26 juillet 2021 notifiée le 29 juillet 2021 à Mme Rousselle, le président du conseil départemental de la Haute-Savoie a rejeté son recours préalable s'agissant du revenu de solidarité active. Par une décision implicite née le 12 septembre 2021, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie a rejeté le recours de Mme Rousselle s'agissant de la prime d'activité, de l'allocation de logement sociale et d'aide exceptionnelle de fin d'année 2019 et 2020.

3. Par une décision du 17 février 2022, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie a de nouveau notifié à Mme Rousselle les indus litigieux ainsi qu'un indu d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 300 euros. Par un recours préalable du 4 mars 2022 notifié à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie le 7 mars 2022, Mme Rousselle a contesté le bien-fondé de ces indus. Ce recours a été implicitement rejeté par une décision née le 7 mai 2022.

4. Par une décision du 21 mars 2022, la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie a infligé à Mme Rousselle une pénalité d'un montant de 1 405 euros. Par un recours préalable du 4 avril 2022, l'intéressée a contesté cette décision. Ce recours a été implicitement rejeté par la directrice de la caisse d'allocations familiales le 4 juin 2022. Enfin, par une décision du 8 avril 2022, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie a notifié à Mme Rousselle un nouvel indu de revenu de solidarité active d'un montant de 2 905,49 euros.

5. Par les présentes requête, Mme Rousselle doit être regardée comme demandant l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur la pénalité administrative :

6. Aux termes de l'article L. 114-7 du code de la sécurité sociale : " I.- Peuvent faire l'objet d'un avertissement ou d'une pénalité prononcée par le directeur de l'organisme chargé de la gestion des prestations familiales ou des prestations d'assurance vieillesse, au titre de toute prestation servie par l'organisme concerné : 1° L'inexactitude ou le caractère incomplet des déclarations faites pour le service des prestations, sauf en cas de bonne foi de la personne concernée ; 2° L'absence de déclaration d'un changement dans la situation justifiant le service des prestations, sauf en cas de bonne foi de la personne concernée ; 3° L'exercice d'un travail dissimulé, constaté dans les conditions prévues à l'article L. 114-15, par le bénéficiaire de prestations versées sous conditions de ressources ou de cessation d'activité ; 4° Les agissements visant à obtenir ou à tenter de faire obtenir le versement indu de prestations servies par un organisme mentionné au premier alinéa, même sans en être le bénéficiaire () ". Aux termes de l'article L. 114-17-2 du même code : " I.- Le directeur de l'organisme mentionné aux articles L. 114-17 ou L. 114-17-1 notifie la description des faits reprochés à la personne physique ou morale qui en est l'auteur afin qu'elle puisse présenter ses observations dans un délai fixé par voie réglementaire. A l'expiration de ce délai, le directeur : () ; 3° () saisit la commission mentionnée au II du présent article. A réception de l'avis de la commission, le directeur : c) () notifie à l'intéressé la pénalité qu'il décide de lui infliger, en indiquant le délai dans lequel il doit s'en acquitter ou les modalités selon lesquelles elle sera récupérée sur les prestations à venir. La pénalité est motivée et peut être contestée devant le tribunal judiciaire spécialement désigné en application de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire () ".

7. Par décision du 21 mars 2022, la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie a infligé à Mme Rousselle une pénalité administrative de 1 405 euros en application de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale. Il résulte des dispositions précitées que la contestation d'une telle décision relève de la compétence du tribunal judiciaire.

8. La circonstance que cette pénalité ait été prononcée simultanément avec la mise à la charge de Mme Rousselle d'un indu de revenu de solidarité active n'est pas de nature à rendre le juge administratif compétent pour connaître de cette pénalité dès lors qu'elle est prononcée par la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie et non par le président du conseil départemental. Par suite, les conclusions de la requête dirigées contre la décision implicite du 4 juin 2022 et cette pénalité doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

9. Aux termes de l'article 32 du décret n° 2015-233 du 27 février 2015 relatif au Tribunal des conflits et aux questions préjudicielles : " Lorsqu'une juridiction de l'ordre judiciaire ou de l'ordre administratif décline la compétence de l'ordre de juridiction auquel elle appartient au motif que le litige ne ressortit pas à cet ordre, elle renvoie les parties à saisir la juridiction compétente de l'autre ordre de juridiction. Toutefois, lorsque la juridiction est saisie d'un contentieux relatif à l'admission à l'aide sociale tel que défini par le code de l'action sociale et des familles ou par le code de la sécurité sociale, elle transmet le dossier de la procédure, sans préjuger de la recevabilité de la demande, à la juridiction de l'autre ordre de juridiction qu'elle estime compétente par une ordonnance qui n'est susceptible d'aucun recours. ". L'article R. 142-10 du code de la sécurité sociale prévoit, en ce qui concerne la procédure applicable aux litiges mentionnés à l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire précité, que : " Le tribunal compétent est celui dans le ressort duquel se trouve le domicile du bénéficiaire () ".

10. En application de ces dispositions et de celles des tableaux IV et VIII-III annexés au code de l'organisation judiciaire, il y a lieu de transmettre sans délai les conclusions de la requête de Mme Rousselle relatives à la pénalité administrative prononcée par la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie le 21 mars 2022 au tribunal judiciaire d'Annecy.

Sur les conclusions relatives à la prime d'activité et à l'allocation de logement sociale :

11. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ".

12. Aux termes de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale : " () Les recours contentieux relatifs aux décisions mentionnées au premier alinéa du présent article sont portés devant la juridiction administrative () ". Aux termes de l'article R. 847-2 du même code : " La personne concernée peut considérer sa demande comme rejetée dans le délai prévu à l'article R. 142-6, et se pourvoir, le cas échéant, devant le tribunal administratif dans le délai prévu à l'article R. 421-1 du code de justice administrative () ".

13. Aux termes de l'article L. 825-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de aides de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire. ".

14. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

15. Il résulte de l'instruction que Mme Rousselle a eu connaissance des indus de prime d'activité et d'allocation de logement sociale en litige au plus tard le 12 juillet 2021, date à laquelle elle a adressé un recours préalable à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie en contestation du bien-fondé de ces indus. Si ce recours a été implicitement rejeté le 12 septembre 2021, la contestation adressée par Mme Rousselle a l'administration n'a toutefois fait l'objet d'aucun accusé de réception mentionnant les voies et délais de recours, elle disposait dès lors d'un délai d'un raisonnable d'un an pour contester cette décision soit jusqu'au 13 septembre 2022. Toutefois, par une nouvelle décision du 17 février 2022, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie a de nouveau notifié les indus litigieux à Mme Rousselle. Celle-ci étant intervenue pendant le délai de recours contentieux, elle doit être regardée comme s'étant substituée à la décision implicite initiale de rejet née le 12 septembre 2021. Il résulte de l'instruction que Mme Rousselle est réputée avoir eu connaissance de cette décision du 17 février 2022, le 4 mars 2022, date de son recours préalable exercé contre cette décision. Toutefois, la décision devant être regardée comme un rejet express du premier recours préalable de Mme Rousselle, celui-ci était directement susceptible de recours devant le juge administratif dans un délai d'un an dès lors qu'il ne mentionne pas les vois et délais de recours. Par suite, le recours exercé le 4 mars 2022 par Mme Rousselle n'a pas eu pour effet de suspendre les délais de recours contentieux.

16. Par suite, Mme Rousselle avait jusqu'au 5 avril 2023 pour contester ces décisions ainsi que les indus de revenu de prime d'activité, d'aide exceptionnelle de fin d'année et d'allocation de logement sociale.

17. L'intéressée ne développe des moyens à l'encontre de ces décisions et des indus de prime d'activité et d'allocation de logement sociale que dans son mémoire complémentaire enregistrés le 13 avril 2023 dans les deux affaires. Par suite, ses conclusions relatives aux indus de prime d'activité et d'allocation de logement sociale sont irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

18. Lorsque le recours dont le juge administratif est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, d'aide exceptionnelle de fin d'année ou d'aide exceptionnelle de solidarité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu.

En ce qui concerne la régularité des décisions :

19. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ".

20. Mme Rousselle soutient que la décision du 26 juillet 2021 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Savoie a rejeté son recours préalable et confirmé l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 5 675,94 euros est insuffisamment motivée. Toutefois, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fonde. Par suite le moyen doit être écarté.

21. Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

22. Mme Rousselle soutient d'une part que la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie a rejeté son recours préalable exercé le 12 juillet 2021 contre les décisions lui notifiant des indus d'allocation de logement sociale, de prime d'activité et d'aide exceptionnelle de fin d'année est insuffisamment motivée. Elle soulève le même moyen s'agissant de la décision implicite de rejet de son recours préalable exercé contre la décision du 17 février 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales lui a de nouveau notifié les indus précités de prime d'activité, d'allocation de logement sociale et d'aide exceptionnelle de fin d'année ainsi qu'un indu d'aide exceptionnelle de solidarité. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction que la requérante ait demandé les motifs du rejet implicite de ses demandes à la caisse d'allocations familiales et au département de la Haute-Savoie. En application des dispositions précitées, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions implicites doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré des manquements de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie à ses obligations d'information :

23. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".

24. Mme Rousselle soutient à l'appui de sa requête que la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie a méconnu ses obligations en ne l'informant pas clairement de ses obligations déclaratives. Toutefois, il résulte des dispositions précitées qu'en matière de revenu de solidarité active, il existe une obligation déclarative pesant sur le bénéficiaire, la circonstance qu'elle ait été mal informée par la caisse d'allocations familiales de ses obligations déclaratives, n'est pas au nombre des moyens pouvant être invoqués à l'appui d'une contestation du bien-fondé de l'indu. Le moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne l'indu de revenu de solidarité active de 5 675,94 euros :

25. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. ".

26. Il résulte de la décision du 26 juillet 2021 que le département de la Haute-Savoie fonde l'indu litigieux sur l'absence de déclarations par Mme Rousselle de l'ensemble de ses ressources pour les années 2019, 2020 et pour le mois de janvier 2021. Ces sommes non déclarées s'élèvent à 14 751,56 euros pour 2019, 16 121,62 euros pour 2020 et 450 euros pour le mois de janvier 2021. Pour contester l'indu litigieux, la requérante soutient que ces sommes correspondent à des prêts contractés auprès de ses parents et destinés au fonctionnement de son entreprise et soutient qu'elle n'a touché aucun autre revenu que les salaires qu'elle a déclarés aux services de la caisse. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme Rousselle ne justifie de l'existence d'un prêt souscrit tacitement auprès de ses parents qu'à compter de février 2021, soit postérieurement à la période à laquelle se réfère le département et ne produit aucun document permettant d'affirmer que ses revenus se limitent à ses seuls salaires versés par son entreprise. Le moyen doit donc être écarté.

27. Par conséquent, les conclusions de Mme Rousselle relatives à l'indu de revenu de solidarité de 5 675,94 euros mis à sa charge pour la période de juillet 2019 à mars 2021 doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'aide exceptionnelle de fin d'année et l'aide exceptionnelle de solidarité :

28. Il résulte des décrets n°2019-1323 du 10 décembre 2019 et du décret n°2020-1746 du 29 décembre 2020 qu'une aide exceptionnelle de fin d'année pour les années 2019 et 2020 a été mise en place et versée aux allocataires du revenu de solidarité active pour les bénéficiaires de cette allocation durant les mois de novembre et décembre de ces années.

29. Il résulte ensuite des décrets n°2020-519 du 5 mai 2020 et du décret n°2020-1453 du 27 novembre 2020 qu'une aide exceptionnelle de solidarité a été instituée pour les bénéficiaires du revenu de solidarité active et qui perçoivent cette aide pour les mois d'avril et mai 2020 puis de septembre et octobre de cette même année.

30. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit au point 26 que Mme Rousselle ne produit aucun élément permettant de remettre en cause la décision du département de la Haute-Savoie de la radier du dispositif de revenu de solidarité active à compter de juillet 2019 et jusqu'à mars 2021. Ainsi, Mme Rousselle ne pouvant avoir droit au revenu de solidarité active durant les mois de novembre et décembre 2019 et 2020 ainsi que durant les mois d'avril, mai, septembre et octobre 2020, elle ne pouvait bénéficier de l'aide exceptionnelle de fin d'année 2019 et 2020 ainsi que l'aide exceptionnelle de solidarité versée en mai et novembre 2020.

31. Par conséquent, les conclusions de Mme Rousselle relatives aux indus d'aide exceptionnelle de fin d'année 2019 et 2020 et d'aide exceptionnelle de solidarité doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'indu de revenu de solidarité active de 2 905,49 euros :

32. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".

33. Mme Rousselle demande l'annulation de la décision du 8 avril 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie lui a notifié un indu de revenu de solidarité active de 2 605,49 euros. Si elle soutient que le département de la Haute-Savoie a reconnu l'absence de bien-fondé de cet indu dès lors qu'il résulte d'une erreur informatique, cette allégation n'est corroborée par aucune pièce du dossier. Par ailleurs, un tel moyen relevant du bien-fondé de l'indu, Mme Rousselle ne justifie de l'exercice d'aucune recours préalable en contestation du bien-fondé de cette dette. Si elle justifie d'une demande de remise gracieuse, une telle demande n'a pas pour objet la contestation du bien-fondé de l'indu. Par ailleurs, la circonstance que le département l'aurait invitée à présenter une demande de remise gracieuse et reconnu l'existence d'une erreur informatique n'est pas de nature à faire regarder les conclusions de Mme Rousselle comme dirigées contre cet indu et la décision de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie du 8 avril 2022 comme étant recevables.

34. Par conséquent, les conclusions de Mme Rousselle relatives à l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 2 905,49 euros sont irrecevables.

Sur les conclusions indemnitaires :

35. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " () Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ".

36. Mme Rousselle ne justifie pas, conformément aux exigences de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, de l'exercice préalable d'un recours indemnitaire à l'encontre de la caisse d'allocations familiales.

37. Par conséquent, les conclusions indemnitaires présentées par Mme Rousselle sont irrecevables.

38. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme Rousselle doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions des requêtes de Mme Rousselle relatives à la décision du 21 mars 2022 prononçant une pénalité de 1 405 euros sont renvoyées au tribunal judiciaire d'Annecy.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de Mme Rousselle est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B Rousselle, à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie, au département de la Haute-Savoie, au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et au tribunal judiciaire d'Annecy.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2023.

Le président,

J-P. ALa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au préfet de la Haute-Savoie, chacun en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2106057, 2203556

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