jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2106455 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | BEGHIDJA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 septembre 2021, la société à responsabilité limitée Elite France sécurité privée, représentée par Me Beghidja, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge totale des cotisations supplémentaires à l'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre des années 2016 à 2018 et des pénalités correspondantes ;
2°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre des années 2016 à 2018 et des pénalités correspondantes ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la procédure est irrégulière dès lors que la proposition de rectification ne comporte pas la signature manuscrite de son auteur, que les nom, prénom et qualité de ce dernier ne sont pas identifiables et qu'elle fait référence à une société tierce ;
- l'administration fiscale a procédé à une interprétation erronée des dispositions de l'article 44 octies A du code général des impôts dès lors qu'elle a remis en cause le bénéfice du régime de la zone franche urbaine pour dépôt tardif de la déclaration de résultats au titre de l'année 2018 ;
- elle emploie un salarié à temps plein à l'adresse même de son siège social ; elle remplit ainsi les conditions édictées par l'article 44 octies A du code général des impôts et peut donc bénéficier du régime de la zone franche urbaine.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 mars 2022, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pfauwadel, président ;
- les conclusions de M. Journé, rapporteur public ;
Considérant ce qui suit :
1. La société à responsabilité limitée (SARL) Elite France sécurité privée, qui exerce une activité de sécurité privée et gardiennage, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre des exercices clos en 2016, 2017 et 2018 à l'issue de laquelle elle a été assujettie à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée. La réclamation qu'elle a présentée ayant été rejetée, elle demande au tribunal la décharge de ces impositions supplémentaires ainsi que des pénalités correspondantes.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ". Aux termes de l'article 350 terdecies de l'annexe III au code général des impôts dans sa version applicable au litige : " I.- Sous réserve des dispositions des articles 409 et 410 de l'annexe II au code général des impôts, seuls les fonctionnaires de la direction générale des finances publiques appartenant à des corps des catégories A et B peuvent fixer les bases d'imposition et liquider les impôts, taxes et redevances ainsi que proposer les rectifications. "
3. Si la société requérante soutient que la proposition de rectification est entachée d'irrégularité au motif que, d'une part, elle n'a pas été signée par son auteur et, que d'autre part, le nom, le prénom et la qualité de ce dernier ne sont pas identifiables, la copie qu'elle en produit ne comporte pas la page 2. La copie de cette page 2 produite par l'administration comporte les nom, prénom et qualité de son auteur, ainsi que sa signature. Le moyen tiré de l'irrégularité de la proposition de rectification doit être écarté.
4. En second lieu, la circonstance que l'attestation de contrôle modèle 751-SD adressée à la société le 29 novembre 2019 mentionne en marge de façon erronée la raison sociale d'une autre entreprise est sans incidence sur la régularité de la procédure d'imposition.
Sur le bien-fondé des rappels d'impôt sur les sociétés :
5. Aux termes du dernier alinéa du I de l'article 44 octies A du code général des impôts dans sa version applicable au litige : " I.- Les contribuables qui, () entre le 1er janvier 2006 et le 31 décembre 2011, exercent des activités dans les zones franches urbaines définies au deuxième alinéa du B du 3 de l'article 42 de la même loi sont exonérés d'impôt sur le revenu ou d'impôt sur les sociétés à raison des bénéfices provenant des activités implantées dans la zone () / Lorsque l'activité non sédentaire d'un contribuable est implantée dans une zone franche urbaine mais est exercée en tout ou partie en dehors d'une telle zone, l'exonération s'applique si ce contribuable emploie au moins un salarié sédentaire à temps plein ou équivalent, exerçant ses fonctions dans les locaux affectés à l'activité, ou si ce contribuable réalise au moins 25 % de son chiffre d'affaires auprès de clients situés dans les zones franches urbaines-territoires entrepreneurs. / II. Le bénéfice exonéré au titre d'un exercice ou d'une année d'imposition est celui déclaré selon les modalités prévues aux articles 50-0, 53 A, 96 à 100, 102 ter et 103, () ". Aux termes de l'article 53 A du même code : " () les contribuables () sont tenus de souscrire chaque année, dans les conditions et délais prévus aux articles 172 et 175, une déclaration permettant de déterminer et de contrôler le résultat imposable de l'année () ". Aux termes de l'article 175 de ce code : " Les déclarations doivent parvenir à l'administration au plus tard le 1er mars. () "."
6. L'administration a remis en cause le régime d'exonération des bénéfices prévu au I de l'article 44 octies A du code général des impôts, sous lequel s'était placée la SARL Elite France Sécurité Privée, au motif qu'alors qu'elle exerce une activité non sédentaire hors de la zone franche urbaine, elle n'emploie pas au moins un salarié sédentaire à temps plein ou équivalent, exerçant ses fonctions dans les locaux affectés à l'activité.
7. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à l'impôt sur les sociétés ou, le cas échéant, s'il remplit les conditions légales d'une exonération.
8. La requérante ne conteste pas qu'elle ne réalise pas au moins 25% de son chiffre d'affaires auprès de clients situés en zone franche urbaine mais soutient qu'un de ses salariés à plein temps, M. C, exerce son activité à son siège social situé dans la zone franche urbaine. Toutefois, l'administration a retenu que M. C avait indiqué à la vérificatrice qu'il percevait 500 euros mensuellement en remboursement de ses frais de déplacement, représentant plus de 20% de son salaire. La société requérante soutient que les tâches administratives occupent M. C à plein temps dès lors que dans cette entreprise dont le chiffre d'affaires est supérieur à 525 000 euros HT, il établit des devis, répond à des appels d'offres, rédige des contrats, émet des factures et des relances des impayés, gère les agendas des employés et les chantiers, réceptionne et poste le courrier. Cependant, l'administration soutient sans être contredite que sur les documents déposés auprès des organismes sociaux, M. C, titulaire d'un diplôme de service de sécurité incendie et d'assistance à personnes (SSIAP) de niveau II lui permettant d'être chef d'équipe en sécurité incendie, est déclaré comme agent de sécurité, et la société ne produit ni son contrat de travail ni ses bulletins de salaires. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, et alors même que la société produit des attestations de personnes confirmant la présence au siège social de M. C, ce dernier ne peut être regardé comme salarié sédentaire à temps plein exerçant ses fonctions dans les locaux affectés à l'activité. Par suite, l'administration était fondée à remettre en cause le bénéfice de l'exonération prévue par les dispositions précitées du I de l'article 44 octies A du code général des impôts.
9. En outre, en ce qui concerne l'année 2018, la société n'a souscrit que le 3 septembre 2019 sa déclaration de résultats. La société n'ayant ainsi pas respecté les modalités prévues à l'article 53 A du code général des impôts, son bénéfice réalisé au titre de cette année d'imposition, diminué des produits bruts énoncés au II de l'article 44 octies du code général des impôts, ne peut bénéficier de l'exonération prévue par l'article 44 octies du code général des impôts.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par la SARL Elite France sécurité privée doivent être rejetées. Il en est de même des conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er :
La requête de la SARL Elite France sécurité privée est rejetée. Article 2 :Le présent jugement sera notifié à la SARL Elite France sécurité privée et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 2 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme B et Mme D, assesseures.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
Le président, rapporteur,
T. Pfauwadel
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
C. B Le greffier,
M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026