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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2107506

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2107506

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2107506
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique 6
Avocat requérantSELARL PAILLAT CONTI BORY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par ordonnance du 2 novembre 2021, la section du contentieux du Conseil d'Etat a attribué au tribunal de céans, en application de l'article R. 312-15 du code de justice administrative, la requête de M. A D, enregistrée le 15 juillet 2021 au tribunal administratif de Lyon. Par cette requête et un mémoire complémentaire, enregistrés sous le n°2107506 le 5 novembre 2021 et le 14 avril 2023, M. D demande au tribunal de condamner la commune de Lyon à lui verser une indemnité de 3 000 euros, avec intérêts au taux légal capitalisé.

M. D soutient que :

- la commune de Lyon a illégalement recruté un collègue contractuel, juriste junior alors qu'un profil de juriste territorial d'une expérience de dix à quinze ans était recherché ; la commune de Lyon a commis à cette occasion un détournement de procédure, dans la mesure où le collègue recruté n'a jamais exercé les fonctions de " référent ", condition pourtant requise dans la fiche de poste publiée ; les informations contenues dans la fiche de poste l'ont dissuadé de candidater ;

- sa candidature à l'emploi permanent de juriste, pour lequel il a été reçu en entretien le 19 janvier 2021 a été écartée alors que le mérite des candidats n'a pas été jugé au regard des mérites effectifs des différents candidats et de l'intérêt du service ; la question relative à la notion de loyauté posée en entretien révèle que le rejet de sa candidature doit s'analyser comme une sanction disciplinaire déguisée ; de même que l'annonce de l'arrivée d'un nouveau juriste avant la fin de la procédure de recrutement ; le rejet de sa candidature est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- le recrutement de son collègue contractuel sur l'emploi permanent qu'il visait n'a été rendu public qu'après son départ, le 23 février 2021, alors que la décision était prise depuis septembre 2020 ; cela traduit le climat de défiance au sein du service ;

- en dépit des alertes effectuées et de l'analyse réalisée par l'ACFI, aucun plan d'action adapté et opérationnel n'a été mis en œuvre pour remédier aux risques psycho-sociaux identifiés ; le maire de Lyon a dès lors méconnu l'article 2-1 du décret du 10 juin 1985 ;

- il est par ailleurs victime de harcèlement moral, en application de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 ;

- les souffrances endurées durant près de dix-neuf mois du fait des agissements fautifs de son ancien employeur, lui a causé un préjudice moral, dont il demande réparation à hauteur de 3 000 euros.

Par des mémoires enregistrés le 23 février 2023 et le 30 juin 2023, la commune de Lyon conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Lyon fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- subsidiairement, la commune de Lyon n'a pas commis de faute et la demande de M. D n'est pas fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des postes et des communications électroniques ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- l'arrêté du 7 février 2007 pris en application de l'article R. 2-1 du code des postes et des communications électroniques et fixant les modalités relatives au dépôt et à la distribution des envois postaux ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 février 2024 :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. B,

- les observations de M. D,

- et les observations de Me Paillat, pour la commune de Lyon.

Une note en délibéré a été enregistrée le 28 février 2024 pour M. D.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée./ Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".

2. Aux termes de l'article 7 de l'arrêté susvisé : " A la demande de l'expéditeur, et moyennant rémunération de ce service additionnel fixée dans les conditions générales de vente, le prestataire peut établir un avis de réception attestant de la distribution de l'envoi. Cet avis est retourné à l'expéditeur et comporte les informations suivantes:/ () - la date de distribution () ". Aux termes de l'article 8 de cet arrêté : " Le prestataire indique dans les conditions générales de vente:/ () - les modalités permettant le suivi de l'envoi recommandé entre son dépôt dans le réseau du prestataire et sa distribution () ". Aux termes de l'article 10 de cet arrêté : " Sans préjudice des dispositions du présent arrêté, le prestataire peut proposer à l'expéditeur ou au destinataire des modalités supplémentaires optionnelles portant sur les conditions d'information du destinataire ou de distribution d'un envoi recommandé. ".

3. La commune de Lyon a recruté M. D en qualité de juriste sous couvert de trois contrats successifs à compter d'août 2019, jusqu'à sa démission au 1er mars 2021. Le conseil de M. D a alors adressé à la commune de Lyon une demande indemnitaires préalable le 16 mars 2021. La commune de Lyon a rejeté cette demande le 10 mai 2021 par un courrier adressé en recommandé avec accusé de réception. A l'appui de la fin de non recevoir tirée de la tardiveté de la requête, la commune de Lyon, à qui il incombe d'établir la date à laquelle la décision rejetant la demande indemnitaire préalable a été régulièrement notifiée à l'intéressé, produit l'avis de réception signé du conseil de M. D le 12 mai 2021. En réponse, M. D transmet dans un mémoire complémentaire une copie du site internet de la Poste représentant une frise chronologique à l'extrémité de laquelle est mentionnée un " courrier distribué " au vendredi 14 mai, précédé d'une étape " courrier remis en lot au destinataire ", sans précision de date. Toutefois en application des dispositions citées au point précédent, la pièce produite par M. D constitue une modalité d'information du suivi du courrier, non une preuve de réception, établie par l'avis transmis par la Poste à la commune de Lyon en contrepartie du service additionnel payant décrit à l'article 7 de l'arrêté du 7 février 2007. Par ailleurs, la régularité juridique d'une notification est une opération qui concerne exclusivement la relation entre l'expéditeur et le destinataire d'une décision. Or à supposer même que M. D n'ait pas eu connaissance de la date de réception effective de la décision de rejet datée du 10 mai 2021, il est constant que le conseil de M. D, qui a apposé sa signature sur l'avis de réception à la date du 12 mai 2021 dans le cadre d'une remise qui s'est opérée " en lot " pour des motifs étrangers au défendeur, avait qualité pour la recevoir. Dès lors, en application des dispositions précitées du premier alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, le délai de recours de deux mois dont disposait M. D pour demander la condamnation de l'administration à l'indemniser des dommages qu'il estime avoir subis a couru à compter du 12 mai 2021, date de la notification de la décision ayant rejeté sa demande indemnitaire préalable. Ainsi la requête susvisée, enregistrée le 15 juillet 2021, est tardive et doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

4. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Lyon présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Lyon sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la commune de Lyon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

Le rapporteur,

I. C

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2107506

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