lundi 11 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2107053 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 8 |
| Avocat requérant | ROCHE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 octobre 2021 et le 23 mars 2022, M. B C, représenté par Me Roche, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'enjoindre à Pôle emploi d'assurer sa prise en charge rétroactive à compter du 22 septembre 2015 en sa qualité de demandeur d'emploi jusqu'à complète régularisation de sa situation ;
2°) de condamner Pôle emploi à lui payer la somme de 50 000 euros en réparation de son préjudice moral ;
3°) de mettre à la charge de Pôle emploi la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- eu égard à sa situation, il aurait dû être inscrit rétroactivement sur la liste des demandeurs d'emplois à compter de septembre 2015 ;
- la situation résultant de l'absence d'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi lui a causé un préjudice moral.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 31 janvier 2022 et le 4 avril 2022, Pôle emploi Auvergne-Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête.
Il soutient que
- les conclusions de M. C relatives à son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi ne relèvent pas de la compétence de la juridiction administrative ;
- les conclusions indemnitaires de M. C sont irrecevables dès lors qu'elles n'ont pas été précédées d'une demande préalable ;
- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
M. A a présenté son rapport au cours de l'audience, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C était employé en qualité de support chef de station-service depuis le 10 juillet 2007. A la suite d'un contentieux prud'hommal, la cour d'appel de Chambéry a, par un arrêt du 11 juin 2013, prononcé la résiliation de son contrat de travail aux torts de l'employeur. M. C s'est ensuite inscrit à Pôle emploi le 15 septembre 2015. Par une décision du 6 octobre 2015, Pôle emploi a rejeté sa demande d'allocation de retour à l'emploi. Le 4 août 2021, le requérant a sollicité son inscription rétroactive sur la liste des demandeurs d'emploi à compter du 15 juin 2013. Le 5 août 2021, le directeur de l'agence Pôle emploi de Chambéry a rejeté cette demande. Enfin, le 9 août 2021, M. C a saisi le médiateur de Pôle emploi en contestation de cette dernière décision lequel a rejeté, par une décision du 24 août 2021, cette demande de médiation. Par la présente requête, M. C doit être regardé comme contestant la décision du 5 août 2021 par laquelle le directeur de l'agence Pôle emploi de Chambéry a rejeté sa demande d'inscription rétroactive sur la liste des demandeurs d'emploi.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
En ce qui concerne l'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi :
2. Aux termes de l'article L. 5312-1 du code du travail : " Pôle emploi est une institution nationale publique dotée de la personnalité morale et de l'autonomie financière qui a pour mission de : () 3° Procéder aux inscriptions sur la liste des demandeurs d'emploi, tenir celle-ci à jour dans les conditions prévues au titre Ier du livre IV de la présente partie et assurer le contrôle de la recherche d'emploi dans les conditions prévues au chapitre VI du titre II du livre IV ; () ". Aux termes de l'article L. 5411-1 du code du travail : " A la qualité de demandeur d'emploi toute personne qui recherche un emploi et demande son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi auprès de Pôle emploi. " Aux termes de l'article R. 5411-1 du même code : " La liste des demandeurs d'emploi est tenue par Pôle emploi. ". Aux termes de l'article L. 5312-12 du même code : " Les litiges relatifs aux prestations dont le service est assuré par [Pôle emploi], pour le compte de l'organisme chargé de la gestion du régime d'assurance-chômage ou de l'Etat sont soumis au régime contentieux qui leur était applicable antérieurement à la création de cette institution ". Le législateur a souhaité, par ces dispositions, que la réforme de l'organisation du service public de l'emploi opérée par la loi du 13 février 2008 visée ci-dessus, qui s'est notamment caractérisée par la substitution de Pôle emploi à l'Agence nationale pour l'emploi et aux associations pour l'emploi dans l'industrie et le commerce (Assedic), reste sans incidence sur le régime juridique des prestations et sur la juridiction compétente pour connaître du droit aux prestations, notamment sur la compétence de la juridiction judiciaire s'agissant des prestations servies au titre du régime d'assurance-chômage.
3. Il résulte des dispositions précitées qu'un litige portant sur les mesures prises par Pôle emploi, institution nationale publique, au titre de la mission qui lui est confiée au 3° de l'article L. 5312-1 du code du travail, notamment celle, assurée par l'Agence nationale pour l'emploi avant la réforme de l'organisation du service public de l'emploi opérée par la loi du 13 février 2008, de procéder aux inscriptions sur la liste des demandeurs d'emploi, laquelle n'entre pas dans le champ des litiges relevant de la compétence de la juridiction judiciaire en vertu de l'article L. 5312-1 du code du travail, ressortit à la compétence de la juridiction administrative. Par suite, contrairement à ce que soutient Pôle emploi, le tribunal administratif est compétent pour statuer sur les conclusions de la requête de M. C relatives à son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi et à ce qu'il soit enjoint à Pôle emploi de l'inscrire sur cette liste.
En ce qui concerne les droits de M. C à l'allocation de retour à l'emploi :
4. En vertu de l'article L. 5312-1 du code du travail, Pôle emploi est une institution nationale publique dotée de la personnalité morale et de l'autonomie financière qui a pour mission de : " 4° Assurer, pour le compte de l'organisme gestionnaire du régime d'assurance chômage, le service de l'allocation d'assurance et, pour le compte de l'Etat ou du Fonds de solidarité prévu à l'article L. 5423-24, le service des allocations de solidarité () ". L'article L. 5312-12 du même code prévoit que : " Les litiges relatifs aux prestations dont le service est assuré par l'institution, pour le compte de l'organisme chargé de la gestion du régime d'assurance chômage, de l'Etat ou du Fonds de solidarité prévu à l'article L. 5423-24 sont soumis au régime contentieux qui leur était applicable antérieurement à la création de cette institution ". Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux préparatoires de la loi du 13 février 2008 relative à la réforme de l'organisation du service public de l'emploi dont elles sont issues, que le législateur a souhaité que la réforme, qui s'est notamment caractérisée par la substitution de Pôle emploi à l'Agence nationale pour l'emploi et aux associations pour l'emploi dans l'industrie et le commerce (Assedic), reste sans incidence sur le régime juridique des prestations et sur la juridiction compétente pour connaître du droit aux prestations, notamment sur la compétence de la juridiction judiciaire s'agissant des prestations servies au titre du régime d'assurance chômage.
5. M. C, dont la rupture du contrat de travail aux torts de l'employeur a été prononcée avec effet au 11 juin 2013 par un arrêt de la Cour d'appel de Chambéry, demande au tribunal d'enjoindre à Pôle emploi de le rétablir rétroactivement dans ses droits à l'allocation de retour à l'emploi à compter du 22 septembre 2015. Cette allocation relève des prestations servies au titre du régime d'assurance chômage. Dans ces conditions, il apparaît que le litige, portant sur le droit de M. C aux allocations d'assurance chômage, ressortit à la compétence des juridictions de l'ordre judiciaire.
6. Par conséquent, les conclusions de M. C relatives à l'allocation de retour à l'emploi doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
7. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur le droit à l'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi, qui relève des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, c'est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant au cours de la période en litige que le juge doit statuer.
8. Aux termes de l'article L. 5411-1 du code du travail : " A la qualité de demandeur d'emploi toute personne qui recherche un emploi et demande son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi auprès de Pôle emploi. ". Aux termes de l'article L. 5411-2 du même code : " Les demandeurs d'emploi renouvellent périodiquement leur inscription selon des modalités fixées par arrêté du ministre chargé de l'emploi et la catégorie dans laquelle ils ont été inscrits () ". Aux termes de l'article R. 5411-2 du même code : " L'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi est faite par voie électronique auprès de Pôle emploi. Le travailleur recherchant un emploi qui demande son inscription déclare sa domiciliation et transmet les informations permettant de procéder à son identification. A défaut de parvenir à s'inscrire lui-même par voie électronique, le travailleur recherchant un emploi peut procéder à cette inscription dans les services de Pôle emploi, également par voie électronique, et bénéficier le cas échéant de l'assistance du personnel de Pôle emploi. ". Il résulte des dispositions précitées que le travailleur en recherche d'emploi est tenu de s'inscrire, de sa propre initiative, sur la liste des demandeurs d'emploi en adressant une demande à Pôle emploi qui est chargé de tenir cette liste. Les dispositions du code du travail qui soumettent le travailleur sans emploi à des obligations telles que la demande d'inscription, font obstacle à ce que cette inscription présente un caractère rétroactif.
9. Il résulte de ce qui précède que l'obtention du statut de demandeur d'emploi est conditionnée à la circonstance que la personne privée d'emploi s'inscrive auprès du service public de l'emploi. Cette inscription se faisant pour une durée déterminée, il appartient au demandeur d'emploi de remettre à jour sa situation chaque fois que ledit délai a expiré et de renouveler, de sa propre initiative, son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi. Ainsi, et à la lumière des explications de Pôle emploi, il résulte de l'instruction que si M. C s'est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi à compter de septembre 2015, il n'a pas renouvelé cette demande au mois d'octobre 2015 et qu'il ne s'est réinscrit sur la liste des demandeurs d'emploi que du mois de mars 2018 au mois de juin 2018 ainsi que le 31 mai 2021. Par conséquent, M. C ne peut bénéficier du statut de demandeur d'emploi que pour les périodes au cours desquelles il n'a pas demandé à être inscrit sur les listes. Par ailleurs et eu égard à ce qui a été dit au point précédent, il ne peut bénéficier rétroactivement de ce statut dès lors que celui-ci dépend de ses démarches personnelles et non d'une obligation pesant sur Pôle emploi.
10. Il résulte des écritures du requérant, que M. C souhaite obtenir son inscription rétroactive sur la liste des demandeurs d'emploi aux fins d'obtenir le bénéfice de l'allocation de retour à l'emploi. Or, il est constant que l'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi a pour objectif principal de permettre au travailleur privé d'emploi d'être accompagné dans ses démarches de recherche d'emploi.
11. Par conséquent, les conclusions de M. C tendant à prononcer son inscription rétroactive sur la liste des demandeurs d'emploi doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
12. En vertu de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. En l'espèce, M. C n'ayant formé aucune demande préalable, n'est pas recevable à demander à être indemnisé des préjudices subis du fait du refus de Pôle emploi de l'inscrire rétroactivement sur la liste des demandeurs d'emploi.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à Pôle emploi Auvergne-Rhône-Alpes.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2023.
Le président,
J-P. ALa greffière,
L. BOURECHAK
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026