jeudi 16 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2107476 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | NDOYE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 novembre 2021, M. A, représenté par Me Ndoye, demande au tribunal :
1°) de condamner le ministre de la justice à lui verser les sommes de 40 000 euros en réparation du préjudice moral consécutif au harcèlement moral dont il est victime et de 5 000 euros en réparation du préjudice subi du fait du refus de lui accorder la protection fonctionnelle ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient qu'il a fait l'objet sur son lieu de travail de harcèlement moral de la part de ses supérieurs hiérarchiques, ayant conduit à un arrêt de travail imputable au service.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 décembre 2023, le ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- en l'absence de faits répétés, excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique et ayant conduit à une dégradation de ses conditions de travail, les allégations de harcèlement moral ne sont pas établies et ne donnent pas droit à la protection fonctionnelle ;
- la matérialité des faits allégués par M. A n'est pas établie ;
- les faits allégués ne sont pas susceptibles de relever du harcèlement moral.
Par ordonnance du 9 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 26 février 2024.
Des pièces présentées pour M. A ont été enregistrées le 26 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Callot, rapporteur,
- et les conclusions de M. Lefebvre, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A est surveillant brigadier de l'administration pénitentiaire affecté à la maison d'arrêt de Chambéry. Par une demande préalable reçue le 1er juillet 2021, il a sollicité de son administration son admission à la protection fonctionnelle, la reconnaissance de l'imputabilité au service de son congé de maladie à partir du 19 mai 2021 et l'indemnisation de son préjudice moral, sur le fondement de faits de harcèlement moral subis sur son lieu de travail. En l'absence de réponse, il sollicite du tribunal la condamnation de l'Etat à l'indemniser pour un montant de 40 000 euros au titre de son préjudice moral et de 5 000 euros en réparation du préjudice subi du fait du refus de lui accorder la protection fonctionnelle.
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 6 quinquies de la loi n° 83-634 susvisée : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel () ".
3. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral.
4. Pour étayer ses accusations de harcèlement moral, M. A soutient avoir été victime du comportement du chef de l'établissement dans lequel il exerçait, ayant conduit à un épuisement professionnel, sans qu'il n'ait jamais été tenu compte de sa qualité de travailleur handicapé. Il fait ainsi valoir qu'il a été le 9 octobre 2020 placé en situation de risque sanitaire l'ayant conduit à contracter le covid 19, qu'à la suite d'un incident avec un détenu le 13 octobre 2020, il a été placé le 14 octobre 2020 et durant plusieurs semaines aux archives, un poste qui ne rentre pas dans ses attributions légales et dans des conditions de travail dégradantes, dangereuses pour la sécurité et la dignité humaine, qu'il a appris à son retour d'arrêt de travail le 9 novembre 2020 qu'une procédure disciplinaire était susceptible d'être engagée à son encontre, qu'il a été affecté le 9 novembre après-midi au poste de magasinier-cantine, sans contact avec la population carcérale, qu'une autorisation spéciale d'absence pour garder ses enfants à la maison lui a été refusée le 31 mars 2021 et qu'enfin, le chef d'établissement s'est adressé directement à son épouse, pourtant étrangère au service, afin de lui transmettre des messages le concernant. M. A soutient que ces agissements répétés ont occasionné un stress et une perturbation de sa vie familiale et qu'à leur suite, il a dû être placé en arrêt de travail à compter du 19 mai 2021 afin de prévenir une rechute dépressive, et qu'ils relèvent ainsi du harcèlement moral.
5. Toutefois, s'agissant de son infection au covid 19, M. A, qui déclare avoir respecté le protocole sanitaire et porté un masque, n'établit par aucun élément que les protocoles en vigueur, n'aient pas été mis en place dans l'établissement. S'agissant de l'incident du 13 octobre 2020, il est établi par de nombreuses attestations mais également par les propres propos de M. A que, contrairement à ce qu'il avait déclaré dans un premier temps, avant visionnage de la vidéo surveillance, il n'a subi aucune agression physique au visage par un détenu mais qu'il a seulement " ressenti " une atteinte à son intégrité physique. Il n'est pas contesté par ailleurs, qu'il a ce même jour, lors d'une demande d'explication du chef d'établissement, traité ce dernier de " lâche " et de " malhonnête ". Ainsi, il ne peut soutenir qu'en décidant le 14 octobre 2020 d'un changement de son affectation pour le placer hors de la présence des détenus et en envisageant des poursuites disciplinaires, notamment suite à ses fausses déclarations, le chef d'établissement aurait agi autrement que dans le cadre normal de son pouvoir hiérarchique. Si M A établit par des photographies l'exiguïté des locaux d'archives dans lesquels il a été affecté, il ressort de la chronologie des faits et notamment de son congé maladie entre le 15 octobre 2020 et le 9 novembre 2020 qu'il n'y a en réalité été affecté que quelques jours et non plusieurs semaines, avant de recevoir une nouvelle affectation en qualité de magasinier dès le 9 novembre 2020. Par ailleurs, le refus d'autorisation exceptionnelle d'absence n'est pas établi et il ressort, en toute hypothèse, des échanges de courriels produits que, s'agissant d'un personnel indispensable au service public, l'administration a cherché toutes les solutions permettant la garde de ses enfants. L'éventuel refus serait donc étranger à tout harcèlement. S'agissant enfin de l'attitude du chef d'établissement à l'égard de son épouse, les déclarations du requérant sur ce point, qui ne sont étayées par aucun document, sont dépourvues de valeur probante.
6. Par suite, M. A n'établit par aucun élément l'existence d'agissements répétés excédant les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, ni au demeurant le lien entre ces agissements supposément fautifs et la dégradation de son état de santé.
7. Dans ces conditions, il résulte de ce qui précède que rien n'établit que les agissements dénoncés par M. A seraient constitutifs de harcèlement moral. Dès lors, aucun autre fait de nature à accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle n'étant invoqué, l'administration des services pénitentiaires a pu, sans commettre d'illégalité, refuser d'accéder à sa demande de protection fonctionnelle. Il s'ensuit que M. A n'est pas fondé à rechercher la responsabilité de l'administration et que ses conclusions à fin d'indemnisation doivent être rejetées.
8. Par voie de conséquence, il y a également lieu de rejeter ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ces dispositions faisant obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par le requérant à ce titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. Callot et M. B, premiers conseillers.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.
Le rapporteur,
A. Callot
La présidente,
A. Triolet
La greffière,
J. Bonino
La République mande et ordonne au ministre de la justice en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026