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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2107093

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2107093

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2107093
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSCP ARBOR TOURNOUD & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 octobre 2021, Mme C A, agissant en son nom propre et en sa qualité d'ayant-droit de son époux décédé, M. B A, représentée par la SELARL Arbor Tournoud et Associés, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de prélèvements sociaux et des pénalités correspondantes auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2012 et 2013 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en ce qui concerne les traitements et salaires, l'administration n'apporte aucunement la preuve de ce que M. A a été bénéficiaire de rémunérations de la société Franalex supérieures à celles portées sur sa déclaration, ni de ce que ces sommes étaient disponibles au titre de l'année 2012 ;

- en ce qui concerne le compte courant d'associé, les sommes de 3 218,27 euros et de 50 000 euros qui ont été virées au crédit du compte de M. A sont justifiées et ne peuvent être imposées comme des revenus perçus par M. A ;

- l'administration ne démontre pas que les conditions prévues à l'article 1729 du code général des impôts sont réunies.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 février 2022, le directeur de contrôle fiscal Centre-Est conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions de la requête sont irrecevables à concurrence des conclusions excédant 3 218 euros au titre de l'année 2012 et les pénalités associées et en tant qu'elles portent sur les prélèvements sociaux des années 2012 et 2013 en application de l'article R. 197-3 du livre des procédures fiscales ;

- à titre subsidiaire, la charge de la preuve pèse sur la requérante et les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ruocco-Nardo, rapporteur,

- les conclusions de M. Heintz, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Franalex, qui exerce une activité d'hébergement touristique de courte durée dans des établissements situés en Savoie, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er décembre 2011 au 30 novembre 2013. A l'issue des opérations de contrôle, l'administration a constaté que la société avait versé à M. A, son gérant, une rémunération de 292 491 euros et qu'elle avait inscrit une somme d'un montant total de 53 218 euros au crédit du compte courant d'associé de M. A. Par une proposition de rectification du 6 août 2015, la rémunération perçue au titre des fonctions de dirigeant et les sommes inscrites au compte courant d'associé ont été réintégrées dans le revenu imposable de M. et Mme A au titre des années 2012 et 2013. En ce qui concerne l'impôt sur le revenu, la somme de 167 338 euros, au titre de l'année 2012, et la somme de 21 675 euros, au titre de l'année 2013, ont été mises en recouvrement le 31 mars 2018. La réclamation du 28 décembre 2020 a été rejetée par une décision du 26 août 2021, notifiée le 30 août 2021. Par la présente requête, Mme A demande la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de prélèvements sociaux et des pénalités correspondantes auxquelles son époux décédé et elle ont été assujettis au titre des années 2012 et 2013.

Sur la charge de la preuve :

2. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. ".

3. Contrairement à ce que fait valoir l'administration en défense, la circonstance que le courrier du 6 octobre 2015, par lequel M. et Mme A ont refusé les rectifications résultant de de la proposition du 6 août 2015, ne soit pas motivé est sans incidence au regard des dispositions précitées de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales. Dès lors, les contribuables ne sauraient être regardés comme ayant donné leur accord à la proposition de rectification du 6 août 2015 et la charge de la preuve du bien-fondé des rehaussements appartient à l'administration.

Sur le bien-fondé des impositions :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 62 du code général des impôts : " Les traitements, remboursements forfaitaires de frais et toutes autres rémunérations sont soumis à l'impôt sur le revenu au nom de leurs bénéficiaires s'ils sont admis en déduction des bénéfices soumis à l'impôt sur les sociétés par application de l'article 211, même si les résultats de l'exercice social sont déficitaires, lorsqu'ils sont alloués : / Aux gérants majoritaires des sociétés à responsabilité limitée n'ayant pas opté pour le régime fiscal des sociétés de personnes dans les conditions prévues à l'article 3-IV du décret n° 55-594 du 20 mai 1955 modifié ou dans celles prévues à l'article 239 bis AA ou à l'article 239 bis AB () ".

5. La requérante soutient que l'administration n'apporte aucunement la preuve de ce que M. A a été bénéficiaire de rémunérations de la société Franalex supérieures à celles portées sur sa déclaration, ni de ce que ces sommes étaient disponibles au titre de l'année 2012.

6. Toutefois, il résulte de la proposition de rectification du 6 août 2015 que le procès-verbal des délibérations de l'assemblée générale de la société Franalex du 9 janvier 2012 faisait état de la perception par M. A d'une " rémunération exceptionnelle globale forfaitaire de 292 000 euros destinée à couvrir pour partie la rémunération au titre de l'exercice en cours et pour partie l'absence de rémunération sur les exercices antérieurs " et que la société avait enregistré une telle rémunération dans sa comptabilité le 30 novembre 2012. La proposition de rectification fait également état de ce que, dans sa déclaration de revenus au titre de 2012, M. A avait mentionné un salaire de 59 588 euros correspondant à une rémunération de la SCI La Roche et que la rémunération de 292 491 euros n'avait pas été déclarée. Dans ces conditions, l'administration établit le bien-fondé du rehaussement de 292 491 euros dans la catégorie des traitements et salaires.

7. En second lieu, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / () / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. ".

8. Si la requérante soutient, d'une part, que la somme de 3 218,27, inscrite le 1er janvier 2012 au compte courant d'associée de M. A, est justifiée en ce qu'elle correspond à un règlement par M. A d'une facture d'achat de lampes, par la remise de deux chèques personnels de 3 218,27 euros et de 943 euros et, d'autre part, que la somme de 50 000 euros, inscrite le 5 juillet 2013 au compte courant d'associé, correspond à une remise d'un chèque de M. A à la société Franalex, elle ne verse aucune pièce justificative au soutien de ses allégations. Par ailleurs, il résulte de la proposition de rectification précitée que la société Franalex n'a versé aucune pièce démontrant que les sommes inscrites au crédit du compte courant de son gérant associé était la contrepartie d'une dette qu'elle aurait contractée à son égard. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a prononcé un rehaussement de 3 218,27 euros au titre de l'année 2012 ainsi qu'un rehaussement de 50 000 euros au titre de l'année 2013.

Sur les pénalités :

9. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt () entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré (). ".

10. Pour justifier de l'application de la majoration de 40 % au titre de l'année 2012, l'administration a retenu que M. A n'avait pas déclaré une rémunération exceptionnelle de 292 490 euros, alors qu'au regard de ses responsabilités il ne pouvait ignorer son caractère imposable, qu'au regard du montant de la somme en cause et du fait qu'il ne percevait habituellement pas de rémunération provenant de la SARL Franalex, un tel versement ne pouvait être ignoré de sa part et que lors d'un entretien avec le service, il avait indiqué que c'était volontairement qu'il n'avait pas déclaré cette somme. Dans ces conditions, l'administration établit l'intention de M. A d'éluder les impositions dont il était redevable. Par suite et au regard du caractère délibérément incomplet de la déclaration, l'administration justifie de l'application des dispositions précitées de l'article 1729 du code général des impôts.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au directeur de contrôle fiscal Centre-Est.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

Mme Bourion, première conseillère,

M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.

Le rapporteur,

T. RUOCCO-NARDO

Le président,

V. L'HÔTE

La greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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